S’agissant des écologistes, on savait déjà que leur objectif climatique suprême de limiter les émissions de CO2 manquait cruellement de sérieux dans la mesure où il s’accompagne d’un autre objectif encore plus important, semble-t-il, et néanmoins complètement contradictoire : sortir du nucléaire, source d’électricité pourtant idéalement décarbonée et finement pilotable, au profit de l’éolien et du solaire, lesquels sont des énergies renouvelables non seulement intermittentes et non pilotables mais susceptibles d’introduire de plus en plus d’instabilité dans le réseau électrique à mesure que leur part augmente.
S’agissant du glyphosate, on savait déjà que les écologistes étaient d’autant plus acharnés à obtenir son interdiction totale qu’ils le considèrent comme un élément déterminant de l’agriculture intensive qu’ils réprouvent. En revanche, silence radio sur la question du cuivre utilisé comme fongicide en agriculture biologique, laquelle agriculture n’est jamais évoquée par les écologistes qu’avec des trémolos de bonheur ému dans la bouche. La dangerosité du cuivre est pourtant connue de longue date et a poussé cet été l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) à durcir ses conditions d’utilisation en agriculture.
S’agissant de la Secrétaire nationale des Écologistes (ex-EELV) Marine Tondelier, on savait déjà que ses pieuses déclarations sur son mode de vie 100 % vertueux pour la planète ne valaient pas grand-chose. Elle a beau dire, tweeter et répéter qu’elle se chauffe à 19 °C, qu’elle a ses propres poules et qu’elle ne prend pas l’avion, force est de constater que son engagement écolo la pousse aussi à retourner en Guyane tous les ans pour aller voir comment un certain arbre « planté il y a 20 ans (…) par des copains de Guyane Écologie » se développe. On se doute bien qu’elle n’y va ni en train ni en voilier.
Pour clôturer mon 1er déplacement officiel en outre-mer direction la Guyane🇬🇫@ecologiejustice pic.twitter.com/HqXfiJFj98
— Marine Tondelier (@marinetondelier) March 24, 2024
Mise au pied du mur de ses contradictions, elle esquive et contre-attaque : « Je ne prends pas l’avion depuis des années, ni ne mange de viande depuis 15 ans, je doute que ces messieurs qui me critiquent le fassent. »
La cohérence, c’est d’un ennui… Mais quoi qu’il arrive, la gauche en général et les écologistes en particulier ont raison parce qu’ils ont le monopole du cœur, ce qui les positionne immédiatement et éternellement du bon côté de l’histoire et de l’humanisme, tandis que tous les autres ont mille fois tort, quelle que soit leur rationalité et/ou la qualité scientifique de leurs raisonnements, y compris quand le réel leur donne raison.
Et nous arrivons ainsi à la question sociale. Faites remarquer à un militant de gauche que la France est le pays le plus redistributif au monde (comme s’y employa l’entrepreneur Rafik Smati récemment), et le militant (la militante, en l’occurrence) vous répondra : « Ne m’embrouillez pas avec vos chiffres, il y a 10 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. »
Première remarque, le seuil de pauvreté caractérise un niveau relatif de revenu (60 % du revenu médian). En conséquence, même dans une société riche qui disposerait d’un niveau de vie élevé du bas en haut de l’échelle sociale, on trouverait des familles vivant sous le seuil de pauvreté. Ceci pour dire que cette grandeur ne saurait caractériser à elle seule le niveau de vie effectif des habitants d’un pays.
Mais surtout, ai-je envie de dire, faudrait savoir. D’un côté, le 7 novembre, Marine Tondelier se lamente sur la misère sociale qui s’accroit partout en France et qui risque de se multiplier encore plus en raison du budget austéritaire de Sébastien Lecornu. Et puis le 8, changement de ton radical. Manifestement en campagne en vue de l’élection présidentielle de 2027 – elle a annoncé sa candidature le mois dernier -, on la retrouve au salon du Made in France sur le stand du fabricant des jeans 1083 :
On passe beaucoup de temps à critiquer SHEIN, et c’est mérité.
— Marine Tondelier (@marinetondelier) November 8, 2025
Mais il faut aussi parler des entreprises françaises qui se battent face à cette concurrence déloyale et qui défendent d’autres valeurs.
La preuve au salon @mif_expo avec les jeans 1083 (j’en ai acheté un) 👖 pic.twitter.com/Z1vAiGOIC0
Des jeans qui ont l’air effectivement très bien, mais qui coûtent « un peu plus cher », comme le dit si pudiquement Marine Tondelier. Les prix vont de 129 à 210 euros pour les modèles hommes, quand on peut s’offrir un jean Zara pour 50 euros. Mais des jeans qui, d’après elle, « font gagner de l’argent » : pas de travail d’enfants, pas d’exploitation des travailleurs, pas de pollution, pas de longs transports depuis le bout du monde – toute la fabrication (ou presque, parce qu’il est aussi question d’approvisionnements en Italie et en Tanzanie) s’est déroulée dans les 1083 km qui représentent la plus grande longueur de l’Hexagone.
Et puis des jeans solides, qui durent longtemps et qui sont fabriqués « par des salariés qui ont sauvé leur entreprise. » Enfin, plus exactement, qui essaient de sauver leur entreprise, car pour l’instant, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Figurez-vous que curieusement, le facteur prix est important pour les consommateurs… Goutte d’eau de 50 000 jeans annuels dans un marché français où il s’en vend 67 millions par an, 1083 aimerait pouvoir s’appuyer sur la commande publique – pour la fabrication des futurs uniformes de l’Éducation nationale, par exemple. Tiens donc… Fiscalité délirante d’un côté, aides et connivence de l’autre – la France dans toute sa splendeur désindustrialisée.
Mais bref, Marine Tondelier est conquise. Plus cabotine que jamais, elle n’arrête pas de dire qu’on lui a conseillé de réessayer le jean de son choix dans la demi-taille au-dessus. Elle assure ne pas s’en formaliser, mais peut-être pourrait-elle tout simplement envisager de ralentir sur les bons déjeuners dans les salons du très chic et très cher restaurant Matignon.
Surtout, peut-être pourrait-elle essayer d’additionner deux et deux. Comment l’économie Made in France qu’elle promeut ainsi pourrait-elle être abordable pour le plus grand nombre si elle et ses amis du Nouveau Front populaire persistent à vouloir accroître les coûts de production à travers des augmentations d’impôts et des cotisations sociales toujours plus élevées afin de financer des dépenses sociales en constante augmentation ?
Je vous invite à retrouver cet article parmi les quelque 75 portraits et entretiens de ma galerie politique.
