Ismaël Saidi DÉCONSTRUIT les manipulations de l’antiracisme

Intéressante controverse, avant-hier, sur Twitter.

Premier acte : L’ancien policier et dramaturge belge Ismaël Saidi, musulman d’origine marocaine, estime sur France Inter au micro d’une Léa Salamé totalement estomaquée que la discrimination à l’embauche à raison de l’origine maghrébine ou subsaharienne des candidats existe en France, mais comme exception, en aucun cas comme norme (vidéo du tweet ci-dessous, 01′ 17″) :

« Vous voulez que je vous les montre, moi, les légions de Mohamed, Rachid, Fatima qui ont des boulots de dingue, qui ont des boulots qui sont exceptionnels et qui ont fait leur vie ? Mais vous savez, la majorité, on ne l’entend pas. Et le problème, c’est qu’il faut tendre l’oreille pour entendre le murmure de la majorité, sinon on n’entend que les cris de la minorité. »

.
Oula. Typiquement le genre de discours à éviter si l’on ne veut pas passer pour un collabo de la « colonialité du pouvoir » aux yeux de nos intellos indigénistes décoloniaux. Cela fait longtemps que ces derniers ont « établi », ou plutôt nous assènent sans accepter la moindre réplique, que la France est l’épicentre d’un racisme d’origine coloniale (et patriarcale – convergence des luttes oblige) :

qui « s’est reconfiguré et continue d’agir, notamment à travers l’ensemble des stratégies capitalistes extractivistes, qui conduisent à la surexploitation des humains, des ressources et au changement climatique. » (Propos tenus par une sociologue pas plus tard qu’avant-hier dans l’hebdomadaire Le Point)

.
D’où le second acte : Pour Aurélien Taché, député non inscrit venant de l’UNEF puis du PS puis de LREM qu’il vient de quitter pour retourner plus à gauche, les propos d’Ismaël Saidi font de lui un « idiot utile » de l’ordre établi, ordre dont toutes les études montrent depuis 30 ans qu’il est foncièrement raciste et discriminatoire.

À vrai dire, ni Saidi ni Taché ne nous donnent d’éléments statistiques pour apprécier la validité de leurs déclarations respectives. Si ce n’est que le premier a le bénéfice de l’expérience réelle tandis que Taché parle du haut de son idéologie socialiste et, d’une certaine façon, de son fonds de commerce antiraciste qui s’effondrerait s’il lui fallait reconnaître que la France n’est pas l’univers impitoyablement discriminatoire qu’il décrit.

Mais il se trouve que sur ce sujet précis de la discrimination à l’embauche, on dispose d’une étude demandée tout spécialement par le gouvernement d’Emmanuel Macron afin d’orienter sa politique de « testings » et de « name and shame », c’est-à-dire la dénonciation publique des entreprises qui discriminent afin de les livrer à l’opprobre de l’opinion publique. C’était même le job de Marlène Schiappa avant qu’elle ne suive Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur dans le gouvernement Castex.

Entre octobre 2018 et janvier 2019, des chercheurs des universités Paris-Est Marne-La-Vallée et Paris-Est Créteil ont donc envoyé plus de 17 000 lettres de candidature ou de demande de renseignements fictives à 103 entreprises classées parmi les 250 premières capitalisations boursières. La première moitié des lettres émanait de candidats dotés d’un prénom et d’un nom d’origine française et l’autre moitié de candidats dotés d’un profil identique mais avec nom et prénom d’origine maghrébine.

Pour la plupart des commentateurs, les résultats de l’enquête révèlent une situation évidemment catastrophique : les discriminations à l’embauche seraient « significatives » au sens où « les candidats nord-africains ont près de 20 % de réponses en moins que les candidats français ».

Mais à examiner les éléments chiffrés de plus près, il y a largement de quoi douter du caractère concluant de l’étude. Car finalement, sur les 103 grandes entreprises françaises testées fictivement, seules 5 à 15 (selon le critère évalué) ont été identifiées dans l’étude comme discriminantes.

Autrement dit, 88 à 98 grandes entreprises françaises sur 103 ressortent du test sans donner lieu à la moindre critique du point de vue de la discrimination à l’embauche. Un résultat qui écarte toute idée de racisme systémique dans le monde de l’entreprise française et qui tend à faire nettement pencher la balance en faveur d’Ismaël Saidi. 

Ce dernier était l’invité de la matinale de France Inter du 14 janvier dernier pour présenter son livre Comme un musulman en France qui sort actuellement en librairie (vidéo complète – à voir, 09′ 45″).

Fruit de ses rencontres avec des jeunes de toutes origines et de tous lieux de résidence en France, en Belgique et en Suisse à la suite de la représentation de sa pièce satirique Djihad (2014) dans des lycées et collèges, le livre cherche à restaurer conversation et écoute dans une France où tout le monde regarde tout le monde en « chien de faïence » et il pointe l’effet profondément destructeur du discours victimaire servi et ressassé jusqu’à plus soif ainsi que la culpabilisation, en face, qui lui fait écho et l’entretient :

« Si vous vous mettez en posture de coupable dès le départ, vous m’aidez, moi, à me mettre en posture de victime. » (Ismaël Saidi, tweet ci-dessous)

Et voilà. À force de dénoncer des discriminations partout, tout le temps et à tout bout de champ, y compris où il n’y en a pas ou peu, à force d’en faire en quelque sorte un business politique, Aurélien Taché et toutes les associations qui occupent le créneau très valorisant de la lutte pour l’égalité et l’antiracisme précipitent l’émergence d’un sentiment de culpabilité dans la population d’accueil qui précipite lui-même un sentiment de victimisation chez les accueillis, lequel anéantit toute possibilité que les personnes ainsi assignées à leur statut de victimes cherchent à prendre leurs responsabilités et à agir personnellement sur leur vie.

On repense alors à ce que disait Emma, cette dessinatrice de BD proche de l’extrême-gauche dont je vous ai déjà parlé :

« J’ai rencontré des ami·e·s politisé·e·s qui m’ont aidée à analyser la situation et à réaliser que si je rencontrais autant de difficultés, c’est d’abord parce que j’étais une femme. »

.
On débarque là dans le champ des discriminations envers les femmes, mais les ressorts sont les mêmes : si les femmes, les Français d’origine étrangère, etc. ne réussissent pas, cela n’a rien à voir avec eux-mêmes, leurs compétences, leurs efforts, leurs mérites, ou pas, mais tout avec le fait qu’ils vivent dans une société raciste et patriarcale. D’où la revendication de la discrimination positive qui, avec ses quotas imposés, élimine talent et responsabilité personnelle du tableau pour ne retenir que des critères d’appartenance à telle ou telle communauté, telle ou telle minorité.

En réalité, l’encouragement permanent à la victimisation des uns sur fond de culpabilisation judéo-chrétienne des autres tient plus du mépris envers les personnes « issues de la diversité » que de la reconnaissance de leur capacité à agir sur leur vie comme tout un chacun. Comme le disait Zohra Bitan, femme politique issue de l’immigration et ex-membre du Parti socialiste :

« Si moi, tous les matins, devant ma glace, je m’étais arrêtée à ma tête d’arabe, je n’aurais pas avancé, je ne me serais pas intégrée et je n’aurais pas aimé ce pays. Il y a des xénophobes, il y a des racistes, il y a des antisémites dans ce pays, mais ce n’est pas le lot de toute la France. » (vidéo LCI, 2015)

.
Et, ajoutait-elle, « y’en a ras-le-bol que le PS, à chaque fois, se cache comme des indignés de salon derrière le racisme ».

Zohra Bitan cite le PS qu’elle connaît bien et qui venait de s’illustrer une nouvelle fois en taxant de raciste ou de xénophobe la moindre critique émise contre la ministre de l’Éducation nationale de l’époque Najat Vallaud Belkacem. Mais l’on peut constater avec Ismaël Saidi que la remarque s’applique encore aujourd’hui et concerne tous les professionnels de l’antiracisme qui ont fait du racisme et des banlieues un « commerce électoral » à leur profit.


Illustration de couverture : Ismaël Saidi est interrogé par Léa Salamé, France Inter, à l’occasion de la sortie de son livre Comme un musulman en France. Captures d’écran.

6 réflexions sur “Ismaël Saidi DÉCONSTRUIT les manipulations de l’antiracisme

  1. Merci Nathalie, au-delà de l’antiracisme et du féminisme, les mécanismes à l’oeuvre sont profondément ancrés dans la pensée de gauche et liés à une certaines conception du pouvoir qu’avait naguère analysé le philosophe Clément Rosset. Le terme de pouvoir a deux sens : être en capacité de faire quelque chose (savoir nager) , et être autorisé à le faire, par les circonstances, les autorités, etc (les horaires d’ouverture de la piscine).

    Pour la pensée de gauche, tout se résume à la seconde partie de la définition, de sorte qu’il suffirait de lever tous les interdits pour que les êtres humains soient enfin épanouis. Et tout le problème des classes laborieuses viendrait des limites que leur mettent les possédant. Ce qui a changé depuis les années soixante c’est que la gauche a remplacé les classes laborieuses par les femmes, les transgenres, ou les étrangers et les possédant par les mâles blanc, les hétérosexuels dit binaires et les racistes.

    Il y a un très bon exemple de cette pensée dans le film « la vie de Brian » des Monty Python. Parmi le groupuscule révolutionnaire qui s’est donné pour objectif de renverser l’empire romain, se trouve un homme qui se sent opprimé parce qu’il voudrait avoir un bébé mais qu’il ne le peut pas. Il exige d’ailleurs qu’on l’appelle dorénavant Loretta. S’ensuit une brève discussion sur l’impossibilité de porter un enfant quand on n’a pas d’utérus et qui se termine par la déclaration d’une des révolutionnaires : « nous savons que Loretta ne peut pas porter d’enfant mais nous allons nous battre pour son droit à pouvoir le faire ».

  2. Le problème de cet antiracisme dévoyé ne viendrait-il pas de ce que tous ces jeunes Français, originaires de nos anciennes colonies depuis deux ou trois générations, s’ils ont bien été « intégrés », n’ont pas été « assimilés », ce qui, pensent-ils, les autorise à proclamer la supériorité de la loi islamique sur les lois françaises ?
    Ne reste plus alors aux « professionnels de l’antiracisme » à s’appuyer sur cette « minorité » présentée comme victimisée, pour leur plus grand « profit électoral ».

  3. Si l’affrontement prévisible entre les communautés en France n’a finalement pas lieu, ce sera grâce à des gens comme Ismaël Saidi, et ce malgré cette gauche d’une bêtise incommensurable.

  4. Qui est dupe d’un tel discours larvaire de la part de ce type Taché petit auxiliaire des concentrations de pouvoirs qui agissent en France a qui on a donné la permission de se répandre sur twiter, Taché me paraît si complètement “d’époque”, de son temps, directement accouché par les Derniers Temps, et surtout parfaitement illustratif par antagonisme de sens et duplication de forme de la démence qu’il incarne c’est à dire un blablateur, agent subalterne engagé dans le processus extraordinaire du déni de la réalité et de construction alternatif ( au final très sombre selon mon intuition )marqué per les  » vertus  » post -modernistes et la haine furieuse de tt le reste . Sa logorrhée idéologique ne présente plus rien de cohérent, d’équilibré, d’harmonieux et d’ordonné qui puissent caractériser un être humain mais plutôt une larve cognitif qui pour justifier de sa propre psychologie et qui dans son propre esprit ce doit d’alimenté la persistance du crachat sur l’autre, afin de pouvoir ce convaincre de la poursuite d’une vindicte qui n’est politiquement ni rationnelle ni payante, avec le complément de la construction d’un univers parallèle fait de simulacres et d’anathèmes.

  5. « il faut tendre l’oreille pour entendre le murmure de la majorité, sinon on n’entend que les cris de la minorité »

    Belle réplique que je garde pour de futures citations. Article rempli d’arguments simples et concrets pour remettre un peu d’ordre dans ce sujet miné.

  6. C’est un sujet compliqué, avec des points de vue « performatifs » (qui agissent).
    Je suis à la frontère de diverses culture, et oui il y a des racisme, des machisme, et d’ailleurs detous les côtés… j’ai eu du mal à le croire mais oui il y a du racisme anti blanc, comme anti musulman, anti femme, anti homme, anti noir, anti rarabel, et aussi des pro-femme, pro-beurettes, pro handicapés… de tout et dans tout les sens… et souvent c’est à l’origine des observations mal comprise, généralisées, apprise par quendiraton…
    Il y a aussi de l’instinctif, la différence qui fait instinctivement un initial rejet.
    Il y a des petits mots, gesties, rejets, refus, qui font mal…

    mais ceci admis, c’est bien plus complique, et bien moins important.
    Pas mal de rejets instinctifs, sont simplement sans conséquence, car on est bien obligé d’embaucher, collaborer, et puis si en fait le gars d’en face il fat son travail, on travaille avec lui, on lui vend, on lui loue, parce qu’on se connais, ou qu’on sonnais ses amis, sa famille, sa communauté, voir on transforme cet initial racisme, en une discrimination positive… par expérience positive, pas par position sociologique… on trouve que telle ou telle communauté est « un bon client » « un bon collègue »… c’est peut être injuste, ou parfois finement analysé… untel adorait les magnrébine au boulot, parce qu’elles envoyaient du lourd… pourquoi pas, mais dur pour les gars qu’il jugeait mal…

    Certains ont comparé les tests de racisme instinctif mesuré par des tests linguistiques (délais pour énonce des mots)… aucun lien avec les comportements en entreprise.

    On peut aussi noter que certaines communautés en France, ou aux USA, ont malgré des discriminations, des barrières linguistiques, ou sociale, un taux de réussite sociale bien plus élevés que la population de même niveau social…
    Fort étrangement, ils ne se voient souvent pas discriminés, et pourtant le sont un peu…

    Les Asiatiques au sens général (vaste zone, de populations qui génétiquement est très large; ne me sortez pas de génétique), les Chinois en particulier, s’en sorte mieux que les locaux, et ce dans diverses zones, parfois même dans des lieux où ils sont vicimes d’un racisme terrible, victimes de pogromes, de meurtres de jalousie (je pense aux Chinois d’Indonésie par ex).
    Mais aux USA, les Ghanéens, sont aussi identifiés comme ayant une meilleure réussite sociale que la population locale.
    Les Iraniens, Indiens, aussi…

    Mais pourquoi ? Certains évoquent une histoire personnelle, la fuite d’un modèle familial étouffant qui donne un esprit positif, une cécité envers les discriminations, finalement bien plus modestes que ce que l’on endure au pays, ou dans sa famille… et puis une image de soi indestructible…

    La culture, et l’image de soi sont pour moi essentielles.
    La culture fait que l’on valorise ce qui compte en vrai, l’école, le travail, l’investissement, l’autonomie… une histoire de souffrance, une émigration douloureuse aussi…
    L’image de soi aussi change l’attitude. À ce titre je pense que la colonisation est un crime bien plus odieux que ce que les peuples peuvent s’infliger à eux-mêmes (Polpot vs l’Apartheid, comparez), c’es qu’au-delà du mal physique, on détruit l’image de soi d’une population, qui finalement se sent faible, démunie, incapable, et
    VICTIME.

    Même si vous êtes victime, n’y croyez pas, c’est performatif.
    Défendez vos droits, tenez-vous debout, demandez un traitement égal, ni mieux ni pire que les autres,
    Soyez grand prince, tolérants, bienveillant, avec ceux qui ne vous regardent pas de haut. Comprenez la douleur de chacun, ses préjugés, ses peurs, et tenez votre ligne.
    Si vous venez de vous prendre un râteau à un entretien, oubliez que ce soit un possible raciste… c’est improbable, et même si c’était vrai, ça ne vous ferait pas avancer. Même un raciste on peut le convaincre qu’on est le bon gars pour le poste, le bon locataire., le bon emprunteur, le bon prof…
    Les gens sont pour la plupart rationnels, surtout s’ils n’ont pas l’impression que vous êtes vous-même raciste.
    Un suprémaciste, blanc, noir, ou islamiste, c’est quelqu’un de fragile qui a besoin d’une théorie pour ne pas se sentir sous vous. Le jour où il comprendra que vous le respecterez toujours en tant que personne, et pas en tant que teinte, il vous acceptera.
    Dans la majorité des cas les gens n’ont pas de théories racialiste (aujourd’hui la seule c’est celles des indigénistes), contrairement au années 20-30 où le racialisme était un paradigme scientifique reconnu, et où comme on peut être scientifiquement (LOL) malthusien, ou marxiste, on pouvait être scientifiquement raciste…

    Aujourd’hui le racisme sans théorie est juste une peur, d’avoir des emmerdes, de pas se faire payer, de voir un travail mal fait, des conflits… Ce sont des clichés, de mauvaises expériences généralisées, qu’il faut casser comme on casse certains clichés sexistes…

    On avait découvert qu’il y a une classe d’humain incapable de racisme, le module de traitement de la peur l' »insula » est en panne chez eux. Ne faites pas peur, faites envie.

Répondre à Patrick Laverriere Annuler la réponse.