REPLAY du 31 août 2018 : La rentrée gouvernementale 2018 est lugubre. Après plus d’un an de macronisme, le chômage s’incruste, la croissance est en berne, l’équation budgétaire est toujours aussi périlleuse et la cote de popularité de Macron est au plus bas, sur fond « d’affaires » pas toujours ragoûtantes et de polémiques plus ou moins justifiées. Dernière en date, d’après le Président, les Français, qualifiés de Gaulois, seraient réfractaires au changement. Il n’a pas complètement tort mais il n’a pas complètement raison non plus.
→ Ce que j’ai envie d’écrire sur tout ceci, je l’ai déjà écrit avant l’été. Donc voici en Replay :
Il paraît qu’Emmanuel Macron s’amuse beaucoup des nombreuses réactions provoquées par le fameux cliché (photo de couverture) pris après le concert électro de la fête de la musique à L’Elysée. D’après lui, les Français « adorent » ce genre de communication « décalée ». Décalée, c’est le mot. La disposition du groupe fait très famille royale d’Angleterre réunie à Balmoral pour les vacances, tandis que les participants rappellent plus le style bling bling de l’univers Diana Elton John. Mais les français adorent-ils ? A lire les sondages, c’est loin d’être évident.
Il y a un an exactement, alors que l’avenir du quinquennat Macron était encore entier, laissant le champ à tous les espoirs possibles – et Dieu sait que Macron en avait mouliné, de l’espoir et des lendemains fleurant bon le printemps qui chante pendant sa campagne électorale – la méticulosité de la mise en scène présidentielle qui suivit immédiatement son élection me poussait déjà m’interroger : « Macron : parler, marcher, parler. Autre chose ? »
Un an après, un an « d’action » après, la même question se pose, et avec beaucoup plus de bien-fondé car on a eu le temps de voir en quoi consistait réellement le « autre chose ».
Côté com’, on ne pourra pas accuser le Président d’être resté inactif, bien au contraire, car il a tout essayé ! Solennité formelle des parades régaliennes, envolée lyrique des longs discours présidentiels, chaleur et proximité des confessions intimes, brusquerie calculée et faussement innocente du parler vrai, recadrage très jupitérien d’un ado trop familier avec lui et, dernière expérience en date, transformation du perron de l’Elysée en boîte électro, militantisme LGBT en prime – voici mon petit album photos d’un an de com’ élyséenne :
Investiture (14 mai 2017) Discours à Versailles (3 juillet 2017)
Entretien de Noël (déc 2017) Pognon de dingue (12 juin 2018)
Tu ne m’appelles pas « Manu » (06/18) Fête de la musique (21 juin 2018)
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Beaucoup d’efforts, donc, pour se concilier la bonne impression des Français, au risque de brouiller complètement une image présidentielle qui passe sans transition de Jupiter à terre-à-terre et d’homme à la « pensée complexe » à militant du politiquement correct le plus basique, au gré du « en même temps » qui semble être l’alpha et l’oméga de la méthode Macron.
Libérer et protéger, en imposer et être proche, plaire aux progressistes et aux conservateurs – sur le papier, cette ambition double-face semble éminemment sage et elle a su séduire assez de Français pour porter Macron à la présidence, mais elle ne pèse plus grand chose quand rien de concret ne se passe dans la vie des gens.
Chercher à rassembler tout et son contraire, agir une fois d’un côté (par exemple : transformation de l’ISF) puis une fois de l’autre (exemples : exonération de la taxe d’habitation, pass culture, objet social des entreprises) pour tenter d’éponger les mécontentements qui montent de tous les côtés – tout cela à la fois finit par former une politique sans queue ni tête, où personne ne se retrouve, surtout quand on ne voit rien venir, ni en matière de chômage, ni en matière de pouvoir d’achat, ni en matière de comptes publics.
C’est précisément ce que vient de confirmer toute une batterie de sondages dans lesquels Macron et son premier ministre enregistrent une chute de popularité qui montre combien la communication ne fera jamais une vraie politique. Voici les courbes de notre exécutif telles qu’elles sont établies mois par mois par le suivi Ipsos Le Point (Macron à gauche et Philippe à droite) :
Dans ce baromètre, Emmanuel Macron et Edouard Philippe sont respectivement à 36 et 34 % d’opinions positives en juin 2018 après avoir culminé à 46 % en mai 2017 pour le Président et 41 % en juillet 2017 pour le Premier ministre.
Pour le sondage IFOP JDD, Macron était à 64 % d’opinions positives en juin 2017, il est tombé à 54 % le mois suivant et il touche maintenant (juin 2018) son record d’impopularité avec un score de 40 %, tandis qu’Edouard Philippe tombe à 42 %. Quels que soient les sondeurs (ici Harris interactive), le résultat est le même : l’exécutif a beau mettre le paquet sur la communication, il est à la peine aussi bien sur sa gauche que sur sa droite.
Alors bien sûr, on entend aujourd’hui les ténors de LREM assurer qu’on ne peut être en même temps réformateur et populaire et que cette faible popularité n’est que le reflet parfaitement normal et rassurant du profond réformisme macronien.
Quand on sait que le Premier ministre « assume le risque de l’impopularité » pour une réforme (baisse de la vitesse maximale autorisée de 90 à 80 km/h sur les routes secondaires) qui ne s’imposait nullement(*) et qui ne changera absolument rien à d’autres sujets beaucoup plus cruciaux et beaucoup plus préoccupants pour les Français, notamment celui du chômage, on mesure le décalage entre le réformisme professé par le gouvernement et la réalité.
Il est vrai que si l’on s’en tient à une analyse un peu superficielle de la vie politique en Macronie, on pourrait aisément penser que la France est entrée dans un cycle réformateur aussi inédit que décoiffant. Nos députés (et nos journalistes) ne sont-ils pas au bord de la crise de nerfs tant le gouvernement les accable de nouveaux textes de loi à examiner ? Les grandes réformes (code du travail, SNCF) ne voient-elles pas leur pertinence et leur importance confirmées par l’ampleur de la bronca de l’extrême-gauche syndicale ?
Manifestement, ce n’est pas l’avis des Français. Il est certain qu’il sera toujours difficile de trouver un consensus. Après tout, les Français se caractérisent notamment par leur désir de tout changer tout en ne touchant surtout pas à notre modèle social. L’enquête de l’Opinion sur le libéralisme montrait récemment qu’ils aiment énormément la liberté mais qu’ils préfèrent encore l’Etat, non sans manifester en plus des préférences incohérentes les unes par rapport aux autres.
A leur décharge, reconnaissons que depuis 40 ans, nos hommes politiques se targuent de réformer, libéraliser et restructurer sans qu’on voie la moindre évolution de fond se profiler à l’horizon. Scepticisme, méfiance et incrédulité à l’égard de l’action politique se sont installés durablement, et assez logiquement, dans l’opinion.
Mais imaginons que le chômage baisse vraiment (il était à 9,2 % fin mars 2018 contre 3,4 % en Allemagne et 4,1 % au Royaume-Uni). Imaginons que, pour cela, Macron aille plus loin qu’un toilettage rapide et superficiel de nos structures économiques et sociales. Imaginons que « le risque de l’impopularité » (puisqu’impopularité il y a) soit pris pour des réformes qui comptent vraiment et qui pourraient induire un vrai changement significatif de long terme dans la vie des gens et dans nos comptes publics (baisse des dépenses, recul de l’Etat). La situation serait tout autre et le regard des Français pourrait évoluer.
C’est précisément ce qu’Emmanuel Macron ne fait pas. Il croit nous charmer par sa com’ « décalée », il croit étourdir tout le monde sous le flux incessant de l’activité parlementaire qu’il génère, mais les résultats ne sont pas là, ni dans les sondages ni dans les indicateurs économiques. Force est de constater qu’aujourd’hui, le roi de la com’ est un roi nu.
On aimerait un Président moins imbu de son image et nettement plus diligent pour réformer structurellement la France. On aimerait un président qui s’amuse moins des petits buzz sans intérêt qu’il provoque, on aimerait un Président qui joue moins au Président.
(*) Compte tenu de la baisse que connaît la mortalité routière depuis plusieurs années et compte tenu du fait que de nombreux autres facteurs que la vitesse entrent en jeu.

