REPLAY du 6 février 2020 : En attendant la « Stratégie interministérielle de lutte contre les discriminations » qui sera (peut-être) lancée ce 6 février, retour sur les conceptions ultra-dirigistes de Marlène Schiappa en la matière :
Enfin une bonne nouvelle, enfin un bon résultat ! En cette Journée internationale des femmes, la France peut être fière : elle figure parmi les six pays dotés de la note maximale dans le rapport 2019 de la Banque mondiale sur l’égalité des sexes garantie dans la loi ! De quoi se réjouir, donc.
Eh bien, pas tout à fait : l’égalité en droit, c’est bien, mais l’égalité réelle, c’est mieux. Et c’est là que Marlène Schiappa entre en scène, ouvre tout grand ses yeux, sort sa calculette et se met à compter les hommes, les femmes et les discriminations partout où elle passe.
Ainsi, quand elle pénètre dans la salle de classe où se tient la réunion parents-profs de ses enfants, elle manque de défaillir à la vision d’horreur – il n’y a pas d’autre mot – qui se présente à ses yeux : 27 mères et seulement 6 pères !
Réunion parents-profs de rentrée au collège:
27 mères.
6 pères.#MamanTravaille #Egalité #OùSontLesHommes ?— 🇫🇷 MarleneSchiappa (@MarleneSchiappa) September 11, 2018
Où est l’égalité ? Encore une fois, ce sont les femmes qui doivent se coltiner la charge parentale ; encore une fois, ce sont elles qui doivent rogner sur leur vie professionnelle pour assurer l’équilibre familial ! Et pendant ce temps, où sont les hommes ? Aux postes de pouvoir ou en train de faire du journalisme sportif, domaine où l’on ne dénombre que 15 % de femmes (vidéo, 01′ 12″). L’horreur n’en finira-t-elle donc jamais ?
Et encore une fois, observons que les cordonniers sont vraiment très mal chaussés. Dans la famille Schiappa, qui était à la réunion parents-profs ? La mère, si je ne m’abuse. Eh bien, figurez-vous qu’elle a une excellente raison pour justifier cette concession terrible au patriarcat triomphant : sa fille aînée venait d’entrer en 6ème, un cap important qu’elle ne voulait pas manquer.
Mme Schiappa pourrait-elle envisager de considérer que si elle a la possibilité de faire des choix de ce type, si elle a la possibilité de s’entendre avec son conjoint sur la répartition des tâches au sein de sa famille, cette faculté doit valoir aussi pour les autres ? Que sait-elle de la vie des 27 mères et des 6 pères qu’elle a hâtivement enfermés dans un schéma de discrimination envers les femmes ? Que sait-elle de leurs arrangements personnels ? Rien, mais ce n’est manifestement pas cela qui pourrait la retenir de distribuer ses leçons de savoir-vivre.
De la même façon, Marlène Schiappa a calculé que les femmes subissent des écarts de salaire avec les hommes de 9 % à 27 % et que seules 20 % des tâches ménagères sont effectuées par les hommes :
.@MarleneSchiappa : "Seulement 20% des tâches ménagères sont accomplies par les hommes."#DirectAN #QAG pic.twitter.com/MUN4SNCvf4
— LCP (@LCP) March 6, 2019
Ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. On ne compte plus les études farfelues qui font état d’écarts de salaire aussi effrayants que mal calculés. Mais si l’on se réfère à des enquêtes plus sérieuses, il apparaît que les écarts résiduels entre les salaires ou le niveau de carrière des hommes et des femmes ne résultent pas d’une quelconque volonté machiste d’écarter les femmes mais de leurs propres choix dans l’existence, choix principalement liés au fait que l’idée de concilier carrière et famille est plus présente chez elles.
Interrogée récemment sur la situation des femmes dans les services gouvernementaux (vidéo, à partir de 47′), Marlène Schiappa admettait d’ailleurs que la parité dans les cabinets ministériels était difficile à réaliser car « ce ne sont pas les postes qui font le plus rêver » :
« Vous êtes corvéable à merci 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Moi-même j’ai eu des difficultés. J’ai voulu me tenir à la parité (…) mais ce n’est pas forcément très attractif et on a une pénurie de candidatures. »
Autrement dit : encore heureux qu’on trouve encore quelques hommes assez fous pour accepter ce travail infernal.
Mais pour Marlène Schiappa, dont l’idéologie chevillée au corps dépasse largement la cohérence, cette difficulté à recruter des femmes ne peut provenir que d’une seule chose, le « sexisme de la société globalement »… et elle s’apprête en conséquence à lancer des « brigades anti-discrimination » dont l’idée lui avait été suggérée par un intervenant lors du débat qu’elle avait animé dans l’émission Balance ton post de Cyril Hanouna.
Il est vrai que l’on trouvera toujours des féministes pour vous expliquer que si vous souhaitez travailler moins pour être plus disponible pour votre famille ou pour toute autre activité qui vous passionne plus et si vous continuez à repasser les chemises de votre mari, vous êtes à l’évidence victime d’odieux schémas machistes dont vous n’arrivez pas à vous défaire.
Mais pas de panique, Marlène et sa calculette sont là pour guider vos pas à tous les moments de la journée et tout au long de votre vie ! Et peu lui importe de savoir si votre mari répare la chaudière ou monte les lits superposés des enfants pendant que vous préparez le repas, car ce qui compte – et qu’elle n’applique pourtant pas dans son couple – c’est d’aboutir à une représentation scrupuleusement, voire maladivement proportionnelle absolument partout. C’est d’ailleurs l’objectif totalement absurde que son collègue Bruno Le Maire compte faire appliquer en entreprise.
En fait, Marlène Schiappa se sent tellement investie de sa mission égalitariste et elle sait tellement mieux que vous comment vous devez mener votre vie qu’elle n’hésite pas une seule seconde à se lancer dans des opérations anti-discrimination que personne ne lui demande. Il est même des cas où ses initiatives tonitruantes seraient plutôt redoutées par les intéressés.
Au détour de la grande interview qu’elle a donnée il y a quinze jours à Valeurs actuelles, interview surtout remarquée pour le rapprochement audacieux qu’elle y opérait entre la Manif pour tous et le terrorisme islamiste, elle faisait ainsi part de son projet d’organiser une Gay Pride en Corse :
« Vous savez, je suis corse, on essaie de mettre en place une Gay Pride à Ajaccio et il n’est pas sûr qu’on y arrive… »
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Il semblerait que Marlène Schiappa ait pris au pied de la lettre une boutade du préfet en charge de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) lors d’une réunion à l’Elysée où les associations LGBT énuméraient les régions où il était difficile de faire son coming-out.
Elle s’est donc saisie avec autorité et empressement de la question. Petit problème, ce n’est pas du tout le souhait des homosexuels vivant en Corse pour lesquels l’initiative de la ministre ressemble à s’y méprendre à une pure opération de « pink washing », autrement dit un petit coup de ripolin anti-homophobie au profit du pouvoir :
« Il n’existe pas de volonté de la communauté LGBT de parader dans la rue sur le modèle de ce qui se fait à Paris. » (…) « La devise des gays corses, c’est : pour vivre heureux, vivons caché. » (Propos rapportés dans L’Opinion)
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Mais la secrétaire d’Etat est très clairement déterminée à faire votre bonheur malgré vous, même si ce doit être finalement votre malheur, ou tout au moins une belle série de contrariétés et d’ennuis.
Comme on aimerait qu’elle ait plus souvent des moments de lucidité comme celui qui lui faisait prendre avant-hier un recul salutaire face à la petite aventure vécue récemment par Yann Moix ! Ce dernier avait confié au magazine Marie-Claire qu’il se sentait « incapable d’aimer une femme de 50 ans ». On pourra certes s’interroger sur l’intérêt de ce genre de déclaration, mais toujours est-il qu’elle déclencha aussitôt une levée de boucliers sur toute la planète féministe. Sauf, une fois n’est pas coutume, chez Marlène Schiappa, qui observa le silence.
Elle vient de réparer cet étrange mutisme avec un bon sens auquel elle ne nous a certainement pas habitués (vidéo, 02′ 29′) :
« Et moi on m’interroge en me disant : Vous, qui êtes ministre, qui défendez les femmes, qu’est-ce que vous avez à dire à Yann Moix ? C’est scandaleux ce qu’il a dit sur les femmes ! Moi, je n’ai rien à dire à Yann Moix. Depuis quand on doit rendre compte des gens qui nous attirent ou ne nous attirent pas ? »
En effet. D’où questions pour Mme Schiappa : depuis quand les parents doivent-ils rendre compte de celui qui assistera ou n’assistera pas à la réunion parents-profs ? Depuis quand les homosexuels doivent-ils avoir partout gay pride obligatoire ? Etc.
Malheureusement pour nous, malheureusement pour nos choix de vie et malheureusement pour notre liberté, Marlène Schiappa a encore beaucoup trop à dire, beaucoup trop de quotas à calculer, beaucoup trop de subventions à distribuer et beaucoup trop de vies à organiser.
En charge de l’égalité entre les femmes et les hommes instituée « grande cause du quinquennat », forte d’un budget interministériel de 530 millions d’euros (2019) – le plus important jamais consacré à la lutte contre les discriminations, attachée au Premier ministre, soutenue par l’Elysée, ne manquant ni d’énergie ni d’audace, ne manquant pas non plus d’ambition, elle semble bien décidée à exiger de tout un chacun qu’il occupe exactement la place qu’elle a déterminée pour lui dans son paysage égalitaire.
