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Quelques questions que je me pose après #PrimaireLeDébat

♠ Confession : en 2007, j’ai voté assez facilement pour Sarkozy. Après le long statu quo chiraquien et les candidatures alternatives de Royal et Bayrou, ça paraissait la chose à faire. Le « paquet » fiscal, le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite, l’autonomie des universités, la réorganisation de la carte judiciaire furent des mesures qui voulaient mettre un coup d’arrêt à l’emprise de l’Etat et au glissement continu de la dépense publique et des impôts. Du reste, pendant un an avant la crise de 2008, ça n’a pas trop mal marché. Ensuite, évidemment… 

Au bout d’un quinquennat, Nicolas Sarkozy a réussi à créer des dizaines de taxes supplémentaires, à faire passer la dépense publique de 52 % à 55 % du PIB (aujourd’hui elle est à 57 %), la dette publique de 64 % à 90 % du PIB (aujourd’hui 98 %) et le nombre de chômeurs en catégorie A de 2,1 à 2,9 millions de personnes (aujourd’hui 3,5 millions). A cet échec en économie s’est ajouté un durcissement sécuritaire et identitaire dans la ligne Buisson, le tout formant une politique à l’opposé de ce que j’attends d’un Etat libéral.

En 2012, mon choix s’est donc terriblement compliqué. Au second tour, j’ai eu la faiblesse de rempiler finalement et à contre-coeur pour Sarkozy. A nouveau, la candidature alternative de Hollande, rallié par Mélenchon, Bayrou et la CGT, a joué en sa faveur, et je me suis laissée attendrir par l’argument selon lequel la crise de 2008 était venue chambouler tous ses projets. C’était gentil à moi. Beaucoup trop gentil.

On a maintenant le formidable avantage de savoir à quoi a ressemblé le quinquennat Hollande, mélange de socialisme structurel et d’indignité présidentielle, auréolé des piteux résultats économiques et sociaux qu’on connait.

La question de la crise de 2008 est intéressante, mais ce ne peut plus être un argument recevable pour se dédouaner de ses échecs. Jeudi soir encore, lors du premier débat des primaires de droite, Nicolas Sarkozy s’en est prévalu pour donner des circonstances atténuantes à son expérience de 2007-2012.

Mais que constate-t-on ? Que huit ans après, notre pays n’a toujours pas surmonté cette crise, qu’il traîne la patte, incapable de repartir dans la croissance et l’emploi, incapable d’assainir ses finances, incapable de faire une minuscule réforme du code du travail, incapable de renoncer à ses empilements d’échelons administratifs, à ses centaines de milliers d’élus, à ses dépenses incontrôlées maquillées sous les vocables complètement creux de « stratégie industrielle » ou « vivrensemble. »

Contrairement à ce qui s’est passé chez nos voisins les plus dynamiques, qui ont pourtant aussi connu cette crise.

D’où deux leçons :
1. L’exemple « Hollande » nous le rappelle de façon saisissante : il ne faut jamais, vraiment jamais, voter pour la gauche, ou pour toute expérience politique qui se réclamerait de près ou de loin des bienfaits du socialisme. C’est une utopie délétère, bien documentée de par le monde, y compris en France.
2. L’épisode « crise prolongée » nous y invite de façon pressante : Il faut absolument et immédiatement revoir nos structures. On n’en serait pas là si on avait fait les réformes structurelles nécessaires il y a 10, 20, ou même 30 ans. 

Ne parle-t-on pas des déficits, des retraites et du chômage depuis toutes ces années ? Entre temps, grâce aux socialistes, on a eu ISF, traitement social du chômage, 35 heures et abaissement de l’âge de la retraite. Et tout est allé de mal en pis.

Dans la situation de faiblesse et d’impréparation où nous sommes, alors que nous entrons tout juste, mais inéluctablement, dans une économie révolutionnée par les technologies de l’information, tout nouveau choc économique nous fera repartir pour 5 à 10 ans  de crise et nous laissera non seulement sur place, mais loin en arrière. Notre Etat providence nous empêchera comme aujourd’hui de le distinguer clairement, jusqu’au jour où, les déficits s’empilant une fois de trop, on sera en crise de dette souveraine.

♣ Et nous voilà maintenant à l’automne 2016, à la veille d’un nouveau quinquennat. Et nous voilà à discuter une fois de plus déficits, retraite, chômage. Ces thèmes furent précisément au coeur du premier débat télévisé qui s’est tenu entre les 7 candidats de la primaire de la droite et du centre jeudi 13 octobre dernier.

On sait que les Français aiment beaucoup le rendez-vous électoral présidentiel. Ils sont attentifs aux débats publics et se déplacent en masse pour voter. L’audience du premier débat de la droite n’a pas démenti cet engouement national. Les téléspectateurs furent plus de 5,6 millions à suivre l’émission, avec un pic d’audience à 6,5 millions, jolie performance par rapport aux émissions concurrentes de la même soirée et aux primaires de gauche de 2011.

La curiosité n’était certainement pas la dernière motivation. Un ancien Président, plusieurs de ses anciens ministres, d’anciens frères ennemis pour la tête de l’UMP,  une histoire récente de luttes fratricides et de mauvais comptes de campagne, voilà qui promettait des petites phrases assassines, peut-être même des règlements de comptes en direct, compte tenu de tout ce qu’on sait de la personnalité des uns et des autres. Mais non, rien de tout cela, à tel point qu’un éditorialiste a même trouvé que le débat était « chiant. » Où sont passé les beaux débats, les « saines colères » ? se lamentait-il dans Le Point hier. Les « saines colères » comme celle de Royal en 2007 peuvent être complètement calculées et sur-jouées. On ne les regrettera donc pas.

Non, pour ma part, je n’ai pas trouvé ce débat « chiant », tout au moins dans la première partie consacrée à l’économie. Les candidats se sont montrés sérieux pour eux-mêmes, et respectueux des autres.

Il y a bien eu quelques petites pointes ici et là, vis-à-vis de Nicolas Sarkozy qui n’a pas apporté la « rupture » promise en 2007 et qui est mis en examen pour plusieurs affaires, ou vis-à-vis de Juppé dont le casier judiciaire n’est plus tout à fait vierge. Quelques questions embarrassantes des journalistes aussi, par exemple à François Fillon : a-t-il, oui ou non, demandé à Jean-Pierre Jouyet d’accélérer les procédures judiciaires contre Nicolas Sarkozy. Réponse : non. Ce n’est pas le moment où il fut le plus à l’aise.

Mais dans l’ensemble, la priorité a été donnée aux sujets de fond. Le format de l’émission, qui ne laissait à chaque participant qu’une minute pour s’exprimer à chaque prise de parole, s’est révélé assez efficace. Il a évité l’éparpillement et a fait ressortir très rapidement les points importants. J’en parlais plus haut : emploi, déficits, retraite, croissance. (Voir le compte-rendu de l’émission réalisé par Contrepoints, et le résumé des prises de position de chacun réalisé par Le Monde.)

Ce qui ressort, c’est que chaque candidat à sa façon tourne autour de la nécessité de libéraliser l’économie, de laisser les initiatives créatrices s’exprimer. Tous veulent réduire les dépenses, baisser les impôts, revoir le marché du travail, réformer les retraites. Mais selon moi, deux d’entre eux sont sortis du lot des mesures communes :

• François Fillon, car il a compris qu’il n’était plus question de réformer à la marge, d’ergoter sur un âge légal de départ à la retraite à 62, 63 ou 65 ans (par exemple). Lui seul a eu la clairvoyance d’évoquer une possibilité de crise de la dette souveraine pour la France, et il a prononcé cette phrase que je retiens pour ma part comme la plus importante du débat : (de mémoire) Je ne veux pas réformer, je veux faire une véritable transformation.

C’est en effet en profondeur, dans les structures, qu’il faut changer les choses. J’en suis de plus en plus convaincue, certains systèmes ne fonctionnent pas, on ne peut plus les améliorer à coup de prélèvements obligatoires supplémentaires. Il faut les supprimer et partir sur de nouvelles bases qui se fondent d’abord sur les choix des premiers intéressés. C’est notamment le cas de toute notre protection sociale.

• Les changer, oui, mais comment ? Sur ce point, NKM a apporté des idées vraiment novatrices. Elle a proposé un système de retraite à point qui laisserait à chacun toute liberté de décider quand partir en retraite. Elle a également évoqué la question fiscale avec la possibilité d’introduire une flat tax, système préconisé par les libéraux comme étant à la fois plus universel, plus juste, plus simple et plus stable.

Mais dans le même temps, NKM est tellement sûre de la justesse de ses idées, elle se sent tellement moderne (il est vrai qu’elle fut la seule à parler de la nouvelle économie et du travail indépendant), elle est portée par un tel désir de trancher par rapport à tous les hommes plus âgés qui l’entourent, qu’elle retombe lourdement dans le dirigisme en annonçant qu’elle ne supprimera pas l’ISF mais qu’elle « obligera » les redevables à investir dans et uniquement dans les PME ! Elle qui parlait de favoriser un pays de liberté !

C’est bien là que le problème du « pour qui voter ? » commence à se poser. Nos candidats ont tous un petit quelque chose de libéral, et un quelque chose pas négligeable de dirigiste, voire d’excessivement sécuritaire chez certains. Il y a aussi parfois une dose de naïveté confondante, celle d’un Juppé s’imaginant que les syndicats auront à coeur de le laisser appliquer son programme sans broncher, par exemple ! En recomposant un candidat virtuel à partir des points libéraux de chacun, arriverait-on à dessiner le candidat parfait ? Ce n’est même pas certain.

D’où ma dernière et plus importante question. Suis-je trop intransigeante, avec le risque que jamais rien ni personne ne me convienne ? Serait-il envisageable qu’une fois de plus je rogne sur mes exigences à seule fin d’éviter pire, un Hollande, une Le Pen … ? Après tout, Thatcher elle-même n’était pas parfaite. Tout à son combat contre le syndicat des mineurs qui refusait la fermeture des charbonnages, elle a saisi la lutte contre les émissions carbone pour mieux aboutir. Aujourd’hui, on fait difficilement plus dirigiste que dans le domaine de la lutte contre le réchauffement climatique qui en a résulté grâce à son entremise active.

Je pense que le grand soir libéral est une utopie. Par contre, il est possible d’envisager une transformation progressive de la France, il est possible de se mettre avec constance, quoi qu’il arrive, sur un chemin de libéralisation des activités humaines. C’est un projet qui prendra peut-être dix ans à condition d’être entrepris maintenant. Celui qui serait capable d’en commencer l’exécution sans se retourner et sans faiblir fait-il partie des 7 qu’on a vus jeudi soir ?

C’est à cela que je vais réfléchir d’ici le premier tour de la primaire, le 20 novembre prochain. Mais je sais déjà que ce ne sera ni Juppé (absent et inconscient), ni Le Maire (vieux et rigide), ni Sarkozy (usé et disqualifié), ni Copé (convalescent et agressif), ni Poisson (dirigiste assumé). Je laisse le bénéfice du doute à Fillon et NKM, tout en redoutant que le premier manque d’assurance quand la seconde me semble à l’inverse en avoir beaucoup trop.


Vidéo intégrale du premier débat de la primaire de droite (2 h 24′) :


Illustration de couverture : Les 7 candidats de la primaire de la droite et du centre lors du premier débat télévisé, le 13 octobre 2016. Photo : AFP / Philippe Wojazer.

De gauche à droite : Bruno Le Maire, Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé, Jean-Frédéric Poisson et François Fillon.

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