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Élection, promesses et catastrophe : Le tweet emblématique qui dit tout !

Ah, les campagnes électorales ! Comment apparaître comme le candidat le plus désirable ? Dans le discours, les candidats en espérance d’être propulsés à la tête d’une commune, d’une région ou carrément du pays vous parleront de responsabilité des élus, de respect des électeurs, de solidarité avec les plus fragiles et de grandeur de la France et/ou d’Anneville-Pouchergues-sur-Tarentaise-les-Flots selon le type de scrutin. Dans les faits, le clientélisme sonnant et trébuchant du gratuit et des subventions à gogo s’impose partout.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que de ce point de vue, les élections municipales 2026 que nous sommes en train de vivre se montrent particulièrement performantes. Il y a une dizaine de jours, je tombe en effet sur le tweet suivant signé Éric Ciotti, ex-président LR et candidat UDR-RN à Nice :

« Nous mettrons en place un chèque vétérinaire pour les propriétaires modestes et créerons un dispensaire animalier municipal. »

Voilà, voilà. La fameuse politique du « chèque » (aussi appelé « pass » comme pass culture ou plus génériquement « aide » comme par exemple aide covoiturage), qui consiste à demander aux contribuables d’aujourd’hui (impôts) et de demain (dette publique) de financer des politiques publiques plus absurdes et plus anecdotiques les unes que les autres, est toujours aussi populaire dans notre doulce France, rebondit en période électorale et ne manifeste aucun signe de ralentissement, bien au contraire.

Il est vrai qu’à Nice, ville où les plus de 60 ans représentent 30 % des habitants, il fallait trouver le petit truc en plus pour attirer aux urnes et fidéliser dans la durée des habitants déjà considérablement travaillés depuis des années dans le sens de leur pouvoir-d’achat-payé-par-les-autres par le maire sortant Christian Estrosi. Et il faut croire que ce ne fut pas sans son petit effet puisqu’Éric Ciotti semble en mesure de l’emporter largement dimanche prochain (même si Estrosi, à force d’usure du pouvoir et de manigances, a su se couler tout seul comme un grand).

Je vous entends d’ici. Vous allez me dire : Mais, Madame MP, pourquoi toujours diriger vos flèches vers la droite ? En ces matières de dépenses et de redistribution, la gauche fait largement pire ! Eh bien, justement. Si je qualifie ce tweet d’Éric Ciotti d’emblématique de la politique française, c’est précisément parce que ledit Ciotti se définit volontiers comme libéral. Un drôle de libéral si vous voulez mon avis, car il est désormais clair qu’un petit chèque clientéliste ne lui fait pas peur, tout comme il ne craint pas, au nom de l’Union des droites, de rejoindre un parti, le Rassemblement national, dont les principes économiques sont extraordinairement proches de ceux du socialisme.

Oh, bien sûr, la gauche n’est pas en reste. Voici un second tweet, tout aussi emblématique de la politique française. Son auteur, l’Insoumis Bally Bagayoko nouvellement élu dès le premier tour à Saint-Denis, parle, lui, de « bouquet pouvoir d’achat ». La langue française ne manque nullement de poésie dès lors qu’il s’agit d’exprimer la dépense publique avec délicatesse, discrétion et beaucoup de non-dits, à commencer par son montant mirobolant de 1 700 milliards d’euros, soit environ 57 % du PIB en 2025 :

« Kit de rentrée scolaire gratuit, navigo gratuit pour les élèves de primaire, collège et au quotient familial pour les lycéens (…) offrir un vélo en 3ème.« 

Mais pour la gauche unie ou plurielle, LFIste ou socialiste, promettre quantité de bouquets chatoyants aux électeurs est au cœur de son positionnement politique. La taxation superlative de tout ce qui bouge, le focus lourdingue sur les riches et les ultrariches qui, selon Gabriel Zucman, paieraient proportionnellement moins d’impôts qu’une caissière de supermarché, le rejet idéologique d’une dose de capitalisation pour les retraites, les dépenses publiques et la redistribution sociale qui s’ensuivent, la dette publique elle-même, y compris quand elle atteint 9,7 milliards d’euros à Paris et 3 400 milliards pour l’ensemble des comptes publics – tout cela est connu, voulu, sciemment revendiqué et parfaitement officiel. 

Voici un troisième tweet qui vient à point confirmer mes propos. Il émane du gentil candidat socialiste à la mairie de Paris Emmanuel Grégoire :

« Paris n’a pas de problème de dette, ça c’est l’argument des gens qui ne veulent pas utiliser l’investissement pour des politiques de redistribution. »

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Comme si la redistribution, qu’il faut recommencer chaque mois, chaque année, sans qu’on voie quiconque en bénéficier en sortir, était un investissement…

À droite en revanche, on aime à se dire bon gestionnaire (cela arrive parfois) et il est de bon ton de fustiger la dépense publique, l’assistanat et le clientélisme atavique de la gauche – pour avoir finalement, mais sans trop le dire, les mêmes pratiques et les mêmes promesses politiques intenables. Le tout maquillé dans l’expression bon chic bon genre de « gaullisme social » qui signifie purement et simplement dirigisme d’État et dépenses publiques.

À croire donc que les Français de tous bords sont intimement convaincus et fiers de ce que disait le président de la République Emmanuel Macron dans sa Lettre aux Français de janvier 2019 :

« La France n’est pas un pays comme les autres. Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs. L’exigence d’entraide et de solidarité plus forte. »

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Sauf que la France est aussi l’exemple typique d’un système social qui ne marche pas, au sens où ce que l’on prend pour de la justice sociale et fiscale fabrique in fine du déclassement économique, sanitaire et éducatif. On peut le qualifier de social et solidaire tant qu’on veut, il n’empêche qu’on en constate l’échec patent dans la dégradation de nos comptes publics, dans l’état alarmant de l’hôpital, dans la baisse continuelle du niveau de nos élèves dans les grands tests internationaux, dans l’insoutenabilité de notre système de retraites, dans le chômage qui augmente et dans le pessimisme économique qui envahit de plus en plus le secteur marchand.

Pour en revenir au bouquet pouvoir d’achat évoqué par Bally Bagayoko, pourquoi faudrait-il que les pouvoirs publics financent les fournitures scolaires et offrent un vélo à tous les collégiens de 3ème, sauf à utiliser ces largesses pour tenir l’électorat ? Dans une société libre et prospère, les dirigeants politiques doivent faire en sorte que les familles puissent acheter tout cela par elles-mêmes pour leurs enfants. Or le clientélisme électoral à gogo combiné au niveau de redistribution sociale supérieurement élevé qu’on connaît en France, avec ses corollaires impôts au top mondial et dette publique délirante, pénalise fortement l’investissement, la croissance et l’emploi. 

À un moment, si possible pas trop lointain, il va falloir choisir : veut-on plus de trousses gratuites, plus de chèques vétérinaire ou moins de chômage ?

Si les Français ne font pas eux-mêmes ce choix que je n’hésite pas à qualifier d’existentiel, le pays sera précipité dans une crise tellement insoluble qu’elle ne trouverait de résolution que dans la rue et/ou sous l’égide amère d’instances financières internationales. Or ce sont aussi dans ces moments où les institutions sont dépassées et où la nation perd son autonomie que l’État de droit souffre le plus et que les citoyens ont le plus à perdre.


Illustration de couverture : image X (ex-Twitter) servant d’illustration à un tweet d’Éric Ciotti. 

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