Benjamin Constant : j’écris ton nom, Liberté !

Il y a 250 ans, le 25 octobre 1767, naissait Benjamin Constant.

Je feuillette souvent mon livre Aux sources du modèle libéral français(*). Il couvre une vaste période allant de l’Ancien Régime à nos jours et j’aime le consulter pour préciser des repères historiques ou théoriques et pour y chercher des références. Récemment, au hasard des pages, je suis tombée sur cette citation de Benjamin Constant :

« Restez fidèles à la justice, qui est de toutes les époques ; respectez la liberté, qui prépare tous les biens ; consentez à ce que beaucoup de choses se développent sans vous, et confiez au passé sa propre défense, à l’avenir son propre accomplissement. » (De l’esprit de conquête et de l’usurpation, 1814)

Ce petit texte est dense. Il couvre presque tout ce qu’on pourrait dire sur le libéralisme. Je crois qu’il mérite qu’on s’y attarde, puis qu’on se penche sur l’auteur lui-même et ses apports au courant libéral. Entre Turgot (XVIIIè) et Bastiat (XIXè) dont j’ai déjà parlé, se glisse, ou plutôt se déploie, Benjamin Constant, homme de lettres, homme politique et irréductible ami de la liberté.  Lire la suite

Socrate vs Snowden : suffit-il d’obéir aux lois de son pays pour être juste ?

Article écrit en commun par Damien Theillier, de l’Institut Coppet, et Nathalie MP.

 —->  Publié le 5 sept. 2015 par  Institut Coppet et le 7 sept.2015  par  logo-cp


L’idée de cet article est née d’une remarque que j’avais laissée sur le blog philosophique Nicomaque II de Damien Theillier à propos de la condamnation à mort de Socrate et de la façon dont ce dernier acceptait sa mort et refusait de fuir car ce serait commettre une « injustice » envers les Lois de la cité :

J’ai un souvenir particulier de la Prosopopée des Lois. Socrate disait qu’Athènes l’avait condamné mais comme c’était la loi, il s’y pliait. Je trouvais à l’époque qu’il était terriblement conciliant avec ses accusateurs, mais ça a malgré tout laissé chez moi des traces légalistes dont j’ai du mal à me défaire.

Cet épisode particulièrement frappant de légalisme nous est rapporté par Platon dans Criton, l’un des multiples ouvrages qu’il a consacrés à la pensée de Socrate. Il nous invite fortement à réfléchir à la place des Lois dans nos sociétés démocratiques. Est-ce un tout d’essence quasi divine qui s’impose absolument, le citoyen étant alors dans une position de dominé par rapport à l’Etat (Socrate) ? Ou bien le citoyen doit-il se penser d’abord comme libre et autonome, puis représenté par l’Etat, qui ne saurait alors exiger de lui, par le « droit », ce qui contrevient aux exigences de la « justice » humaine la plus universelle (Constant et Tocqueville) ? C’est finalement toute la question de la révolte et de l’objection de conscience.  Lire la suite