Et le prix MISTER FRANCE 2021 est attribué à… Bruno Le Maire !

Aujourd’hui, 800ème article ! Amusons-nous un peu. Après tout, ce sont bientôt les vacances !

Après Miss France, Mister France ! Logique. On est pour l’égalité homme femme ou on ne l’est pas. En 2017, Emmanuel Macron avait remporté le titre haut la main. Depuis l’Élysée qu’il occupait depuis peu, il avait brillamment dominé de toute la hauteur de sa pensée complexe le féroce entretien de culture générale que lui avait infligé un Laurent Delahousse plus irrévérencieux que jamais. Cette année, un candidat s’impose à l’évidence dans la compétition. Je veux bien sûr parler de notre fabuleux ministre de l’Économie Bruno Le Maire !

Juste retour des choses. À une époque, le Press Club de France lui décernait volontiers l’un ou l’autre prix de l’humour en politique, mais depuis qu’il a rejoint Bercy sous les auspices macroniens, pas la moindre petite récompense à se mettre sous la dent. Dans la récente cuvée 2021, c’est la charmante Marlène Schiappa qui a décroché le pompon. Alors qu’elle présentait son projet de loi sur la lutte contre la polygamie, elle avait pris soin de préciser : « On ne va pas s’interdire les plans à trois » !

Pourtant, côté humour, côté « franche déconnade », Bruno Le Maire est un véritable expert. Il aime bien raconter qu’enfant, quand il se promenait sur la plage en maillot de bain, on lui disait déjà : « Tiens, on dirait que tu portes un costume. » Forcément, avec de telles dispositions, il n’a pas tardé à devenir « le rigolo » de service à l’ENA. Il faut assumer.

En 2016, cela lui avait valu le double prix Press Club du jury et des internautes pour sa formule « Mon intelligence est un obstacle » livrée dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Le Point. Lors de la remise du prix, il s’était employé, non sans un certain humour plus ou moins volontaire et perché, à rétablir la vérité. Soulignant d’abord que quand il faisait une connerie, le bon élève qu’il était ne la faisait pas à moitié (par référence à son double prix), il avait tenu à donner la version longue de son trait d’humour (vidéo ci-dessous) :

« La phrase que vous avez citée n’est pas la phrase exacte et je voudrais quand même rétablir la vérité. Je n’ai jamais dit : ‘Mon intelligence est un obstacle’. J’ai dit : ‘Mon corps de rêve, mes yeux bleus couleur Méditerranée en colère, ma modestie, mon insondable modestie et mon intelligence sont un obstacle.' »

Ses yeux bleus, son corps de rêve, son insondable modestie, sa propension à la connerie achevée – voilà de quoi le qualifier évidemment pour mon grand prix Mister France 2021 ! Mais c’est bien sûr l’ensemble de son œuvre – et Dieu sait qu’elle est fournie – que je tiens à récompenser ici à l’approche des fêtes de fin d’année.

Voici trois exemples particulièrement spectaculaires qui, je l’espère, vous convaincront sans difficulté des remarquables talents de M. Le Maire.

Samedi 11 décembre dernier, il était l’invité de l’émission On est en Direct animée par Laurent Ruquier et Léa Salamé sur France 2. Lumière dorée, sapin scintillant de mille feux, et trônant au milieu, notre Bruno dans ses habits de bon élève qui découvre soudain, après cinq ans de pouvoir, qu’il faut tout changer dans la façon de gouverner ! (vidéo ci-dessous, 03′ 36″) :

« Je trouve que si on veut réussir le prochain quinquennat, dont je souhaite qu’il soit celui d’Emmanuel Macron, (…) il faut changer complètement la façon dont on gouverne dans notre pays. Ce n’est plus possible ! Je le dis avec beaucoup de liberté : Ce – n’est plus – possible ! »

Mais, lui rétorque non sans raison Léa Salamé, pourquoi n’y avez-vous pas pensé plus tôt ? « Vous parlez comme si vous étiez un opposant ! » La réponse du ministre devrait lui valoir un prix à vie auprès du Press Club :

« S’il ne nous restait rien à faire, cela ne vaudrait pas le coup de faire acte de candidature. »

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Peut-être faudrait-il même envisager de ne surtout rien faire lors du premier quinquennat pour être certain de ne pas trop s’ennuyer lors du second. Sans compter que « ne rien faire » n’est pas forcément une mauvaise politique si l’on compare avec les conséquences à venir du « quoi qu’il en coûte » effréné relancé récemment avec les mesures de soutien à l’événementiel et aux discothèques.

Mais le point important à retenir, c’est que ce ministre, « l’un des ministres les plus brillants de ce gouvernement » comme n’a pas manqué de le souligner Laurent Ruquier samedi soir sans qu’on sache trop si c’était du lard ou du cochon, en tout cas l’un de ceux qui sont toujours en première ligne pour défendre la politique présidentielle – bref, le point à retenir, c’est que ce ministre adore faire comme s’il était en effet du côté de sa propre opposition. Il adore professer une empathie avec les Français, empathie dont on ne discerne plus rien dans les choix politiques qui sont finalement faits.

C’est ainsi qu’en novembre 2018, à l’époque de la crise des Gilets jaunes qui a commencé comme vous le savez par une révolte fiscale face à un projet de hausse des taxes sur les carburants, on l’a vu s’exclamer sur un ton pénétré au micro de Jean-Jacques Bourdin :

« Nous sommes tous des automobilistes. Les Français aiment la voiture et j’aime la voiture ! »

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Et de nous raconter comme s’il était le plus moyen des Français moyens comment il avait changé de voiture pour passer d’un 5008 diesel à un 5008 essence pour limiter les émissions de particules fines et combien il avait souffert quand il avait constaté lui-même la hausse des prix à la pompe lors de son dernier voyage dans le Gers (vidéo, 01′ 23″) :

Et c’est ainsi que quelques jours plus tard, à l’occasion de la présentation du projet de loi de finances 2019, il jouait sur le même registre larmoyant-compatissant en proclamant devant la représentation nationale :

« Nous dépenserons moins et mieux, nous réduirons la dette, mais aussi les impôts et les taxes des Français – on voit bien ce qui se passe actuellement : les impôts et les taxes, ça suffit ! »

« Les impôts et les taxes, ça suffit ! » – comme c’est beau dans la bouche d’un ministre de Bercy. Et surtout, comme c’est vrai !

Ça commence à se savoir que la France est championne du monde des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques. Ça commence à se savoir que sa dette publique, loin de se réduire, s’envole rapidement et sûrement dans les volutes du « quoi qu’il en coûte » et autres dérapages dépensiers non contrôlés. Et ça commence à se savoir que les prestations reçues en retour à l’hôpital, à l’école ou ailleurs sont parfois, comment dire, légèrement décevantes.

Mais au fait, Bruno, qui est ministre de l’Économie depuis cinq ans ? Peut-être n’était-ce pas le meilleur moment pour écrire des livres et de la poésie. Peut-être eut-il fallu s’intéresser un peu plus à l’économie. Qu’as-tu fait, ô toi que voilà, versant sans cesse tes larmes de crocodile sur les plateaux télé ? Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà, de tes promesses ministérielles ? 


Cet article n° 800 a rejoint ma page « En balade avec Macron ».


Illustration de couverture : le ministre de l’Économie Bruno Le Maire dans l’émission On est en Direct de France 2, le 11 décembre 2021, capture d’écran.

12 réflexions sur “Et le prix MISTER FRANCE 2021 est attribué à… Bruno Le Maire !

  1. Ah vous ne l’aimez pas celui-là ! Il faut quand même reconnaitre une qualité à ce gouvernement : ils sont très forts pour faire passer des vessies pour des lanternes. Ils ont gouverné pendant 5 ans mais ils s’expriment comme des opposants. C’est ce qu’on appelle les résistants de l’ultime dernière heure.

    Ceci dit, rien de nouveau sous le soleil. Lors de la dernière campagne présidentielle, Macron a réussi à se présenter comme l’opposant de Hollande alors qu’il avait été secrétaire général adjoint de l’Elysée puis ministre des finances. Et Marlene Schiappa, il faut l’appeler Che Guevara ?

  2. J’adore son incroyable suffisance : « Mon corps de rêve, mes yeux bleus couleur Méditerranée en colère, ma modestie, mon insondable modestie et mon intelligence sont un obstacle ». Il aurait dû faire du cinéma avec de tels atouts mais pas de l’économie. Car c’est bien son incompréhension de l’économie qui est son véritable obstacle.

    • Je comprends que vous soyez choqués par l’incompétence de Bruno Le Maire d’autant plus que vous êtes vous-mêmes très pointu sur le sujet, j’ai eu l’honneur d’assister à vos cours dans les années 90, j’en garde un merveilleux souvenir et j’espère que mes enfants auront la chance de connaitre des personnalités aussi brillantes que vous durant leurs études (j’espère ne pas me tromper de Michel Albouy mais à mon avis il n’en existe qu’un seul).

      En plus de leur incompréhension de l’économie, il faut ajouter que ces dirigeants font preuve d’une rouerie certaines. Une partie importante du déficit du prochain budget s’explique par la nécessité de la réélection « quoi qu’il en coûte » d’Emmanuel Macron. Pour trop de politiciens, qu’ils soient du nouveau ou de l’ancien monde, l’Etat et son budget sont avant tout un moyen d’atteindre leurs objectifs personnels. Et je ne parle même pas des avantages financiers qu’on pu représenter le bradage de certains de nos fleurons comme Alstom.

      • Bonjour,
        Un très grand merci à vous pour cet éloge ! Oui je suis bien le Michel Albouy que vous avez eu en cours !
        Je vous souhaite un beau Noël et de très belles fêtes de fin d’année. Courage, la vérité gagne toujours !

      • @Michel Albouy : l’éloge est sincère et partagé par tous les anciens élèves que je connais ! Je vous souhaite également d’excellentes fêtes de Noël et de fin d’année !

  3. Merci pour la rigolade du matin, Nathalie. Enfin, je ris jaune. Tout cela serait extrêmement drôle… mais c’est à nos dépens que ce boute-en-train de BLM fait ses traits d’esprit!

    La France qui se lève tôt, celle qui trime pour assurer le quotidien et payer ses taxes (qui financent entre autres le salaire de BLM), celle qui a du mal à joindre les deux bouts (mais ne saurait être exonérée de cotisations en tout genre), pour cette France-là les traits d’esprit pourraient bien être perçus comme des insultes.

  4. Personnage tout de même fascinant, derrière sa façade lisse au possible. Il semble s’être inscrit non pas à Mister France, mais au concours du plus beau foutage de gueule.

    Le but consiste à faire preuve de la plus grande désinvolture possible, tout en laissant en permanence le cochon de payant se demander s’il fait de l’humour ou s’il se paye sa poire.

    Un beau syptôme de la dégradation des moeurs politiques, en tous cas. Il nous explique quasiment que le job d’un ministre consiste à ne rigoureusement rien faire, tout en paradant à la télévision.

    On comprend qu’un Zelensky ait pu se faire élire en Ukraine. Il était célèbre pour avoir joué un prof devenu président par accident. Devenu réellement président, il se débrouille pas mal du tout.

    En somme, au lieu d’élire des hommes politiques qui se comportent comme des acteurs, on pourrait élire un comédien pour faire réellement de la politique. Au point où on en est… comme dit l’autre, on a tout essayé, donc pourquoi pas un comique ? A tout prendre, ce serait mieux que les comiques involontaires genre Bruno Le Maire.

  5. Puisqu’il s’agit d’économie… La presse rapporte :

    > Le texte « visant à conforter l’économie du livre et à renforcer l’équité » dans ce secteur a été adopté à l’unanimité en deuxième lecture au Sénat, un vote qui conclut son parcours législatif et l’entérine au nom du Parlement.

    > Sa disposition phare prévoit que le service de livraison du livre « ne peut pas être offert par le détaillant à titre gratuit », mais doit être facturé pour un « montant minimum », qui sera fixé par arrêté ministériel.

    On vit dans un pays où c’est le gouvernement qui fixe le prix d’envoi des livres achetés sur Internet.

    D’abord, ils avaient essayé de coincer Amazon en lui interdisant d’offrir le port pour les livres. Comme ils sont décidément trop cons, toute leur loi a été réduite à l’impuissance, car Amazon a fixé le port à un centime. Tous ces gens qui sont sortis de l’ENA avaient été incapables de prévoir ça.

    Donc ils ont remis le couvert, et là ils nous la font carrément à la soviétique, avec le ministre qui va décider le « bon » prix pour envoyer un livre par la poste.

    Bon, ben j’en ai un peu ma claque des « petits libraires » français et de leur prétendue « culture ». Je crois que je vais me mettre au livre électronique piraté. Ce n’est pas ce qui manque sur Internet.

  6. Oui c’est pitoyable.

    Là où je vis (ville moyenne de province) il n’y a plus de « petit libraire » mais deux « gros libraires ». Leurs vendeurs sont effectivement compétents et de bon conseil. Mais lorsqu’il s’agit d’acheter un bouquin qu’on a décidé d’acheter sans leur demander leur avis (genre « des piolets et des hommes ») ils ne font pas le poids.

    • Je me rappellerai toujours le jour où j’ai demandé à un « bon libraire culturel » s’il avait tel bouquin qui était « de droite » (j’oublié lequel). Il ne m’a pas dit : je ne l’ai pas, il ne m’a pas dit : je peux vous le commander, il m’a dit : il ne faut pas lire des livres comme ça.

      Une autre fois, j’ai commandé un livre libéral au même libraire, « pour soutenir la petite librairie blabla ». J’aurais facilement pu l’acheter en ligne, c’était un auteur assez confidentiel qui vendait essentiellement sur Internet. Le libraire m’a facturé des frais de port !

      Question dans une grande librairie très « culturelle » et très « intellectuelle » : dans quel rayon trouver des livres sur l’histoire du communisme ? La libraire, qui avait compris que je m’intéressais à une histoire critique du communisme, m’a regardé comme si j’avais demandé le rayon pédophilie. Pas de ça chez nous, Monsieur.

      Question dans une autre grande librairie très « culturelle » et très « indépendante ». Avez-vous tel bouquin d’art (suit une description sommaire, mais sans le titre exact). Le libraire cherche sur son ordinateur. « Je le trouve pas, il me faudrait le titre exact. » Quelques minutes plus tard, je trouve le bouquin en question dans le rayon. Ils l’avaient.

      Alors la librairie « indépendante » et « culturelle » qui « conseille le lecteur », hein…

      Quant à Amazon, ils se sont longtemps enorgueillis de stocker tous les livres, même les plus marginaux. Maintenant, ils ont cédé au politiquement correct et ils censurent.

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