MACRON : du pareil au même mais RE-FON-DÉ, comme d’hab !

On accuse souvent Emmanuel Macron d’ultra-libéralisme frénétique. Cas de Jean-Luc Mélenchon et de ses alliés de la NUPES, par exemple. Et je dois dire qu’une analyse un peu superficielle de la geste politique macronienne pourrait facilement amener à cette conclusion. Dans un entretien accordé à la Presse quotidienne régionale avant-hier (le 3 juin 2022), le Président ne déclarait-il pas :

« Notre pays considère que tout problème a forcément une solution heureuse dans l’argent public. Ce n’est pas vrai. »

.
Un discours déjà entendu à plusieurs reprises du côté de l’Élysée comme dans les ministères adjacents :

· « 
L’État n’a pas à payer tout ! » disait Emmanuel Macron en 2017 au moment de la polémique sur la baisse de 5 € des aides au logement.
· Toujours en 2017, le duo Le Maire-Darmanin préposé à la préparation du Projet de loi de finances pour 2018 écrivait en introduction dudit PLF : « Si la dépense publique était la réponse à tout, nous devrions donc avoir le chômage le plus bas et le taux de croissance le plus élevé en Europe. Nous en sommes loin. »
· « La politique sociale ? Regardez : on met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens, ils sont quand même pauvres, on n’en sort pas », renchérissait le Président en 2018.
· Et pas plus tard que vendredi dernier, dans l’entretien déjà cité, il s’en prenait à Mélenchon en ces termes : « J’ai lu le programme de la NUPES. Ils y citent vingt fois le mot taxation et trente fois le mot interdiction, ce qui donne une idée assez claire de l’esprit du programme. C’est un projet de liberté, sans doute ? »

Ces propos, j’aurais pu les tenir, j’aurais pu les écrire. En fait, je les ai écrits mille fois, sous cette forme ou sous une autre, et je ne fais pas mystère de mon penchant libéral. Il serait cependant beaucoup trop hâtif d’en conclure qu’Emmanuel Macron est lui aussi habité d’une irrépressible préférence libérale.

D’une part, parce qu’il est arrivé sur le devant de la scène politique via le concept fourre-tout du « en même temps, ni de droite ni de gauche » bien pratique pour faire ami-ami avec un peu tout le monde en fonction des nécessités de l’heure – indéniable symptôme de sa souplesse électorale. Et parce que d’autre part, ayant été élu à la tête de l’exécutif il y a cinq ans, il est par construction affligé d’un bilan très concret sur lequel on peut, on doit lui demander des comptes. Pourrait-il jurer que les mots « taxation » et « interdiction » – ajoutons « obligation » – effectivement révérés jusqu’à l’obsession par les Insoumis, sont complètement étrangers à sa conception de la politique ? Est-il si attaché aux libertés qu’il le prétend ?

M. Macron aurait-il oublié que c’est une stupide interdiction de rouler au-delà de 80 km/h sur route puis un projet de taxation supplémentaire des carburants (déjà hautement fiscalisés) qui ont précipité la révolte des Gilets jaunes ? Aurait-il oublié que les entreprises doivent dorénavant calculer leur index d’égalité salariale entre les hommes et les femmes, véritable usine à gaz bureaucratique sans queue ni tête qui n’en servira pas moins à leur imposer des sanctions si le résultat n’est pas assez égalitaire ? Aurait-il oublié également le pass sanitaire puis vaccinal qu’il a imposé à la France entière alors même que le président de son propre Conseil scientifique anti-Covid a fini par admettre la parfaite inutilité de cette obligation dans le contrôle de la pandémie ?

Et puis finalement, son ministre de l’économie Bruno Le Maire lui a-t-il fait savoir que les dépenses publiques de la France, record or ou argent des pays de l’OCDE selon les années, sont passées de 55/56 % du PIB sur la période 2012 à 2019 (nulle baisse de ce côté-là avant le Covid) à quelque 60 % en 2020 et 2021 ? Et que les prélèvements obligatoires sont restés fermement accrochés à 44/45 % du PIB (pas de baisse non plus malgré un record mondial similaire) tandis que la dette publique caracolait de 98 % du PIB en début de mandat à 113 % fin 2021 ?

Non, décidément, pas l’ombre d’un petit surmoi libéral dans le bilan du premier quinquennat Macron. L’écart entre les paroles et les actes est absolument abyssal. En revanche, pas le moindre petit écart entre les actes et les actes de Macron 1 et Macron 2 malgré tous les efforts du Président reconduit pour essayer d’insuffler une tonalité de renouveau printanier à son second mandat. 

Il est donc question d’adopter une nouvelle méthode pour rompre avec la politique centralisée des « circulaires qui viennent d’en haut ». Du jamais vu, jamais fait : en l’occurrence, la mise en place d’un Conseil national de la refondation regroupant les forces politiques, économiques, sociales et associatives du pays, ainsi que des élus des territoires et des citoyens tirés au sort.

Nouvelle méthode, vraiment ? On se rappelle pourtant que chaque moment délicat du mandat précédent a été momentanément surmonté/contourné/étouffé par la création de diverses instances populaires censées nous convaincre que les Français décideront en dernier ressort.

On avait déjà le Conseil économique, social et environnemental (CESE), « machin » typiquement décoratif, mais ce fut en plus le Grand débat national, ce fut la Convention citoyenne pour le climat et ce fut le Collectif citoyen sur la vaccination – ce dernier, lancé dans un assaut de vertu démocratique, a fonctionné tant bien que mal pendant quelques semaines pour finir complètement oublié une fois que la vaccination est devenue quasi-obligatoire. Bref, à chaque nouvel obstacle politique, son amusement « citoyen », sa dose théâtrale de « renaissance ».

Nous voilà donc face à un tout nouveau tout beau Conseil national de la refondation dont M. Macron n’a pas caché qu’il s’inspirait directement du Conseil national de la Résistance à l’origine de notre État providence. Les temps ont changé mais les enjeux sociaux auxquels se sont ajoutés les enjeux environnementaux ne sont pas moins élevés qu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale, a-t-il expliqué.

Mais l’on comprend surtout qu’il y a péril en la demeure législative, où les futurs députés de la NUPES pourraient priver le parti du Président, si ce n’est de la majorité simple, du moins de la majorité absolue. D’où adaptation du discours afin d’attirer à lui de potentiels électeurs de gauche éventuellement hésitants mais très attachés à notre modèle économique et social, exactement comme il l’avait fait entre les deux tours de l’élection présidentielle en reprenant à son compte la planification écologique chère à Jean-Luc Mélenchon. 

Joli pilotage à vue. Pourquoi serait-il nécessaire de refonder quoi que ce soit si le bilan du quinquennat précédent était aussi excellent qu’Emmanuel Macron et ses ministres le prétendent en permanence ? Toujours cette ivresse des mots qui semble caractériser la pensée politique macronienne.

Et pourtant, au-delà de l’opportunisme politique, on discerne bel et bien un chemin idéologique chez Emmanuel Macron. Certainement pas un chemin libéral, bien au contraire. Depuis 2017, et plus encore depuis la crise des Gilets jaunes, la place de l’État a toujours été ardemment défendue. L’URSSAF est notre amie, vous vous rappelez ? Et puis Emmanuel Macron a amplement montré qu’il avait une conception très étroite des libertés individuelles.

Avec la pandémie de Covid-19, un nouveau pas a été franchi : c’est carrément au programme parfaitement collectiviste du Conseil national de la Résistance qu’Emmanuel Macron a souhaité dorénavant « ramener » la France, comme en témoignait assez clairement son allusion aux « Jours Heureux », titre initial de ce programme, dans son Adresse aux Français du 13 avril 2020. 

Tous les actes de M. Macron sont là pour témoigner de cette orientation fondamentale. Les paroles, c’est autre chose. Il y a 48 millions d’électeurs différents à convaincre. Normal de moduler le discours. Un peu de refondation, peu importe ce que cela veut dire, saupoudrée sur beaucoup de pareil au même fera l’affaire. Ça promet.


Illustration de couverture : Emmanuel Macron répond aux questions de la Presse quotidienne régionale, le 3 juin 2022. Photo Twitter.

17 réflexions sur “MACRON : du pareil au même mais RE-FON-DÉ, comme d’hab !

  1. Vous pouvez vous escrimer autant que faire se peut, à démontrer par A + B à quel point Macron n’est pas le libéral qu’on croit, l’hyper centre des « gens bien » qui a reconduit Macron, tout en étant en parfait accord avec la plupart de vos arguments, continuera à voter Macron, car comme me l’a avoué l’un d’entre eux : « On ne peut pas me demander de voter contre mes intérêts ! »

    • Je ne comprends pas : vous, vous votez contre vos intérêts ?

      Il serait intéressant que vous nous expliquiez quels sont vos intérêts, pour qui vous votez et pourquoi vous pensez que ce parti représente vos intérêts.

      Ou bien pourquoi vous voteriez contre vos intérêts, et pourquoi vous pensez que le parti qui a vos faveurs va contre vos intérêts. Ce qui m’étonnerait un peu, mais sait-on jamais…

      Cette antienne consistant à reprocher aux autres de voter pour leur intérêts (sous-entendu : pour le Président du moment) est incompréhensible.

      La question n’est pas de savoir si les gens votent pour leurs intérêts. Elle est de savoir si telle ou telle politique est effectivement dans leur intérêt. C’est là que le débat commence. Car à intérêts constants, il ne va pas du tout de soi que la politique X ou Y soit la meilleure pour les défendre. C’est même là tout l’objet du débat intellectuel et politique.

      • Cela va sans doute vous paraître d’une bêtise crasse, mais depuis 1981 où j’ai pris une carte à un parti politique – le RPR – pour la première fois, j’ai plus pensé à ce que je croyais être l’intérêt de la France plutôt qu’au mien propre.
        C’est la raison pour laquelle, je n’ai pas renouvelé ma carte dès que j’ai compris que ce parti ne s’intéressait aux militants qu’au moment des élections, et que de surcroît ils n’accepteraient jamais de faire l’union des droites.
        Si cela vous intéresse, par la suite j’ai adhéré dès sa fondation au MPF (Mouvement pour la France) de Philippe de Villiers, pour lequel j’ai travaillé bénévolement auprès de la déléguée départementale qui était une amie.
        Puis en1998 à La Droite, devenue DLC (Droite Libérale Chrétienne) de Charles Millon pour lequel j’ai travaillé aussi bénévolement, dès ses débuts et ensuite à la mairie de Lyon pendant le mandat où il était président du premier parti d’opposition au maire socialiste, Gérard Collomb.
        Voilà, vous savez tout, et je ne doute pas que cela va vous paraître très étrange, mais c’est ainsi !

      • Votre parcours politique n’a rien d’inhabituel. En revanche, vous dites :

        « Depuis 1981 où j’ai pris une carte à un parti politique – le RPR – pour la première fois, j’ai plus pensé à ce que je croyais être l’intérêt de la France plutôt qu’au mien propre. »

        Pardon, mais c’est vous qui le dites. Nous ne sommes pas obligés de vous croire. Et vous ne nous expliquez toujours pas en quoi vous auriez voté pour des mesures opposées à vos intérêts, puisque vous reprochez aux électeurs d’Emmanuel Macron d’avoir fait le contraire. Quelles sont ces mesures ? En quoi s’opposent-elles à vos intérêts ?

        De plus, l’article de Nathalie reproche à Macron de n’être pas libéral. Si vous reprochez aux gens de voter pour Macron, c’est donc, semble-t-il, que vous leur reprochez de n’être pas libéraux. Le RPR et Philippe de Villiers, pour lesquels vous avez voté, sont étatistes, pas libéraux.

        Enfin, le principe de la démocratie, c’est que chacun vote en fonction de ce qu’il estime être l’intérêt de la France. Auriez-vous fait cela, que cela ne vous distinguerait pas particulièrement.

        Mais vous ne nous avez toujours pas dit : quel est, d’après vous, l’intérêt de la France ? C’est là l’objet du débat politique. Figurez-vous que tout le monde n’est pas d’accord sur ce point. Les citoyens s’opposent même vigoureusement pour savoir quel est l’intérêt de la France.

        C’est pourquoi votre réflexion, que de nombreuses autres personnes émettent tout comme vous, me laisse dans une profonde perplexité. Pour moi, elle relève de la posture moralisatrice, pas de l’argumentation politique.

      • Monsieur Marchenoir,
        Tout ce raisonnement aurait pu se concentrer avantageusement dans vos quatre dernières lignes auxquelles je réponds :
        1 – que je n’ai jamais eu la prétention d’être capable du moindre « argumentaire politique »
        2 – que je récuse formellement d’être dans une « posture moralisatrice ».
        Je souhaite en rester là car je crains d’avoir déjà abusé de la bienveillance de Nathalie et de la patience de ses lecteurs auxquels je demande de bien vouloir me pardonner.

  2. Décidément, cet histrion n’est bon qu’à plastronner, parader et enfumer.

    Pendant que le pays est en mort cérébrale, il veut nous pondre le CNR (toujours dans l’ineptie, après sa larme de crocodile du Mont Valérien), un autre « Machin », à l’aune du Grand Débat (ras), post Gilets-Jaunes de février 2019, qui termina comme on pouvait le prévoir très aisément.

    Ça permet (encore) de détourner et diluer, pendant la polémique du Stade de France, qui pourrait gripper la belle mécanique des Législatives.

    Le collectivisme ? Peut-être en aurons-nous une idée plus prégnante en cas de victoire électorale de Mélenchon et ses séides.

    Choisir entre la peste et le choléra. Voilà à quoi nous en sommes réduits. Pendant ce temps l’argent gratuit des autres continue d’être distribué.

    • Il ferait mieux de nous dire brutalement de façon très Churchilien que nous sommes fauchés.. Pb, réduire les retraites seules ça ne passera pas quand d’autres dans les comités Théodule et autre bidules font bombances..

  3. M Mélenchon annonce la couleur M Macron nous ment effrontément .
    L’ ivresse des mots ressemble bien à une campagne publicitaire avec ses slogans, ses phrases chocs reprises ad nauseam par tous les médias, je ne comprends pas pourquoi certains votent pour Macron en croyant qu’ il protège leurs intérêts car sont seul intérêt et de nous vendre au plus offrant comme il l’ a déjà fait.

  4. Bonjour Nathalie, bonjour à tous,
    « On avait déjà le Conseil économique, social et environnemental (CESE), « machin » typiquement décoratif, mais ce fut en plus le Grand débat national, ce fut la Convention citoyenne pour le climat et ce fut le Collectif citoyen sur la vaccination »
    Je crois que nous avons eu aussi le Ségur de la Santé ?
    Je m’y perds un peu dans tous ces comités théodule, dont on a de la peine à connaître l’efficacité et ce qu’ils deviennent pour finir.

  5. Nous sommes dans une période de crises perpétuelles (souvent supposées plus que véritables en regard d’autres périodes de notre histoire), labellisés par des états d’urgences renouvelés sans jamais être suspendus ou levés.

    Alors rien d’étonnant à ce que les français aient peur de l’avenir avec les épisodes qui s’empilent, terrorisme, covid, guerre en Ukraine, économie (dette et inflation). Et les médias vivant d’émotions car c’est ce qui se vend le mieux, stigmatisent la peur. Aucune réflexion ou analyse rationnelle pour relativiser et faire émerger quelques solutions positives ne contribue à amener un minimum de pédagogie et de compréhension.

    D’ailleurs nos gouvernants ont des montagnes de rapports, de bilans et d’analyse et de conseils, il n’ont absolument pas le courage de s’en servir et de décider alors que tous les arguments solides leurs sont pourtant servis sur un plateau depuis des décennies.
    Par définition la démocratie exige pour fonctionner, un processus électoral sain, auditable et transparent à partir de bilans réguliers sur tous les domaines gouvernés par l’etat (trop nombreux).

    Du coup comment s’étonner qu’une majorité de français « croient » qu’une gouvernance à l’hyper-centre (sans odeur et sans saveur) décide par excellence de protéger leurs intérêts : tant que ça va, hein pourquoi chercher des problèmes !
    Et tant pis pour la démocratie, les contre pouvoirs et la concurrence des idées !

    Les gens, les humains (les animaux aussi d’ailleurs) ont peur existentiellement du changement. Or des réformes, c’est du changement et c’est du risque et ça fait mal.
    Pour surmonter cela, il faut une très forte volonté de réformer, convaincre de la nécessité, engager des moyens conséquents (qui coûtent) et ne pas avoir peur de souffrir d’impopularité.

    Macron n’a absolument pas cette volonté; sa politique est exactement le contraire et ça convient très bien aux français…tant que ça dure.

    • Le seul responsable de notre déconfiture actuelle, c’est pour moi le régime présidentiel, agencement de circonstance pour le Général de Gaulle. Tous les médiocres politiciens actuels se réclament de de Gaulle, certes ils ont besoin d’un exemple de grandeur. Sans le régime présidentiel de 1958 il est probable que le peuple aurait eu un peu plus de représentativité à l’assemblée nationale, que le Président de la République n’aurait eu qu’un rôle d’arbitre. Et l’UE aurait eu bien du mal à imposer ses lois anti-France..

  6. Tout ce que dit cet article est exact mais sans conclusion. On comprend en effet (et on signe !) qu’il est hors de question de voter Mélenchon (ou Lepen) aux prochaines échéances, mais on fait quoi ? L’abstention profiterait à Mélenchon, donc pas d’abstention. Voter pour un parti très minoritaire équivaut en gros à l’abstention. Conclusion = on va malheureusement être contraint d’aller voter Macron pour éviter le pire de ce qui peut arriver au pays, et repartir hélas pour 5 années de rienbranlage socialisant habituel.
    Ça ne sera pas la peste, juste la diarrhée.

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