Fournitures SCOLAIRES : on nous refait le coup fourré du GRATUIT

C’est bien ce que je craignais : l’inflation qui s’installe, loin d’enclencher une réflexion de fond sur ses causes monétaires et budgétaires, est en train de devenir chez nous le prétexte idéal pour accroître encore un peu plus l’interventionnisme de l’État, donc les dépenses publiques et la dette, déjà supérieurement élevées – et donc l’inflation ; mais ça, on préfère l’oublier, ne pas le voir ou carrément le nier.

Oh bien sûr, Emmanuel Macron n’a pas manqué de nous jouer sa partition préférée, celle du dirigeant responsable et sérieux, alertant ses ministres sur « la fin des liquidités sans coût » et les invitant à résister à la tentation des promesses démagogiques face à la crise du pouvoir d’achat qui accable les ménages. Mais à voir le gouvernement agir, c’est en réalité tout le contraire qui se passe.

« Il faut soulager le porte-monnaie des Français », s’est immédiatement exclamé le ministre de l’Économie Bruno Le Maire. Une injonction reçue cinq sur cinq par le ministre délégué à la politique de la ville Olivier Klein qui propose pour sa part de rendre les fournitures scolaires gratuites dès la rentrée 2023 pour les familles défavorisées :

Avant d’être ministre, Olivier Klein était maire de Clichy-sous-Bois (depuis 2011). Et avant de se sentir soudain des affinités avec la Macronie, il fut communiste puis socialiste. Inutile de dire que son socle idéologique en économie repose essentiellement sur la méfiance à l’égard du secteur privé et la croyance dans les vertus de la redistribution des revenus.

D’ailleurs, s’il veut développer cette mesure de gratuité des fournitures à toute la France, c’est parce qu’il l’a adoptée dans sa commune et a pu constater à quel point elle s’était montrée bénéfique pour les élèves et les familles. Quoi de mieux que la « force symbolique » du trousseau scolaire, le même pour tous, déposé sur les tables le jour de la rentrée pour renforcer le « sentiment d’appartenance » et la « force de l’équité » ?

Et puis de toute façon, ça ne coûte pratiquement rien, tout au plus 30 euros par élève grâce aux achats groupés qui permettent de faire pression sur les marges de la grande distribution. Quant à la mise en œuvre concrète, rien de plus simple : le ministère de l’Éducation soutient l’opération en participant à l’élaboration des listes de fournitures et le ministère de la Politique de la Ville finance le tout. Heureux hasard, c’est justement le ministère de M. Klein !

Mais attention, ne vous avisez surtout pas de lui faire remarquer qu’il existe déjà une Allocation annuelle de rentrée scolaire de 392 à 428 euros par enfant suivant l’âge, dont tout le monde pensait jusqu’à présent qu’elle servait précisément à aider les familles modestes à faire face aux dépenses spécifiques du retour à l’école et dont les montants ont été revalorisés de 1,8 % en avril 2022 puis de 4 % dans le paquet pouvoir d’achat voté cet été. Toute personne de bonne foi qui a été parent sait parfaitement qu’une rentrée scolaire ne se limite pas à quelques cahiers et trois tubes de colle supplémentaires :

« Il faut acheter des habits, il faut acheter des chaussures… » (…) « Et de toute façon, cette allocation de rentrée scolaire, elle rentre dans des porte-monnaie déjà bien creux ! »

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Simple calcul : si des achats groupés, réalisés par exemple par des associations de parents d’élèves, permettent d’obtenir les fournitures scolaires annuelles pour 30 euros par enfant, il reste quand même de l’ordre de 370 à 400 euros pour couvrir les autres frais. Mais je n’ai pas de cœur, c’est évident.

Quant aux porte-monnaie raplaplas, il faudrait peut-être commencer par se demander pourquoi l’un des pays les plus dépensiers et les plus redistributeurs du monde est incapable d’atteindre le haut niveau de vie de pays nettement moins « généreux » en apparence. Peut-être parce qu’en prélevant des ressources toujours plus élevées sur le secteur marchand d’aujourd’hui (et de demain via la dette), il empêche ledit secteur de se développer, limitant de fait sa capacité à embaucher et accroître les salaires ?

J’ai presque honte d’avoir à le redire, mais il faut bien se mettre dans la tête que la gratuité n’existe pas. « There is no such thing as a free meal », comme disait Milton Freeman. Il n’y a pas de repas gratuit. Quelque part, à un moment ou à un autre, quelqu’un va payer. Éventuellement les riches, ou les entreprises qui font des « super-profits », si le gouvernement décide de prélever des taxes spéciales, mais plus probablement tout le monde, même les foyers modestes, via la TVA, impôt universel et première rentrée fiscale de la puissance publique.

Nul doute que la subvention envisagée par Olivier Klein sera ponctuellement la bienvenue dans les familles en difficulté économique. On vous donne, là, tout de suite, 100, 200, 500 euros, vous êtes contents et vous ne manquez pas d’idées pour les dépenser. Mais il en va de cette somme comme du poisson du fameux proverbe. Une fois le premier poisson avalé, il faut à nouveau compter sur un gentil bienfaiteur pour en obtenir un second et ainsi de suite. Plutôt apprendre à pêcher pour assurer l’avenir et devenir maître de son destin à long terme.

Or précisément, le plus grave problème des élèves des familles défavorisés tient-il vraiment à ces 30 euros de fournitures scolaires ou ne tiendrait-il pas plutôt à la dégradation constante de notre système éducatif telle qu’attestée par les grands tests internationaux ? Ne tiendrait-il pas ensuite à l’impossibilité de s’insérer dans le marché du travail faute de formation adéquate, et aussi parce que l’activité économique reste atone, percluse qu’elle est de prélèvements obligatoires en tout genre, sans compter le signal particulièrement immobilisant et délétère envoyé par l’idée que les aides et subventions pourvoiront à tout ?

Comment ne pas voir, enfin, que si le pouvoir d’achat est défini en comptabilité nationale comme la quantité de biens et de services qu’un revenu permet d’acheter, il est aussi le pouvoir de chacun d’entre nous de faire ses choix de consommation. Dans l’idée de M. Klein, les fournitures scolaires ne seraient pas seulement gratuites, elles seraient achetées par les pouvoirs publics afin que tous les élèves aient les mêmes, sobriété, inclusion, blablabla. Autrement dit, le pouvoir d’acheter passe des mains des individus dans celles de l’administration.

Si l’exemple en question vous semble anecdotique et bien innocent, il faut néanmoins comprendre que chaque fois que l’État se substitue à vous, il accroît son emprise sur votre vie ; il décide de ce qui est bien pour vous ; il détermine vos besoins. Et quand, dépité, vous recevrez un cahier de mauvaise qualité dont le papier se déchire à chaque passage de plume ou quand vous monterez dans un bus sale et déglingué – car c’est ainsi que cela se passe quand tout est « gratuit », on en a une preuve éclatante par l’hôpital et les services d’urgence – il aura beau jeu de vous répondre : non mais oh, c’est gratuit et vous voudriez un service VIP ?

Illusion économique, la « gratuité » obligeamment distribuée par nos édiles, non sans arrière-pensées clientélistes, bien évidemment, et toujours sous couvert d’une générosité et d’une solidarité toutes relatives, est donc aussi une façon d’envisager l’existence.

Alors posons-nous la question : souhaitons-nous vraiment laisser les politiciens se comporter comme s’ils étaient nos parents et nous d’éternels enfants incapables de développer autonomie et projets personnels ? Demandons-leur plutôt de nous laisser vivre au lieu de s’ingénier à réparer des problèmes avec les gadgets politiciens qui ont créé ces problèmes au départ.


Illustration de couverture : Fournitures scolaires. Image by Freepik, licence libre.

7 réflexions sur “Fournitures SCOLAIRES : on nous refait le coup fourré du GRATUIT

  1. Remarque supplémentaire : je suis allé en fin de semaine dans deux hypermarchés près de chez moi. Curieusement, les téléviseurs faisaient l’objet dans les deux cas d’opérations promotionnelles importantes. Relation de cause à effet ?

  2. L’INSEE, qu’on ne peut accuser d’être un organisme ultra libéral, a chiffré dans une étude du 17/05/2021 les écarts de revenus entre français dits « riches » et les « braves gens » selon la terminologie mélanchoniène.
    En écho à l’article évoquant la redistribution, cette étude concernant le niveau de vie dit « élargi » des français, a pris en compte non seulement l’ensemble des transferts sociaux directs, mais aussi les prélèvements indirects et pour la première fois la valorisation monétaire des services publics consommés par les français.
    2 remarques :
    1) Il faut cesser de parler de « redistribution », terme orienté politiquement qui laisse entendre que des « riches » auraient préalablement spolié des « pauvres » dans le cadre d’une « distribution » injuste, nécessitant une « redistribution » légitime, donc un droit de tirage permanent !
    2) L’étude INSEE indique que :
    – sous l’angle du niveau de vie élargi, les 2/3 des français reçoivent en moyenne davantage, en prestations et services publics, qu’ils ne versent en impôts, taxes et contributions sociales, contre environ 1/3 dans l’approche monétaire habituelle sans intégration de la consommation des services publics. L’INSEE chiffre ce constat en précisant que les 10 % les plus modestes reçoivent en moyenne 17 900 euros par an, contre 3900 euros dans l’approche sans consommation des services publics !
    – Cette valorisation des services publics réellement consommés provient avant tout des transferts en nature, comme l’éducation, la santé et le logement, qui contribuent pour plus de 50 % à la réduction des écarts de revenus.
    – Au total, si le revenu primaire moyen des 10 % des français les plus aisés est 13 fois plus élevé que celui des 10 % les plus modestes, il est ramené à 7 sur le niveau de vie usuel, PUIS A 3 SUR LE NIVEAU DE VIE ELARGI, PRENANT EN COMPTE LA CONSOMMATION DES SERVICES PUBLICS !
    Au final, si cette proposition réclamant la prise en charge par l’Etat des fournitures scolaires entretient effectivement l’illusion de la gratuité tout en aggravant la dépendance des citoyens à l’Etat, on peut ajouter à la lecture de l’étude INSEE qu’on a ici une nouvelle manifestation de l’égalitarisme dogmatique de l’ultra gauche française, considérant que l’écart réel actuel de 1 à 3 du revenu moyen des français, est encore beaucoup trop injuste et qu’il faut agir d’urgence vers l’égalité absolue des revenus.
    Il est impossible que ce pays s’en sorte car il est probable qu’une majorité de ses citoyens va considérer cette proposition de « gratuité » comme normale..

  3. Il est à craindre que votre avis sur le « coup fourré de la gratuité » ne soit partagé que par ceux qui précisément, n’ont aucune difficulté pour assumer leurs dépenses courantes.
    Donc malheureusement, les politiques continueront à faire des promesses démagogiques à des fins électoralistes.

  4. Ayant travailler en établissement scolaire le gaspillage est énorme tant les élèves ont aucune conscience des coûts et pas seulement pour les fournitures mais aussi pour les vêtements.

  5. La rentrée scoalire coute cher, il faut acheter des habits, il faut acheter des chaussures, ce qui voudrait dire que sans école les parents laisseraient les enfants vagabonder tout nus et sans chaussures ?
    École ou pas, c’est aux parents de pourvoir à l’habillement de leurs enfants en toutes saisons et toutes occasions. Intégrer ces frais dan sle coût d’une rentrée est totalement abusif.

  6. La notion de gratuité est très perverse elle occulte la valeur du produitet rabâche en boucle elle désoriente le consommateur qui n a pas le prix exact de ce qu il achète.
    Si il paye les produits concernés directement il serait plus attentif.
    Ce qui permettait de le responsabilisé.

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