Macroniste ! Mais, Mme MP, vous êtes sûre que tout va bien ? me rétorquez-vous immédiatement en votre for intérieur. La présidence Macron, c’est quand même peu de réformes des structures, une dette publique augmentée de 50 % depuis 2017, un décrochage notable par rapport aux pays comparables (en éducation, en santé, en richesse produite par habitant, etc.) et la tentation récurrente de brider la liberté d’expression et d’information des citoyens, ajoutez-vous en pensée à l’appui de vos convictions intimes.
Oh, absolument ! Ce constat est aussi le mien, ainsi que vous avez pu le lire à maintes reprises ici. Il n’empêche que M. Kasbarian se démarque de la plupart de ses collègues politiciens, y compris au sein du parti présidentiel Renaissance, par un certain nombre de faits, de votes et de déclarations qui font la part belle tant à l’idée de liberté qu’à celle du nécessaire recul de la sphère d’influence de l’État. Les débats actuels autour du PLF le montrent de façon particulièrement frappante, comme on va le voir, mais déjà en 2023, il faisait voter (avec Aurore Bergé) une loi « visant à protéger les logements contre l’occupation illicite », dite loi anti-squat.
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D’un point de vue libéral, ce texte de loi est très intéressant. Il montre d’abord que le droit de propriété qui figure dans notre bloc de constitutionnalité à travers la DDHC de 1789 est pris au sérieux. Or ce droit, indissociable de la liberté des individus, et notamment de la liberté d’entreprendre, constitue la base de toute activité économique. Qui se lancerait dans un projet demandant des investissements en capital s’il devait craindre à tout moment que ses biens soient volés, dégradés ou confisqués ?
Il permet ensuite d’aborder la question du logement, non pas sous la forme notoirement inefficace du plafonnement des loyers, des quotas de logements sociaux et des réglementations absurdes (type DPE), mais en redonnant confiance aux propriétaires bailleurs afin de les faire revenir sur le marché du locatif privé et de les inciter à rénover et entretenir leurs biens immobiliers.
Je ne vous étonnerai pas en vous disant que Guillaume Kasbarian ne s’est pas fait que des amis avec cette loi. « Nous te maudissons », s’est exclamé le patron de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon. La gauche, toujours au mieux de sa forme quand il s’agit de prendre les problèmes à l’envers, n’a pas manqué de dénoncer bruyamment « l’extrême-droitisation assumée » du député. Un anathème classique chez elle, chaque fois qu’elle sent que le pouvoir de dicter sa loi à la France entière lui échappe.
Il faut dire que Kasbarian ne la ménage pas, cette gauche enchâssée dans ses certitudes, ses échecs et ses dictateurs préférés. N’a-t-il pas poussé l’horreur jusqu’à féliciter Javier Milei pour ses succès politiques et économiques en Argentine ?
Mais surtout, en cette période délicate pour nos comptes publics et notre vitalité future, Guillaume Kasbarian a le bon goût de rappeler un certain nombre de réalités économiques difficiles à entendre dans notre France devenue l’esclave d’un modèle social insoutenable ; il a le bon goût de proposer des amendements en rapport et il a le bon goût de voter les textes du PLF 2026 dans le sens de la baisse (ou non-hausse) des impôts et des dépenses. Petit florilège :
· Sur les prélèvements obligatoires et les dépenses :
· Sur les retraites et la suspension de la réforme de 2023 :
· Sur l’omniprésence de l’État et l’inversion des priorités des politiques publiques :
Le moment me semble particulièrement bien choisi pour citer à nouveau le député et économiste Frédéric Bastiat (1801-1850) qui démontre une fois de plus sa fabuleuse actualité et sa non moins extraordinaire clairvoyance :
« Les finances publiques ne tarderont pas d’arriver à un complet désarroi. Comment pourrait-il en être autrement quand l’État est chargé de fournir tout à tous ? Le peuple sera écrasé d’impôts, on fera emprunt sur emprunt ; après avoir épuisé le présent, on dévorera l’avenir. » (Justice et Fraternité, 1848)
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Dans le même temps, Guillaume Kasbarian s’est efforcé de faire baisser les dépenses au travers d’amendements dont certains ont été votés (par exemple la suppression du Haut-Commissariat au Plan, 10 millions d’euros, c’est peu) et d’autres rejetés (par exemple la fin du chèque énergie, 650 millions d’euros, c’était déjà mieux, mais je rappelle que le déficit public annuel de la France se situe autour de 160 milliards d’euros, un tout autre ordre de grandeur). Des efforts presque inutiles finalement, en tous cas sans écho notable parmi les députés, puisqu’au vu des dépenses et des impôts actés en plus dans le budget, il a annoncé qu’il ne voterait pas « cette copie budgétaire socialiste ». On le prend au mot.
Pour conclure ce panorama en beauté, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter son commentaire d’un amendement totalement bureaucratique présenté par le député de La France insoumise Manuel Bompard, ce qui lui donne au passage l’occasion d’étriller la « vieille lubie marxiste » qu’est le blocage des prix :
Le blocage des prix ? Une vieille lubie marxiste.
— Guillaume Kasbarian (@guillaumekasba) October 27, 2025
Partout où il a été appliqué, cela a toujours viré au cauchemar : pénuries, rayons vides, marché noir… puis in fine explosion des prix.
LFI veut faire de la France un Venezuela 2.0.
🔴 STOP à leur folie collectiviste. pic.twitter.com/QbqlJbSZkm
De telles dispositions sont à l’évidence très alléchantes pour les libéraux. Surtout venant d’un homme disposant effectivement d’un siège à l’Assemblée nationale. Mais elles ne sont pas sans leur part d’ombre. Amender de-ci de-là un budget qui n’a pas pour objet de réformer la France, mais juste d’être voté au nom de la sacro-sainte STA-BI-LI-TÉ politique est une chose ; construire un programme cohérent de sortie du collectivisme socialiste est une tout autre histoire. Une histoire possible, une histoire qu’il faut écrire, mais une histoire qui va demander un courage politique inédit dans l’Hexagone.
Plus préoccupant selon moi, que fait encore Guillaume Kasbarian chez Renaissance ? Arrivé en politique en 2017 dans le sillage de l’élection d’Emmanuel Macron (il avait 30 ans à l’époque), il a probablement pensé comme beaucoup d’autres Français que ce dernier ouvrait la porte à un nouvel espoir de changer la France. Conquis par sa jeunesse, ses discours et son enthousiasme « printanier », il s’est mis « en marche », certainement avec la ferme ambition de faire place aux idées neuves, à l’audace et à l’ouverture sur le monde. Huit ans après, le doute n’est plus permis, c’est un échec, et la nullité des débats actuels sur le budget en apporte un nouveau témoignage éclatant.
Aussi, comme d’ailleurs à David Lisnard, qui détient toujours un titre de vice-président chez Les Républicains (LR), j’ai furieusement envie de lui dire :
M. Kasbarian, vous parlez libéral, vous raisonnez libéral, vous votez libéral. Quittez Renaissance qui ne l’est pas et ne le sera jamais, quoi que vous en disiez. Rejoignez d’autres libéraux, créez un pôle d’attraction du libéralisme qui aura la parole et l’attention des journalistes lors de la prochaine campagne électorale présidentielle de 2027. Rester chez Renaissance créerait un doute irréparable concernant vos dispositions et vos intentions réelles. L’avenir de la France, l’avenir des Français, leur prospérité et leur liberté sont en jeu.
Je vous invite à retrouver cet article parmi les quelque 75 portraits et entretiens de ma petite galerie politique.
