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TAXE sur les yachts : les millions deviennent des CLOPINETTES

Il paraît que la taxe sur les yachts, qui devait rapporter 10 millions d’euros par an pour un contingent max d’une cinquantaine de navires immatriculés en France, n’a rapporté que 60 000 euros en 2024 et ne concernera plus que cinq navires en 2025, après des recettes tout aussi piteuses les années précédentes.

Encore un bel exemple de l’effet Laffer (le fameux « trop d’impôt tue l’impôt ») que j’évoquais récemment, mais également la confirmation des fantasmes, voire de l’insincérité budgétaire de nos politiciens, toujours prêts à dégainer des recettes fiscales mirobolantes pour afficher leur indéfectible attachement à la réduction des déficits publics. Sans oublier l’inévitable symbolique sociale et solidaire de tout ce qui pénalise les « signes extérieurs de richesses ».

« On savait, nous professionnels, comme les services de l’État d’ailleurs, que cette taxe ne pourrait pas rapporter autant d’argent. Ils ont raconté n’importe quoi. » Thierry Voisin, président du Comité européen pour le yachting professionnel, 2019, Le Monde.

Comme tout ceci était prévisible ! Voici quelques extraits de ce que j’écrivais en octobre 2017, au moment des débats autour de son instauration dans le PLF 2018 :

Il est des symboles avec lesquels on ne plaisante pas. Quand on appartient au parti de Jaurès, Blum, Mitterrand, Hollande et Martine Aubry, quand la justice sociale et l’égalité réelle guident vos pas tous les jours de votre vie, il est simplement impossible de rester plus longtemps silencieux devant la scandaleuse perspective de voir 50 grands voiliers et yachts de luxe de plus de 30 mètres appartenant à l’évidence à des « riches » échapper à l’ISF.

En revanche, il est très possible de penser au passage qu’on tient peut-être là une occasion en or – non, pas en or, ça fait trop lingot ; disons plutôt idéale, ça colle mieux, on pense idéaliste, idéologique… – une occasion idéale, donc, de sortir de l’insignifiance et d’exister à nouveau dans l’arène politique et le petit cœur solidaire des Français.

Il faut dire qu’au PS, la vie n’est pas drôle tous les jours ces derniers temps. En fait, depuis la défection d’Emmanuel Macron, les déboires s’enchaînent. Ce Macron qui était quand même le ministre de l’Économie de François Hollande, ce dernier étant un membre éminent du PS et anti-riche revendiqué – il faut se pincer pour le croire !

(…)

Curieusement, le projet d’Emmanuel Macron de réduire l’ISF en Impôt sur la fortune immobilière (IFI) n’avait pas soulevé trop d’objections jusqu’au jour récent où certains députés, surtout à gauche, tendance Bayrou incluse, et parfois même jusque dans les rangs de LREM, se sont avisés que les valeurs mobilières exonérées dans le PLF 2018 incluaient aussi des signes extérieurs de richesse absolument intolérables. Mais où est passée la SO-LI-DA-RI-TÉ dans ce pays ?

Supprimer l’ISF sur les titres, passe encore ; c’est furieusement anti-social, un vrai cadeau aux riches et aux patrons, mais on peut éventuellement arguer que c’est productif. Tandis que supprimer l’ISF sur les yachts, les chevaux de course, les Ferraris et les lingots d’or, des produits purement « m’as-tu-vu » et « improductifs », c’est simplement ignoble. Et c’est la preuve définitive que les riches qui les possèdent (et qui ont voté Macron, soyez-en sûrs) sont des êtres avides d’argent, toujours à l’affût d’un bon plan fiscal qui empêche le peuple d’accéder au bonheur égalitaire pur et parfait.

On pourra tenter d’objecter qu’en toute logique économique un cheval de course ou une montre de prix créent de l’activité, des emplois, de l’innovation, etc. au même titre qu’un produit non étiqueté « luxe », et que ceux qui les achètent (très cher, mais ils aiment ça) contribuent à alimenter grassement les recettes de TVA.

On pourra avancer également qu’il s’agit en réalité d’un patrimoine totalement anecdotique et que sa re- ou sur-taxation dans le cadre de l’IFI ou via d’autres taxes ne rapportera au mieux que quelques millions d’euros, tandis que l’on peut déjà prévoir que les yachts ne s’immatriculeront ni ne mouilleront plus en France, dégât collatéral de l’ISF déjà constaté dans les ports de plaisance français.

Mais non, la fureur authentique ou sur-jouée est à son comble chez nos généreux. (…)

Martine Aubry, boussole inébranlable de l’humanisme socialiste à la sauce rose pourpre du « care » (comprendre État-nounou), ne s’y est pas trompée. D’après elle, « même Chirac n’aurait pas osé penser à une politique aussi libérale » ! Des propos bien mystérieux : Chirac a dit et fait beaucoup de choses dans sa carrière politique, mais il a justement supprimé intégralement l’Impôt sur les grandes fortunes ou IGF lors de sa cohabitation avec Mitterrand (1986).

Même son de cloche chez le groupe PS à l’Assemblée, si ce n’est que leur référence de l’horreur économique indépassable est Sarkozy. Saisissant pour ainsi dire le malaise de leurs collègues LREM au bond, les députés socialistes emmenés par leur président Olivier Faure leur ont adressé hier (octobre 2017) une lettre ouverte qui constitue une véritable main tendue les incitant à se désolidariser de la majorité gouvernementale :

Vous étiez plein d’idéaux ? Ne tombez pas dans les petits calculs de boutiquiers ! leur expliquent-ils en substance sur un gentil ton paternaliste. Vous étiez contre le bouclier fiscal de Sarkozy ? Vous ne pouvez décemment pas approuver « l’armure fiscale » de Macron – une armure étant donc pire qu’un bouclier. Vous vouliez incarner un « monde nouveau » ? Vous ne pouvez décemment pas vous compromettre avec la politique de privilèges « moyenâgeuse » du gouvernement. Rejoignez notre « contre-budget » !

Comme c’est beau, toutes ces protestations de justice et d’égalité ! Et comme c’est peu crédible ! Je ne sais ce que les députés LREM les plus accros à la taxation des produits de luxe en penseront, mais la lecture du premier paragraphe devrait les alerter. Si l’on en croit les signataires, pas un instant ébranlés par leur déconfiture électorale et apparemment pas le moins du monde conscients du ridicule de leurs propos :

« Ce budget (le PLF 2018) prend place dans un contexte d’amélioration de la situation économique et financière de notre pays, en grande partie due aux décisions prises sous le précédent quinquennat. » !!!

La question de l’ISF révèle à l’évidence du flottement et des divergences de vue dans les rangs de La République en Marche. Ça devait arriver tôt ou tard ; on sait que les troupes présidentielles forment un attelage hétéroclite ni de gauche ni de droite « et en même temps » de gauche et de droite, parfaite matière à l’éclosion (l’explosion ?) de sensibilités plus plurielles les unes que les autres.

Mais si LREM est parvenue à obtenir en si peu de temps une majorité à l’Assemblée dans laquelle on compte beaucoup d’anciens socialistes, c’est bien parce que le PS au pouvoir a profondément déçu ses électeurs : avoir pour ennemi la finance et ne réussir qu’à augmenter le chômage, promettre de se conformer aux exigences de l’Union européenne et n’y parvenir qu’en faisant des budgets insincères, tout ceci n’est pas pour vous recommander aux yeux des rêveurs printaniers.

Et de son côté, le gouvernement s’est rapidement montré opportunément ouvert à l’idée de renforcer les taxes sur les produits « ostentatoires » et il songe maintenant à supprimer les allocations familiales pour les hauts revenus. Voilà qui devrait apaiser les alarmes des troupes LREM jusqu’à la prochaine fois, à défaut de constituer une politique économique et fiscale mûrement réfléchie.

Huit ans plus tard, en 2025, on sait que la politique économique et fiscale des mandats Macron n’aura en rien amélioré la prospérité des Français, mais aura été d’une efficacité redoutable pour creuser les déficits et la dette publique.


Illustration de couverture : Yachts. Photo AFP.
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