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Éric Ciotti ou le FAUX libéral qui dépense, DÉPENSE, dépense…

Après onze ans de suivi rapproché de la vie politique française à travers ce blog, inutile de dire que je n’ai plus guère d’illusions sur ce que vaut la parole des politiciens qui l’animent : elle ne vaut rien. Et si, un jour déjà lointain, le jeune Attali (article du 5 mai), le jeune Mélenchon (article du 13 mai) ou le jeune Ciotti (billet du jour) sont entrés en politique avec le désir sincère de faire advenir un monde meilleur, force est de constater que leurs motivations initiales se sont rapidement dissoutes dans leurs ambitions personnelles.

À un an de la prochaine élection présidentielle, la vie politique française poursuit donc son petit bonhomme de chemin dans son habituel ronronnement de mauvaise foi, de reniements et de retournements opportuns. Attali fait comme s’il n’avait jamais accompagné de près la mise en œuvre du programme commun de la gauche en 1981 et en appelle maintenant à la responsabilité budgétaire contre l’envol de la dette publique. Mélenchon est en lutte permanente contre le fascisme tout en adoptant des méthodes de violence verbale tous azimuts qui font plus penser à une police autoritaire de la pensée qu’à une démocratie tolérante et apaisée.

Et le président de l’Union des droites pour la République (UDR), qui est aussi le tout nouveau maire de Nice ainsi que le président de la métropole Nice Côte d’Azur ? Eh bien, Éric Ciotti est un dirigeant politique qui adore se déclarer libéral, qui ne se prive jamais de dénoncer comment les gouvernements successifs d’Emmanuel Macron font de leur mieux pour évincer de leur périmètre tout profil ou tout texte qui leur paraît « trop libéral » et qui a aussi accueilli l’élection du libertarien Javier Milei en Argentine avec des trémolos d’émotion dans la voix :

« Réduction du périmètre de l’État, baisse massive des dépenses publiques, réduction drastique des normes qui étouffent l’initiative. Un modèle inspirant à suivre de toute urgence pour la France ! »

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Résultat, alors que l’actuel Premier ministre Sébastien Lecornu consultait pour élaborer le budget 2026, il lui avait adressé un contre-budget comprenant 120 milliards d’économies pour cette année. Comme souvent, ces grands plans de réduction des dépenses sont assez peu réalistes dans la mesure où aucun changement de structure n’est envisagé, mais disons qu’ils visent à montrer aux électeurs que leurs auteurs prennent très au sérieux la cruciale nécessité de rétablir les comptes publics de la France. C’est l’avenir du pays et l’avenir de nos jeunes qui sont en jeu, vous comprenez. Bref, Éric Ciotti n’est que rigueur budgétaire, liberté et responsabilité.

Ou du moins l’est-il sur le papier et sur les plateaux de télévision. Car dans les faits, le panorama est tout autre. Pour commencer, il n’a pas eu peur, au nom de l’attelage incohérent baptisé Union des droites, de rejoindre un parti, le Rassemblement national (RN), dont les principes économiques sont extraordinairement proches de ceux du socialisme et extraordinairement éloignés de ceux du libéralisme. C’était à l’occasion des élections législatives de 2024, l’idée sous-jacente étant que si le RN obtenait la majorité, et il y croyait, lui deviendrait ministre de l’Intérieur. Pari perdu.

Ensuite, lors de la campagne électorale pour les élections municipales de mars dernier, il n’a pas eu peur de faire miroiter aux yeux des électeurs la très compatissante politique du chèque qui consiste à demander aux contribuables d’aujourd’hui (impôts) et de demain (dette publique) de financer des politiques publiques plus absurdes et plus anecdotiques les unes que les autres :

« Nous mettrons en place un chèque vétérinaire pour les propriétaires modestes et créerons un dispensaire animalier municipal. » (Éric Ciotti sur X)

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On devine aisément que l’électorat niçois est composé d’un nombre important de personnes de 60 ans et plus. Il était donc impératif de trouver le petit truc en plus pour attirer aux urnes et fidéliser dans la durée des habitants déjà considérablement travaillés depuis des années dans le sens de leur pouvoir-d’achat-payé-par-les-autres par le maire sortant Christian Estrosi.

On entend souvent dire qu’il faut commencer par se faire élire, peu importe la méthode, peu importent les promesses : le plus important consiste à battre l’adversaire qui, lui, fait de toute façon largement pire. Et ensuite, on pourra enfin gouverner « en responsabilité », on pourra enfin redresser les choses. On se serait donc attendu à ce que M. Ciotti, après avoir amadoué les retraités niçois avec son petit chèque vétérinaire, et compte tenu de ses multiples professions de foi libérales, prenne la gestion de sa ville à bras le corps et n’en fasse pas un mini-boulet de plus au sein d’un pays qui, de son propre aveu, est trop grassement contaminé par la dépense publique.

Eh bien, je suis désolée de vous le dire, mais ce n’est pas du tout ce qu’il se passe en ce moment à Nice. Car en fait de gestion municipale, le nouveau projet qui fait parler de lui est l’extension de la gratuité dans les transports publics… à tous les retraités ! Que M. Ciotti ne vienne pas nous raconter qu’il a à cœur de réviser un système social qui favorise les retraités aux dépens des actifs. 

Cela n’est pas sans ressembler beaucoup à la récente extension du repas à un euro pour tous les étudiants. Auparavant, les étudiants boursiers y avaient accès et les autres payaient 3,70 euros par repas. À Nice, les retraités non imposables bénéficiaient de la gratuité dans les transports publics et les autres acquittaient normalement le prix du ticket. Et bientôt, ce sera gratuit pour tous les retraités. Autrement dit, les politiques publiques nationales ou locales n’en sont plus à soulager la précarité, elles se mettent à financer tout, n’importe quoi et n’importe qui, dans le plus pur clientélisme qui soit. Comme si la France en avait les moyens.

Et ce n’est pas tout. Une autre promesse de campagne niçoise consistant à créer un carnet de 10 tickets de bus à 10 euros, contre 1,70 euro à l’unité actuellement, va être mise à l’étude. Où est passé le prétendu « afuerisme » de M. Ciotti ? Où est passée sa tronçonneuse ? Ça promet.


Cet article a rejoint ma page « portraits politiques ».


Illustration de couverture : Éric Ciotti est président de l’UDR-RN, président de la métropole Nice Côte d’Azur et maire de Nice. Photo AFP.

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