MACRON vs LE PEN : encore eux en 2022 ? Grosse déprime.

De sondage en sondage, on nous explique que 70 à 80 % des Français ne veulent à aucun prix revivre en 2022 le duel Macron vs Le Pen de 2017. Mais de sondage en sondage, il ressort également que dans la perspective où l’élection présidentielle aurait lieu « dimanche prochain », selon la formule consacrée des enquêtes d’opinion, Macron comme Le Pen persistent à dominer très nettement le match, et ceci dans tous les cas de figure envisagés.

Il va sans dire que ces sondages ne nous apportent aucune information définitive sur ce qu’il va effectivement se passer en 2022. Instruits par les rebondissements « complètement dingues » de 2017 (expression de Yannick Jadot), nous savons que tout peut arriver d’ici là. Même sans aller jusqu’à imaginer une succession de coups de théâtre aussi riche qu’à l’époque, il serait bien étonnant qu’aucune « affaire des diamants de Bokassa » ne vienne perturber la campagne, élection présidentielle oblige.

Mais ils sont néanmoins intéressants car ils donnent une bonne idée des rapports de force politiques au moment où ils sont faits.

Or selon un sondage Ifop-Fiducial publié dimanche 4 octobre dernier, Emmanuel Macron et Marine Le Pen font à nouveau largement et systématiquement la course en tête dans les 11 scénarios examinés par le sondeur :

· cinq scénarios concernent le choix du candidat de droite : Bertrand et Pécresse (qui ont tous deux quitté LR jugé trop à droite), Baroin, Retailleau ou Dati ;
· trois scénarios portent sur le choix du candidat du PS : Hidalgo, Hollande ou Royal au lieu du Premier secrétaire Olivier Faure ;
· et trois autres scénarios examinent une éventuelle union de la gauche autour de trois candidats possibles : Mélenchon de la France insoumise, Hidalgo du PS et Jadot de Europe Écologie Les Verts.

   
  Choix du candidat de droite        Choix du candidat du PS      Hypothèse d’union de la gauche

On constate ainsi (cliquez sur les tableaux ci-dessus pour agrandir) que dans un hypothétique premier tour qui aurait lieu ces jours-ci, Marine Le Pen recueillerait selon les cas entre 24 et 27 % des voix et Emmanuel Macron entre 23 et 26 %.

Le candidat socialiste le mieux placé serait Anne Hidalgo, mais avec seulement 9 % des voix, tandis que Xavier Bertrand devancerait tous ses collègues de droite avec 16 % (soit 4 points de plus que lors d’un précédent sondage du même institut). Il monte même jusqu’à 18 ou 19 % dans le cas d’une candidature d’union à gauche.

EELV ne transformerait nullement en grand succès la « vague verte historique » des municipales en plafonnant aux alentours de 8 %, tandis qu’une très hypothétique union de la gauche entre le PS, la FI et EELV donnerait l’avantage à Jean-Luc Mélenchon (et non à Jadot comme celui-ci aimerait le croire dans l’euphorie post Municipales) mais sans excéder 15 % des voix.

Néanmoins, dans la perspective d’une dynamique jusqu’en 2022, nul doute que Mélenchon pour la gauche et encore plus Xavier Bertrand(1) pour la droite se sentent pousser des ailes, d’autant qu’il semble acquis que chez LR, François Baroin ne sera pas sur la ligne de départ. 

Mais ce qui reste finalement très étonnant, même aujourd’hui à plus de dix-huit mois de l’échéance électorale préférée des Français, c’est de constater la solide avance et la constance du duo Macron Le Pen dans les intentions de vote.

Le premier étant « aux affaires », comme aimait à dire François Hollande, il cristallise assez naturellement sur lui tous les mécontentements nés de sa politique et/ou des circonstances et conséquences socio-économiques liées au Coronavirus, comme en témoigne assez clairement la médiocre popularité du couple exécutif.

Pour l’institut YouGov, celle du Président chute de 31 % d’opinions favorables début septembre à 28 % en ce début d’octobre tandis que Jean Castex, le nouveau Premier ministre nommé en juillet pour relancer le quinquennat d’ici 2022, passe de 29 à 28 %. Aujourd’hui, seuls 27 % des Français font confiance au gouvernement pour gérer la pandémie de Covid-19 alors que ce chiffre dépassait les 50 % au tout début du confinement.

Quant à Marine Le Pen, bien qu’elle soit assez peu présente sur la scène politique, elle continue clairement à encaisser les dividendes de ses positions globalement protectionnistes, qu’il s’agisse des biens ou des personnes, et de son attention plus marquée que les autres partis aux questions de sécurité des biens et des personnes. Son souverainisme s’est cependant quelque peu étiolé car depuis 2017, elle a abandonné l’idée de la sortie de l’euro, et le Frexit qui motivait beaucoup ses électeurs n’est plus à l’ordre du jour.

En revanche, du côté économique, rien n’a changé. Fidèle à sa conviction « que le modèle économique ultra-libéral qui nous avait été imposé était mortel pour notre économie », elle propose donc un programme des plus mélenchoniens : rétablissement de l’ISF, patriotisme économique, préférence nationale et retraite à 60 ans(2).

Macron comme Le Pen sont évidemment ravis d’être le principal voire le seul adversaire politique l’un de l’autre. Dans ce schéma de second tour, s’il se confirme, le premier pourra compter sur le réflexe bien ancré dans notre vie politique depuis Mitterrand de faire barrage à la droite et l’extrême-droite sans autre nécessité d’expliquer pourquoi il pense être meilleur pour la France que son opposante, tandis que Mme Le Pen se régale déjà d’expliquer combien le Président sortant a englouti la France dans les scandaleuses injustices de l’ultra-libéralisme qui l’anime exclusivement depuis son élection. 

C’est précisément là que les libéraux se montrent fort peu emballés par la perspective d’un duel aussi mal défini et aussi peu porteur d’idées nouvelles. Après trois ans de mandat, on devrait pourtant commencer à s’en apercevoir : Macron n’est pas libéral. Qu’on parle Urssaf, Éducation, Retraites, Presse et Information ou Commissariat au plan, il ne conçoit aucune liberté sans la tutelle de l’État providence et stratège.

Le seul débat vraiment intéressant pour l’avenir de la France serait de confronter au sommet les idées de ceux qui veulent maintenir l’emprise de l’État sur les activités des Français voire l’étendre encore et celles de ceux qui pensent qu’au point (qu’on espère culminant mais rien n’est moins sûr) où nous en sommes en chômage, dette, dépenses publiques, impôts et réglementation en tous genres pour des résultats somme toute médiocres, notre prospérité et nos libertés exigent impérativement et urgemment de desserrer l’étau étatique via de sérieuses réformes structurelles.

Mais il y a encore plus déprimant. Remplacez Macron ou Le Pen ou les deux par Bertrand ou Mélenchon et le résultat sera exactement le même. Dans la mesure où Xavier Bertrand prend Emmanuel Macron pour un « libéral anglo-saxon » (vidéo du tweet ci-dessous), vous voyez à peu près ce que Mélenchon peut en penser…

Il n’y a plus qu’à espérer que l’élection présidentielle de 2022 se révèlera un petit peu « dingue » elle aussi en faisant émerger quelques voix moins imbibées de dirigisme étatique que l’ensemble de notre classe politique. Ce n’est pas gagné.


(1) Il lui faudra d’abord obtenir le soutien de LR qu’il a quitté en 2017 avec l’arrivée de Wauquiez à la tête du parti, sans compter que les résultats des régionales de 2021 pourraient venir perturber ses ambitions : en 2015, il avait accédé à la Présidence de la région Hauts-de-France contre Marine Le Pen suite au désistement du PS décidé par François Hollande au soir du premier tour.

(2) Encore que des voix au sein du Rassemblement national commencent à dire qu’il faudrait peut-être profiter de la crise économique post-Covid pour revenir sur cette mesure extrêmement coûteuse « sans perdre la face », histoire d’attirer des voix de droite. Oui, mais l’électorat populaire, comment réagirait-il ? Dilemme au RN.


Illustration de couverture : Marine Le Pen (RN) et Emmanuel Macron (LREM) – Photos Reuters réaménagées.

17 réflexions sur “MACRON vs LE PEN : encore eux en 2022 ? Grosse déprime.

  1. « le réflexe bien ancré dans notre vie politique depuis Mitterrand de faire barrage à la droite et l’extrême-droite »
    Je ne suis pas certain que ce réflexe dure encore longtemps. A titre personnel, si véritablement le duel de 2017 se reproduit, je n’irai pas voter. Les derniers résultats électoraux me laissent penser que je ne serai pas le seul.
    Par ailleurs, il ne faut pas oublier que Macron a eu une large majorité à l’Assemblée. Je ne suis pas sûr non plus que cela puisse se reproduire. Il peut très bien être réélu et être confronté à une Assemblée fragmentée, sans majorité claire.

  2. Les candidats possibles confirment plus que largement l’effondrement conceptuel de la France. C’est le vide absolu en dehors des « têtes habituelles ». C’est véritablement glaçant : on a l’impression d’un pays et d’un peuple mort. Le futur ressemble à un cimetière sociétal. J’ai encore de la famille en France et j’ai peur pour elle.

  3. Vous avez raison de souligner dans votre excellent article que 1) Macron n’est pas libéral et que 2) le libéralisme sert de repoussoir à une classe politique qui dans son ensemble l’accuse, à tort, de tous les maux. Toutes les personnalités que vous avez mentionnées se retrouvent sur une ligne étatiste, à la fois illusoire et dangereuse. Ce n’est pas de bon augure. Heureusement nous avons pour nous consoler vos articles toujours aussi rigoureux et lucides.

    • Vous êtes très gentil ! Merci beaucoup pour vos aimables remarques et vos nombreux commentaires.

      J’essaye en effet d’être le plus rigoureuse possible, de bien sourcer, de rechercher l’info avant de me jeter sur le premier fait divers venu, de ne pas me contenter de l’indignation et ses trémolos aussi convenus qu’exagérés, mais de dessiner une France moins étouffée, moins étatisée.
      Malheureusement, je ne « console » pas grand monde et à regarder mes stats depuis la rentrée, de moins en moins de monde.

      Alors j’en profite pour vous demander à nouveau, chers lecteurs et commentateurs, de partager le plus possible mes articles pour diffuser au maximum le point de vue libéral.

      Point de vue libéral qui, je le redis ici, n’est pas du tout une idéologie parmi d’autres à renvoyer dos à dos avec l’étatisme et la social-démocratie car le libéralisme n’exige qu’une seul chose : ne pas porter atteinte aux biens et aux personnes. Pour le reste, il s’en remet à la responsabilité de chacun, aux initiatives individuelle, en avançant en direction de ce qui marche pour favoriser la prospérité et la liberté de tous et en abandonnant ce qui ne marche pas. Pas d’idée préconçue de ce que le monde doit être, pas de planification englobante de toute la société (mais bien sûr les prévisions que chacun peut faire dans le cadre de sa propre vie ou activité), pas de constructivisme.

      Bref, si vous aimez, partagez, partagez !

  4. Ce n’est que mon point de vue.

    Il est clair que le fait d’être placé devant cette alternative apparait exécrable pour les français.
    Globalement les français sont excédés par les personnalités politiques actuelles.
    Il est clair qu’ils ont une indigestion de com quotidienne de la part de ceux-ci, qui ne débouche sur aucun changement concret de politique sauf à engager des nouvelles dépenses avec du pognon qu’on n’a pas.

    Il y a de plus depuis la crise du COVID et ses conséquences dramatiques une énorme lassitude accompagnée d’une inquiétude de la part d’une majorité de français.
    Je crois que dans une grande majorité, ils ont compris, dette, dépenses, incapacité et inefficacité de l’Etat à gérer une crise mais aussi à gérer le quotidien. La mer s’est retirée, on trouve nos fonctionnaires et leurs dirigeants à poil alors qu’on paie un maximum…C’est sidérant.

    Donc il n’est pas étonnant je crois que vous constatiez une baisse de fréquentation. Ils ou elles ont compris la situation mais se sentent dans l’impasse.
    Je constate depuis septembre exactement la même désaffection du facebook de notre association locale de contribuables (j’y reporte lorsque cela s’y prête vos articles) et pourtant une recrudescence d’adhésions avec des dons importants.
    Enfin voila c’est mon explication du jour.

    Il y a plus de 1000 agences gouvernementales dirigées par environ 700 énarques plus les autres grands corps, qui paralysent totalement tout efforts de réformes structurels. Aucun gouvernant, soit-il le meilleur ne peut décalaminer cette sédimentation chronique, ou alors un fou, un kamikaze pourrait peut-être le faire.

  5. Je me pose souvent la question de savoir pourquoi un étatiste compulsif comme Macron, défenseur acharné de la caste des haut-fonctionnaires, est perçu comme « ultralibéral » par une écrasante majorité de Français.
    On peut tenter de l’expliquer en partie par l’invraisemblable méconnaissance du fonctionnement de l’économie par nos concitoyens, résultat de deux générations de travail de sape de l’éducation nationale, qui a parfaitement réussi.
    Mais peut-être faudrait-il commencer par comprendre ce que les Français entendent par « ultralibéral », ou même « libéral » tout court, entendu dans le pays comme une grossièreté. Chaque fois que je pose la question, le concept est décrit comme le vol du « bien public » par des politiciens pour le plus grand profit de personnes très riches qui sont justement ceux-là même qui ont placé ces politiciens à l’endroit où ils sont. Vu comme ça, bien sûr, ça donne pas envie d’être libéral.
    Ajoutez à cela que depuis plusieurs décennies, on a fait croire au peuple que l’état pouvait s’occuper de tout, et le fait forcément mieux que les « intérêts privés », on comprend pourquoi on n’est pas sorti du sable. Même après la gestion calamiteuse du Covid, une majorité de Français pensent que Macron et sa fine équipe n’en ont pas fait assez, et ne se sont pas suffisamment assis sur nos libertés les plus fondamentales, c’est dire.
    Et maintenant que l’économie est par terre, qu’un grand nombre de personnes ont perdu ou ne vont pas tarder à perdre leur emploi, tout le monde va se mettre à réclamer l’aide du seul dieu capable de les aider: l’état tout-puissant. Ce n’est certainement pas maintenant que l’idée qu’il faut apprendre à se démerder tout seul va fleurir.
    Bref, tout cela se terminera dans une ruine généralisée, suivie d’un bain de sang, hélas.

    • « pourquoi un étatiste compulsif comme Macron, défenseur acharné de la caste des haut-fonctionnaires, est perçu comme « ultralibéral » par une écrasante majorité de Français. »

      Il y a ce que vous dites, mais il y a aussi des éléments directement liés à la « gouvernance » Macron :
      – D’abord le discours, notamment celui de sa campagne électorale où il était question de renverser les lourdeurs de la France, puis il y a eu « l’Etat ne peut pas tout » et le « pognon de dingue ».
      – Sur le plan de l’action : petite baisse des APL, transformation de l’ISF en IFI et fin du recrutement au statut de cheminot (ce qui, dans notre pays, n’est pas rien, je crois qu’on peut le reconnaître).
      Le drame, c’est que nous avons soit des mots, soit une action d’ampleur riquiqui et sans lendemain, soit surtout une action parfaitement inverse.

      Mais ces quelques mots et ce peu d’action suffisent à ses opposants pour l’enfermer dans cette image « ultra-libérale », et ce avec d’autant plus de facilité que les résultats ne sont pas au RDV. Pas par excès, mais par manque de libéralisme, mais ça, il ne faut pas le dire.

      • Entre les mots au sens dévoyé de Macron et ses actes en contre pied de ce que signifieraient ses paroles si elles étaient sincères, il est plus qu’évident qu’il n’y pas une once de libéralisme chez lui et qui plus est d’aucunes sortes.

  6. Nathalie, je pense que la situation que nous vivons depuis février est usante et déprimante. On en vient parfois à ne plus avoir envie de s’informer. Je ressens une certaine lassitude, je ne dois pas être le seul. Mais que cela ne vous décourage pas, vous restez un repère.

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