Depuis samedi 7 octobre 2023 : Tirs de roquettes, enlèvements, massacres de civils dans des villages israéliens autour de la bande de Gaza et dans un festival de musique, avec un bilan à ce jour (11/10/23) de 1200 morts et 2800 blessés pour Israël (+ 900 morts et 5000 blessés palestiniens dans les affrontements de riposte) – le Hamas confirme sans ambiguïté qu’il est bien une organisation terroriste qui n’a rien à envier à Daesh ou Boko Haram. Barbarie inouïe, mauvaise foi inouïe et inversion fallacieuse entre l’agresseur et l’agressé, telles sont les ressorts éternels de ses actions mortifères. Et pourtant, on trouve encore des gens pour le prendre pour un valeureux mouvement de résistance à l’oppression. Il est vrai qu’il a toujours été de bon ton de traiter Israël d’État Nazi, en 2021 par exemple…
Chers lecteurs, si vous avez lu mon « À propos », vous savez que je soutiens l’existence de l’État d’Israël. Non pas que ses gouvernants soient systématiquement irréprochables, loin de là. Mais alors que la violence du Hamas se déchaîne une fois de plus sur Israël, j’aimerais redire dans quelles conditions (dates, traité, frontières puis, hélas, belligérants) l’État d’Israël a vu le jour, et combien les Palestiniens, mal conseillés par leurs dirigeants, ont refusé depuis le début toutes les occasions d’avoir un État bien à eux [Replay] :
J’ai beaucoup parlé de l’État dans mes précédents articles, sur sa place, ses missions et ses limites. La triste actualité des attentats perpétrés par des Palestiniens, au couteau, mais aussi à la bombe ou à la voiture bélier, qui sévit en Israël depuis plusieurs semaines, et encore hier mardi 13 octobre 2015, m’amène à repenser à la naissance de cet État, très particulier par la façon dont il s’est constitué, très petit en superficie (22 000 km2), et supérieurement haï, à tel point qu’il est « le seul pays sujet à un ordre du jour permanent » du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, ainsi que le déplorait Hilary Clinton en 2011.
Je ne me prononcerai pas sur ce qui se passait en Terre promise avant Abraham (environ 1 800 avant J. C.) mais j’observe que l’État moderne d’Israël s’est constitué en 1948 non par le déploiement de la force de son peuple sur les autres, mais au contraire suite au constat de l’oppression constante dont le peuple juif a eu à souffrir à travers les âges et à travers le monde, et par l’aspiration de délimiter un endroit où vivre en paix. Selon les termes de Théodore Herzl, fondateur du sionisme, il s’agissait de donner « un abri permanent au peuple juif. »
Cette idée s’est développée à la fin du XIXème siècle. Chez Herzl (1860-1904), elle est devenue impérative lorsque, jeune journaliste austro-hongrois envoyé à Paris pour couvrir l’affaire Dreyfus (1894-1906), il a vu à quel point celle-ci avait déchaîné l’antisémitisme de l’extrême-droite française de l’époque. La Shoah n’est donc pas à l’origine du sionisme, mais par sa violence et ses nombres exorbitants elle en fut clairement un catalyseur puissant, permettant de déboucher rapidement sur la création concrète de l’État d’Israël.
Au tout début du sionisme, la Terre promise, aussi appelée Palestine par les Anglais, appartient à l’Empire Ottoman, lequel n’est pas franchement amical avec les Juifs. Les terribles pogroms (explosion de violence contre une communauté juive) de 1903 en Russie poussent ainsi le gouvernement britannique à proposer à Théodore Herzl une partie de l’Ouganda (actuel Kenya) pour installer un « foyer national juif ».
Cette proposition est examinée, y compris avec des déplacements sur les lieux, mais elle est finalement repoussée par le mouvement sioniste qui se détermine définitivement en faveur de la solution d’une terre en Palestine, incontestable berceau du peuple juif. À ma connaissance, quand les Romains s’activaient à faire régner l’ordre en Galilée, Judée et Samarie à l’époque de Jésus, ils avaient face à eux une population juive, des Rois Hérode (père et fils) juifs et des activistes zélotes anti-romains juifs.
Entre temps, l’Empire Ottoman (1299-1923), dans une ultime tentative de modernisation avant sa chute consacrée par le premier conflit mondial, va permettre aux Juifs vivant en Palestine d’accéder à la propriété des terres, dans l’espoir d’en voir ainsi s’accélérer l’exploitation. Aussi, lorsqu’il s’est agi, au lendemain de la seconde guerre mondiale, de dessiner les contours du futur État d’Israël, les experts de l’ONU ont pris bien soin de respecter les tracés des propriétés appartenant aux Juifs.
De 1923 (chute de l’empire Ottoman) à 1948 (création de l’État d’Israël), la Palestine est placée sous mandat britannique. On l’appelle alors la Palestine mandataire. Son plus gros morceau (92 300 km2) devient en 1946 le Royaume hachémite ou Transjordanie, c’est-à-dire l’actuelle Jordanie, c’est-à-dire un État arabe.
Il reste un territoire que la résolution 181 de l’ONU va partager à 55 % pour les Juifs et 45 % pour les Arabes, sachant que la portion juive comprend pour 40 % le désert du Néguev (pointe de la moitié sud), faiblement habité ou cultivé à cette époque.
En vertu de ce qui précède, j’aimerais donc attirer l’attention sur le fait, assez rare je pense, que l’État moderne d’Israël a été créé officiellement le 14 mai 1948 :
1. pour donner un abri aux Juifs, c’est-à-dire pour leur permettre d’échapper, si possible définitivement, à leur histoire de peuple systématiquement opprimé,
2. sur des terres de Palestine dont une bonne partie avait été achetée par des Juifs auparavant,
3. par un vote de l’Assemblée générale de l’ONU le 29 novembre 1947 (33 voix pour, 13 contre et 10 abstentions) en faveur du partage en deux États prévu dans la résolution 181.
Le partage de 1947 (voir la carte ci-contre) avait été préparé par un comité de l’ONU regroupant onze pays, mais aucune grande puissance pour une question de neutralité. Si l’Agence juive a fait bon accueil à ce comité, en dépit de quelques dissensions internes sur l’opportunité d’intégrer aussi des terres de la rive gauche du Jourdain (actuelle Jordanie), le Haut comité arabe l’a boycotté d’entrée de jeu.
C’est donc sans surprise que l’on apprend que le partage ainsi conçu et dûment voté ne fut accepté ni par les Arabes vivant en Palestine mandataire ni par les pays arabes voisins, lesquels firent rapidement savoir qu’ils s’opposeraient par la force à l’application de ce plan de séparation.
Les Arabes considéraient notamment qu’ils n’avaient pas à faire les frais des malheurs des Juifs pendant la seconde guerre mondiale, malheurs auxquels ils avaient pourtant pris leur part active grâce à l’entregent farouchement antisémite du grand mufti de Jérusalem Mohammed Amin al-Husseini auprès d’Hitler. Ils estimaient en outre que la création de cet État allait à l’encontre de la politique britannique de restriction de l’immigration juive en Palestine (politique des Livres blancs).
En conséquence, une guerre civile éclata dans la Palestine mandataire dès le lendemain du vote de 1947, sous l’œil complètement passif des Britanniques, et se transforma en guerre contre l’État d’Israël dès le lendemain de sa proclamation par son nouveau Premier Ministre Ben Gourion en 1948, par entrée sur le territoire israélien des armées de l’Egypte, de la Transjordanie, du Liban, de la Syrie et de l’Irak, ainsi que des volontaires de l’Armée de libération arabe.
Mais qui verra également l’Égypte récupérer la bande de Gaza (en blanc), et la Transjordanie, dont les ambitions propres n’étaient pas tout à fait alignées sur celles des autres pays arabes, annexer Jérusalem-Est et la plus grande partie de la Cisjordanie qui constituait le cœur de l’évanescent État palestinien (en vert-beige très clair sur la carte ci-contre qui montre les possessions des uns et des autres en 1949).
Mettons bien les points sur les i : en 1949, la bande de Gaza, Jérusalem-Est et la majeure partie de la Cisjordanie étaient aux mains, et au bon vouloir, de deux pays arabes, l’Égypte et la Transjordanie (actuelle Jordanie).
Le même scénario se reproduisit à peu de choses près en 1967 avec la guerre des Six Jours initiée par le président égyptien Nasser avec l’aide de la Jordanie et de la Syrie, et se solda par une autre grande défaite arabe : l’Égypte perdit la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï, la Syrie fut amputée du plateau du Golan et la Jordanie de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est.
Il en résulte que ce que nos médias s’empressent d’appeler « occupation », en jetant ainsi une présomption d’illégitimité à la face de l’État d’Israël, ne sont jamais que des lignes de cessez-le-feu découlant directement du refus initial des Arabes d’accepter le partage onusien ainsi que de leurs guerres successives ratées.
Il se trouve qu’en 1979 Israël a rendu le Sinaï à l’Egypte après l’accord de paix signé avec le président égyptien d’alors Anouar El Sadate (inoubliable discours de ce dernier avec Begin à la Knesset en 1977), dans la foulée du sommet de Camp David I de 1978.
Il se trouve qu’en 1994, Israël et la Jordanie ont signé un traité de paix qui a fixé le Jourdain comme frontière entre les deux pays et a normalisé l’ensemble de leurs relations.
Il se trouve qu’en 2005, Israël s’est complètement retiré de la bande de Gaza.
Il se trouve d’autre part que les Palestiniens ont eu au moins une autre occasion, en plus de la partition proposée par l’ONU en 1947, pour obtenir un accord de paix et un État en propre. Après les accords d’Oslo de 1993 qui établissaient un début de dialogue entre Israël et l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat, l’opinion internationale attendait beaucoup du sommet de Camp David II mené en 2000 sous les bons offices de Bill Clinton. Les négociations n’ont cependant pas abouti et l’échec en est généralement attribué à Yasser Arafat qui a refusé en bloc tout ce que le premier ministre travailliste israélien Ehoud Barak a pu lui proposer.
Et il se trouve donc que malgré des gestes positifs concrets en faveur de la paix, Israël est soumis en permanence aux attaques palestiniennes, que ce soit sous forme d’attentats suicides, de tirs de roquettes Qassam, ou d’agressions mortelles à l’arme blanche, comme c’est le cas depuis quelques temps.
La méthodologie évolue, mais le scénario reste toujours le même : l’opinion internationale ne retient que les ripostes israéliennes, qui en l’occurrence ont souvent abouti au décès des agresseurs, et oublie rapidement les faits générateurs de ces ripostes.
Les attaques de ces derniers jours sont le fait de jeunes, même de très jeunes Palestiniens (13 et 17 ans) dont l’un a été abattu par les israéliens. Mais n’oublions pas qu’ils s’en étaient pris d’abord à un jeune de leur âge avant de condamner unilatéralement l’État d’Israël. Et n’oublions pas non plus que tant le Hamas à Gaza que l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas n’ont pas d’avenir à proposer à leurs jeunes à part la haine éternellement ressassée d’Israël.
Remarque : J’ai écrit deux autres articles sur Israël auxquels il peut être utile de se reporter pour plus de détails : sur le sionisme et sur la bande de Gaza. Si vous y remarquez des inexactitudes, tout comme dans le présent article, merci de me les signaler.
