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IRAN : résistance à L’OPPRESSION et CHANGEMENT de régime

Oui, c’est vrai, la tempête sociétale qui submerge l’Iran depuis le 28 décembre 2025 a pris naissance chez les vendeurs de téléphones et les commerçants du grand bazar de Téhéran pour des raisons d’inflation galopante. Belle occasion pour les mollahs (et d’autres) de faire comme s’il ne se passait rien hormis, selon eux, une contestation parfaitement gérable et compréhensible au regard de difficultés économiques qui, toujours selon eux, ne disqualifient en rien le régime.

Mais belle occasion également pour le peuple iranien d’enrôler de plus en plus de pans de la société dans sa résistance à l’oppression orchestrée depuis 1979 par l’Imam Khomeini puis son successeur Ali Khamenei, actuel grand Guide de la Révolution. Non seulement les mollahs font régner la terreur sur le pays au nom d’un diktat théologique des plus douteux, non seulement ils participent à la déstabilisation de la région en apportant leur soutien financier et militaire au Hezbollah libanais et au Hamas palestinien, non seulement ils font tous les efforts possibles pour développer en douce un arsenal nucléaire militaire, mais en plus, ils sont incapables d’assurer le minimum vital de leurs citoyens. Peut-être de quoi déciller enfin les yeux des derniers défenseurs du régime. Peut-être la goutte d’eau qui va faire déborder le vase d’un mécontentement dorénavant irréversible.

De fait, dès le 29 décembre, la question de la vie chère était devenue complètement secondaire dans les manifestations par rapport à l’instante demande de chute du régime et à la non moins pressante aspiration à plus de liberté. Très vite, les choses sont devenues extrêmement claires : la violente répression de la contestation mise en place par les autorités iraniennes aurait fait (au 14 janvier 2026, soit sur 18 jours) au moins 3 428 morts parmi les manifestants, lesquels se sont soulevés dans 187 villes réparties dans les 31 provinces que compte le pays. (Certaines sources parlent même de 12 000 à 20 000 morts.)(*)

Est-ce ainsi qu’un gouvernement assainit ses finances publiques et redresse son économie ? Non, à moins qu’on ne parle d’un régime autoritaire n’ayant d’autre objectif que celui de se maintenir au pouvoir, y compris au prix de la vie de ses propres citoyens.

Les choses étaient déjà très claires il y a trois ans. Elles l’étaient même dès les débuts du régime islamique.

Après la mort tragique, abominable, de la jeune Iranienne Mahsa Amini, 22 ans, arrêtée et brutalisée par des agents de la police des mœurs de Téhéran en septembre 2022 parce que son voile islamique laissait entrevoir une mèche de cheveux, personne ne pouvait plus prétendre sérieusement que le voile doit être systématiquement considéré comme un « simple bout de tissu ». Pour les mollahs au pouvoir, c’était à l’évidence un précieux instrument politique d’oppression et de persécution des femmes et le fondement de leur ordre social clérical et patriarcal.

La dessinatrice et réalisatrice franco-iranienne Marjane Satrapi le raconte fort bien au début de sa bande dessinée autobiographique Persepolis. Dans sa famille, on était plutôt progressiste et très opposé au Shah Mohammad Reza Pahlavi, jugé autoritaire et trop proche des États-Unis. Sa chute en 1979 fut donc accueillie avec joie, d’autant que l’Imam Khomeini, grand ordonnateur de la révolution iranienne, n’avait pas lésiné sur la rhétorique anti-américaine propre à lui attirer les sympathies de la gauche occidentale (de Jean-Paul Sartre, par exemple). Et puis de toute façon, « rien ne pouvait être pire que le Shah ».

Terrible erreur… Car dès les premiers jours du nouveau régime islamique, le port du voile est imposé partout, les tenues vestimentaires des femmes impitoyablement contrôlées et les libertés individuelles globalement écrasées. Jupe « trop » courte, pantalon « trop » serré, démarche « trop » suggestive (le fait de courir, par exemple, qui ferait balloter les fesses et les seins) – et la brigade de répression de l’indécence, composée aussi bien de femmes que d’hommes, entre en action. 

Constante du régime, cette répression s’est considérablement aggravée depuis quelques années, notamment depuis 2021 avec l’arrivée à la présidence du pays du très conservateur Ebrahim Raïssi. Mais parallèlement, la contestation semble plus large et plus fréquente que jamais. Depuis le décès de Mahsa Amini, des femmes de tous âges et toutes conditions, originaires de nombreuses régions du pays, souvent accompagnées de leur père, frère ou compagnon, descendent dans les rues, enlèvent leur voile, parfois le brûlent et demandent systématiquement que leur liberté et leur faculté de choisir soient respectées :

« Non au foulard, non au turban, oui à la liberté et à l’égalité ! »

Tout ceci au risque de leur vie, car en toutes circonstances, aujourd’hui comme hier, la riposte du gouvernement, loin de se limiter au blocage d’internet et des réseaux sociaux, est d’une brutalité inouïe. Il est aussi question de saisir les biens des manifestants, ce qui n’étonnera personne, tant le déni du droit de propriété constitue une attaque en règle des droits des individus. (À noter au passage que le service d’accès à internet Starlink d’Elon Musk est accessible gratuitement en Iran depuis hier.)

Le président iranien actuel (depuis juillet 2024), Massoud Pezechkian, quoique classé parmi les réformateurs du régime, s’est glissé sans problème dans les habits autoritaires de son prédécesseur Raïssi en accusant les manifestants d’être « manipulés par des forces étrangères » (sous-entendu Israël et les États-Unis) et en appelant les citoyens fidèles au régime à se rassembler pour contrer les émeutes – un petit air d’appel à la guerre civile, tandis que les autorités iraniennes affirment être prêtes à riposter à toute attaque qui viserait l’Iran.

Bref, le peuple iranien, en rangs de plus en plus fournis, me fait l’effet d’être en train de chercher à mettre en pratique de façon très concrète les termes de l’article 2 de notre Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen :

« Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. » (DDHC de 1789)

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La liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression – on ne le dira jamais assez. Mais de là, comment passer au changement de régime effectif ?

L’idéal serait bien sûr qu’au vu des violences commises et de tous les autres échecs du régime, une personnalité iranienne de premier plan, reconnue à la fois pour sa grande sagesse politique et sa notoriété favorable dans la population, puisse appeler les Iraniens à se rassembler, les opposants comme les tièdes et les fidèles, y compris dans l’armée et les forces de l’ordre. Une personnalité peut-être incarcérée actuellement dans les geôles du régime, qui sait ? 

L’idéal serait qu’en parallèle, d’intenses pressions diplomatiques, médiatiques, technologiques et commerciales soient exercées par la communauté internationale afin d’affaiblir les bastions du régime. Et qu’une fois tous les lieux du pouvoir islamique tombés faute de combattants, cette personnalité puisse assumer une sorte d’intérim, le temps d’organiser des élections libres et transparentes permettant aux Iraniens de décider par eux-mêmes de leur destin.

L’idéal… Vous souriez, chers lecteurs, mais force est de constater que tout ce qui n’est pas l’idéal, et qui a déjà été amplement essayé en Irak, en Libye, en Afghanistan, n’a rien donné de bien réjouissant si l’on garde à l’esprit que l’intention initiale était de faire advenir des régimes démocratiques, sensibles aux droits individuels et aux exigences de la séparation des pouvoirs.

En Iran actuellement, on sait que le président américain Donald Trump a menacé d’intervenir « de manière très forte » si la répression continuait sur sa lancée et si les exécutions de prisonniers annoncées devaient se matérialiser, mais sans plus de précisions quant à la forme et à l’imminence possible d’une telle intervention. Du reste, l’entourage de Trump est partagé sur le sujet, tout le monde n’étant pas partisan de lancer de nouvelles frappes sur l’Iran (après celles de juin 2025 sur des sites nucléaires). Aux dernières nouvelles, le président américain semble satisfait d’informations qu’il aurait reçues sur la fin des violences dans le pays. 

On sait par ailleurs que le fils en exil du Shah d’Iran chassé du pouvoir en 1979, Reza Pahlavi, s’est déclaré disponible pour reprendre le flambeau et qu’il encourage les forces de sécurité iraniennes à rejoindre le peuple. Et l’on observe aussi que sa notoriété médiatique prend un certain envol, à défaut d’un envol certain et authentique. Mais l’on sait également que Donald Trump n’a pas l’air très pressé de discuter avec lui. Il le trouve « sympathique » mais juge qu’une rencontre ne serait pas « appropriée ».

En attendant, la tension monte, la violence du régime explose et chaque jour qui passe constitue une preuve de plus de la criminalité intrinsèque de la dictature islamiste d’Iran depuis 1979. L’avenir des Iraniens dépend plus que jamais de leurs propres mains courageuses.


(*) Info du 15 mars 2026 : le 25 janvier 2026, certaines sources évoquaient plus de 30 000 morts.


Illustration de couverture : Manifestation à Bandar-e Anzali dans le nord de l’Iran, jeudi 8 janvier 2026. Photo Telegram.

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