La France, cet ENFER néolibéral… Non mais vraiment ?

Je crains que le débat économique en vue de la future élection présidentielle de 2022 ne soit très mal parti. Que l’on se tourne vers la droite ou vers la gauche de l’actuel Président, tout le monde s’accorde à dire que la France nage dans le « néolibéralisme » le plus destructeur depuis au moins trente ans et que l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée a eu pour effet de pousser cette situation à son paroxysme.

Il conviendrait donc de redresser la barre de toute urgence en redonnant en quelque sorte les pleins pouvoirs à l’État pour faire advenir enfin cette « justice sociale » et, nouveau, cette « justice climatique » qui toussent depuis trop longtemps dans les noires volutes de la mondialisation et de la course effrénée aux dividendes. 

Le mieux, c’est que même Emmanuel Macron en convient. Du « quoi qu’il en coûte » aux doctes discours sur la souveraineté industrielle de la France en passant par pas mal de renoncements sur la réforme de l’État, sans oublier la mise en avant ostentatoire de tout ce que l’État « décaisse » pour nous pour donner corps à un « bilan du quinquennat », il n’est plus question que de protéger les Français d’à peu près tout, dans un déluge de carottes (genre plan vélo) et de coups de bâton (genre PV darmanesques et contrôles compulsifs de notre amie l’URSSAF).

Mais difficile d’oublier qu’à une époque, le même Emmanuel Macron racontait non sans complaisance que « l’État n’a pas à payer tout » et que la France dépensait « un pognon de dingue » en minima sociaux. Difficile d’oublier qu’il a eu l’audace de baisser les aides personnalisées au logement (APL) de 5 € par mois et qu’il a fait un cadeau aux riches de 3 milliards d’euros par an en limitant l’assiette de l’ISF au patrimoine immobilier. Et difficile, enfin, d’oublier qu’il a mis fin aux recrutements au statut de cheminot et qu’il a tenté de supprimer les régimes spéciaux de retraite de la SNCF et de la RATP.

Qui oserait prétendre que tout ceci n’est pas chez lui le signe irréfutable d’un ultra-libéralisme chevillé au corps et la preuve absolue que toute sa politique économique et sociale ne vise qu’à organiser tranquillement la casse du service public au profit des plus riches ?

Que la gauche non-macroniste se complaise dans ce constat n’est guère étonnant. Pour elle, peu importe le niveau d’où l’on part, rien ne sera jamais assez collectiviste, étatique et redistributeur tant qu’elle ne sera pas au pouvoir. Comme chacun sait, la France ne pourra passer de l’ombre à la lumière que du jour où un « vrai socialiste » dans le prolongement actualisé du programme commun de la gauche de Mitterrand accèdera au pouvoir. 1981-2021 : un 40ème anniversaire à ne pas manquer !

À droite, l’affaire est plus complexe. Si la tendance dirigiste et souverainiste incarnée par le général de Gaulle reste très présente chez les Républicains (LR), il existe aussi une fibre économique plus libérale qu’on pourrait résumer par la célèbre formule de Pompidou « Mais arrêtez donc d’emmerder les Français ! » et qui a notamment pris le dessus lors de la campagne présidentielle de 2017 avec la candidature de François Fillon.

Mais à l’approche de l’échéance de 2022, force est de constater que la tendance initiale du parti est revenue en première ligne, avec encore plus de force si cela est possible. C’est ainsi que tous les ténors LR se succèdent depuis un an dans les médias pour nous expliquer qu’il faut revenir à la planification qui est « un point d’accord avec la pensée communiste, qui l’a d’ailleurs appliquée avec les gaullistes » (Aurélien Pradié, Secrétaire général LR), qu’il faut « abandonner la pensée bruxello-budgétaro-néolibérale » et que la France a besoin besoin d’un État-stratège (Julien Aubert, Twitter), etc. etc. 

Malgré cela, tous ne sont pas d’accord sur la façon dont le « néolibéralisme » nous détruit. Pour Pradié comme pour beaucoup de ses collègues et pour la gauche, ce sont les politiques d’austérité, ces économies sur l’argent public réalisées par « étroitesse d’esprit », qu’il faut blâmer. Pour le député LR Olivier Marleix, en revanche – et je dois dire que celle-là, je ne l’avais jamais entendue – la dépense publique a bel et bien augmenté mais uniquement pour réparer socialement les méfaits de la mondialisation néolibérale, alors qu’il aurait fallu utiliser l’agent pour préserver les intérêts stratégiques du pays !

M. Marleix a raison sur un point, la dépense publique n’a pas cessé d’augmenter, y compris depuis 2017. En 2019, elle a atteint la coquette somme de 1 349 milliards d’euros, soit près de 56 % du PIB. Par rapport à 2018, cela représentait une croissance de 1,5 % en valeur déflatée. Mais si l’on exclut la charge de la dette qui a beaucoup diminué du fait de la baisse des taux d’intérêt, la croissance annuelle des dépenses s’est établie à 2 % en déflaté. 

Difficile de parler d’austérité, sachant en outre que ce niveau est le plus élevé des pays du monde développé comme on peut le voir sur le graphique de l’OCDE ci-dessous à gauche (cliquer pour agrandir).

   
   Dépenses publiques 2019 en % du PIB              Dépenses sociales 2019 en % du PIB

Au sein de toutes ces dépenses, les dépenses sociales représentaient 31 % du PIB en 2019, à nouveau le plus haut niveau de l’OCDE (graphique de droite). La France est incontestablement le pays champion de la redistribution.

On sait que bon an mal an, 10 % des foyers fiscaux paient 70 % de l’impôt sur le revenu et 2 % paient plus de 40 % de cet impôt. Mais plus généralement, une fois que l’on tient compte de tous les transferts sociaux, on constate que le revenu mensuel moyen des 20 % les moins riches passe de 553 € pour une personne seule à 933 € après les effets de la redistribution. À l’inverse, le même revenu pour les 20 % les plus riches passe de 4 566 € à 3 705 € (chiffres 2018). Le rapport qui était de 1 à 8 avant redistribution tombe à 1 à 4 après. Qui dit mieux ? Personne.

Face à tout cela, qu’il faut bien financer, on observe de la même façon que les prélèvements obligatoires (schéma ci-dessous à gauche) n’ont pas cesser d’augmenter et qu’ils placent une fois de plus la France en tête de ses voisins comparables : ils atteignaient 1 070 milliards d’euros en 2019, soit 45 % du PIB contre environ 39 % pour l’Allemagne et les Pays-Bas et seulement 33 % pour le Royaume-Uni :

     
     Prélèvts obligatoires 2019 en % du PIB              Evolution de la dette publique France

Malgré ce niveau assurément confiscatoire – qui grimperait à 50 % du PIB si on y ajoutait les 100 milliards supposés de l’évasion fiscale que tous nos édiles se flattent de vouloir récupérer au nom de la justice fiscale et des valeurs de solidarité de la République – le gouvernement n’arrive pas à couvrir ses dépenses et il doit recourir à la dette publique (graphe de droite) qui n’est jamais qu’un impôt différé. À fin décembre 2019, elle frôlait déjà les 100 % du PIB (contre 60 % en Allemagne) et l’on s’attend à ce que l’année 2020 s’achève sur un taux de 120 % en raison des confinements et autres restrictions anti-Covid.

Malheureusement pour nous, les services rendus en échange, santésécurité, éducation, recherche scientifique, transports publics, sont très loin d’avoir un niveau aussi élevé que les prélèvements qu’ils occasionnent pour les Français (tous les Français, n’oublions pas la TVA, première recette de l’État). S’y ajoutent de multiples débâcles en tout genre – Notre-Dame-des-Landes, informatisation de l’administration, scandale de la taxe à 3 % sur les dividendes, etc. – qui se chiffrent en centaines de millions payés pour rien par le contribuable.

De plus, même sans parler Covid, la croissance économique se traîne depuis la crise de 2008 et le chômage reste chez nous plus élevé qu’ailleurs, à 8,4 % en décembre 2019 contre 3,2 % en Allemagne et aux Pays-Bas :

Autrement dit, au vu de ces résultats, la France est certainement un « enfer » comparativement à la prospérité qu’on observe chez ses voisins, mais elle n’a en aucune façon le profil « néolibéral » que les opposants à Emmanuel Macron se plaisent à décrire et ce dernier n’a nullement mené une politique qui nous en rapprocherait de près ou de loin malgré ses discours « penser printemps » des débuts – dans ce procès, les comptes publics témoignent hélas en sa faveur.

Là où M. Marleix se trompe une seconde fois, c’est que la hausse constante de la dépense publique n’est pas comme il le pense la conséquence non préméditée d’avoir à réparer les dégâts du néolibéralisme mondialisé.

C’est d’abord un choix conscient, assumé, revendiqué et constructiviste que la France a fait en 1945 dans la foulée du programme du Conseil national de la résistance en instituant la sécurité sociale, l’ENA et les comités d’entreprise, en créant le statut de la fonction publique et son emploi à vie, en nationalisant de larges pans de l’économie et en ayant recours à une forme de planification centralisée. Le modèle était clairement l’URSS et les hommes qui l’ont mis en place en France étaient des membres du Parti communiste comme Ambroise Croizat ou Maurice Thorez (référence de la gauche) avec la bénédiction du général de Gaulle (référence de la droite).

Depuis, on a assisté à des périodes de privatisations, mais le concept de l’État stratège s’est imposé et le capitalisme n’est devenu acceptable que s’il agissait en connivence avec l’État. Dans le même temps, l’État est aussi devenu nounou : rien de la vie des citoyens ne doit échapper à sa sollicitude autoritaire. À ce titre, on peut citer à nouveau l’exemple caricatural mais vrai du plan vélo et de son stage « gratuit » de remise en selle. Et c’est Macron qui l’a fait ! Vous disiez néolibéral ? 

Véritable boulet attaché aux basques du secteur productif, ce système pèse sur l’innovation, l’emploi et le pouvoir d’achat, et impose ensuite constamment d’être réparé lui-même par encore plus de pansement social sur une jambe de bois. Et c’est ainsi qu’un pays arrive à un niveau record de dépenses publiques de 56 % du PIB.

La bonne foi intellectuelle commanderait de parler, peut-être pas d’enfer, mais au minimum de dystopie socialisante. Mais ne rêvons pas. Le constat partagé par ignorance et/ou déni et/ou idéologie collectiviste par 99 % des Français et des politiciens, c’est que la France vit un enfer néolibéral qu’il est urgent de renverser. Et c’est parti pour 2022 ! Ça promet.


Illustration de couverture : Dépenses publiques 2019 en % du PIB, OCDE.

24 réflexions sur “La France, cet ENFER néolibéral… Non mais vraiment ?

  1. Bravo Nathalie ! Vous avez de nouveau réussi à exposer le problème de manière synthétique et claire. Rien à enlever, rien à ajouter. De mon côté, je fonde encore quelques espoirs chez LR, ils ont des personnalités qui sont capables de relever le défi. Mais comme vous l’avez expliqué le parti reste encore dominé par les partisans de l’état fort et dirigiste.

    Pour ma part, je me satisferait qu’on puisse revenir à l’économie sociale de marché que nous avons quittée lorsque la part des dépenses publiques a atteint les seuils faramineux que vous dénoncez. Comme le dit le député centriste Jean-Louis Bourlanges, la France et l’Allemagne reposent tous deux sur une économie sociale de marché mais tandis qu’en Allemagne on entend surtout le mot marché, en France on ne retient que le terme sociale.

    La route va être longue. Comment pouvons-nous peser sur les choix d’avenir ? En soutenant tous ceux qui vont dans le bon en France comme l’IFRAP. Mais qui d’autre , notamment en politique ? Si quelqu’un a des suggestions je suis preneur.

    • Bonjour Lionel.
      Vous devez être encore jeune pour couver encore un quelconque espoir quant au devenir de ce pays. Pour ma part, j’ai une fois pour toute gravé en mémoire :CPEF..
      Et c’est pas faute de m’être battu. Si je baisse les bras, c’est que le con qui a dit « ce qui ne te tue pas te rend plus fort », n’a jamais pris des tombereaux de gnons dans la gueule. Y’a un moment ou l’esprit dit « stop ».
      Heureusement, ma situation pourrie a convaincu ma descendance de se tirer d’ici vite fait. L’ainée s’est barrée, le cadet va suivre d’ici 1 an. Le reste du monde est certainement aussi mal barré (tendances sociétales pourries, Brave New World en devenir, etc etc…) mais il y a quand même encore des endroits où « entreprendre et patron » ne sont pas des gros mots… pour l’instant. S’ils peuvent espérer 2 décennies pas trop pourries, ça sera top. Après… CPEF deviendra CPEF : « cette planète est foutue ».
      Et à moins de vouloir leur offrir un destin merdique, Je leur ai aussi conseillé d’éviter les enfants.
      Donc une suggestion ? Oui, sauvez-vous, et sauvez les meubles si c’est possible.

      • @bob razovski : je comprends que vous êtes ou avez été un entrepreneur. Et effectivement j’imagine que ça ne doit pas être simple, surtout en ce moment. Ma question était plus d’ordre politique, à savoir : quels sont les personnalités, les mouvements, les partis qu’il faut appuyer en ce moment pour retrouver un peu de souffle libéral ?

        Une autre question pour vous : j’ai compris que vos enfants ont quitté ou vont quitter la France. Qu’en est-il de vous-mêmes ? Souhaitez-vous partir par exemple à la retraite ?

      • SImple : aucun.

        Nathalie l’a démontré clairement, ce pays est une tumeur résurgente du l’URSS. Tous les politiques sont à l’image de ce système centralisé à outrance, et tous ont une haute opinion du poste de chef d’état, comme d’un homme orchestre aux pleins pouvoirs.

        La seule petite lumière serait déjà de sortir de l’UE, récupérer les frontières, le pouvoir et la monnaie. Et c’est juste un prérequis, parce qu’ensuite, le vrai boulot commencera. Car si c’est pour sortir de l’UE et pondre le même interventionniste étatique à l’échelon national, ça n’aura strictement servi à rien.

        Or j’ai l’impression que tous les dits « souverainistes » s’empresseront de jouer les interventionnistes.

        Quant à ma retraite… Je pense que si j’en ai une, elle ne me permettra pas de vivre. Donc le choix du pays se fera « au plus offrant ». kikiveu d’un retraité à 500-600 balles / mois ?

      • @bob razovski : merci pour votre réponse. Concernant la retraite, pour moi c’est encore loin et a priori je devrais rester en France. Ma femme souhaite aller en Espagne elle aime le soleil. Et c’est un beau pays. Pour les enfants, on les oriente sur l’international comme vous avez fait avec les autres.

        Un petit point de désaccord concernant l’Europe. Je pense que la plupart des problèmes auxquels nous sommes confrontés sont de notre propre fait. Nous en attribuons la cause à l’Europe mais tous les pays européens ne sont pas frappés par le même mal.

        Je me souviens du début des années 2000. La réduction du temps de travail se propageait dans tous les secteurs de l’économie. De son côté, l’Allemagne qu’on appelait alors l’homme malade de l’Europe mettait en oeuvre les réformes Hartz. Résultat après 20 ans : nos exportations ont chuté, notre production industrielle itou, notre compétitivité est aux ras des pâquerettes et ne parlons pas de l’emploi ni de la dette.

        Nous avons choisi l’emploi public, la réduction du temps de travail, la compensation de notre baisse de compétitivité par le recours à la dette, l’aide médicale d’urgence à la terre entière, les dizaines de milliards jetés dans les rénovations des quartiers sensibles, etc. etc. Je ne trouve pas que c’est la faute à l’Europe. Certes il y a le problème de l’Euro. Mais pour le reste je vois plutôt l’Europe comme un espoir que comme une menace.

      • Ma réponse concernant l’UE faisait écho à votre question « (…)pour retrouver un peu de souffle libéral ? »

        L’UE est TOUT sauf libéral. C’est un montre soviétiforme. Il faut s’en débarrasser. Mais comme je l’ai dit, ce n’est que le prérequis, pas l’absolu. Pour faire simple, l’UE semble avoir été conçue dans le même moule que l’administration française, une sorte de « super URSS ». Donc la France nage avec deux blocs de béton aux pieds: La strate administrative UE, et la sienne.
        Le problème est qu’il faudra se débarrasser des deux pour (re)trouver (je mets « re » entre parenthèses car la France a-t-elle été un jour libérale ?) un souffle libéral.

        C’est comme se lancer à moto sur la route avec 2 pneus crevés. N’en réparer qu’un ne vous permettra pas d’avancer.

      • @ Bob Razovsky

        « Pour faire simple, l’UE semble avoir été conçue dans le même moule que l’administration française, une sorte de « super URSS » :

        – C’est parfaitement inexact. Au départ, l’UE, c’était la possibilité d’un grand marché dans lequel De Gaulle ne s’est engagé qu’avec beaucoup de réticence car trop libéral. C’est Jacques Rueff, membre de la Société du Mont Pèlerin, qui l’y a encouragé :
        https://leblogdenathaliemp.com/2016/10/27/jacques-rueff-ou-le-liberalisme-applique/

        Avec son pacte de stabilité (déficit limité à 3 % du PIB et dette à 60 % du PIB) l’UE a longtemps joué le rôle de garde-fou des folie françaises.

        – En revanche il est vrai de dire que depuis la crise de 2008, les membres sociaux démocrates (dont évidemment la France, qui ne connait que ça) poussent une politique d’Eurobonds, mutualisation de la dette, budget de la zone euro… tandis que les « frugaux » (Pays-Bas, Allemagne) souhaiteraient s’en tenir au projet initial :
        https://leblogdenathaliemp.com/2019/03/11/macron-ou-le-projet-dune-europe-retrecie-aux-scleroses-francaises/

        – Et il est vrai que le côté réglementations débiles sur les tomates et surtout la PAC (qui s’expliquait à l’origine car on sortait de la guerre et que la chaîne alimentaire était à reconstruire) sont des points noirs à réformer complètement.

        – Mais il est tout aussi à côté de la plaque d’accuser l’UE de nos maux bien franco-français que de prétendre que la France est un pays ultralibéral. C’est la facilité du bouc-émissaire pour détourner le regard des problèmes réels. La France n’a pas eu besoin de l’UE pour mettre en place son système, et comme vous le disiez, faire un Frexit et « pondre le même interventionniste étatique à l’échelon national, ça n’aura strictement servi à rien ».

      • Chère Nathalie,

        je constate qu’à chaque fois que j’évoque l’UE, il n’est lu que la première partie de mon message.

        Alors one two three, on y retourne, en espérant que ça soit clair :

        Si on veut « donner un souffle libéral à la France », il faut d’abord quitter l’UE, car c’est une institution bien commode utilisée par tous les étatistes français pour justifier les blocages (et l’UE n’est pas en reste, la CE n’étant qu’un vaste marécage où les pires soviets ont échoué).

        MAIS (j’insiste encore une fois) ça ne résoudra pas le problème de fond franco-français, ce n’est qu’un prérequis.

        Bref, donner du libéralisme à la France sans quitter l’UE est impossible, mais quitter l’UE ne donnera pas de libéralisme pour autant si on ne secoue pas la France. Et ne jouer que sur un des deux tableaux est inutile.

      • @Nathalie : dans votre réponse à laquelle je souscris entièrement avec cette réserve que je suis peut-être plus social démocrate/chrétien démocrate que vous, vous écrivez : « Avec son pacte de stabilité (déficit limité à 3 % du PIB et dette à 60 % du PIB) l’UE a longtemps joué le rôle de garde-fou des folies françaises. »

        Je serais très intéressé de connaître votre avis sur les dernières évolutions de la gestion de l’Euro parce qu’apparemment les gardes fous que vous évoquez sont bien fragilisés aujourd’hui. Que pensez-vous de l’avenir de l’union sachant le déséquilibre que favorise ou suscite la monnaie unique ? Je ne me souviens pas vous avoir lu à ce sujet, mais j’ai peut-être mauvaise mémoire.

      • @ Bob Razovski

        « Si on veut « donner un souffle libéral à la France », il faut d’abord quitter l’UE. »

        Ce n’est qu’une opinion. Il n’y a aucun fait précis qui permette de l’étayer. En revanche, il suffit d’observer les autres membres de l’Union européenne pour la réfuter. Si la France pouvait être aussi libérale que les Pays-Bas ou l’Allemagne, deux pays qui font partie du Marché commun depuis ses débuts, ce serait déjà un énorme progrès.

        Si la France pouvait être aussi libérale que l’Irlande (dépense publique : 25 % du PIB !), la Lituanie (34 %), la République tchèque (40 %) ou même la Grèce (46 %, et un tiers des postes de fonctionnaires supprimés, suite aux intolérables injonctions dictatoriales de l’Union européenne soviétisée !), ce serait déjà très bien.

        Et ce ne sont là que quelques exemples. La quasi-totalité des pays de l’Union européenne sont plus libéraux que nous, voire carrément « ultra-libéraux », par comparaison.

        Même le Danemark, l’un des pays du monde où la dépense publique est la plus forte, est moins étatiste que nous (51 % de dépense publique).

        Que l’on se réfère à la part de la dépense publique dans le PIB, à la dette publique (Danemark : 34 % du PIB !) ou au taux de chômage (entre 2 % et 5 % pour 11 pays sur 27, contre 8,5% pour la France), absolument rien, dans les faits, n’indique que l’adhésion à l’Union européenne induit l’étatisme.

        https://www.budget.gouv.fr/panorama-finances-publique/comparaison-europeenne

        https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/tipsun20/default/table?lang=fr

        http://www.leparisien.fr/international/la-grece-sort-enfin-du-tunnel-02-02-2019-8002656.php

        Après, il peut y avoir d’autres raisons de quitter l’UE : indépendance, liberté de résister à l’immigration, etc. Mais le libéralisme n’en fait pas partie.

        Si l’Union européenne était anti-libérale, pourquoi la Russie, qui l’est résolument, ferait-elle tant d’effort pour la diviser, l’affaiblir, et soutenir les partis européens anti-UE ?

  2. Faire de la France le 1er pays désintégré par le « économiquement incorrect. »
    Et prier pour que ce pays subisse les affres des 8 plaies d’Egypte.
    Ainsi la « gooche » dira que ce n’est pas elle la « coupable », et la droite dira que c’est le changement
    climatique trop rapide. Tous les autres penseront que c’est un coup des « zaméricains progressistes
    mondialisés ».
    Et ceux qui ne sont dans les gares ,c’est « riens » que le président vilipendait, alors ils rejoindront tous et pas qu’eux, les ronds points, les carrefours, les ponts, les centre villes et autres ZAD, pour y vivre sans gouvernements payés par les lobbies étrangers de la finance mondialisée.

  3. La majorité des Français ne sait même pas ce que veut dire libéralisme, les gens ânonnent des mots bien trop sophistiqués pour eux, l’inculture économique est stratosphérique, et vous attendez d’eux qu’ils votent de manière éclairée ? Quand on ne sait plus ce que veulent dire les mots, ce qu’ils représentent, et qu’on les utilisent à tort et à travers, il ne faut pas s’étonner qu’on frôle le mur tous les jours d’un peu plus près…

    • au contraire la majorité des Français sait ce que veut dire libéralisme, enfin, elle récite ce que lui répètent les médias, les politiques de tous bords : c’est la cause de tous nos problèmes, c’est le capitalisme inhumain avide de profits toujours plus énormes, la mondialisation, la casse sociale …
      Que ça n’ait aucun rapport avec le Libéralisme, ça il y en a très peu qui le savent, très peu qui ont le courage de se renseigner …

    • C’est, d’ailleurs, même souhaité. On apprivoise et dresse plus aisément des moutons que des loups.

      Alors la culture, celle de gauche, qui formate à défaut d’enseigner, qui réduit les esprits à ne gober que la propagande, n’inclinera nullement à l’éveil des esprits; au réveil, devrais-je dire.

      Avec un Le Maire à l’Economie, à la nullité abyssale (comme le précisait notre hôte), nous n’avons pas le séant sorti des ronces

  4. Et si in fine la solution ne nous serait pas donnée par les salafistes, sunnites, chiites et autres composantes de l’islam qui, petit à petit gangrènent et fagocitent de petits territoires puis subrepticement vont créer de petites passerelles entre ces îlots gérer par la charia…. Agissons de même, créons de petites zones libérales dans lesquelles l’état régalien n’aurait aucun pouvoir… !

    • deux soucis :
      1- les « composants de l’Islam » sont les idiots utiles de la machine
      2- leur activation est exogène

      quant aux libéraux :
      1- il sont les ennemis de la machine
      2- aucun espoir de déclenchement exogène

  5. Merci Nathalie pour votre article édifiant et instructif.

    Mon fils aîné a vu ses possibilités de départ anéanties par le Covid après toutes ses démarches menées à bien. Il conserve espoir.

    Mon cadet envisage un départ également; c’est encore du domaine du virtuel mais il l’évoque.

    Je pars, quant à moi, en prospection, au mois de mai, si ce foutu couvre-feu à 18 h, qu’on nous vendait pour 15 jours et l’interdiction de voyager hors UE sont caducs.
    Si toutefois aucune quarantaine à destination ne me l’interdit (15 jours confinés sur 3 semaines de voyage seraient rédhibitoires)

  6. Ce qui frappe, c’est quand même le bas niveau intellectuel. Olivier Marleix, député LR, au journal La Montagne :

    « Macron a fait croire qu’il représentait une rupture alors qu’il est en fait le paroxysme de ce système illibéral qui laisse penser qu’il n’y a aucune alternative au grand marché mondial. »

    Gnééé ? Moi y’en a pas comprendre. Le grand marché mondial, c’est illibéral ? Donc Marleix est libéral, et c’est pour ça qu’il veut restreindre le rôle du marché ? Je dois être con, c’est trop fort pour moi.

    « Son parcours depuis un lycée privé jusqu’à la banque Rothschild, en passant par l’ENA puis son élection à la présidence de la République, sans avoir eu de mandat local, l’empêche d’avoir ce rapport charnel à la France qu’avaient Giscard ou Mitterrand. »

    Si on pouvait nous lâcher avec cette « patrie charnelle »… Oui oui oui, Giscard et Mitterrand baisaient à couilles rabattues, donc ils avaient un rapport charnel avec la France. Macron est fidèle à sa femme. Et donc ? C’est un problème ? De Gaulle aussi était fidèle à sa femme. Un coup c’est bien, un coup c’est pas bien. Faudrait savoir.

    « ll va jusqu’au bout d’un système qui détruit l’industrie, l’agriculture, qui est à l’origine des fusions-acquisitions, de la tentative de destruction de nos régimes de retraite au profit de fonds comme Black Rock… »

    Tûtafé. Les fusions-acquisitions, c’est pas bien. Il faudrait interdir à quiconque d’acheter une entreprise. C’est mal. Quand l’Etat acquisitionne, c’est à dire nationalise, là c’est bien, mais quand c’est une autre entreprise, ou un fonds d’investissement, c’est crès crès mal. Mais Marleix est libéral, hein…

    « Il faut d’abord remettre l’État à sa place. Pour l’instant, il est en bas et en haut règne un capitalisme de connivence qui tient tout avec son lot de normes, de contrôles, de fiscalité. Il faut inverser cette pyramide pour libérer les forces vives. »

    Attends cinq minutes que je comprenne. Donc l’Etat, c’est pas l’Etat. Le vrai Etat, il est en bas (c’est à dire ?…), et ce qu’on croit être l’Etat, c’est à dire la maison où il y a marqué « ministère de l’Intérieur », ou « Sécurité sociale », c’est le capitalisme de connivence avec des normes.

    Donc il faut mettre le capitalisme de connivence en bas (où ça ? dans mes chaussettes ? à la cave ?), et l’Etat en haut, parce qu’en ce moment, malgré 5 millions de fonctionnaires et des brouettes, et 56 % du PIB, l’Etat il est à la cave. Je comprends pas. J’ai pas fait Sciences Po, ça doit être pour ça.

    « Je crois au service public de la santé, de l’éducation auquel il faut donner des moyens mais avec un nouveau logiciel et la possibilité pour chaque Français d’y contribuer. »

    D’aaaacord. Donc il est libéral, mais le service public n’a toujours pas assez de « moyens ». Avec 56 % du PIB. Fous-toi de notre gueule.

    Il y a le clicheton du « nouveau logiciel ». C’est la version moderne de la « page blanche », du « tout mettre à plat ». On réinstalle Windows, et ça repart comme en 14.

    Tu me fais peur, là : les Français se plaignent de ne pas avoir suffisamment la possibilité de « contribuer » au service public ? Ils réclament de payer encore plus d’impôts ? T’es sûr ?

    « On peut tout à fait proposer à tous les Français de participer à ce service public contre une rémunération de 10 € de l’heure. Beaucoup de retraités, j’en suis sûr, seraient heureux de participer. Une manière de soulager les fonctionnaires de tâches qui ne nécessitent pas de technicité particulière, ce qui leur laisserait du temps pour se concentrer sur celles qui nécessitent des compétences particulières. »

    Aaaah, voilà ! Mais tout à fait : comme on ne peut décemment pas demander aux Français de payer davantage d’impôts (parce que Marleix fait semblant d’être libéral), on va leur demander de fournir du travail d’esclaves à l’Etat, en bossant pour 10 € de l’heure. A 65 ans. Moi aussi, je suis sûr que les retraités seraient « heureux de participer ».

    Ils me le disent tous les jours : après avoir été racketté toute ma vie par l’Etat, je brûle du désir de faire le travail des fonctionnaires à leur place, au prix du Smic, et pour balayer les chiottes, en plus : le boulot intéressant « à compétences particulières », il sera réservé aux fonctionnaires.

    Nous sommes bien d’accord que cet esclavage des vieux, il sera « proposé » aux retraités de la fonction publique, aussi ? Ou c’est seulement les connards du privé qui vont trinquer, une fois de plus ? Et si l’aimable « proposition » de l’honorable parlementaire est refusée, il est prévu quoi ? Des milices pour contraindre au STO ?

    « J’ai envoyé ce livre [Les Liquidateurs] à beaucoup de personnalités politiques. Je crois qu’il peut contribuer à rassembler une famille faite de libéraux, de patriotes et de ceux qui sont attachés aux valeurs sociales. »

    Ah mais complètement. C’est tout à fait libéral, comme programme. Et d’ailleurs, les valeurs libérales et les valeurs sociales (c’est à dire socialistes), c’est pil-poil les mêmes. Y’a pas de problème.

    https://www.lamontagne.fr/dreux-28100/actualites/olivier-marleix-depute-de-dreux-emmanuel-macron-se-comporte-avec-la-france-comme-les-liquidateurs-dans-les-entreprises_13912797

  7. Merci Nathalie de dénoncer cette mascarade consistant à nommer libérale (ou ultra ou néo) un pur régime socialiste confirmé par les agrégats (taux de recettes fiscales (52 %) et de prélèvements obligatoires, taux de dépenses publiques sur PIB, taux de dépenses de redistribution sociale, taux de fonctionnaires/habitant etc).
    J’y ajoute un élément symbolique de la passion antilibérale française concernant les dividendes honnis et les actionnaires voyous : en 2020, le montant total des dividendes des sociétés du CAC 40 s’est élevé à 33 milliards d’euros, pour une capitalisation boursière totale du CAC de 1819 milliards d’euros, soit un retour sur investissement de 1,81 % bruts avant impôts…
    No comment.

  8. Bon « 99% », je trouvais cela un peu exagéré mais tout compte fait, commençons par nos élites en économie qui sont écoutées de leurs conseils :

    La prix Nobel Esther Duflot prône le remboursement de la dette via une fiscalité plus progressive. « Plus de progressivité, c’est une réponse à comment rembourser la dette », mais aussi à l’accroissement des inégalités de revenus, a-t-elle ajouté, rejoignant sur ce sujet Thomas Piketty.
    https://www.capital.fr/economie-politique/dette-publique-la-prix-nobel-esther-duflot-prone-son-remboursement-via-une-fiscalite-plus-progressive-1394094?fbclid=IwAR2xHu5H1wpkRxgzSWcLXrUeuIx1Ac265FBAEJiUEX7ONjgOzXHv5yHkeMI

    Les travaux de ces nouveaux lauréats du Nobel en économie (Jean Tirole) sont tous dédiés aux politiques publiques.

    Les maîtres à penser ne sont pas vraiment libéraux même si Arthur Jatteau qualifierait les préconisations de mme Duflot d’assez puériles…
    http://www.slate.fr/story/182823/economie-esther-duflo-prix-nobel-recherche-developpement-pauvrete-methodologie-critiques
    Qui peut l’entendre ?

    Mal barrés nous sommes !

    • @Tino : oui, trois fois oui. Ils sont trop bien les yaka : yaka pas rembourser, yaka faire payer les riches. etc. Hollande a augmenté l’impôt sur le revenu de +50% pour ceux qui le payaient pendant son funeste règne. Ce n’est pourtant pas ce qui a empêché que la France se soit trouvée à court de masques quand le COVID est apparu.

      Ce qu’ils ne disent jamais c’est que le produit de tous ces impôts supplémentaires ne remboursera jamais la dette parce qu’il y a aura toujours un politicien pour le considérer comme « une cagnotte ». Et de fait si on regarde ce qui s’est fait dans les dernières décennies les augmentations d’impôts ne sont pas allées au remboursement de la dette mais à de nouvelles dépenses.

      • Attention que des chercheurs ou des universitaires s’étripent entre keynésiens et libertariens des écoles, Hayek, Pigou, Rueff, etc…, est normal et nécessaire. D’ailleurs, il paraît qu’il y a des réseaux où ils s’insultent copieusement. J’aurais voulu assister au spectacle mais je n’ai pas encore trouvé.

        En revanche que ceux qui ont le pouvoir politique, sur nos destinées soient incapables d’agir avec pragmatisme et discernement en mesurant régulièrement leurs résultats afin éviter d’en remettre une couche de dépenses irresponsables, pour ne mener dans le mur, est inacceptable voir criminel.

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