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Les Français à Macron : « It’s the economy, stupid ! »

Avis aux lecteurs : 5 jours de vacances, 5 articles, 500 mots chacun environ. Voici le n° 4.

Hausse du pouvoir d’achat, baisse du chômage, diminution des impôts et charges, voilà quelles sont les trois premières préoccupations des Français d’après l’enquête réalisée début janvier par l’Institut de sondage Kantar Sofres Onepoint. Sans surprise, l’adage « it’s the economy, stupid ! » se confirme.

La lutte contre le terrorisme, le contrôle de l’immigration et la sécurité des citoyens sont des points importants, mais viennent après les précédents. La cause environnementale ne déchaîne pas les passions et les réformes envisagées par le gouvernement dans le champ sociétal, du type fin de vie et anti-sexisme, sont considérées comme faiblement prioritaires malgré le battage incessant qu’elles occasionnent dans les médias.

Ne parlons même pas de la PMA dont les Français se contrefichent très manifestement, tout comme ils restent insensibles à l’introduction d’une dose de proportionnelle aux législatives ainsi qu’à l’immense, à l’héroïque mesure de limitation de vitesse à 80 km/h à propos de laquelle le Premier ministre s’est dit prêt à risquer l’impopularité car elle va « sauver des vies » – et renflouer les caisses de l’Etat, mais chut.


Graphique 1 : Attentes spontanées des Français. Graphiques 2 et 3 : priorité accordée aux mesures annoncées par le gouvernement :

         


Le message est donc clairement économique. J’irais même jusqu’à dire qu’il dessine en pointillé – et non sans timidité et une bonne dose d’incohérence – un début de conscience libérale des Français !

La demande de hausse du pouvoir d’achat reflète le désir naturel d’améliorer sa situation économique. Une bonne façon d’y parvenir consiste d’une part à avoir accès le plus largement possible au marché de l’emploi, d’où la demande de lutte contre le chômage, et d’autre part à profiter de ses revenus sans avoir l’obligation d’acheter tous les services de l’Etat via l’impôt et les cotisations sociales, d’où la troisième préoccupation.

Les Français ne s’en rendent sans doute pas compte explicitement, mais lorsqu’ils formulent ces demandes, ils remettent fondamentalement en cause notre modèle social très protecteur, très coûteux – et très attirant pour toutes les personnes qui débarquent en Europe pour fuir la pauvreté et les conflits militaires.

A supposer qu’il soit remis bon ordre dans notre Etat-providence pour notre propre prospérité, c’est aussi le contrôle de l’immigration qui serait implicitement traité, tout simplement par rétablissement de la réalité des « prix » (plus ou moins grands avantages sociaux) sur le marché des flux migratoires.

Malheureusement, le sondage n’aborde pas de front la question des dépenses publiques, si ce n’est sous la rubrique « réduction de la dette et des déficits publics » qui n’est citée que par 20 % des personnes interrogées. Est-ce la relative technicité du sujet qui contribue à limiter l’intérêt des Français ? Peut-être.

Mais on ne peut s’empêcher de remarquer que tout ce qui concerne un effort à faire en regard des impôts et des cotisations qu’on aimerait payer en moins ne soulève pas l’enthousiasme. La réforme des systèmes de retraite est jugée faiblement prioritaire, de même que la baisse des cotisations des entreprises. Seules les baisses d’impôt des particuliers – celles qui bénéficieraient directement aux personnes interrogées – figurent parmi les réformes très importantes.

C’est dans ce raisonnement inabouti que je vois les Français comme des libéraux qui s’ignorent, trop habitués qu’ils sont à dépendre de l’Etat en tout, et trop timides pour oser s’en détacher.

Il n’en reste pas moins que le primat donné sans ambiguïté à l’économique, très loin devant toutes les nouveautés sociétales, environnementales ou institutionnelles, devrait inciter Emmanuel Macron à hiérarchiser ses priorités, à un moment où sa popularité repique du nez, tandis qu’il déploie frénétiquement les annonces du politiquement correct le plus débridé, « journée de la femme » oblige.


Illustration de couverture : Les attentes des Français à l’égard du gouvernement Macron Philippe pour 2018.

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