PRÉSIDENTIELLE 2022 : et si l’on parlait de LIBERTÉ économique ?

Quiconque pense que l’État doit intervenir massivement dans l’économie d’un pays sera certainement enchanté d’apprendre que la France jouit du privilège ambigu d’avoir reçu l’une des plus mauvaises notes du récent rapport Fraser 2021 sur la liberté économique au regard du critère « taille de l’État ». Avec un petit score de 5/10, elle occupe le 155ème rang sur 165 pays étudiés, en proche compagnie de véritables titans de la prospérité et de la liberté comme le Venezuela ou la Libye.

Car bien sûr, toute personne un tant soit peu keynésienne voire carrément planiste se réjouira de l’emprise étendue de l’État dans l’activité économique tandis que le Fraser Institute, think tank libéral canadien dédié à l’analyse des effets des politiques publiques sur la prospérité et la liberté des individus, la déplore. De ce fait, plus elle est importante, plus la note de liberté économique qu’il décerne s’en trouve diminuée.

Il est vrai qu’en ce domaine, la Suède fait encore pire que la France (rang 162) et les Pays-Bas et le Danemark à peine mieux (rangs 152 et 150), mais comme ces trois pays se rattrapent nettement sur les autres critères (voir plus bas), ils se retrouvent respectivement au 37ème, au 19ème et au 10ème rang mondial du classement général quand la France n’arrive qu’à la 53ème place.

Quant à nos grands voisins comparables le Royaume-Uni et l’Allemagne, l’index Fraser les place aux rangs 12 et 22 respectivement (cliquer pour agrandir) :

     

Comme on peut le voir sur les fiches pays ci-dessus, le Fraser Institute analyse la liberté économique autour de 5 grands critères :
· Taille de l’État : ce dernier a-t-il tendance à réduire les choix des individus par un interventionnisme exacerbé dans l’activité économique à travers les dépenses publiques, la fiscalité et des prises de participation étatiques ?
· Système juridique et droits de propriété : les personnes et les biens sont-ils correctement protégés ?
· Politique monétaire : la monnaie est-elle saine, autrement dit est-elle à l’abri d’une inflation qui érode la valeur des salaires et des biens ?
· Échanges internationaux : la liberté des échanges est-elle garantie ?
· Corpus réglementaire et législatif : le niveau de régulation étatique du marché du travail, du marché du crédit, etc. est-il suffisamment limité afin de ne pas entraver l’activité économique ?

Chacun de ces postes est lui-même détaillé en plusieurs axes, de telle sorte que la note globale obtenue par les pays résulte de 42 critères, auxquels il faut ajouter un ajustement « de genre » destiné à tenir compte de l’acquisition progressive par les femmes de droits économiques identiques à ceux des hommes (ouvrir un compte en banque en leur nom, créer une entreprise en leur nom, etc.)

La comparaison de la France avec ses deux voisins montre clairement que l’ampleur monstrueuse de l’État couplé à la surabondance des réglementations sont les deux facteurs principaux de son manque de liberté économique. On n’est guère étonné. Nombreux sont les hommes politiques qui dénoncent notre état obèse, sa bureaucratie absurde et les piètres résultats de ses grandes politiques publiques sur l’emploi et le pouvoir d’achat, sans parler de la situation dégradée de nos monopoles de la santé et de l’éducation.

Même notre ministre de l’économie Bruno Le Maire y a été de son fameux « Les impôts et les taxes, ça suffit ! » et même lui semble au courant que :

« Si la dépense publique était la réponse à tout, nous devrions donc avoir le chômage le plus bas et le taux de croissance le plus élevé en Europe. Nous en sommes loin. » (PLF 2018)

Passer du constat à l’action est évidemment beaucoup plus difficile. Aucun de nos dirigeants ne s’y est franchement risqué à ce jour, sauf à procéder à quelques petits toilettages ici ou là, histoire de donner un peu de consistance au « courage » qui anime en permanence notre exécutif.

À noter que le classement Fraser 2021 porte sur les données de 2019, soit une période pré-Covid où les États n’avaient pas encore abandonné toute idée de maîtriser leurs finances publiques. On n’ose imaginer ce que deviendra le classement de la France dans les rapports portant sur 2020 ou 2021.

Si tous les pays ont lâché les chevaux de leurs interventions pour faire face à la pandémie, la France a bien évidemment fait encore plus fort en vertu du « quoi qu’il en coûte » que le gouvernement continue de déverser avec une largesse tout électoraliste sur des problèmes qui n’ont plus rien à voir avec le Covid-19. De 56 % du PIB en 2019, ses dépenses publiques sont montées à 62 % en 2020, contre 51 % pour l’Allemagne et 48 % pour les Pays-Bas (qui partaient de bien plus bas).

Le Fraser Institute n’est pas le seul à produire un index mondial de liberté économique. Aux États-Unis, l’Heritage Foundation fait de même à partir d’une méthodologie similaire dans l’esprit mais articulée autour de 12 critères appliqués à 186 pays. Son index 2021 publié en début d’année porte sur des données de 2019 et début 2020, voire parfois, selon les indicateurs, sur les moyennes des trois dernières années (de 2017 à 2019 pour l’inflation par exemple).

Sans surprise, la France s’en sort là aussi plus que médiocrement par rapport à ses pairs européens. Classée 64ème sur 186 pays au niveau mondial, elle est aussi 34ème sur 45 pays d’Europe (dans et hors Union européenne).

Comme le montre le graphique ci-dessous, qui donne la note obtenue pour chacun des 12 critères, le très très gros problème de la France se situe au niveau de ses dépenses publiques débridées (note de 6,3/100 !), son très gros problème au niveau d’un marché du travail trop rigide (note de 44,8/100) et son gros problème au niveau du poids élevé de ses prélèvements obligatoires (note de 50,7/100) :

Elle obtient ainsi une moyenne générale de 65,7/100, soit un peu au-dessus de la moyenne mondiale (61,6) quand les cinq premiers de classe (en vert foncé) dépassent 80 (Singapour, Nouvelle-Zélande, Australie, Suisse et Irlande) et quand le Royaume-Uni occupe le rang 7, les Pays-Bas le rang 16 et l’Allemagne le rang 29, avec des notes supérieures à 70 (vert clair) :

Le Fraser Institute et l’Heritage Foundation ne s’arrêtent pas là dans leurs investigations. Ils montrent aussi, et là réside le point absolument essentiel, que plus les pays jouissent d’une grande liberté économique telle que définie dans leurs index respectifs, plus ils sont prospères et plus les valeurs de progrès humain que la plupart des gens considèrent comme étant de la plus haute importance sont élevées.

Citons notamment l’accès à la santé, l’attention portée aux questions environnementales, le niveau éducatif, l’éradication de la pauvreté et le degré de liberté individuelle et politique (à gauche, graphe de l’Heritage Foundation ; à droite, trois graphes du Fraser Institute) :
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxLiberté économique et PIB par habitant :

Liberté économique et mortalité infantile :

Liberté économique et taux de pauvreté :
 

Les auteurs du Fraser Institute signalent que chacune des corrélations mises au jour demande à être précisée par une étude spécifique, car d’autres facteurs que les composants de la liberté économique peuvent éventuellement entrer en ligne de compte. Mais les résultats obtenus n’en décrivent pas moins des profils de développement humain très différents selon que l’on a affaire à une économie de marché ou une économie fortement investie et régulée par l’État.

À ce titre, l’exemple de la France, pays riche et développé empêtré depuis 1945 dans son triple État providence, stratège et nounou, est particulièrement éloquent. Le chômage y est systématiquement plus élevé qu’en Allemagne, aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni (décembre 2019, juillet 2021) et le PIB par habitant reste à la traîne : 46 200 USD en parité de pouvoir d’achat en 2020 contre 59 200 aux Pays-Bas et 53 700 en Allemagne. Peut mieux faire, comme disent les enseignants.

En vue de l’élection présidentielle de 2022, n’y aurait-il pas un petit quelque chose à creuser de côté-là ? C’est du moins mon conseil aux futurs candidats, car on dirait bien qu’il y a tout à gagner à s’en remettre à la liberté.


Illustration de couverture : Place de la France dans le rapport 2021 du Fraser Institute sur la liberté économique (14 septembre 2021).

9 réflexions sur “PRÉSIDENTIELLE 2022 : et si l’on parlait de LIBERTÉ économique ?

  1. merci Nathalie de vous donner tant de peine pour analyser et rassembler tous ces tableaux et toutes ces informations, auxquelles sans vous je n’aurais jamais accès. Par contre, je crains que votre vœux sur l’introduction d’un peu de réalisme économique dans la campagne reste un vœux pieux : promettre de la sueur, du sang et des larmes, n’a jamais été très efficace comme argument électoral, ni très tendance chez nous, contrairement au doux bruit des chèques cadeaux et promesses de gratuités nouvelles …

    • Je ne connaissais pas ces index, c’est très intéressant, merci Nathalie. C’est bien de rappeler que le libéralisme économique va de pair avec l’état de droit et s’accompagne d’améliorations d’aspects non-économiques comme l’éducation et l’environnement.

      Le contre-exemple dans ce domaine, et c’est un véritable repoussoir, c’est le Vénézuela qui, tiens tiens, a lui aussi a adopté sa loi « contre la haine » sur Internet afin de faire taire l’opposition (https://www.reuters.com/investigates/special-report/venezuela-politics-hatelaw/). Si on continue avec Macron et ses affidés, la France va tendre vers un mix entre le déclassement à l’Argentine et la dictature militaro-cubaine façon Venezuela.

      Il est grand temps de bloquer le dirigisme économique dans les urnes !

      • @Lionel- Je crains que ce ne soit pas que le gouvernement en place, il est la caricature de ceux qui dirigent la France depuis 50 ans, c’est à dire les énarques et les socialistes qui ont phagocytés tous les pouvoirs de décisions et les médias.

      • @Goufio : oui clairement mais il y a quand même une accélération de la démesure depuis Hollande et Macron, sans compter le travail de sape opéré par les gouvernements sous Mitterrand, et Jospin en 97.

  2. Et pourtant:

    Dans Deuxième Traité de Gouvernance Civile (DTGC) :
    La liberté, puisque la condition naturelle des hommes est identifiée a « un état où ils sont parfaitement libres d’ordonner leurs actions, de disposer de leurs biens et de leurs personnes comme ils l’entendent, sans demander l’autorisation d’aucun autre homme ni dépendre de sa volonté » – John Locke (page 20-Le droit avant l’Etat »

  3. Nous naissons libres, tout homme est naturellement libre, l’homme est né muni d’un titre à la liberté parfaite, chacun doit pouvoir disposer librement de sa personne, sur laquelle aucun autre homme n’a spontanément de pouvoir – John Locke 1632 -1704

  4. Très significative, je crois, est la déclaration de Jordan Bardella à L’Heure des pros, récemment, sur CNews.

    L’animateur a mis sur le tapis la question de savoir si la distinction droite-gauche avait encore un sens, ou si elle était en train de disparaître. Tel invité affirma qu’au contraire de l’opinion couramment répandue, cette distinction s’aggravait.

    Jordan Bardella, lui, défendit la cause du caractère obsolète de l’opposition droite-gauche. Cela ne veut plus rien dire, d’après lui. Et il donna cet exemple : peut-on dire si la renationalisation des autoroutes, qui est au programme de Marine le Pen, est de droite ou de gauche ?

    On en vient donc à ce qu’une mesure manifestement communiste peut être qualifiée, sur une émission de grande écoute, par le chef du deuxième parti de France, comme n’étant ni de droite ni de gauche.

    Et personne n’a fait remarquer à Jordan Bardella le caractère ahurissant de son assertion. Ceci sur une télévision « de droite », au cours d’une émission que pas mal qualifient « d’extrême-droite ».

    C’est dire à quel point nous barbotons dans le communisme sans nous en rendre compte.

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