Les affaires de La France insoumise (LFI) et de son fondateur Jean-Luc Mélenchon ne vont pas fort.
Dès l’automne dernier, un sondage de l’institut Odoxa nous indiquait qu’un barrage républicain encore plus puissant que celui érigé contre le Rassemblement national (RN) était en train de se former contre LFI (58 % contre 46 %). La chose se confirme aujourd’hui dans un sondage Elabe : 63 % des personnes interrogées se disent prêtes à faire barrage aux Insoumis lors d’un second tour d’élection contre 45 % qui envisagent d’adopter un comportement similaire contre le RN. Quant à Mélenchon lui-même, il est de loin la personnalité politique la plus rejetée des Français :
Tout se passe comme si, aux yeux de la vaste majorité des Français, le vase des éructations, anathèmes et autres postures idéologiques vociférantes dont LFI et son grand chef sont coutumiers avait débordé deux fois de trop – et pas seulement de quelques gouttes malencontreuses, mais à larges flots nauséabonds :
Premier débordement impardonnable, cette façon tellement irresponsable et hypocrite d’oublier systématiquement que la guerre israélienne à Gaza, pour féroce qu’elle fut, a été déclenchée par le massacre terroriste et les prises d’otages perpétrés le 7 octobre 2023 par le Hamas sur des populations israéliennes vivant à proximité de la frontière avec Gaza, faisant en une nuit 1 200 morts et 3 400 blessés, sans oublier les 251 otages. Cette façon tellement enragée de parler systématiquement de génocide israélien à Gaza alors que les conditions juridiques du génocide ne sont pas constituées. Cette façon si fanatiquement gourmande de surfer sur l’antisémitisme en s’abritant derrière l’antisionisme.
Second débordement tout aussi impardonnable, cette façon tellement irresponsable et hypocrite de minimiser et s’exonérer de tout sur le mode « l’extrême droite fait pire, tout est justifié face aux nazis, la lutte continue » dans la mort par lynchage d’un jeune militant nationaliste, Quentin Deranque, par un groupe d’antifas dont plusieurs éléments étaient officiellement actifs au cœur de notre démocratie en tant qu’assistants parlementaires du député LFI Raphaël Arnault.
Ce même Raphaël Arnault qui avait fondé le groupe antifasciste « La Jeune Garde » dissout en 2025 par le ministère de l’Intérieur pour cause de violences et dont ont fait partie plusieurs des militants antifas mis en examen dans la mort de Quentin Deranque. Un groupe que Jean-Luc Mélenchon et Manuel Bompard (actuel coordinateur de LFI) connaissent bien pour avoir assisté à son camp d’été en 2023 et l’avoir régulièrement utilisé comme service d’ordre à partir de 2024. Ils ne peuvent donc ignorer que la même année, « La jeune Garde » a été mise en cause dans des violences à caractère antisémite.
Et voilà, la boucle est bouclée. Violence et antisémitisme, tels sont bel et bien les tristes passions de La France insoumise.
Tout ceci n’est pas sans rappeler la polémique qui était née peu avant les élections européennes de 2024, à l’occasion d’un cortège de 1er mai à Saint-Étienne d’où le candidat du Parti socialiste Raphaël Glucksmann avait dû être exfiltré après avoir reçu des jets de peinture et de canettes aux cris de « casse-toi » et « à bas les socialos ». Parmi les manifestants en colère, des communistes (qui ont revendiqué leur action) et quelques membres de la LFI ainsi que d’autres manifestants d’extrême gauche.
Suite à quoi le philosophe et essayiste Raphaël Enthoven avait écrit sur X (ex-Twitter) :
« La France insoumise est un mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément antisémite, et dirigé par un haut-parleur que personne n’a élu. » (Soulignements de mon fait)
Il avait aussitôt été poursuivi en justice par LFI pour injures publiques.
Mais cet automne, le tribunal l’a relaxé, considérant que s’il y avait bien « une portée outrageante » et « un caractère injurieux » dans les propos d’Enthoven, ceux-ci s’inscrivaient dans le sillage d’un « débat d’intérêt général majeur » et relevaient « de façon manifeste du domaine de la polémique politique » (…) « la personne visée étant un mouvement politique, par ailleurs lui-même régulièrement critiqué pour son mode d’expression offensif. »
LFI l’a mal pris, mais n’a pas fait appel. « Plus qu’un aveu, une confession », a estimé alors l’avocat de Raphaël Enthoven, Richard Malka. Comme pour lui donner raison, Jean-Luc Mélenchon s’est illustré récemment dans plusieurs petits sketchs sur la prononciation de certains noms juifs.
En introduction de la séquence, Epstein, du nom de ce criminel sexuel américain dont la publication d’une vaste partie des « dossiers » a jeté récemment un froid dans le monde entier, France comprise. En meeting à Lyon le 26 février dernier pour cause d’élections municipales, Mélenchon jubile et en rajoute :
« Sauf s’il s’agit de l’affaire Epstein. Ah, je voulais dire ‘Epstine’… Pardon, ça fait plus russe, ‘Epstine’ hein ? Alors maintenant, vous direz ‘Epstine’ au lieu d’’Epstein’, ‘Frankenstine’ au lieu de ‘Frankenstein’. Eh bien voilà, tout le monde comprend comment il faut faire ! »
❗️Relent d’antisémitisme en ce moment dans le meeting de #Melenchon
— Chris (@APchris06) February 26, 2026
« Epstein Epstine
Ca fait plus russe de dire Epstine
Voilà tout le monde comprend comment il faut faire » pic.twitter.com/YvT2YrpEP0
Et tout son public de rire à gorge déployée, bien conscient que cette insistance sur ‘Epstine’, qui serait plus russe, a pour objectif subliminal de bien faire comprendre qu’on a affaire à un patronyme juif dont certains voudraient cacher l’origine. Alors que la prononciation ‘Epstine’ n’est jamais que la prononciation en vigueur aux États-Unis pour ce type de noms en ‘stein’ tandis que le français a adopté la prononciation à l’allemande.
Comme d’habitude chez Mélenchon, inversion accusatoire. Ce sont les autres qui s’acharnent à attaquer La France insoumise et à mettre en danger ses dignes représentants. Ce sont les autres qui voient de l’antisémitisme là où il n’y en a pas. La LFI n’est-elle pas le phare mondial de l’antifascisme et de l’antiracisme ?
Néanmoins, probablement très content de son petit effet qui le rapproche indubitablement des délires antisémites d’un Soral ou d’un Dieudonné dont les accointances se situent a priori plus du côté de la droite extrême que de la gauche extrême – mais l’on finit par se demander si la distinction est si importante que cela -, il n’a pas hésité à récidiver quelques jours plus tard en faisant mine de se tromper sur la prononciation du nom de Raphaël Glucksmann (tête de turc officielle des Insoumis, manifestement) et se plaignant que cette affaire de noms qu’on lui impute injustement lui fait perdre un temps précieux :
Ok Jean-Marie Le Pen. pic.twitter.com/lb4tTo5D84
— Raphael Glucksmann (@rglucks1) March 1, 2026
Une telle façon de faire, qui en vient à nier l’individualité d’une personne en écorchant ou effaçant son nom pour en jeter l’essence juive en pâture à un public prêt à rire de toutes les ignominies, est un processus typique de la haine antisémite.
« OK Jean-Marie Le Pen », a répondu Raphaël Glucksmann sur X. De quoi faire rager Mélenchon. Excellent.
Politiquement, reste quand même la grande question : la gauche non LFI a-t-elle compris la leçon ? Les macronistes et leurs alliés du centre ont-ils compris la leçon ? Les besoins électoraux sont tellement plus pressants que les besoins moraux… Réponse dans l’entre-deux-tours des élections municipales des 15 et 22 mars prochains.
Pour en savoir plus sur l’aimable personnalité gaucho-cabotine et braillarde de Jean-Luc Mélenchon, je vous invite à lire :
· Mélenchon fut 20 ans sénateur et se prétend « insoumis » ! (29 août 2016)
· Dans « la rue » de Mélenchon, tous les trottoirs sont à gauche (28 septembre 2017)
· Le Média de Mélenchon ou l’info « en liberté » … surveillée ! (5 mars 2018)
· Mélenchon, démocrate en carton (14 mai 2018)
· Marche contre l’islamophobie : Mélenchon déteste les religions … sauf si elles sont de gauche ! (14 novembre 2019)
· Mélenchon, les Tchétchènes et le coup classique de la victimisation (25 octobre 2020)
· 2022 : Découvrez le MANÈGE ENCHANTÉ de M. Mélenchon (20 février 2022)
