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Si seulement la France était moins « exceptionnelle » !

Encore une « exception française » dont on se passerait bien : nous sommes à deux semaines du premier tour de la #Présidentielle2017 et la vedette, c’est #Mélenchon et sa révolution castro-chaviste !

La campagne officielle pour l’élection présidentielle 2017 a commencé hier. Une petite campagne officielle de deux semaines avant le premier tour du 23 avril prochain, comme cela paraît minuscule ! En réalité, le sujet est dans toutes les têtes, sur toutes les lèvres, sur toutes les chaînes et dans tous les médias depuis au moins la rentrée de septembre 2016, et parfois même depuis plusieurs années, certains candidats ayant annoncé leur candidature à la candidature et lancé leur campagne dès 2013. 

On frôlerait presque l’overdose. La campagne électorale n’a pas manqué de moult péripéties, rebondissements et renversements de nature à nous maintenir en haleine du début à la fin. Excellente opération pour les médias. Mais au milieu du rabâchage médiatique, au milieu des « affaires », au milieu des hologrammes de l’un et des couvertures people de l’autre, au milieu de la cacophonie des débats et du délice des petites phrases et des bons mots, a-t-on pris les instants nécessaires pour réfléchir à l’avenir du pays ?

• Donc on nous parle présidentielle et seulement présidentielle depuis des mois et des mois. On pourrait penser que le pays a eu amplement le temps de faire un tour approfondi des enjeux, qu’il a procédé à un examen consciencieux du quinquennat, voire des deux quinquennats écoulés, qu’il a ouvert les yeux sur ce qui se passe dans les pays qui fonctionnent le mieux comme dans ceux qui sombrent inéluctablement dans la pénurie, la faillite et la répression, histoire d’aborder enfin l’avenir avec un esprit ouvert et pragmatique.

On pourrait penser que les exemples du Royaume-Uni des années 1970, du tristement célèbre Vénézuela actuel, et, plus récemment (et de façon plus dramatique et plus pressante, car c’est chez nous que ça se passe), de la Guyane, effaceraient définitivement l’option « socialisme » et sa cohorte de dépenses, subventions et corruptions, des choix informés des électeurs.

On pourrait penser qu’un Français constatant aujourd’hui qu’il vit dans un pays où le taux de chômage atteint le double de celui de ses voisins, où l’endettement public est presque de 100 % de la production annuelle et où les dépenses de l’Etat, des collectivités territoriales et des organismes de sécurité sociale représentent 57 % de cette même production – on pourrait penser, donc, que ce Français comprend immédiatement combien le pays n’est pas le moins du monde « ultra-libéral » et combien la dépense publique débridée, alpha et oméga de nos politiques gouvernementales depuis plus de 40 ans, ne résout rigoureusement rien.

On pourrait penser que si l’objectif – un excellent objectif ! – est bien de faire en sorte que tout le monde puisse travailler pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, et vivre sa vie dans l’indépendance économique qui seule permet d’avoir des projets personnels, on décide enfin de laisser tomber les bonnes intentions sirupeuses, les promesses mirobolantes de hausse du salaire minimum et d’interdiction des licenciements, et l’égalitarisme racoleur forcené qui consiste à prendre aux riches pour redonner aux pauvres.

Tout ceci n’a jamais provoqué, partout où ce fut appliqué, qu’une double faillite économique, d’abord directement par les dépenses de l’Etat puis indirectement par fuite des capitaux, fuite des cerveaux, découragement des initiatives, et engloutissement final dans la spirale de l’échec, jusqu’à ce qu’une main secourable, un prêt du FMI ou de l’UE par exemple, vienne mettre un terme à la chute. Notons que lorsque le prêteur exige alors des engagements de réforme, l’opinion commune tend à l’accuser de provoquer l’austérité qui met les peuples à genoux sans admettre que le fait générateur initial de la catastrophe imminente résulte de politiques collectivistes et étatistes parfaitement irresponsables.

Bref, on pourrait penser que chacun a eu le loisir et l’occasion de s’informer et de réfléchir à tout cela afin d’éviter que l’avenir ne soit une fois de plus pavé des erreurs, séduisantes de prime abord mais néanmoins erreurs, du passé.

Mais ne rêvons pas. Nous sommes en France, pays qui semble prendre une délectation particulière à cultiver « l’exception » dans tous les domaines possibles, y compris et surtout les plus dommageables à son avenir. Exception qui confirme d’ailleurs douloureusement la règle quant aux choix politiques qu’il faudrait appliquer tant notre pays perd du terrain par rapport à ses grands voisins comparables. Nous somme hélas les champions du chômage, de la grève, de la dépense, des fonctionnaires, des impôts et de la dette, sans parler de notre Education nationale en déshérence ou de notre système judiciaire et pénitentiaire au bord de la crise de nerfs.

Dernière brillante « exception » en date : le candidat qui, à deux semaines du premier tour, monopolise l’attention tant sa montée dans les sondages est fulgurante est Jean-Luc Mélenchon, ex-PS et allié du PCF. Des sigles qui en disent déjà long.

Tentons un petit résumé rapide des épisodes précédents. La présence de Marine Le Pen au second tour est envisagée depuis le début et semble acquise. Il est vrai que les intentions de vote en sa faveur se tassent depuis la mi-mars, mais ses électeurs déclarés se disent très sûrs de leur vote. Face à elle, on a d’abord vu Juppé, puis Fillon, puis Macron.

Aujourd’hui, la courbe sondagière de ce dernier est clairement sur une tendance descendante, celle de Fillon résiste, voire grignote à la hausse, et celle de Mélenchon s’envole littéralement, tandis que son rival de gauche, le candidat « officiel » du PS Benoît Hamon, s’enfonce irrémédiablement dans la zone des « petits » candidats dont on ne parle plus (voir graphique ci-dessus).

Si ces tendances récentes se poursuivent, où en seront nos courbes d’ici quinze jours ? Un sondage a même placé Mélenchon devant Fillon. L’engouement semble total. Compte tenu des marges d’erreur (de l’ordre de +/- 2,5 % pour un candidat qui obtient un score de 20 %), chacun des 4 candidats en tête aujourd’hui pourrait être présent au second tour en théorie. Déjà inquiets à l’idée d’une possible victoire de Marine Le Pen, dont l’étatisme et le protectionnisme sont les pierres angulaires, les marchés financiers n’ont pas tardé à réagir à la perspective Mélenchon. L’écart de taux entre les emprunts à 10 ans de la France et de l’Allemagne a bondi de 70 points de base entre vendredi dernier et hier.

Or que nous propose Jean-Luc Mélenchon, à part ses envolées lyriques et son jeu de scène étudié ? Enfin le programme qui va libérer les énergies et lâcher la bride aux citoyens ? Certainement pas. Il ne s’agit au contraire que de se conformer le plus étroitement possible à tout ce qui a fait la réussite flamboyante du Vénézuela ou de la Grèce, à tout ce que la gauche la plus archaïque tente, avec un certain succès il faut bien le dire, d’imposer aux Français depuis 1945, c’est-à-dire le monopole de l’Etat sur absolument tout, dans un défoulement de dépenses totalement incontrôlées.

Citons ses mesures les plus absurdement emblématiques : recrutement de 200 000 fonctionnaires, sortie du pacte de stabilité de l’Union européenne (qui fixe une limite de déficit public à 3 % du PIB), retraite à 60 ans, augmentation du SMIC de 16 %, instauration d’un revenu maximum autorisé à 20 fois le revenu médian, 14 tranches d’impôts sur le revenu dont un taux de 100 % pour la plus élevée, renforcement de l’ISF et des droits de succession, droit au travail opposable, étatisation accrue de la santé, planification écologique et assemblée constituante pour établir une nouvelle constitution dont on ne nous dit rien de précis.

Issue explosive garantie. On le sait parce que c’est ce qui se produit toujours avec ce genre de programme. Mais peu importe, apparemment. Il se trouverait aujourd’hui quelques 17 à 18 % d’électeurs potentiels qui envisageraient de voter en ce sens. Ajoutons les électeurs de Marine Le Pen et ceux de Benoît Hamon qui lui sont idéologiquement très proches, et nous voilà à 50 %. Incorporons l’appoint de Dupont-Aignan d’un côté et Poutou de l’autre, et on est à 55 %. Délayons avec un peu de Macron, dont le libéralisme affiché quand ça l’arrange masque mal le socialisme de fond révélé par ses soutiens du PS, et ça fait beaucoup de convaincus.

Aujourd’hui plus encore qu’auparavant, François Fillon apparaît par triste comparaison – la comparaison du borgne à casseroles au pays des aveugles – comme le seul candidat qui semble avoir intégré un certain sens des réalités, comme le seul candidat qui, sans être hélas un grand libéral, semble apte à regarder la situation réelle du pays sans trop nous baigner d’illusion.

S’il devait l’emporter en mai, on ne pourrait même plus seulement dire que sa crédibilité entamée par les « affaires » l’empêcherait de mener sa politique de réduction des dépenses et de la dette.

Car c’est bien aussi l’état d’esprit d’une lourde majorité de Français, c’est bien l’opinion publique dominante, trompée depuis des années par des politiciens plus irresponsables que jamais, qui seraient essentiellement contre lui – ou contre tout autre réformateur, même plus digne d’estime – comme en témoigne crûment l’invraisemblable heure de gloire de Jean-Luc Mélenchon, grand admirateur d’Hugo Chávez, à quinze jours du premier tour.

On aimerait tellement que la France soit moins « exceptionnelle  » !


Illustration de couverture : La Tour Eiffel, Paris, novembre 2015. Photo : © Only France / Laboucher – ANA.

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