Mélenchon et les BRAVES GENS

Qu’on se le dise : les élections programmées les 12 et 19 juin prochains ne sont pas des élections législatives post-présidentielles ordinaires. Elles s’apparentent plus à des élections générales comme il en existe au Royaume-Uni ou en Allemagne, c’est-à-dire visant à former une assemblée législative d’où sortira le chef du futur exécutif du pays. Du moins est-ce ainsi que Jean-Luc Mélenchon a choisi de les considérer en se déclarant lui-même candidat au poste de Premier ministre si la coalition NUPES (Nouvelle Union populaire écologique et sociale) formée avec le PCF, le PS et les Verts autour de la France insoumise qu’il dirige, obtenait une majorité de sièges à l’Assemblée nationale.

Une fois n’est pas coutume, je partage avec M. Mélenchon l’opinion que le régime fortement présidentiel instauré par la Constitution de la Vè République n’est pas aussi démocratique qu’on pourrait le souhaiter, surtout depuis que la durée du mandat présidentiel a été ramenée à 5 ans pour coller au renouvellement législatif. Dans ces conditions, les élections législatives françaises ne sont plus qu’une confirmation de pure forme de la présidentielle, avec pour conséquences que les électeurs s’en désintéressent, que le niveau des candidats investis se nivelle par le bas et que les élus de la majorité présidentielle n’ont d’autre mission que de dire oui à tout ce que propose l’Élysée. On a vu meilleure séparation des pouvoirs.

Mais nos convergences s’arrêtent là.

Il est vrai que le leader insoumis ne ménage pas sa peine, ou plutôt ses mirobolantes promesses, pour secouer nos législatives. Par exemple, le salaire minimum qui devait être monté à 1 400 euros mensuels nets dans son programme présidentiel est soudain passé à 1 500 euros dans la plateforme de la Nouvelle Union populaire. De plus, tout, absolument tout, y est badigeonné d’une épaisse couche de planification écologique aussi rétrograde que bondissante puisque qu’il est question de sortir le nucléaire de la taxonomie verte de l’Union européenne et de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 65 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990 contre les 55 % (déjà coquets) envisagés par le Green Deal européen. Ajoutez le droit de vote dès 16 ans, et c’est l’extase chez les jeunes !

Et de fait, après avoir réussi à se hausser de 11 % selon les sondages de février à 22 % des voix lors du premier tour de la présidentielle du 10 avril, Jean-Luc Mélenchon n’est plus très loin de devenir une très sérieuse épine dans le pied d’Emmanuel Macron. À quelque dix jours du premier tour des législatives, ce dernier verrait le mouvement Ensemble ! qui le soutient obtenir le plus grand nombre de sièges, mais talonné de près par la NUPES, il n’est pas assuré d’atteindre la majorité absolue.

De quoi débrider sérieusement Jean-Luc Mélenchon.

Accusé lui aussi de vouloir « cramer la caisse », il ne détourne pas le regard, il ne cherche pas à dire comme les équipes Macron : Mais pas du tout, regardez, croissance au plus haut, chômage au plus bas, inflation passagère. Dette ? Quelle dette ? Au contraire, il assume : Oui, avec lui à Matignon, certaines caisses seront vidées et d’autres seront au contraire renflouées, a-t-il promis lundi dernier (30 mai 2022) dans son discours de lancement du Parlement de la NUPES :

« Et (on) nous dit que nous allons vider la caisse. Eh bien oui, en effet, certaines caisses vont être vidées. Mais pas celles de l’État ni des braves gens. Ce sera celles de ceux qui ont le plus et en effet, ils vont devoir donner beaucoup plus. Et voilà, c’est notre tour. Et pour le contentement commun, il nous faut des sommes que nous allons aller prendre là où elles sont disponibles. »

Et si la fiscalité confiscatoire qu’il envisage pour financer ses multiples grands travaux, ses nationalisations et sa grandiose planification écologique et sociale ne suffit pas, pas de panique, il restera toujours la dette publique. Pourquoi se faire des nœuds au cerveau à ce sujet ? Pourquoi s’inquiéter d’un faux problème ? Il suffira de demander à la Banque centrale européenne de convertir la part de dette des États qu’elle détient dans son bilan en dette perpétuelle à taux zéro. Autrement dit, l’annuler. Si on le fait une fois, pourquoi ne pourrait-on pas le refaire un peu plus tard, quand la première fois sera oubliée ? Problem solved.

Si le programme de la NUPES se présente sous la forme d’une interminable liste de 650 mesures où les nationalisations, les réquisitions, les 32 heures hebdomadaires et la garantie de l’emploi pour tous voisinent avec la gratuité des protections périodiques, la fin de la sélection à l’entrée de l’université et la sortie du nucléaire, point n’est besoin de tout lire (bien que la lecture en soit fort instructive) pour comprendre vers quel modèle de société Jean-Luc Mélenchon compte nous emmener.

Ses propos reproduits ci-dessus, quoique ne dépassant pas quelques lignes et quoique dénués de tout aspect programmatique concret, n’en sont pas moins très révélateurs de la lutte des classes anticapitaliste qui continue à animer la gauche chapeautée par la France insoumise, plus de quarante ans après l’échec de l’application par Mitterrand du programme commun de la gauche, plus de trente ans après la chute de l’URSS et à une époque où les politiques similaires des Castro et Díaz-Canel à Cuba et des Chávez et Maduro au Venezuela ont fait la preuve de leur incapacité totale à garantir prospérité et liberté à quiconque, excepté aux favoris du pouvoir.

Pour Mélenchon, il y a clairement les « braves gens », autrement dit les gentils, ceux qui ne feraient pas de mal à une mouche (ni à une abeille, naturellement, d’où l’interdiction promise des néonicotinoïdes), ceux qui savent ce que développement humain et solidarité veulent dire ; et les autres, autrement dit les méchants, les riches, les capitalistes. Tous les efforts de la NUPES vont donc consister à piocher le plus possible dans la poche des méchants via la fiscalité, les réglementations et les nationalisations, afin de redonner aux « braves gens » la dignité humaine foulée aux pieds depuis trop longtemps par les premiers.

On sait pourtant que cela ne fonctionnera pas mais s’achèvera au contraire sur une catastrophe économique et financière que seule la mise en place d’un joli clientélisme électoral doublé du contrôle étatique de l’information et du discours connu sur les opérations de déstabilisation menées par les forces réactionnaires permettra de masquer pendant un temps.

Cela ne fonctionnera pas, car tout ce qui sera pris au secteur marchand au-delà de ce qui est déjà pris (et nous sommes déjà à la première place mondiale) ne sera pas réinvesti par les entrepreneurs dans de nouveaux projets productifs. Ce sera laissé à la discrétion de l’État dont on ne connaît que trop les faibles capacités de bonne gestion et d’innovation, vérolé qu’il est par son autoritarisme mono-idéologique d’une part et par son système où du fait de la garantie de l’emploi, personne n’est incité à faire plus qu’appliquer à la fois sans zèle et sans discussion des consignes venues d’en haut.

Il se peut qu’au début ce soit l’euphorie : hausse des salaires, baisse du temps de travail, diminution du chômage grâce au recrutement massif de fonctionnaires, et pour couronner le tout, mise en place de politiques vertes hyper volontaristes. On chantera et on dansera place de la République. Mais très vite, tout va basculer dans la crise. L’emploi marchand diminuera ; alors on le compensera par de l’emploi public qu’il faudra financer en taxant encore plus, etc. Cercle vicieux garanti.

Le scénario est connu, et pourtant, il se trouve des gens suffisamment cyniques et/ou ignorants pour continuer à nous le présenter comme le nec plus ultra de l’humanisme politique. C’est terriblement triste.


Illustration de couverture : Intervention de Jean-Luc Mélenchon, réunion de présentation du Parlement de la NUPES, Paris le 30 mai 2022. Capture d’écran.

23 réflexions sur “Mélenchon et les BRAVES GENS

  1. Terrible constat, Nathalie, mais si juste. Entre un pouvoir qui s’est construit sur le mensonge et qui ment continuellement (Stade de France, inflation, récession) et des « braves gens » clairement abusés par d’autres menteurs quand ils ne sont pas des complices actifs de cet aréopage de promesses indues, il reste peu de place.

  2. Tout ceci est désolant mais entre choisir entre les riches très riches qui veulent gouverner le monde avec les hommes et femmes politiques qui croient savoir ce qui est bon pour nous et qui nous ont mis dans la situation ou nous sommes et celui qui promet Noël à tous on sait qui va gagner.

  3. J’ai bien peur que peu se rendent compte du danger que représente ce hâbleur. Que sa tribu d’impétrants puisse parvenir à obtenir une quelconque responsabilité après le 19 juin me terrifie.

    Ça témoigne de l’état de totale déréliction dans lequel se trouve ce pays.

    La gauche, dont Mélenchon est une des pires plaies, est un fléau qui perdure grâce à cette stigmatisation récurrente d’une droite que l’on clive de plus en plus; opportunément et savamment.

    Mitterrand, dans sa rouerie, en fut l’initiateur avisé.

    Cette dernière, par clientélisme et arrivisme, s’est sabordée au profit de ces charlatans.

    Comme je l’avais écrit, je pense ici, Macron, en comparaison avec ce commissaire politique, est Mère Thérésa.

    Nous n’avons pas le fondement sorti des ronces.

  4. Un monde meilleur est encore possible. C’est le communisme qui nous est promis, mais non dit.
    Les Français en on toujours rêvé ils risquent de l’avoir mais qu’ils ne viennent pas s’en plaindre ensuite

  5. Intéressant, aussi, de constater à quel point Mélenchon parle un français de cochon : « Et pour le contentement commun, il nous faut des sommes que nous allons aller prendre là où elles sont disponibles. »

    Macron est assez désolant lui aussi, sur ce plan, mais pas à ce point.

    C’est curieux, parce qu’à l’époque où Mélenchon est allé à l’école, les gens parlaient mieux que ça. Il faut croire que la médiocrité, la paresse et l’illettrisme sont contagieux. Et puis à force de côtoyer des mimigrés pour sucer leurs votes, hein…

  6. C’ est pour cela que les braves gens voteront pour lui , il fait Peuple , même si il gagne très bien sa vie ( sur notre dos ) et Macron aime emmerder les gens et ils s’ en souviennent.

  7. Curieusement, l’ultra gauche elle-même semble se rendre compte que le gâteau capitaliste français qu’on a l’intention de spolier et redistribuer aux « braves gens », ne suffira pas à remplir les nouvelles promesses, et qu’il faudra encore accroitre le recours à la dette (non remboursée aux financiers d’ailleurs) pour faire la soudure.
    La nouvelle prospérité garantie aux français repose donc sur 2 facteurs économiques de qualité :
    1) spolier = voler) les riches
    2) emprunter sans rembourser !
    On retrouve ici amplifiée la rengaine favorite de la gauche française: ce qui compte, c’est la redistribution massive aboutissant à l’égalitarisme en épuisant le « gâteau » des acquis, sans le moindre début de réflexion sur la façon d’élargir ce gâteau, c’est-à-dire créer de la richesse ex nihilo.
    Au fond ils savent bien que l’Etat et les braves gens en sont incapables sans entrepreneurs, sans marché, sans investissements, sans innovations, sans concurrence dans un environnement de libre entreprise… c’est-à-dire sans capitalisme libéral !
    Comment les français peuvent-ils encore croire à d’aussi flagrantes inepties ?

  8. Notre beau pays est parfois dirigé par des autorités qui ne possèdent pas une once de pragmatisme. Résultat : les partis traditionnels n’existent plus, balayés non par une idéologie de l’extrême mais par un grand ras-le-bol de la population fatiguée de lutter contre des contraintes imaginées par des esprits ailleurs. Pire, allons-nous réactiver la Commune et qui sera Louise Michel – une belle personnalité..

      • Chère Nathalie,

        Ce 15 juin est le deuxième anniversaire de la mort de ma fille Rachel Arnaud.
        Je sais ce que cette impulsion qui me fait m’adresser à vous peut vous paraître incongrue.
        Mais j’aimerais que vous lisiez cet hommage qu’un de ses amis lui a rendu il y a deux ans. Et je comprendrais parfaitement que vous ne le publiiez pas.

      • Rachel, te dire adieu, ici, entouré de ceux qui t’aiment, c’est bien difficile.
        Évoquer le petit chat sauvage qui chantait du Prince sur les marches du lycée ?
        Ou cette première fois où nous avons été emportés par ton piano vers les deux tourterelles de la Lullaby of Birdland ?

        Tes doigts sur le piano, et ton âme dans ces doigts et ta voix sur ces notes…
        Ces instants suspendus le sont restés pour nous tous qui avons eu la chance de les partager. Ils resteront tout en haut, perchés, en nous à jamais.

        Rachel, ton art nous a grandis, nous a aidés, nous a nourris.
        Ta gravité, ton exigence, ton intensité et ta révolte aussi.

        Pas de justice, pas de paix.
        Nous sommes devenus adultes et avons fait notre chemin dans un monde où les inégalités, les injustices n’ont cessé de croître, où les divisions entre les opprimés n’ont cessé d’être attisées par les intérêts prédateurs d’une poignée toujours plus puissante de ploutocrates aux appétits hors limite.
        Nous avons vu se rétrécir le commun et cantonner la mise en partage de l’art et de l’expérience du monde dans des cadres, toujours plus restreints.

        Mais poussant ton piano à roulettes sur les marchés de Toulouse, tu continuais le combat.
        Mettant l’art dans la rue, à la portée de tous.
        Pas de justice, pas de paix.

        Cette paix, si difficile à faire au creux de soi, avec les autres, tu y aspirais pourtant.
        Et je crois que tu étais enfin en train de la trouver avec Marcel.

        Avant d’être un jeu de mot, c’était le prénom du menuisier qui avait construit l’atelier que tu as transformé en laboratoire.
        Cette savonnerie, longtemps rêvée et que tu as construite de tes mains ces dernières années, seule, avec le soutien de tes proches et la même exigence têtue que tu mettais en toute chose, et dont tu polissais avec soin chaque savon unique avant de l’envoyer vivre contre nos peaux.
        Ces savons, tu les voulais beaux, parfumés, délicieusement doux dans leur mousse délicate. Tout le travail que tu accomplissais pour Marcel c’était finalement pour prendre soin de nous, de nos peaux, de nos cœurs, apporter de la douceur dans ce monde insensé et brutal.
        Là s’exprimait ta tendresse, ta douceur, ta bonté et ton attention aux autres.
        En vendant tes savons, sur les marchés et dans les salons, tu savais que tu faisais du bien aux gens, et de cela, je crois que tu commençais à raison, à être fière et apaisée.

        La dernière fois que je t’ai parlé au téléphone, tu étais heureuse de ta production récente, d’avoir commandé à temps tous les ingrédients pour tes recettes magiques, tu allais être prête pour la réouverture des boutiques et la saison allait être belle…
        Tu avais un peu mal au bide…
        Mais nous nous sommes quittés sur un éclat de rire.

        Hier, sous la douche, dans les senteurs d’huiles essentielles, je pensais à toi, à notre grande fragilité, à ton rire, à l’écume qui se dissout doucement dans l’eau vive, et à cette berceuse pour Birdland : belle, intense, simple et éternelle.

        Luc de Banville

      • Chère Mildred,

        L’hommage écrit pour votre fille est très émouvant. Il reflète une personnalité riche en sensibilité artistique et toujours en recherche de paix et de partage.
        Je ne suis pas sûre en revanche qu’il ait vraiment sa place sur ce blog, essentiellement politique et économique. J’ai hésité longtemps, mais comme il peut être aussi le lieu de se donner les uns les autres quelques nouvelles, d’échanger (avec modération, sans ostentation, j’insiste) nos joies et nos peines, j’ai finalement décidé de le publier.
        J’ajoute que mon adresse mail est disponible dans « A propos » pour me transmettre des informations plus personnelles.

        Cordialement, Nathalie MP.

  9. « C’est terriblement triste. » Oui, c’est bien la conclusion qui s’impose. Qu’il y ait en France un tel nombre de gens pour raconter des balivernes, et un tel autre nombre pour les croire, a quelque chose de fascinant. On est fasciné par cette bêtise épaisse et on se demande: « Comment est-ce possible ? » Est-ce le résultat de l’enseignement ? Sont-ce les pesticides, qui altèreraient le fonctionnement des cerveaux ? Est-ce l’abrutissement par le numérique ? Y a-t-il quelque autre cause non encore découverte ? Une chose est sûre, comme le dit H16: ce pays est foutu.

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