Bruno Le Maire et la croissance : CaRRRamba, encore RRRaté !

Ce petit article du dimanche peut être lu comme la suite de CROISSANCE : ce qu’en dit Bruno Le Maire n’est que LITTÉRATURE du 13 janvier 2021.

Comme la vie de ministre de l’Économie serait belle si l’on pouvait décréter la croissance ! Quelques dizaines de milliards d’euros de dépenses publiques en plus, des aides, de la solidarité, des prêts garantis et hop, tout le monde rebondit, tout le monde retrouve du travail et du pouvoir d’achat, tout le monde fait des roulades dans les jardins de l’Élysée, tout le monde adore le gouvernement et tout le monde vote pour Emmanuel Macron en 2022 !

Un doux rêve, une illusion keynésienne séduisante, un « monde de magicien » comme disait Jacques Rueff – qui a cependant vocation à se fracasser à plus ou moins long terme sur le mur des réalités, ainsi que Bruno Le Maire et son comparse des comptes publics Olivier Dussopt viennent d’en faire l’expérience. Ce serait presque comique si l’on ne parlait au bout du compte de l’avenir de la France et des Français.

Il se trouve que pendant un petit mois, la vie de nos ministres de Bercy fut assez belle. L’INSEE ayant communiqué fin avril sa première estimation de la croissance française au cours du 1er trimestre 2021, soit un modeste rebond de 0,4 %, Bruno Le Maire s’empressa d’y voir la preuve irréfutable que le plan de relance étalé par le gouvernement français sur les restrictions anti-covid fonctionnait à merveille. Dans le même temps, d’autres pays européens moins généreux enregistraient un recul – indice supplémentaire qu’il est des moments dans la vie d’une nation où il faut savoir dépenser plus pour rebondir plus.

C’est précisément ce que MM. Le Maire et Dussopt s’employaient à bien nous faire comprendre à la faveur d’un entretien accordé au quotidien économique Les Échos pas plus tard que mercredi 26 mai dernier – sans oublier de conclure sur la bonne parole de la plus pure orthodoxie budgétaire qu’il va falloir retrouver après la crise :

« Ce choix du président de la République (le « quoi qu’il en coûte ») était le seul choix responsable : il a protégé l’économie française, il a sauvé les emplois et il nous permet maintenant de rebondir vite et fort. Mais il ne peut pas être la règle dans des circonstances normales. »

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Que la sombre perspective d’un retour plus ou moins imminent à l’austérité budgétaire ne vous effraie pas. S’il est coutumier de ce genre de déclarations très appréciées des partisans du fiscal conservatism, Bruno Le Maire ne peut être suspecté une seule seconde d’avoir lancé le début du commencement de la mise en œuvre effective d’une réduction des dépenses publiques.

Pour ce qui est de dépenser plus, on peut faire confiance à la France, c’est sa spécialité, sa médaille d’or mondiale depuis des dizaines d’années. Elle a d’ailleurs fini l’année 2020 sur un taux époustouflant de 62 % par rapport au PIB, du jamais vu auparavant ou ailleurs, économies strictement planifiées exceptées.

Mais question rebond, la chose est plus douteuse. Comparativement à ses grands voisins, on sait combien la croissance française s’est montrée poussive depuis la crise de 2008 et l’on sait combien son taux de chômage est resté élevé (8,1 % fin 2019) quand d’autres pays comme l’Allemagne ou les Pays-Bas parvenaient au plein-emploi (3,2 %).

Et de toute façon, l’INSEE ayant affiné ses calculs en ajustant légèrement le PIB 2020 à la hausse (recul de 8 % et non plus de 8,2 % comme annoncé en début d’année) et surtout en intégrant les données réelles du secteur de la construction, moins dynamique qu’anticipé, il s’avère depuis avant-hier (vendredi 28 mai 2021) que la croissance française ne fut pas de + 0,4 % mais de – 0,1 % de janvier à mars 2021 par rapport au trimestre précédent.

Mais où sont donc passés les bons résultats de la stratégie économique du gouvernement dont Bruno Le Maire se glorifiait il y a un mois ?

N’importe quelle personne un peu attentive sentirait que cette révision de l’INSEE s’aligne mal avec les convictions du ministre. Mais encore une fois, pas de panique, ce dernier n’est pas homme politique depuis plus de vingt ans pour rien. Loin de prendre ce nouveau chiffre comme un revers, même passager, de sa politique, il considère que :

Cela « prouve que nous avons bien protégé l’économie française en 2020, grâce à tous les dispositifs que nous avons mis en place. » (…) Il faut « garder son sang-froid et sa constance, ne pas céder à un chiffre ou à un autre, à un indicateur ou à un autre qui peuvent tomber au fil des jours. (…) Les indicateurs sont tous bien orientés. »

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Rappelons quand même à M. Le Maire qu’en 2020, grâce à tous les dispositifs qu’il a mis en place, le PIB de la France a reculé de 8 % contre 6,2 % en moyenne dans l’Union Européenne. 

Quoi qu’il en soit, le gouvernement continue de tabler sur une croissance de 5 % en 2021 en espérant qu’avec la poursuite de la vaccination et l’injection de 15 milliards d’euros supplémentaires en chômage partiel, exonérations de charges et fonds de solidarité, le second semestre sera celui du retournement de la courbe.

En attendant, si Bruno Le Maire se flatte sans raison que « tous les indicateurs sont bien orientés », c’est uniquement au prix d’une dégradation hallucinante de nos comptes publics.

Ainsi que M. Dussopt l’a annoncé hier, le déficit budgétaire(*) (part État et ses agences uniquement) prévu initialement à 173 milliards d’euros pour 2021, ce qui était déjà colossal, atteindra 220 milliards d’euros, soit… 47 milliards de plus ! (Si rien ne bouge d’ici là). Une paille, une minuscule erreur d’appréciation, un petit oubli malencontreux en cette période de relance électorale, qui représente presque 2 % du PIB de 2 400 milliards d’euros envisagé pour 2021. 

Il en résulte automatiquement que le déficit public déjà réévalué de 8,5 % à 9 % du PIB en avril sera encore plus important et que la dette publique dépassera les 118 % du PIB à la fin de l’année, dans un contexte légèrement préoccupant de remontée des taux d’intérêt.

Des sommes aussi abyssales, des sommes qu’il faudra bien payer un jour, devraient susciter les plus grandes inquiétudes pour l’avenir, mais il faut croire que pour le duo de Bercy, la quantité sur-dosée est gage de qualité et de crédibilité. Que ne ferait pas le gouvernement pour impressionner les Français et les convaincre une bonne fois pour toutes que l’État s’occupe de tout ?

Bruno Le Maire n’est ni homme à perdre son sang-froid ni homme à se perdre en comptes d’apothicaire. L’important à ses yeux, c’est qu’aucun gouvernement n’a mis autant d’argent sur la table que la France. Plan de relance (ou plutôt pansement sur une jambe de bois) par dizaines milliards, « quoi qu’il en coûte » (ou plutôt anesthésie politique dans des cascades d’argent des autres) sans restriction, plongeon consécutif assumé dans un niveau d’endettement dangereusement élevé – tout ceci ne doit en aucun cas susciter l’inquiétude puisque la croissance sera au rendez-vous.

Bon, d’accord, ça n’a pas trop bien fonctionné au 1er trimestre, mais ce n’est que partie remise, c’est le célèbre Bruno Le Maire, expert mondial en finance, économie et auto-satisfaction béate qui vous le dit. Ça promet !


(*) Le déficit budgétaire concerne uniquement l’État central et ses agences. On obtient le déficit public en y ajoutant les excédents ou déficits des collectivités territoriales et des administrations de sécurité sociale.


Illustration de couverture : Le ministre de l’économie Bruno Le Maire (à droite) et le ministre chargé des comptes publics Olivier Dussopt en septembre 2020. Photo Twitter les Échos.

16 réflexions sur “Bruno Le Maire et la croissance : CaRRRamba, encore RRRaté !

  1. Le bilan de Macron et Cie est tellement impressionnant que le peuple anesthésié et abêti ne manquera pas de remettre sur le trône de cette république décadente. Macron est entrain d’enterrer la France pour en faire un pays du tiers monde. Mais où sont donc les Français ???

    • C’est largement à craindre. Tout ce que ce poseur infatué souhaite est figurer au second tour avec Marine Le Pen.

      Réélection assurée, sans même l’ombre d’un programme hormis l’anathème dont frapper le RN.

      Voir le récent billet de notre hôtesse sur le RN.

  2. Pourtant il n’a pas dit : « tous les indicateurs sont au vert » !
    Une minuscule prise de conscience que la situation n’est pas si mirifique que celle qu’il annonce au bon peuple ébloui par de telles compétences, lol ?

    • j’y vois plutôt une preuve d’hypocrisie : surtout aucune affirmation compromettante, que des rodomontades ! les journalistes adorent, répètent en embellissant la sainte parole ministérielle, et le peuple y croit, ou fait semblant.

  3. Caramba, n’écriviez-vous pas il y a quelque temps que ce même ministre était d’une nullité confondante en économie ??

    Toutes ces fallacieuses promesses de relance de l’économie depuis 35 ans, consécutives à une austérité indispensable à cet effet, n’ont conduit qu’à ce déplorable constat; particulièrement lorsqu’on place ce genre de pitre au pouvoir.

    Merci pour vos éclaircissements. Nous sommes effectivement anesthésiés, à dessein.

    On amadoue plus aisément des moutons. Pour l’instant.

    « L’homme supérieur demande tout à lui-même ; l’homme vulgaire demande tout aux autres. »

  4. Chère Nathalie,
    Vous confirmez, malheureusement pour la France, ce que vous aviez dit : Bruno Le Maire est nul en économie. Nous constatons aussi que beaucoup de ceux qui l’entourent sont au même niveau. Ce qui est inquiétant, c’est le déni de réalité partagé depuis longtemps par ceux qui sont censés gouverner. En économie et sur bien d’autres thèmes, c’est particulièrement visible aujourd’hui mais les ministres et leurs collaborateurs préfèrent prononcer de beaux discours pour masquer une réalité dont ils sont incapables de prendre la mesure et pensent ainsi que nous accepterons docilement ce qu’ils nous disent. Hélas pour eux, ils donnent surtout le sentiment de vouloir s’accrocher a leur pouvoir et a leurs privilèges, a court terme le seul objectif est la réélection de Macron; a plus long terme, pour eux, il s’agit de continuer a profiter de tous les avantages dont ils jouissent sans penser au pays. C’est désolant et  » ca promet » comme vous dites…

  5. c’est de l’annonce en vérité les 10 milliards , il ne les a pas , effectivement Macron cherche de l’argent pour acheter le vote des français il a demandé 20 milliards à la commission européenne cela lui a été refusé. Il ne lui reste plus qu’a allé quémander aux réseaux outre atlantique d’ailleurs rien ne dit qu il va se représenter son intérêt bien compris serait de jeter l ‘éponge et de passer a autre chose car sans argent il ne pourra rien faire lors d’un second mandat mais bon il est pas tres finaux du ciboulot et puis il y a la vanité de la vanité donc a lui de jouer .

  6. 62% du PIB, cela fait combien du « PIB marchand »? En effet, le PIB marchand est le PIB moins la « production » de l’Etat. Ce qui interesse l’économiste est plutot le « PIB marchand ».

  7. En fait il applique la méthode Coué et vous répète que la croissance va repartir !
    Forcément qu’elle va repartir mais de combien et sur quelle durée ?
    Suffisamment pour baisser la dette ?

    La solution serait de supprimer le ministère de l’économie, cela nous éviterait d’entendre tant d’âneries, fin des aides et diverses subventions aux entreprises (et de Bpifrance), baisse de choc, des impôts de production et diverses charges dt cotisations sociales. On peut laisser faire et faire confiance aux capacités d’innovation et de créativité des français…
    https://www.lopinion.fr/edition/economie/retour-made-in-france-passe-grand-choc-fiscal-tribune-anthony-escurat-217971

    Tout cela est su :
    https://www.upe30.com/images/documents/actu/2019/12031-kpmg-impacts-reglementation-fiscale-et-sociale-sur-performance-entreprises.pdf

    A la clé beaucoup de hauts fonctionnaires au chômage !

  8. Je ne partage pas vos commentaires, Le Maire sert plutôt bien la soupe que lui demande de concocter son prince. Les grands fautifs et complices sont les médias qui soit ignorent la désastreuse situation de la France (incompétence) soit sont des relais de cette désinformation et vont tendrent la main pour obtenir leur obole. In fine on sait qui devra payer sans barguigner en rouspetant mais en payant.

  9. Le Antoine de Saint Exupéry de CMA-CGM, superbe porte-conteneurs géant de 400 mètres de long, 59 mètres de large plus de 20000 conteneurs, poids à pleine charge 260.000 tonnes, les conteneurs sont empilés sur 23 étages de haut. Devant la pénurie, la Chine s’efforce de rapatrier les conteneur vides, nos emplois et notre croissance sont là. Les décisions ne sont pas économiques mais politiques regardons ce qui c’est passé au Chili avec les Chicago boys et écoutons Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils chérissent les causes ».

  10. 100% d’accord avec vous, Nathalie. Bon, que fera « le peuple » (au bon sens du terme) ? J’ai des cheveux gris et je ne compte plus les espoirs déçus. Il faut que les Français se bougent…mais il faut bien reconnaitre que les personnalités dignes de ce nom manquent un peu.
    A la grâce de Dieu.

  11. Vous mettez en lumière Le Maire et Dussopt, mais il y a aussi un autre ministre aussi inutile, c’est Franck Riester, Ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité.
    On ne l’entend jamais, on ne sait pas ce qu’il fait. Il a été un ministre de la culture inexistant, il est maintenant un ministre du commerce extérieur inexistant. Certains l’appellent le ministre des plantes vertes.
    Franck Riester est le fondateur du partir Agir dont fait partie Valérie Pécresse, gage de LR à LREM?

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