On s’intitule un beau jour blogueur, ou blogueuse, et on s’imagine, plein d’ardeur et de bonne volonté, qu’on va « décrypter » la France, le monde et tout l’univers grâce au seul pouvoir de quelques neurones en ordre de marche associés à un accès à internet et un téléphone portable.
Ainsi avais-je débuté un article sur Daesh et la crise des migrants, au tout début de ma « carrière » de blogueuse, pour constater dans la foulée :
« Mais un jour, alors qu’on croyait avoir bien clarifié ses idées, on est pris de vertige tant les informations précises sont difficiles à obtenir et tant les opinions alentours sont si nombreuses à être diamétralement différentes des vôtres. »
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Aujourd’hui, je commence de la même façon, mais un autre vertige me saisit : celui de l’idée personnelle, celui de la propriété des idées, celui des sources et des citations, bref celui de la méthodologie et de la déontologie du blogueur.
Il se trouve qu’hier, un commentateur m’a demandé à quelle heure exactement j’avais publié mon article sur Parcoursup daté du 17 mai car l’édito de l’Opinion publié le soir même (19 h 36) était vraiment très proche de ce que j’avais fait. Aucune accusation, aucune animosité dans le commentaire, mais il n’empêche que pendant quelques secondes mon rythme cardiaque est devenu fou.
Par bonheur, j’ai pu faire valoir la parfaite originalité de mon article sans difficulté. Je l’ai publié le 17 mai 2018 à 7 h 30 sur mon blog, lequel est réglé depuis l’origine sur le fuseau horaire de Paris. Quelques minutes plus tard (7 h 40) je l’ai posté sur Facebook et Twitter, ce qui, outre des possibilités supplémentaires de lectures et de partages, me permet de bénéficier d’un horodatage incontestable :
Je sais en mon for intérieur que je n’ai jamais copié personne. Si j’ai créé ce blog, c’est précisément pour dire à ma façon des choses que j’estime pas ou trop peu dites – ou, plus précisément, parfois dites mais pas écoutées et trop hâtivement écartées – sur la situation sociale, économique et politique de notre pays, de l’Europe et du monde.
Mais imaginez que pour une raison ou pour une autre je n’aie publié mon article Parcoursup que le lendemain matin, soit le 18 mai. Qui croirait que je n’ai pas purement et simplement développé sans imagination les thèmes sélectionnés dans l’édito de l’Opinion ? Ma parole ne vaudrait pas grand chose face à ce média installé et bénéficiant de la collaboration de journalistes professionnels avec carte de presse.
C’est pourquoi j’aimerais profiter du creux(1) de ce long week-end de Pentecôte pour vous expliquer quelles sont mes habitudes de blog et comment je procède. N’ayant rien d’autre pour me recommander à vous, lecteurs, que mes textes nus, il est de la plus haute importance qu’ils vous soient crédibles et que vous puissiez me faire confiance.
La question qui se pose ici est celle de la façon dont les idées des uns circulent et comment elles influencent, inspirent, alimentent, enrichissent etc… les idées des autres et leur permettent éventuellement d’entrevoir de nouvelles pistes de réflexion qui n’avaient pas été perçues auparavant. Mais je crois que c’est peut-être encore plus celle de l’émergence simultanée de réflexions somme toute assez logiques et naturelles chez des personnes indépendantes dans leur travail mais qui évoluent dans le même contexte idéologique, en l’occurence les idées libérales.
Il n’en demeure pas moins que si inspiration précise il y a, il me semble absolument indispensable de citer (en note, par lien…) le texte inspirateur, même si ce n’est que partiellement.
Et il n’en demeure pas moins, bien sûr, que tout plagiat est totalement exclu. J’appelle plagiat un texte qui est un copier-coller direct d’un autre texte mais qui tente de se faire passer pour un original en ne citant pas le texte d’origine et en procédant à des petites modifs, souvent très maladroites, pour donner le change.
Cette sinistre aventure m’est arrivée une fois, sur un site en ligne suffisamment connu et se proclamant « citoyen » avec tellement d’ostentation que je n’ai aucun scrupule à en faire état ici.
Le 22 septembre 2016, j’ai publié un portrait de Florian Philippot. Il a été repris le lendemain par Contrepoints qui l’a republié les 10 et 21 septembre 2017 compte tenu de l’actualité du moment concernant le FN (réunion de Brachay et démission de Philippot).
Quelle ne fut pas ma surprise, le 11 septembre 2017, de lire mon texte pratiquement mots pour mots sur Agoravox sous la signature d’un certain Panda ! A cette époque, je proposais moi-même des textes à Agoravox, d’où mon habitude de regarder ce qu’il s’y passait. Depuis, j’ai cessé toute activité avec ce site car malgré l’envoi d’un message faisant part de mon étonnement, je n’ai jamais eu de réponse et l’article incriminé est toujours en ligne aujourd’hui.
Vous jugerez vous-mêmes. J’ai donné les liens plus haut et voici les captures d’écran des deux débuts, Le Panda à gauche et moi à droite :
Ceci est un cas extrême. Il est heureusement fort rare, mais on s’étonne malgré tout que tant de nullité crasse, tant de petitesse, puissent exister.
Pour ma part, voici comment je pratique.
Comme la plupart de mes sujets proviennent de l’actualité, comme je n’ai pas souvent l’occasion d’être moi-même à l’origine d’une info, je puise bien évidemment mes thèmes dans les médias. De ce fait, au fil du temps, le nombre, le champ et la nationalité de mes abonnements presse se sont considérablement développés, du Figaro à Médiapart et de la France à la Turquie ou aux Etats-Unis, selon mes besoins.
Soucieuse de sourcer précisément ce que j’avance, je crée à l’intérieur de mes articles de nombreux liens (en vert) vers d’autres médias. Il s’agit d’abord de justifier les chiffres que je donne (chômage, croissance, dette etc…) en utilisant avant tout les statistiques des instituts officiels tels que Eurostat, INSEE, OCDE… et les rapports des organismes de contrôle comme la Cour des Comptes ou le Sénat. L’article « From beautiful France, with love » donne un bon exemple de ce type de liens.
Mais il arrive aussi que je tire un chiffre d’un article de presse, ce en quoi je dois faire confiance au journaliste. Je vérifie généralement que ce chiffre se recoupe harmonieusement avec d’autres.
Il s’agit ensuite de justifier les déclarations que j’attribue à des personnalités. Soit, cas le plus simple, il existe une vidéo ; soit le propos a été cité entre guillemets dans la presse. Là encore, je dois faire confiance, mais on observe que les journaux ont tendance à reprendre avec une belle unanimité ce qu’une agence de presse (l’AFP, en général) a rapporté d’abord.
Dans mon article sur Parcoursup, j’ai été un petit peu plus loin, car j’ai non seulement cité les déclarations d’un professeur d’université telles que rapportées par Le Parisien (« Les lycéens se sont peu mobilisés contre Parcoursup jusqu’à présent, mais cela pourrait changer s’ils se retrouvent nombreux sans affectation »), mais également la façon dont il l’avait dit sur la foi de ce qu’en rapporte le journaliste : « glisse avec espoir un opposant à la réforme. » Cette interprétation m’a paru plausible compte tenu d’autres lectures que j’avais faites sur le sujet et je l’ai donc utilisée.
Autre catégorie de liens, ceux que je donne fréquemment dans le but de permettre au lecteur d’approfondir un sujet que je n’évoque qu’en passant ou à titre d’exemple sans le développer moi-même sur le moment car ce n’est pas le thème central de mon article. Soit je pioche dans mon propre stock, soit je pioche dans la presse, soit je pioche chez d’autres blogueurs.
Par exemple, dans l’article « Taxe d’habitation : l’impôt est mort, vive la surtaxe », je mentionne une liste d’actions publiques qui donnent lieu ou pourraient donner lieu à des dépenses publiques supplémentaires. Je ne développe aucun de ces points, mais je me cite à propos du « Pass culture » et je cite le blogueur h16 à propos du plan banlieues(2) de Jean-Louis Borloo.
J’ai remarqué dans mes statistiques que tous ces liens n’étaient guère consultés. Je n’ai pas toujours la possibilité de les mettre en valeur comme je l’aimerais car cela allongerait trop les articles qui sont déjà plutôt longs. Mais je vous invite à cliquer, quitte à refermer rapidement la page, car sur le nombre, vous en trouverez forcément qui vont vous captiver, notamment quand il s’agit de la réflexion personnelle d’un blogueur ou d’articles de Contrepoints.
Ayant fait tout cela, ayant établi aussi solidement que possible les éléments indispensables à la compréhension du sujet et écarté les polémiques inutiles qui au contraire l’obscurcissent, je donne finalement mon interprétation. Comme vous le savez, ce sera selon le prisme d’analyse du libéralisme. Prisme qui n’est pas si répandu en France mais qui a toutes les chances de se retrouver dans d’autres publications libérales, modulo quelques variantes conceptuelles et la personnalité particulière de l’auteur.
Pour terminer, j’aimerais vous dire que je réfléchis à mes sujets quand je repasse, quand je conduis, quand je suis dans le train ou le métro, que j’écris la veille pour le lendemain, que je mets mon réveil à 6 h 45 pour relire et faire quelques corrections de dernière minute pendant que mon mari prépare le café, que je publie généralement à 7 h 30 en semaine et à 8 h le dimanche, et que je m’évertue tous les jours à trouver comment intéresser de plus en plus de monde à travers des sujets somme toute complexes et pas fabuleusement sexys, qui pourtant me passionnent.
(1) Dans l’actualité, j’ai noté que le prince Harry et Meghan Markle avaient convolé. Si vous voulez mon avis, le voici : la robe de la mariée était sublime ! Plus sérieusement, ça se confirme : « Vive la surtaxe ! » Il serait en effet question de relever le taux des droits de mutation pour financer les départements, lesquels devront lâcher un peu de taxe foncière pour les communes. Et ça se confirme aussi, l’objet social de l’entreprise devient hélas plus que jamais une affaire d’Etat, ainsi que le PM l’a redit récemment.
(2) On a appris vendredi 18 mai qu’il ne serait pas repris dans le format Borloo, mais qu’il devrait néanmoins donner lieu à des annonces du gouvernement dès la semaine prochaine.
