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La France évolue en pays de VIEUX – et c’est plus GRAVE qu’ailleurs

La semaine dernière, l’INSEE a publié une projection de la population française à l’horizon 2070. Le document est simple, clair et concis (résumé, version de quatre pages), mais les courbes, et surtout les perspectives économiques et sociales qu’elles laissent présager, sont si glaçantes que je tiens absolument à m’en faire ici le relais. Le sujet n’est pas anecdotique, c’est un sujet d’avenir essentiel qui, je crois, est susceptible d’affecter nos sociétés dans leurs dimensions les plus civilisationnelles.

Intéressons-nous d’abord au scénario central présenté par l’INSEE. Il consiste à prolonger les tendances démographiques récentes observées en France :

· Les risques de décès par sexe et âge diminueraient au même rythme que sur la période 2005-2025 (hors années Covid, caractérisées par une surmortalité exceptionnelle).
· L’indicateur conjoncturel de fécondité poursuivrait sa baisse et se stabiliserait à 1,45 enfant par femme à partir de 2028.
· Le solde migratoire, qui est la différence entre le nombre d’entrées sur le territoire et le nombre de sorties du territoire, serait de + 150 000 habitants par an.

Dans ces conditions, la population augmenterait de 69,1 millions d’habitants aujourd’hui (2026) à 69,8 millions en 2037, et ceci, exclusivement sous l’effet du solde migratoire car le solde naturel est devenu négatif en 2025. Ce dernier continuerait à diminuer, d’abord par la hausse des décès puis par la baisse des naissances, et il ne serait plus compensé par le solde migratoire, ce qui entraînerait alors une baisse de la population à partir de 2037, laquelle atteindrait 65,9 millions en 2070 (voir courbe ci-dessous) :

Répartie par âge – et nous en arrivons là au point crucial – cette analyse nous indique en outre que la population des moins de 45 ans perdrait 8,9 millions de personnes entre 2026 et 2070, tandis que la population des 45-64 ans resterait stable et que celle des 65 ans et plus gagnerait 5,8 millions de personnes (voir tableau ci-dessous) :

L’INSEE a également testé des scénarios alternatifs consistant à faire bouger les variables fécondité, migration et mortalité.

Il ressort de ces études qu’une amélioration ou une dégradation de l’espérance de vie entraînerait une variation relativement limitée de la population de +/- 2,1 millions de personnes par rapport au scénario central en 2070. En revanche, des variations appliquées aux hypothèses de fécondité (de 1,20 à 1,70 enfant par femmes) et de migration (de + 70 000 à + 230 000) entraîneraient respectivement une variation de +/- 4,6 millions et de +/- 5 millions de personnes en 2070 par rapport au scénario central, soit une population totale pouvant aller de 61 à 71 millions d’habitants en 2070.

Dans ces différents scénarios qui, tous, oscillent entre une faible hausse et une baisse notable de la population par rapport à 2026, le vieillissement apparaît comme une donnée essentielle de notre structure démographique.

À ce stade, il est utile de se rappeler qu’il s’agit là de projections effectuées sous certaines hypothèses. Rien n’est fait. Rien n’est définitif. Mais un certain nombre de comportements sont en place. On le sait, car on le constate depuis 2010, les naissances sont massivement en baisse en France (voir courbe INSEE ci-dessous) :

À vrai dire, la transition démographique en cours, qui découle essentiellement d’une baisse de la fécondité et d’un allongement de la durée de vie, n’est pas propre à la France. Même si l’Europe, et plus globalement le monde occidental, a pris de l’avance sur la tendance, elle affecte l’ensemble de la planète. Selon un rapport de l’ONU datant de 2024, les personnes âgées de 65 ans et plus dépasseront le nombre d’enfants de moins de 18 ans dès 2080 au niveau mondial.

Ce qui m’inquiète dans les prévisions du rapport de l’INSEE, et qui a motivé cet article, ce ne sont pas tant les chiffres en eux-mêmes que la possibilité non négligeable de voir la France dans l’incapacité d’y faire face. Si l’on considère que la chute de la natalité est puissamment alimentée par la stagnation du pouvoir d’achat (dont la faiblesse du salaire net par rapport au coût total du travail), par les difficultés à trouver un logement et par la peur de l’avenir du fait des guerres et des tourments écologiques (sans oublier, dans certains cas, une forme d’égoïsme de jeunes adultes immatures), force est de constater que notre modèle économique et social bien français de redistribution, de nivellement par le bas et de prise en charge de tout et n’importe quoi n’aide pas.

Les perspectives démographiques annoncées plaident chez nous au premier chef pour la fin du monopole de la retraite collective par répartition, laquelle constitue un boulet insupportable pour les actifs. Dans le même ordre d’idée, elles plaident pour un retour à moins de dépenses publiques et moins de prélèvements obligatoires afin de redonner aux actifs une plus large part de leur salaire ainsi que plus de choix dans la façon dont ils souhaitent gérer les aléas de la vie. Elles plaident en outre pour une libération du marché de la location, avec la fin des loyers encadrés et des normes absurdes qui poussent les propriétaires à retirer leurs biens du marché et le retour au jeu de la concurrence dans un marché vaste et actif pour faire baisser les prix. Elles plaident enfin pour un renouveau éducatif du pays.

Plus généralement, plus philosophiquement, elles plaident pour un renforcement de l’esprit de responsabilité de chacun plutôt que pour l’assurance à fort impact électoral qu’il y aura toujours une subvention ici ou là pour « aider » les pauvres cigales. Elles plaident pour un discours politique de vérité permettant de regarder l’avenir en face, pas pour un discours de peur bassement motivé par des questions d’emprise idéologique et/ou électorale. Je pense notamment au matraquage aussi permanent qu’anxiogène sur le climat. Que de solastalgie bien inutilement répandue, quand on apprend maintenant que le GIEC vient d’écarter son célèbre scénario à +5,7 °C en 2100, autrement dit son scénario le plus alarmiste, le plus médiatisé, et, dorénavant, le moins plausible…

Alors que la France entre dans une année électorale d’importance, saura-t-elle se montrer à la hauteur ? Ses responsables politiques sauront-ils enfin parler vrai ? Ou faudra-t-il hélas constater, dans un futur plus ou moins proche, une autre « étrange défaite » ?


Illustration de couverture : groupe de personnes âgées généré par IA (Grok). 

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