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Mais sérieusement, qui pouvait croire que la reconduction des inamovibles de la Macronie (Borne, Dati, Darmanin, Bergé, etc.) sournoisement pimentée de la présence en tous points guignolesque de l’ex-ministre de la déconfiture de nos comptes publics Bruno Le Maire comme ministre des Armées pouvait tenir la route plus de cinq minutes ?
Cette déroute confirme à mon sens quatre choses : la classe politique présidentielle actuelle est d’une effarante médiocrité ; plus personne d’un tant soit peu sensé ne souhaite participer à un gouvernement dans les conditions élyséennes et législatives présentes ; aucun des deux grands groupes d’opposition (NFP, RN) ne veut se mouiller dans un gouvernement répondant à Emmanuel Macron de peur de brûler ses cartouches en vue de la présidentielle de 2027 ; et, last but not least, les Premiers ministres se succèdent depuis 2022 (Borne, Attal, Barnier, Bayrou, Lecornu) mais c’est bien Emmanuel Macron qui est sur la sellette.
Fort, ou plutôt faible, d’une popularité qui rase les pâquerettes, et maintenant copieusement instruit de l’impossibilité de faire vivre un gouvernement minoritaire dans le cadre du régime très présidentiel de la Ve République, quelles options s’offrent à lui ?
Emmanuel Macron ayant dit et répété qu’il ne démissionnerait pas en vertu de son élection victorieuse de 2022, il pourrait évidemment faire comme si la démission spectaculaire de Sébastien Lecornu n’était qu’un petit raté de circonstance, une de ces aventures sans signification dont il pourrait aisément faire porter la responsabilité à l’absence de solidarité des Républicains ou au manque d’esprit de compromis au sein de l’Assemblée nationale. Aventure qui serait alors promptement corrigée par la nomination d’un nouveau Premier ministre. Mais pourquoi l’issue de cette tactique identique serait-elle différente ? En réalité, cela signerait un retour à la case départ, ce serait faire et refaire éternellement la même chose pour un résultat prédictiblement identique. Un signe irréfutable de folie, selon Einstein.
Il pourrait aussi envisager une seconde dissolution (la chose est constitutionnellement possible depuis juillet) avec l’espoir de voir une majorité plus robuste se former autour de son nom en jouant sur le barrage à l’extrême droite et le barrage à l’extrême gauche. Des sondages récents tendent cependant à montrer que si le barrage envers la gauche mélenchonienne prend de l’ampleur, celui érigé traditionnellement contre le Rassemblement national ne suscite plus le même enthousiasme. De ce fait, rien ne lui garantit d’obtenir une majorité sur son nom tandis que tout indique qu’on pourrait parfaitement aller vers une cohabitation avec le RN.
Option ultime, il pourrait se résoudre à démissionner, ce qui entrainerait une élection présidentielle dans la foulée. Outre qu’il a souvent affirmé qu’il accomplirait son mandat jusqu’au bout, il n’existe pas de certitude que son propre parti Renaissance et les autres partis politiques soient fin prêts pour se lancer dans la bataille dès maintenant. Appeler à la démission du président est une rhétorique classique des extrêmes, mais cela reste une rhétorique afin de réunir le plus de suffrages possible le moment venu, pas avant. La dissolution de 2024 avait pris la classe politique au dépourvu, l’obligeant à s’organiser dans la précipitation ; une élection présidentielle programmée aujourd’hui risque de susciter les mêmes réticences et les mêmes reproches de manipulation du calendrier électoral.
Je ne suis pas dans la tête d’Emmanuel Macron. J’ignore quels seront ses choix et ses décisions. Mais ce que je sais de manière certaine, c’est qu’à force de repousser les échéances, la France ne prend pas le chemin du retournement économique et social dont elle a un crucial besoin. À l’inverse, elle accumule les mauvaises notes, les mauvaises statistiques et les mauvais résultats, exacerbant ainsi les frustrations et la colère de ses citoyens. Ce que je sais également, c’est que pour prétendre réformer profondément et efficacement le pays, il faut parler directement aux Français, expliquer ses projets sans chercher à édulcorer la réalité, montrer pourquoi et comment ils leur seraient favorables.
Or parler directement aux Français, cela signifie chez nous revenir à l’élection présidentielle. Soit on attend 2027, soit on se lance sans tarder. Mais il va falloir se lancer un jour, et le plus tôt sera le mieux.
Mise à jour du lundi 6 octobre 2025 à 18 h : Emmanuel Macron a demandé à Sébastien Lecornu de mener d’ultimes négociations jusqu’au mercredi 8 octobre au soir, sachant que Bruno Le Maire ne fait plus partie de l’équipe des ministrables. Petit coup de pression auprès de tous ceux qui veulent tenir jusqu’en 2027.
Mise à jour du lundi 6 octobre 2025 à 19 h : Sébastien Lecornu ne souhaite pas être renommé PM, même en cas de succès des négociations qu’il va poursuivre. Ambiance…
Mise à jour du vendredi 10 octobre 2025 à 22 h : Emmanuel Macron a choisi la première option, celle qui consiste à faire pour une quatrième fois ce qu’il a déjà tenté trois fois sans résultat, en espérant obtenir une issue différente. Une forme de folie. Il a en effet renommé Sébastien Lecornu à Matignon en lui donnant carte blanche. Ce dernier, qui avait dit avoir terminer sa mission, a tweeté qu’il acceptait cette nomination « par devoir ». À suivre…
