Un lecteur que je remercie m’a communiqué la documentation diffusée par le syndicat Solidaires Finances publiques afin de motiver les agents à se mettre en grève contre la réforme des retraites à partir de demain jeudi 5 décembre 2019. Parmi les documents proposés, une BD vraiment très… « instructive » de la dessinatrice « engagée » Emma, BD que je me propose aujourd’hui de lire avec vous.
Titre : « C’est quand qu’on arrête ? »
Emma n’est pas une inconnue pour ce blog. Dans mon article sur le congé paternité « obligatoire », j’avais déjà eu l’occasion de mentionner sa BD dénonçant la « charge mentale » portée exclusivement par les femmes au sein des couples. Qui planifie tout dans la famille ? Qui pense qu’il va falloir racheter du shampoing, débarrasser la table, lancer une lessive, signer les carnets de correspondance ? Les femmes, toujours les femmes, seulement les femmes ! Encore une criante inégalité H/F à redresser d’urgence !
Son grand truc, c’est d’arriver à « faire péter le patriarcat en même temps que le capitalisme. » Et si, pour « faire péter », il faut en passer par la casse et les violences de ses amis Black Blocs, pas de problème !
« Nos gouvernants ne nous entendent pas quand on défile pacifiquement. Cela ne me dérange pas qu’il y ait parfois un peu de casse si cela peut faire avancer la cause du peuple. »
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Aujourd’hui, nouveau combat. Il faut faire tomber la réforme des retraites parce que :
« C’est le coup final porté à la solidarité intergénérationnelle ».
Et hop, nouvelle BD réalisée avec l’aide des « camarades du NPA », c’est-à-dire le Nouveau parti anticapitaliste de Besancenot et Poutou, et bien recyclée chez tous les syndicats de gauche.
Or pour eux, il existe un dogme absolument intouchable : la retraite par répartition, c’est bien parce que c’est collectif, et collectif, c’est bien parce que cela signifie solidarité entre les générations. Tandis que la retraite par capitalisation, c’est mal parce que c’est individuel. Individuel, donc égoïste, donc motivé par le seul profit personnel, donc synonyme d’aliénation et d’exploitation des travailleurs. Comme tous les dogmes, il n’y a rien à démontrer. C’est comme ça.
À noter que le gouvernement n’a nulle intention de libéraliser le système des retraites. Comme tous les gouvernements précédents, il se flatte que les Français ont un sens de la « justice » plus exacerbé qu’ailleurs et qu’ils sont « très attachés » à leur modèle social. Il se contente donc d’ajuster quelques paramètres (âge de départ, trimestres cotisés) et de lisser certains avantages inexplicables du secteur public pour essayer de maintenir la bête en état de fonctionnement quelques années de plus.
Avec le gimmick de la « simplification » des 42 régimes, il s’arrange même pour faire tomber les excédents des régimes autonomes(*) dans les caisses de l’État ! On a vu plus libéral et surtout, on voit se confirmer qu’en France, la solidarité, c’est le vol !
Mais selon Emma & Co, la casse sociale est une fois de plus en marche. La réforme n’a pas d’autre but que de déboucher sur de plus faibles pensions qui pousseront alors les gens à se tourner vers des assurances complémentaires, prélude funeste à la fin du système par répartition au profit du système par capitalisation.
Impossible de laisser passer ça ! Vous vous imaginez tous les bénéfices que les assureurs vont faire entre le moment où on place son argent et celui où on le touchera !
En début d’année, l’économiste Patrick Artus faisait justement remarquer que la progression générale des salaires était supérieure à celle de la productivité. De son côté, l’Institut économique Molinari a calculé que 71 % des 338 milliards d’euros de valeur créée par le CAC 40 en 2016 sont revenus aux salariés sous forme de rémunération, de primes et de protection sociale, 20 % étant tombés dans la poche de l’Etat via la fiscalité et 9 % seulement dans celle de leurs actionnaires.
On est très loin de l’image du capitalisme mortellement exploiteur véhiculée par Emma, le NPA et autres Solidaires. Mais peu importe, il faut absolument empêcher les entreprises de faire des profits. Bon courage pour trouver des actionnaires dans ces conditions et bonjour les faillites et le chômage ! Sans compter que si les assureurs font des profits, il faut croire que leurs clients sont plutôt satisfaits du rendement de leurs placements, retraite ou autres.
Mais il faut dire qu’Emma a un rapport au travail vraiment très particulier – et très noir. N’y voyant qu’aliénation et exploitation des travailleurs, elle s’est mise à penser à la retraite dès son stage de 3ème d’immersion en entreprise :
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L’idée qu’elle va devoir travailler toute sa vie l’obsède tellement depuis toujours qu’elle en a même fait une dépression à l’âge de 10 ans. Cette situation particulière n’est pas sans rappeler celle de Greta Thunberg qui a aussi fait une grave dépression dans son enfance à force de regarder des documentaires sur la fonte des glaciers et la disparition des ours polaires. Il n’est pas certain que cela prédispose à une vision sereine du monde du travail pour l’une et du changement climatique pour l’autre.
Depuis, Emma s’était efforcée de considérer que chaque fois qu’elle réussissait quelque chose – passer du bac ES au BTS informatique puis au diplôme d’ingénieur en informatique – c’était une confirmation du pouvoir de la volonté personnelle. Mais quand les choses ont commencé à devenir compliquées pour elle, elle a trouvé de quoi s’exonérer de toute responsabilité ou de toute erreur d’orientation :
« J’ai rencontré des ami·e·s politisé·e·s qui m’ont aidée à analyser la situation et à réaliser que si je rencontrais autant de difficultés, c’est d’abord parce que j’étais une femme. »
Simple et pratique, n’est-ce pas ? Et en contradiction flagrante avec son succès actuel de blogueuse et dessinatrice (Sa page Facebook a 327 000 abonnés).
Il est un point cependant où elle n’a pas tort, mais sans en tirer les conséquences qui s’imposent : la retraite par répartition place les travailleurs en situation de dépendance totale vis-à-vis des pouvoirs publics :
Mais pour Emma et tous les collectivistes, ce n’est certainement pas une raison pour abandonner ce système. C’est au contraire une raison pour militer, bloquer, faire grève et revendiquer encore afin de conserver voire étendre tous les intérêts catégoriels obtenus de cette façon auparavant.
C’est pourquoi il est très amusant de lire dans les commentaires qui s’alignent sous son article de blog que tel boulanger qui n’avait pas pu cotiser au régime général s’est créé sa retraite, celle de son fils et celle de son petit-fils en achetant de l’immobilier :
« Ben l’Etat a tellement merdé sur le système général que c’est sa méthode « à l’ancienne » (celle, personnelle, du boulanger) qui s’avère tristement efficace. 😦Déprimant. »
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Déprimant, c’est le mot, même si ma déprime est très différente de celle du commentateur : quand est-ce que les Français se décideront à additionner deux et deux au lieu de continuer à rêver vainement à une solidarité et à une justice que leur collectivisme viscéral est par nature incapable de leur procurer ?
(*) Régimes autonomes : à ne pas confondre avec les régimes spéciaux de la SNCF ou de la RATP. Ces derniers sont financés par les impôts de tout le monde, tandis que les premiers sont financés par les cotisations des bénéficiaires.
Remarque : J’ai bien noté que la BD d’Emma sur les retraites « est en libre accès pour toute utilisation militante ». Idem pour cet article !
Pour compléter la réflexion sur les retraites, je vous invite à lire Retraites : changer le système. Mais vraiment. (mars 2019)
