Il y a 50 ans, MILTON FRIEDMAN déboulonnait déjà la RSE…

Comme il était fier, le PDG de Danone Emmanuel Faber, en juin dernier, lorsque ses actionnaires, les premiers de tout le CAC 40, ont voté à 99,4 % le nouveau statut d’entreprise « à mission » de leur groupe, conformément aux dispositions de la loi PACTE concoctées par le ministre de l’économie Bruno Le Maire dans le but d’intégrer les enjeux sociaux et environnementaux dans l’objet et le statut des entreprises !

« Vous venez de déboulonner une statue de Milton Friedman ! » leur a-t-il même lancé dans un assaut de satisfaction anti-libérale non dissimulée.

Sa façon à lui, j’imagine, de « fêter » le cinquantième anniversaire du célèbre article de l’économiste de l’université de Chicago publié dans le New York Times le 13 septembre 1970 et intitulé The Social Responsibility Of Business Is to Increase Its Profitsautrement dit,  la responsabilité sociale de l’entreprise (ou RSE) consiste à augmenter ses profits.

Mal lui en prit car il y a seulement trois semaines, le groupe Danone annonçait un plan de licenciement de 2 000 personnes dans le monde, dont 400 à 500 en France. Oubliées les envolées lyrico-vertueuses sur la responsabilité sociale des entreprises. Chez Danone, dans le contexte d’une activité sévèrement bousculée par les conséquences des confinements anti-Covid, il n’est plus question maintenant que de restaurer les marges et de « remettre l’entreprise sur le chemin de la croissance rentable ».

Milton Friedman aurait-il raison ? Se pourrait-il finalement que les individus qui composent la société, qu’ils soient salariés, consommateurs ou investisseurs, soient mieux servis et plus libres de leurs choix si les entreprises se consacrent entièrement à leur mission de création de richesse à long terme plutôt que de faire étalage de leur « conscience sociale » en important en leur sein les politiques publiques à la mode du moment telles que les luttes contre le chômage, les discriminations ou la pollution ?

Ces trois exemples, cités par Friedman dès le début de son article, montrent à quel point les cinquante années qui nous séparent de son texte n’ont rien altéré de sa prodigieuse actualité – raison de plus pour s’y intéresser.

Mais avant d’entrer dans le dur du sujet, quelques mots sur l’auteur. Milton Friedman (1912-2006) est né à Brooklyn (New York) dans une famille d’immigrants juifs originaires d’Europe centrale. Après sa scolarité, il commence des études de mathématiques en vue de devenir actuaire puis se tourne vers l’économie et les statistiques.

Entre 1935 et 1945, il trouve ses premiers emplois au sein de l’administration fédérale américaine, au Trésor notamment, où, de son propre aveu, il se montre très keynésien. Il faut dire qu’on était en plein New Deal. Mais rapidement, il va en venir à critiquer tout ce qui ressemble à un contrôle des prix, des loyers, etc. dans la mesure où cela revient à fausser le jeu de la rencontre entre l’offre et la demande.

Il obtient son doctorat en économie en 1946 et entre la même année comme professeur à l’université de Chicago. Il y rejoint le courant économique connu sous le nom d’école de Chicago en compagnie d’autres économistes libéraux de renom tels que Ronald Coase, Gary Becker ou James Buchanan (théorie du choix public). L’année suivante, à l’instigation de Friedrich Hayek, il participe à la création de la Société du Mont-Pèlerin qui se donne pour but de promouvoir le libéralisme. Il reçoit le prix Nobel d’économie en 1976.

Dans son ouvrage le plus connu du grand public, Capitalisme et Liberté (1962), Friedman s’oppose à Keynes à une époque où les États providence sont en vogue. Il plaide pour un État limité et défend l’idée que la liberté économique est une condition indispensable de la liberté politique. Ses émissions de télévision Free to choose (Libre de choisir) sont également très populaires. Il a notamment consacré l’une d’elles à l’Histoire du crayon de Leonard Read pour illustrer la supériorité du marché libre sur tout autre forme d’organisation économique pour garantir la prospérité et la paix.

Dans son article de 1970, l’économiste s’attache à montrer combien les chefs d’entreprise se trompent quand ils pensent défendre la libre entreprise en prétendant que la responsabilité sociale des entreprises est au moins aussi importante que le profit. Pour lui, ce type de discours sympathique au premier abord revient ni plus ni moins à « prêcher en faveur d’un socialisme pur et dur ».

L’entreprise étant une « personne artificielle », Milton Friedman commence par remarquer que dès lors qu’on parle de responsabilité, on parle forcément de la responsabilité des individus qui font marcher l’entreprise, qu’ils soient entrepreneurs indépendants ou cadres dirigeants appointés par les actionnaires des grands groupes.

Laissant de côté le cas des premiers qui, en tant que propriétaires de leur entreprise, ont tout loisir d’y exercer leur « responsabilité sociale » à leur guise (jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent qu’en réalité ils lui causent du tort(*) en lésant leurs salariés et/ou leurs clients), Friedman rappelle que le cadre dirigeant d’un grand groupe est l’employé des actionnaires. Sa responsabilité consiste à faire ce qu’ils lui demandent, ceci signifiant généralement de dégager le plus d’argent possible dans le cadre de la loi en vigueur et des règles éthiques communément partagées par la société.

Non pas que le cadre dirigeant ne soit pas aussi une personne à part entière qui se sent des responsabilités à l’égard de sa famille, de ses voisins, d’une cause chère à son cœur, etc. Il se peut qu’il choisisse de consacrer une part de son revenu personnel au bénéfice de l’une de ces causes, mais comme le dit Friedman, ce sera son argent, pas celui de son employeur.

Dès lors que ce même dirigeant décide de consacrer de l’argent qui ne lui appartient pas, l’argent des actionnaires, pour remplir un but social particulier – embaucher des chômeurs de longue durée pas forcément bien profilés pour les postes offerts au lieu de salariés expérimentés, par exemple – il affecte les revenus des parties prenantes de l’entreprise, à savoir, selon les cas, les actionnaires, les clients et/ou les salariés, sans leur avoir demandé leur avis sur l’utilisation de ces fonds.

Rien ne dit que ces montants laissés à l’appréciation des parties prenantes auraient été utilisés de cette façon – dans notre exemple, la lutte contre le chômage – et à supposer qu’ils aient été utilisés ainsi, rien ne dit non plus qu’ils n’auraient pas créé plus de valeur pour les chômeurs en venant directement des individus plutôt que de l’entreprise.

C’est en cela que Milton Friedman voit dans la RSE une forme de taxation imposée aux parties prenantes de l’entreprise. C’est en cela qu’il y voit une façon du pouvoir politique de s’immiscer dans le domaine de la liberté d’entreprendre et de le collectiviser de façon rampante :

« This is the basic reason why the doctrine of ‘social responsibility’ involves the acceptance of the socialist view that political mechanisms, not market mechanisms, are the appropriate way to determine the allocation of scarce resources to alternative uses. »
C’est la raison fondamentale pour laquelle la doctrine de la ‘responsabilité sociale’ implique l’acceptation du point de vue socialiste selon lequel les mécanismes politiques, et non les mécanismes de marché, sont le moyen approprié pour déterminer l’allocation de ressources rares à des utilisations alternatives.

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Et c’est là que nous retrouvons la loi PACTE dans toute sa splendeur – du moins pour ce qui concerne son volet sur l’évolution de l’objet social des entreprises : derrière les bons sentiments, derrière la prétendue considération pour les hommes et les femmes qui travaillent et l’attention aux désordres environnementaux – étant entendu que les entreprises laissées à elles-mêmes n’ont que mépris pour tout cela – c’est bien une soumission à l’agenda politique du moment qui est demandé au monde de l’entreprise.

Beaucoup de chefs d’entreprise gagnés par les arguments de la RSE (ou tout simplement en plein accès de virtue-signalling) pensent qu’elle permettra de réconcilier l’opinion publique avec l’entreprise. Je pense au contraire avec Milton Friedman que cette façon d’éloigner les entreprises de leur fonctionnement initial est un signal négatif sur la libre entreprise, une façon de dire à la société que l’entrepreneur naturellement mû par le profit serait par essence un profiteur sans foi ni loi à encadrer d’urgence dans une définition politiquement correct de l’entreprise qui se rapprocherait de l’association ou de la fondation à but social mais surtout pas lucratif.

Milton Friedman reconnait volontiers que dans ce contexte de dénigrement perpétuel du secteur marchand, l’affichage de la RSE sert souvent de couverture présentable, voire aimable, pour des décisions qui répondent parfaitement aux intérêts de l’entreprise mais qui seraient moins bien acceptées sans ce déguisement.

Malheureusement, ainsi qu’il le souligne à la fin de son article, que la RSE soit pratiquée de bonne foi ou de façon plus stratégique par les entreprises, elle conduit nombre de dirigeants de premier plan, le PDG de Danone pour n’en citer qu’un, à débiter une quantité impressionnante de « nonsense » à son sujet, avec pour conséquence immédiate et inéluctable de mettre en danger leur entreprise et d’endommager considérablement les fondations nécessaires à la constitution d’une société libre.

Entre Emmanuel Faber et Milton Friedman, qui déboulonne qui ? Le débat est ouvert !


(*) Je peux vous citer l’exemple d’un patron qui avait décidé de payer des salaires au- dessus du prix de marché de son secteur. Au début, tout le monde est content. Jusqu’à ce que le chef comptable débarque avec des calculs montrant que vu le niveau des salaires, l’acquisition d’une certaine machine couplée à quelques licenciements devenait très rentable…


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Illustration de couverture : L’économiste libéral américain Milton Friedman en 2004. Photo Wikimedia Commons.

34 réflexions sur “Il y a 50 ans, MILTON FRIEDMAN déboulonnait déjà la RSE…

  1. Faire le panégyrique de Milton Friedman au moment même où tous ont constaté l’inanité et l’effondrement de ses thèses monétaristes (  » l’injection de monnaie déclenche inévitablement
    l’inflation » ) , c’est amusant…

    • Les banques centrales injectent de la monnaie ET maintiennent artificiellement les taux bas pour pousser les entreprises à investir. Résultat, dette, dette dette. Je vous garantis que tout cet helicopter money finira mal pour l’emploi comme pour l’épargne. Pour l’instant, c’est la fuite en avant.

      • Les effets se font déjà sentir : la rémunération des produits d’épargne populaire (assurance vie, LDD, livret A, etc…) est tombée à presque zéro. Si on compte 3 point de moins que par rapport à une situation normale, c’est 150 milliards d’intérêt non perçus par les épargnants (un peu plus de 5000 milliards d’épargne en stock), c’est à dire plus que la TVA et près de 3 fois l’impôt sur le revenu.
        A ces niveau de rémunération, il est exclu de se faire un complément de retraite digne de ce nom.
        Par ailleurs, un coût du capital aussi faible déséquilibre totalement la concurrence entre travail et investissement, au profit de ce dernier. Supprimer des emplois n’a jamais été aussi rentable. Les dégâts sont déjà considérables, mais peu visibles.

    • @Jean Sur- la monnaie étant moyen d’échange, de mesure et de réserve.Ces fonctions ne sont pas annihilées parce que les BC ont une politique expansionniste. L’inflation n’est pas un effet immédiat à cette expansion. Ce qui est cependant certain c’est qu’avec cette avalanche de monnaies supplémentaires on modifie artificiellement les prix de certains actifs déjà et que pour les rendre ultérieurement liquide il faudra alors modifier les revenus par le haut et l’on obtiendra l’inflation. Les banquiers centraux pensent qu’avec des taux bas ils vont faire durer leur système mais cela ne sera que momentanément. Il y a une autre manière de voir l’inflation à venir par le changement de système monétaire. On y arrive.
      Merci de m’avoir lu et bonne journée

    • Elle déclenche l’inflation quand il y a injection de monnaie dans l’économie, pas dans la finance. La nuance est de taille. Le QE n’est qu’injection de monnaie dans la finance. Il n’a aucune utilité en économie.

  2. @jean Sur : Concernant la création de monnaie par les banques centrales, force est de constater qu’elle ne génère pas d’inflation pour l’instant, dans la mesure où elle n’est pas déversée sur les particuliers mais sur les banques.

    Par contre cette création de monnaie a deux effets : d’une part elle gonfle artificiellement le prix des actifs comme l’explique si bien le très keynésien Patrick Artus. Qu’il s’agisse de la bourse ou de l’immobilier pour s’en tenir à ces deux-là, les prix flambent. L’impact social de cette flambée des prix c’est l’éviction des jeunes et des classes moyennes du marché de l’immobilier, les conduisant notamment à s’installer encore plus loin des centres ville. L’Etat aura beau jeu d’ici quelques années de fustiger ces irresponsables qui font grimper le réchauffement climatique. Air connu.

    Cette augmentation des actifs va également gonfler artificiellement le patrimoine des plus riches, ceux qui justement possèdent les actifs, suscitant chez ceux qui ont peu de familiarité avec l’économie une détestation encore plus grande des riches coupables à leur yeux d’aggraver les inégalités. Mais que cette augmentation des inégalités de richesses soit due à une politique monétaire expansive, personne n’en parlera jamais, c’est tellement plus facile de fustiger les individus.

    Le deuxième effet de la monétisation des dettes c’est, grâce aux taux d’intérêt artificiellement bas, l’euthanasie des rentiers que Keynes prônait déjà en son temps. Présenté comme ça, cela n’a pas l’air bien grave notamment pour la grande majorité des gens qui ne sont pas rentiers. Le problème c’est que cette euthanasie concerne les institutions qui placent leur argent en obligations d’état, les banques, les assureurs, les fonds de pension, les caisses de sécurité sociales, etc. avec les effets qu’on ne tardera pas à voir sur le service des retraites, sur l’augmentation des frais bancaires, etc.

    La monétisation des dettes est une fuite en avant. Ceux qui parlent de nouvelle économie se mentent à eux-mêmes comme le faisaient ceux qui parlaient de nouvelles règles économiques avant la bulle internet. La raison en est que cette prétendue nouvelle économie provient d’une manipulation des prix de marché par des gouvernements surendettés. Ce que font les économistes c’est simplement justifier l’action des politiques, ce n’est pas de la science économique. Les taux remonteront et quand ça arrivera, les pays surendettés connaîtront la même situation que les PIGS en 2011.

  3. « Un Nobel qui n’en est pas un
    Le Nobel d’économie n’est pas vraiment un Nobel. Le nom officiel du prix est en réalité « prix de la banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel ». Car à l’origine, Alfred Nobel, inventeur de la dynamite et des prix qui portent son nom, ne prévoit des récompenses qu’en physique, chimie, médecine, littérature et paix. Avec l’accord de la fondation Nobel, la banque de Suède créé un prix d’économie en 1968 et le décerne pour la première fois l’année suivante. Et cela, alors même qu’Alfred Nobel méprisait ce domaine, selon une lettre rendue publique par sa famille aux débuts des années 2000. »

    En espérant n’avoir pas trop cassé l’ambiance !

    • Merci Mildred pour ces précisions. Ca ne casse pas vraiment l’ambiance, on sait que depuis quelques temps ce prix n’est plus qu’un instrument politique comme un autre.

      Peut-être qu’à l’époque de Milton, ça avait un peu plus de sens, même si le côté économique n’était pas la tasse de thé de Nobel visiblement.

  4. La RSE consiste juste à remplacer une technique rationnelle, le marketing , qu’il soit stratégique ou mix produit, dont la vocation vise précisément à optimiser l’ affectation des ressources de l’entreprise aux besoins et budgets précis des consommateurs , par une espèce de philosophie vaguement affective, vaguement bienveillante, se voulant empathique et soucieuse de l’ « intérêt général », mais de ce fait rigoureusement non mesurable, peu vérifiable, sensible aux opinions et politiques les plus démagogiques, et probablement vecteur de coûts supplémentaires et de perte de compétitivité (puisque nos concurrents étrangers ne partagent pas les mêmes rêves). Un parfait délire socialiste voulant probablement compenser chez eux leur inculture économique chronique.

    • Sachant qu’aujourd’hui, c’est du bon marketing que de se prétendre sociâââl et environnementâââl. La propagande a tellement fait son oeuvre, que les clients le réclament. Ils sont même prêts à payer davantage pour une marchandise qui aurait beaucoup de gauchisme dedans.

      • On peut aussi constater que le marketing environnemental que toutes les entreprises se trouvent quasi contraintes de mettre en oeuvre par effet de mode, puis à respecter pour ne pas s’exposer au boycott en cas de faute, se révèle progressivement plus efficace pour la cause écolo et sociale que les beuglements hystériques des politisés du même nom. Une fois encore, y compris concernant des causes à vocation disons humanitaires, le capitalisme démontre son efficacité vs le socialisme dogmatique.

      • « se révèle progressivement plus efficace pour la cause écolo et sociale » ? ce n’est même pas sûr, vu la débilité, et l’effet sur le long terme de certaines contraintes, sans oublier le coût, supporté comme toujours par le consommateur. C’est un racket, sous couvert de bons sentiments, ni plus ni moins !

    • je plussoie.

      Et ça permet peut-être, justement, de se passer de techniques marketing compliquées et difficiles à mettre en oeuvre ou plus chères. L’étiquette « kamp du bien » sur le produit suffit à attirer les gogos.

      C’est ce qu’a fait le gars de Danone : raconter des conneries doxa-compatibles lui permet d’afficher une façade de bon collabo, tout en continuant à gérer la boite de façon classique. Ce qui fait qu’il peut virer du personnel, car il le fait au nom de ce pacte machin truc débile, adoubé par ces abrutis du gvt.

      Il ne faut pas se leurrer, c’est la technique que devront employer nos enfants s’ils veulent survivre dans le monde qui arrive. Aujourd’hui, l’attaque frontale du système socialiste est vouée à l’échec.

    • Je suis d’ailleurs étonné que personne ne cherche à démonter les prétendus « indicateurs » montrant que telle entreprise est plus ou moins vertueuse, qu’elle est forte en gauchisme ajouté, etc.

      En particulier, je suis persuadé que les chiffres censés contrôler la vertu ou le vice climatique sont totalement bidon. Si l’on peut imaginer de calculer, avec une certaine fiabilité, les émissions de CO2 d’une usine avec des cheminées, dès lors qu’on commence à faire la même chose avec un assureur, ou un fournisseur de mail, cela devient n’importe quoi.

      Alors certes, il est facile de monter un tableau Excel avec des trucs dedans, censés montrer quelque chose, mais le lien avec la réalité me paraît pour le moins ténu (et c’est avant même d’envisager le bien-fondé de la nocivité supposée du CO2).

      Où s’arrête-t-on ? L’assureur va, je suppose, se donner des mauvais points s’il se chauffe au charbon (ce qui est peu problable). S’il se fait livrer des rames de papier par des camions diesel, il va noter le diesel. Mais ne doit-il pas, aussi, noter la vertu climatique du constructeur de camions ? Celle du fournisseur de chaussettes du PDG de la boîte qui nettoie les bureaux du constructeur de camions ? On n’en sort pas.

  5. En parlant de Milton Friedman, voici un excellent article du magazine libéral Reason, qui rapporte ses propos au sujet du succès de Singapour :

    https://reason.com/2020/12/12/keeping-up-with-the-lees

    D’après lui, ce succès a été obtenu en dépit des aspects autoritaires du régime, et non grâce à eux.

    En réalité, cet article, consacré à la « recette » singapourienne, montre que ce n’est pas aussi simple que ça. Il est extrêmement intéressant, car il apporte de nombreuses réponses concernant des thèmes fréquemment évoqués ici, comme la lutte contre le Covid-19, la réussite du système éducatif, etc.

    La question posée par l’auteur est : les libéraux doivent-ils s’inspirer du « modèle singapourien » ? les Etats-Unis pourraient-ils importer certaines de ses « bonnes pratiques » ? Et la réponse est non. Le modèle singapourien fonctionne en raison d’un cocktail inexportable (mais il faut lire l’article…).

  6. La labellisation « RSE » ne va pas manquer de confirmer et renforcer dans l’esprit du français lambda « de gauche » qu’il existe bien 2 familles bien distinctes d’entreprises, les gentilles et bienveillantes (RSE) qui s’intéressent de prés à l’écologie, à la redistribution, bref à la justice sociale, et les ultra libérales bien pourrites dont l’objectif principal est d’ engraisser leurs actionnaires turbo libéraux , de licencier au plus vite le maximum de leurs salariés tout en polluant un max l’environnement. Une fois de plus, plutôt que de faire monter la culture économique générale – l’Etat aurait pu par exemple mieux communiquer sur le placement BPI France Entreprises 1 pour amorcer une mécanique de fonds de pension – on amène les français à se servir prioritairement de leurs penchants affectifs et politiques pour classifier les entreprises au lieu de les analyser rationnellement. Abrutissement garanti.

  7. C’est votre dernière phrase : « Le débat est ouvert ! » qui me donne l’audace de revenir, alors que je n’ai, dois-je le préciser, AUCUNE compétence en économie.
    Mais justement, vous ouvrez le débat avec Emmanuel Faber – prix humanisme chrétien, ce qui vous pose un homme, peut-être, mais n’en fait pas un économiste – après avoir cité moult économistes américains, tous morts.
    Or, étant tombée par hasard sur un entretien sur le même sujet, donné par David Cayla – économiste français, bien vivant – qui lui aussi semble avoir des arguments très sérieux qui ne vont peut-être pas tous dans votre sens, je serais curieuse de connaître ce qu’un « débat ouvert » avec ce monsieur donnerait ?

    https://www.nonfiction.fr/article-10569-entretien-avec-leconomiste-david-cayla.htm

    • Que voulez-vous que je vous dise ? David Cayla est un « économiste atterré » comme Lordon, Sterdyniak, Porcher et plein d’autres. Ils ont formé leur groupe dans une optique nommément anti-libérale, ils soutiennent les propositions de Hamon, Mélenchon, etc. Bien sûr que je ne suis pas d’accord avec eux.
      Ce qui nous intéresserait, et il me semble qu’une zone « commentaire » est faite pour cela, ce serait de connaître votre avis sur tous ces sujets que vous commentez en disant d’abord que vous n’avez aucune connaissance du sujet, puis en nous citant avec une belle régularité tout ce que le débat public français a de plus collectiviste et gauchiste (Cayla en l’occurrence, mais aussi Juan Branco et d’autres).

    • Quand on a aucune connaissance en économie, alors on aime écouter les belles histoires.
      « l’éternel « Je ne suis pas économiste » qui permet au peuple de rester foule et aux économistes de survivre dans le n’importe quoi, habillé, comme pour les médecins de Molière, par un vocabulaire volontairement incompréhensible qui leur permet de s’occuper en se chamaillant et en se Nobélisant. »

      https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-tensions-vont-croitre-tant-que-225121

      Le jour ou les peuples comprendront que produire de la dette c’est produire du capital fictif qui enrichit les uns au détriment des autres qu’il asservit, les peuples seront prêts pour la Vraie Révolution pas l’imbécile révolution socialiste des envieux.
      Mais ça vous ne l’entendrez dire ni par Mélenchon, ni par Montebourg, ni par les autres Piketty et économistes atterrés.
      Complices ils sont et vendent ainsi leur soupe réchauffée moult fois.

      • Mélenchon et consorts partent du principe que la dette ne sera jamais remboursée. Ils laissent entendre que de toutes façons, comme les créanciers sont des « salauds de riches », ce n’est que de la « justice sociale » , une sorte d’impôt révolutionnaire. Et ce discours fait d’argent magique, sans efforts, ne peut que séduire des Français dont l’inculture en économie n’est plus à démontrer …
        D’autant qu’il est « justifié » par une présentation simpliste de dettes souveraines non remboursées dont l’histoire regorge.

  8. Cela fait deux ans maintenant que j’alerte sur la RSE. Nathalie en signale avec raison les effets délétères sur l’économie pour des motifs parfois absurdes. Calculer l’emprunte carbone d’une compagnie d’assurance n’a pas beaucoup de sens, et pourtant c’est fait, et une énergie considérable est employée à produire ce chiffre, avec des personnes qui seraient beaucoup plus utile ailleurs.
    Cependant, au delà de cet aspect, la RSE me semble encore beaucoup plus dangereuse pour une autre raison : par ce biais, en particulier sur le volet RH, la RSE transforme les entreprises en agents de propagande et de contrôle de l’ideologie officielle (diversité, égalitarisme, « sensibilisation » aux enjeu environnementaux, etc…). Ce qui devait rester du domaine privée, la morale, est désormais contrôlée par l’entreprise pour le compte de l’état. C’est insidieusement un système totalitaire qui étend ses tentacules par le biais de la RSE.

    • « Ce qui devait rester du domaine privée, la morale, est désormais contrôlée par l’entreprise pour le compte de l’état. »

      Il me semble que c’est ce que je dis et ce que Friedman dit :

      « Milton Friedman aurait-il raison ? Se pourrait-il finalement que les individus qui composent la société, qu’ils soient salariés, consommateurs ou investisseurs, soient mieux servis et plus libres de leurs choix si les entreprises se consacrent entièrement à leur mission de création de richesse à long terme plutôt que de faire étalage de leur « conscience sociale » en important en leur sein les politiques publiques à la mode du moment telles que les luttes contre le chômage, les discriminations ou la pollution ? »

      La loi PACTE étant le cheval de Troie de l’Etat dans l’entreprise privée.

    • @ Jacques Huse de Royaumont

      « Calculer l’empreinte carbone d’une compagnie d’assurance n’a pas beaucoup de sens, et pourtant c’est fait, et une énergie considérable est employée à produire ce chiffre. »

      Excellent ! Quelle est l’empreinte carbone du calcul de l’empreinte carbone, qui déplace beaucoup d’air à défaut de produire de l’intelligence ?

      • Le pire, c’est que des trésors de savoir faire sont utilisés pour cela. Le comment est mené par un technicien de grande valeur. Le débat sur le pourquoi n’a pas eu lieu.

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