Emmanuel Macron à la recherche du EN MÊME TEMPS perdu

Info du 22 juin 20 h 08 : Emmanuel Macron écarte pour l’instant l’idée d’un gouvernement d’union nationale, pense trouver une « majorité plus large » pour gouverner et s’accroche à un échange positif entre l’exécutif et le législatif pour avancer au service des Français. Hormis l’immense progrès d’avoir bouclé l’affaire en moins de huit minutes, une allocution type soir d’élection qui n’apporte pas grand chose. 

Emmanuel Macron devrait être content. Le « en même temps » qui a fondé son accession initiale au pouvoir, ce mode d’action qui consistait à aller chercher les bonnes idées partout où elles se trouvaient, sur sa gauche comme sur sa droite, tout en faisant de sa ligne politique un objet composite se revendiquant « ni de droite ni de gauche » a été si bien adopté par les Français qu’ils se sont dotés d’une Chambre des députés particulièrement apte à obliger le Président de la République à considérer toutes les forces en présence dans l’Hémicycle.

Quand je parle des Français, je ne signifie nullement qu’ils forment un bloc politiquement uniforme, ni qu’ils se seraient concertés d’une façon ou d’une autre pour aboutir à la composition actuelle de l’Assemblée nationale dans laquelle la coalition présidentielle rate la majorité absolue de plus de 40 sièges sur 577. De nombreuses aspirations très différentes ont joué, de multiples promesses à l’opposé les unes des autres ont su capter l’attention des électeurs – urgence climatique, urgence sociale, urgence civilisationnelle, besoin de stabilité, retraite à 65 ans contre retraite à 60 ans, hausse du Smic, chèques inflation, etc.

Il n’empêche qu’à l’issue de tous ces mouvements browniens, un facteur domine tous les autres : le jeune Président doré sur tranche de 2017 s’est montré tellement sûr de lui au point de n’avoir même pas jugé utile de faire campagne pour sa réélection en 2022 qu’il a subi comme jamais sous la Vè République le vote sanction des Français. Emmanuel Macron ne pourra plus s’amuser à picorer à sa guise sur sa droite et sur sa gauche ; il ne pourra plus dicter les votes du Parlement ; il ne pourra plus concentrer tous les pouvoirs entre ses mains élyséennes.

En 2017, le « en même temps » s’était concrétisé dans une série de débauchages massifs à droite et à gauche afin d’élargir au maximum la future majorité présidentielle. Le contexte de l’époque, mêlant fin crépusculaire du quinquennat Hollande, victoire de Hamon à la primaire de gauche et déboires judiciaires des Fillon à droite, s’y prêtait. Darmanin, Le Maire, Philippe d’un côté, Le Drian, Collomb, Rugy, Castaner, Pompili et même Robert Hue, ex-secrétaire national du PCF, de l’autre, tous accoururent, charmés par l’enthousiasme printanier du (relativement) nouveau venu dans le panier de crabes politicien. Comme envoûtés, les Français suivirent le mouvement.

Rien de tel aujourd’hui. La magie du renouveau qu’Emmanuel Macron a tenté de faire revivre n’opère plus. Quant au « en même temps », les droites et les gauches préfèrent s’en charger directement elles-mêmes depuis l’Assemblée sans qu’on leur tienne la main depuis l’Élysée.

S’il s’agit de trouver des convergences avec Jean-Luc Mélenchon, ce que M. Macron ne s’est pas privé de faire entre les deux tours de l’élection présidentielle, ou s’il s’agit de s’intéresser aux électeurs du Rassemblement national, comme on voit plusieurs personnalités macronistes le professer soudain depuis dimanche soir, autant Mme Le Pen que son alter ego de l’extrême-gauche, autant les écologistes que les Républicains sont maintenant en mesure d’avancer eux-mêmes leurs propositions avec une excellente probabilité qu’elles soient examinées par leurs collègues députés. À ce petit jeu-là, même les partenaires Modem et Horizons de M. Macron peuvent faire entendre leur différence.

Reste à savoir comment les partis se saisiront de cette liberté législative retrouvée. Ils doivent savoir que la France les regarde. Le vote à la proportionnelle est l’une des grandes mesures mises en avant par de nombreux partis, dont l’extrême-gauche et l’extrême-droite, pour redonner du sens démocratique à la représentation nationale. Or la nouvelle composition de la Chambre basse n’est pas très éloignée d’une représentation proportionnelle. Le blocage systématique des projets de loi du gouvernement d’un côté, le refus systématique des amendements proposés par les oppositions de l’autre conduiraient à un immobilisme qui décrédibiliserait complètement ce mode de scrutin et propulserait une nouvelle demande de présidentialisme.

Reste à savoir également ce que M. Macron compte faire pour tirer son épingle du jeu. Ce mercredi 22 juin en milieu d’après-midi, à l’issue des discussions qu’il a eues avec tous les représentants des partis politiques représentés, on nous annonce que le Président de la République s’adressera ce soir aux Français. On apprend également via Fabien Roussel (PCF) puis Marine Le Pen (RN) qu’il a évoqué l’hypothèse de former un gouvernement d’Union nationale lors de ses entretiens avec l’un et l’autre. Une hypothèse qui n’est pas sans rappeler le CNR ou Conseil national de la Refondation qu’il souhaite créer sur le modèle du Conseil national de la Résistance de 1943-44.

Ce serait à l’évidence une façon habile de faire revenir la maîtrise du « en même temps » à l’Élysée.

Mais l’on sait aussi qu’Emmanuel Macron peut très bien s’exprimer au « 20 heures » pour ne rien dire. Juste occuper le terrain, temporiser, dire qu’il a entendu les demandes des Français, éventuellement faire une annonce périphérique qui finira dans l’oubli le plus total, comme en son temps le projet Action publique 2022 d’Édouard Philippe ou plus récemment le Collectif citoyen sur la Vaccination

Ce qui compte vraiment, c’est le projet politique. Puisqu’il tient tant à nous parler, alors qu’il a consciencieusement esquivé avant l’élection la déclinaison d’un programme trop engageant dans un sens ou dans un autre, pourrait-il enfin nous dire où il compte aller, avec qui et comment ? Il serait temps ; mais au fond, il est déjà trop tard. Frénétiquement engagé à la poursuite de son « en même temps » perdu, M. Macron ne réussit qu’à être à contretemps. Ça promet.


Illustration de couverture : Emmanuel Macron, juin 2022. Photo AFP.

8 réflexions sur “Emmanuel Macron à la recherche du EN MÊME TEMPS perdu

    • Très joli titre en effet, bravo Nathalie!

      Ce titre reflète bien aussi le vide politique macronien: la littérature permet d’évoquer beaucoup de choses et d’occuper l’espace médiatique sans pour autant s’engager concrètement.

  1. Excellent.

    Encore une énième intervention (j’avoue n’avoir pas regardé) dont la vacuité est coutumière. La posture, toujours.

    Ce qui m’effraie un peu est qu’une dissolution de l’AN est fort probable à moyen terme; le temps de laisser l’instabilité politique et le marasme économique faire leur œuvre.

    Pour que ce poseur revienne, dans une quarante-douzième intervention, tenter de favoriser cette échéance comme seule option.

  2. Après le folklore institutionnel, le problème numéro 1 « marasme économique » plutôt qu' »instabilité politique » va faire atterrir tous ces braves gens !

    Il n’aura été question ni de la dette abyssale, ni de l’inflation et le « quoi qu’il en coûte » serait indolore !
    Le fait de faire fonctionner la planche à billets a engendré l’inflation désirée depuis une décennie. Elle est là explosive :
    http://www.rexecode.fr/public/Indicateurs-et-Graphiques/La-conjoncture-en-10-graphiques/La-conjoncture-economique-francaise-en-10-graphiques

    On nous a expliqué que la hausse des prix de la consommation était un phénomène temporaire, dû à une forte reprise économique et à une perturbation des chaînes logistiques.
    Sauf que quand on y empile des sanctions envers la Russie, on pousse mécaniquement à la hausse le prix des matières premières essentielles qui s’achètent et se vendent sur des marchés mondiaux…
    La croissance miracle n’aura pas lieu, et l’inflation ne sera pas un impôt indolore qui remboursera la dette publique.
    La hausse des taux des emprunts d’Etat devra être payée par les citoyens soit par des hausses des prélèvements (taxes et impôts), soit par des baisses des prestations. Les deux seront brutales et d’une ampleur jamais connue.
    L’économie doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un outil de production de richesses au service du peuple, et non l’inverse et ça va faire mal à moyen et long terme.

    Comment notre super Assemblée va-elle résoudre de compenser cette baisse brutale du pouvoir d’achat ? L’ensemble de notre classe politique unanimement, ne sait pas faire autrement qu’allouer encore des prestations, chèques, allocations et baisses artificielles de prix de l’énergie. Cela va être un vrai feu d’artifices, un concours de générosités inter groupes ! Ne vous inquiétez pas, ils ne vont pas tant s’engueuler, juste pour faire semblant. Ce ne sera pas le chaos !

    Ah ouais le peuple a porté à l’Assemblée des garde-fous, des contrepoids, des partis d’opposition radicale pour obliger le Président à composer, à négocier, à partager les décisions.
    Mais j’ai peine à croire que ce soit pour démonarchiser notre République ou désoviétiser notre économie. D’ailleurs en matière de soviétisme, voyez ce qu’il vient de tomber (maires de tous les bords précise-t-on):
    https://www.capital.fr/economie-politique/les-maires-de-france-favorables-a-une-remise-en-cause-de-la-liberte-dinstallation-des-medecins-1439763

    Rien mais alors rien, ne laisse espérer que cette Assemblée puisse déboucher sur une esquisse de redressement du pays. Ou alors une dissolution urgente motivée expressément par un défaut budgétaire, on serait enfin dans le sujet !

    • Surtout que sera dilué tout cela dans une 7ème (puisqu’on vous le dit – j’en étais resté à 4) vague de Covid (législatives tout juste terminées) d’un terrifiant variant au nom barbare de Omicron BA5 (que le dernier ferme la porte !).

      Comme je n’ai toujours pas regardé l’intervention du poudré, j’en ai retenu ce que j’ai lu, au gré de mes navigations: éloge de la vacuité. Narcissisme, arrogance et fatuité.

      En gros, élu le 24 donc qui m’aime me suive, qui ne m’aime pas encoure mes foudres.

  3. Merci pour cet article;
    On peut résumer nos élections récentes en 2 temps: 1) les français ont refusé de retenir Mme Le Pen comme présidente (ainsi que les autres..) en choisissant par défaut le candidat le plus médian. C’est une opposition claire aux extrémismes. 2) les français ont refusé de laisser les mains libres à ce candidat à la fois « jupitérien » et peu lisible dans ses orientations. C’est une opposition au « en même temps », au manque de conviction de M Macron malgré son tempérament autoritaire, et à ses très faibles résultats.
    On le voit confirmé par le taux d’abstention, les électeurs ont voté majoritairement par rejet et non par adhésion, avec pour conséquence un rééquilibrage du pouvoir politique au bénéfice du parlement et une division quasi proportionnelle de la nouvelle représentation, condamnant la majorité relative du président, soit à ne rien faire durant 5 ans, soit à trouver les 40 membres de l’assemblée nécessaires à réaliser une majorité absolue.
    Les arrangements au cas par cas et au fil de l’eau ne fonctionneront pas car aucun parti politique n’acceptera de donner à Mr Macron une majorité par ci pour être ensuite relégué dans la minorité par là.
    Il ne lui reste donc qu’à conclure un pacte de gouvernance avec l’une ou l’autre des composantes de l’assemblée, sachant comme on l’a vu ci-dessus que les français ont exprimé leur rejet des extrêmes.
    C’est mécaniquement vers les Républicains que devrait se fonder cette alliance qui par ailleurs les arrangerait aussi : absents de la gouvernance depuis 10 ans et perdant leur effectif systématiquement durant cette période, les LR auraient ainsi l’opportunité de revenir aux commandes via l’alliance, imposant à Mr Macron quelques uns de leurs objectifs, on pense notamment à l’orthodoxie budgétaire et la réforme de l’Etat si utiles au pays.
    Bien entendu ce n’est pas du total libéralisme, mais au moins un pas vers la raison. Il est encore permis de l’espérer..

    • Vous nous la bayez belle, Gaston, quand vous nous dites : « les Français (F majuscule S.V.P.) ont exprimé leur rejet des extrêmes », au moment même où un sondage nous apprend que 65% des Français estiment que les élections législatives ont été un succès pour le RN, et que 54% d’entre eux estiment que le RN et Marine Le Pen en sortent renforcés, alors qu’ils ne sont que 2% à estimer que c’est LR qui en sort renforcé !

  4. Ce qui me dérange un tantinet c’est l’apparente solitude de notre Président en son château et ses préoccupations qui me semblent éloignées des nôtres. Comme ce dessin de Deligne dans mon canard matinal qui représente La première ministre tenant un drapeau français et le président un drapeau de l’UE. Le président dit à la première ministre : « Je te laisse te débrouiller avec les oppositions – j’ai des trucs sérieux à régler ». Pire, j’ai un peu l’impression que la belle diplomatie de la France n’est plus qu’un souvenir et que nous allons dans la direction qu’on nous indique.. Dommage..

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