Pour donner suite à mon récent billet sur les navrantes recommandations dirigistes de la Cour des Comptes à propos de notre système de santé, je vous propose aujourd’hui un témoignage puis ma traduction pour Contrepoints d’un intéressant article publié sur le site de la FEE.
L’auteur, Mahdi Barakat, est un américain libéral, partisan de la limitation du périmètre d’action des gouvernements. Ingénieur diplômé de University College (Londres), il a travaillé comme consultant pour l’industrie des équipements médicaux et se consacre à la recherche sur les politiques publiques.
Dans l’article ci-dessous, il montre que les Etats-Unis, bien que considérés comme un pays où il ne fait pas bon tomber malade quand on n’est pas rich and famous, ont des performances médicales telles que si on leur appliquait celles des pays jouissant d’une couverture santé collective universelle, comme les pays européens ou le Canada, ce seraient plusieurs dizaines de milliers de décès en plus qu’il faudrait constater chaque année.
La solidarité médicale qui s’affiche en Europe tend à masquer les déficiences massives (attentes, pénuries…) qui sont la marque des systèmes de santé universels collectivisés. De quoi réfléchir.
→ Pour compléter cette approche académique, j’aimerais vous livrer le témoignage que j’ai reçu hier d’un ami français actuellement en visite à San Diego (Californie). Sa fille (37 ans) qui vit là-bas a été opérée hier d’un cancer de la langue et des ganglions du haut du cou. Opération lourde et complexe qui a duré 6 heures. Après nous avoir donné des nouvelles de sa santé, il a rajouté un post scriptum à son mail. Mon ami n’est pas un libéral comme moi, mais il a des yeux pour voir, une intelligence pour comprendre et un coeur pour ressentir. Voici ce qu’il tenait à dire à son cercle d’amis :
« PS : Je ne vous lâcherai pas sans vous avoir invité à lire les lignes qui suivent sur la médecine que j’ai vue à l’œuvre cette semaine. Voici :
Sharp Memorial Hospital de San Diego : Admiration … Multiplicité et exhaustivité des examens effectués, en une semaine, à la chaîne, et sans attente pour le patient ; temps pris par les spécialistes de chaque discipline pour faire l’explication lente des données, pour faire de la pédagogie sur la situation et sur les suites à prévoir ; prise en charge des enfants ; affectation à (ma fille) dès avant l’opération de la personne qui va être en charge de l’intégralité de son suivi post opératoire ; organisation de plusieurs rendez-vous avec cette personne avant l’opération ; présence de celle-ci à l’entrée du bloc et à la sortie ; pour parler ; chaque rendez-vous (et il y en a eu des dizaines, c’est incroyable) ne se termine pas au vu de l’horloge, mais seulement lorsque tout a été dit et compris ; remise à (ma fille) des n° de téléphones directs de tous les spécialistes rencontrés ; pendant l’opération : compte rendu toutes les 90 minutes de ce qui est en train de se passer ; et, bien sûr, mise à disposition de la famille d’un salon privé dans l’hôpital.
Au plan du chirurgien : (ma fille) a été opérée par Terry Mansfield un des meilleurs spécialistes actuels du pays, qui, apanage des grands, a accepté qu’à la suggestion de notre famille (qui, truffée de professeurs de médecine, avait construit de Paris, à partir de tous les résultats transmis, un protocole secondaire « en miroir ») un second chirurgien soit présent au bloc pendant l’opération afin de prendre éventuellement la main et d’orienter la procédure vers une intervention plus lourde si la procédure initialement prévue était confrontée à une mauvaise surprise. Temps passé par des tiers pour évaluer l’absence d’effets nocifs (pression) de cette double procédure sur Terry qui l’avait acceptée (il s’est en fait montré ravi de l’idée venue d’ailleurs, mais après 4h d’opération nous a fait savoir qu’il était convenu avec son confrère que l’alternative lourde ne serait pas nécessaire).Chapeau bas à ces gens, et à un mode de fonctionnement pluridisciplinaire techniquement impressionnant qui fait penser à un lancement de fusée.Ajoutons à cela la gentillesse et l’immensité du temps consacré. En moins d’une semaine (ma fille) est passée d’un diagnostic lourd et un imaginaire prostré relatif à l’intervention à une entrée au bloc en nous disant « je suis prête », rassurée. »
Et maintenant, l’article promis.
Bonne lecture et bon Week-End !
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Cet article est paru initialement le 27 octobre 2017 sur le site de la Foundation for Economic Education (FEE) sous le titre If American Healthcare Kills, European Healthcare Kills More puis il fut repris en français par Contrepoints le 8 novembre 2017.
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On justifie généralement l’adoption d’un système de santé collectivisé de type européen par les décès qu’il permet d’éviter, mais les chiffres ne le confirment pas.
L’argument moral en faveur d’un système de santé universel est simple : si davantage de gens reçoivent des soins médicaux, on aura moins de décès évitables à déplorer. Si un tel système, avec payeur unique notamment, débouche sur une mortalité en baisse, alors il devient à l’évidence le choix moral qui s’impose. Des hommes politiques comme Bernie Sanders vont encore plus loin en affirmant que la réduction de la couverture santé gouvernementale lancée par le parti Républicain tue effectivement des gens.
Et pourtant, que dirait-on si l’on disposait de preuves montrant que plus de gens mourraient dans le cadre d’un système de santé universel que dans celui qui prévaut aujourd’hui aux Etats-Unis ? Que dirait-on si, selon les standards de la gauche, le système américain se révélait moins tueur que le système européen moyen ?
Considérons le nombre de personnes décédées par manque de soins médicaux aux Etats-Unis. Le sujet est fortement polémique et les estimations varient de 0 à 45 000 personnes par an. Le dernier chiffre est évidemment celui que les progressistes aiment citer. Bien qu’il soit plus que douteux, admettons pour les besoins de la discussion que les décès annuels aux Etats-Unis seraient inférieurs d’environ 45 000 si tous les Américains avaient une assurance-santé décente.
Et maintenant, retournons la question : Combien de personnes meurent dans les autres pays en raison des déficiences de leur système de santé ? Et combien mourraient aux Etats-Unis si nous avions des résultats de traitement similaires à ceux des autres pays ?
Les systèmes de santé collectivisés coûtent des vies
Une étude du Fraser Institute intitulée L’effet des temps d’attente sur la mortalité au Canada estime qu’« entre 1993 et 2009 au Canada, l’augmentation des temps d’attente pour les soins médicaux nécessaires a pu provoquer entre 25 456 et 63 090 décès supplémentaires chez les femmes, la valeur moyenne étant de 44 273. » Si l’on procède à des ajustements pour tenir compte du nombre d’habitants (les Etats-Unis en ont environ 9 fois plus) cette moyenne monte à 400 000 décès supplémentaires estimés chez les femmes sur une période de 16 ans. En d’autres termes, si les Etats-Unis souffraient de la même hausse de mortalité que le Canada en raison de l’augmentation des temps d’attente, on y observerait 25 000 décès féminins supplémentaires par an. Un système qui affecte les femmes de façon aussi disproportionnée ? Très progressiste.
Examinons maintenant le résultat des traitements. Selon le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), les accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont la cause de plus de 130 000 décès par an aux Etats-Unis. Cependant, le taux de mortalité à 30 jours d’un AVC y est significativement plus bas que dans tous les autres pays de l’OCDE à l’exception du Japon et de la Corée. Les données de l’OCDE suggèrent que les taux européens ajustés par l’âge et le sexe se traduiraient par des dizaines de milliers de décès additionnels aux Etats-Unis.
Si l’Amérique avait le taux de mortalité à 30 jours du Royaume-Uni, par exemple, nous pourrions nous attendre à 38 000 décès de plus chaque année. Pour le Canada, ce nombre serait de l’ordre de 43 500. Et ceci ne vaut que pour les décès se produisant dans le mois qui suit l’attaque, lesquels ne représentent que 10 % des décès liés à un AVC.
On retrouve ce résultat dans les données sur la mortalité globale des AVC : aux Etats-Unis, pour 1000 AVC qui se produisent chaque année, on compte environ 170 décès liés à un AVC. Ce dernier nombre monte à 250 au Royaume-Uni et 280 au Canada. Etant donné qu’aux Etats-Unis, le nombre annuel d’AVC est de 795 000, l’écart de mortalité lié à un AVC est faramineux. Mais ne vous attendez pas à ce que NPR (audio-visuel public des Etats-Unis) vous propose une émission bien larmoyante sur un Canadien victime d’un AVC qui aurait pu survivre dans un hôpital américain.
De la même façon, les taux de survie au cancer sont considérablement plus élevés aux Etats-Unis que dans d’autres pays. Examinez ces données citées par le CDC. Elles viennent de l’étude CONCORD qui fait autorité sur les taux internationaux de survie au cancer. On constate que les Etats-Unis dominent tous les autres pays pour les formes de cancer les plus mortelles.
Si l’on ramène les taux de survie donnés par le CDC pour chaque forme de cancer à leur contribution dans la mortalité globale du cancer, on déduit que le taux de survie du Royaume-Uni produirait 72 000 décès supplémentaires par an aux Etats-Unis. Ce nombre serait de 21 000, 23 000 et 31 000 en se basant sur les taux de survie du Canada, de la France et de l’Allemagne.
Comment sauve-t-on des vies ? D’abord, bien sûr, grâce aux excellents résultats des différents types de traitements médicaux qui sont souvent l’apanage des Etats-Unis. Ensuite, il ne faut pas oublier toutes les vies sauvées chaque année dans le monde grâce aux innovations médicales que le dynamisme des marchés américains rend possibles. Selon la logique « Le système de santé américain tue », toute augmentation des impôts, en pesant sur la productivité et donc en ralentissant le rythme de l’innovation, équivaut à tuer – une conclusion à l’évidence absurde.
Le débat sur la santé a été mal cadré par des démagogues
Je suis le premier à le reconnaître, notre système de santé est loin d’être optimal. Entre autres préoccupations, l’augmentation des coûts de santé a certainement besoin d’être contrôlée et l’assurance contre le désastre de la maladie devrait être beaucoup plus abordable. Mais les mesures exigées par Sanders et consorts ignorent complètement les déficiences massives qui sont la marque des systèmes de santé universels collectivisés. Ils entonnent en permanence la complainte des 45 000 vies enlevées chaque année par l’avidité des dirigeants des compagnies d’assurance et leurs amis du Congrès américain, mais restent totalement ignorants du fait que les systèmes européens qu’ils fétichisent sont moins humains selon leurs propres termes.
Si nous devons qualifier Paul Ryan de tueur pour avoir coupé dans les dépenses de Medicaid, nous devons logiquement recourir à la même expression pour tous les politiciens qui se font les avocats des systèmes de santé européens – vous savez, ces systèmes dont les résultats signifient des dizaines de milliers de morts en plus aux Etats-Unis chaque année. Paul Ryan est peut-être champion olympique de l’homicide involontaire, mais Bernie Sanders n’est pas loin de battre le record du monde.
