Petit tuto d’écologisme municipal : Comment faire un budget GENRÉ et autres contes de sapin de Noël

Ajout du 26 sept. 2020 : « Les Soviets ont entrepris pour l’homme la construction d’un monde nouveau, dont le principal obstacle est malheureusement… l’homme. » (Vassili Grossman, 1905-1964). Changez Soviets en écologistes radicaux et la citation marche encore très bien !

Déferlante, raz-de-marée, vague verte historique – au soir du second tour des élections municipales du 28 juin dernier, les commentateurs et les intéressés manquaient de mots pour exprimer leur extase face aux « fabuleux » résultats des listes écologistes.

Et de fait, après Grenoble décrochée en 2014 par Cédric Piolle, c’était au tour de Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Annecy, Tours, Poitiers, Besançon (pour ne citer que les plus grandes villes) de succomber à la passion des élus EELV pour la multiplication des pistes cyclables et la suppression des affiches publicitaires en ville.

Une « brillante » victoire pour l’immense parti de Voynet, Duflot et Jadot, une victoire qui a même redonné de grandes espérances à la gauche pour 2022, mais une victoire qui souffre cependant d’un niveau d’abstention record (58,4 % après 38 % en 2014), du jamais vu à ce type d’élection locale réputée proche de la vraie vie des vrais gens. 

Dans ces conditions, difficile de dire qu’Éric Piolle a été reconduit à Grenoble par la grâce de sa gestion municipale impeccable puisque son score de 53 % des suffrages exprimés tombe à seulement 18,7 % des inscrits en raison d’une abstention de 64 %. Quant aux nouveaux venus comme Grégory Doucet à Lyon ou Pierre Hurmic à Bordeaux, ils n’ont été élus que par 19 % et 17,5 % des inscrits respectivement. Pas de quoi sauter au plafond.

La pandémie de Covid-19 a évidemment joué, mais n’aurait-elle pas créé un avantage en trompe-l’œil en faveur des partis dont les sympathisants sont également très militants donc plus enclins à se déplacer vers les bureaux de vote en toutes circonstances, y compris dans l’adversité ?

Mais détail sans importance que tout cela, car si l’on en croit le nouveau maire écologiste de Lyon Grégory Doucet, le raz-de-marée écolo devait arriver tôt ou tard et maintenant qu’il est là, plus rien ne saurait l’arrêter. Car voyez-vous, chers amis,

« L’écologie est le sens de l’Histoire. »

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Ce qui est bien avec les écologistes, c’est leur humilité proverbiale, qualité qu’ils partagent d’ailleurs avec tous les constructivistes – vous savez, ces gens qui veulent vous obliger à vivre selon leurs propres canons. 

Non seulement ils s’imaginent qu’ils font l’Histoire alors qu’ils ne font que l’actualité, mais ils prétendent carrément qu’ils en représentent le point ultime et éclatant. À les entendre, le 28 juin dernier, l’aspiration universelle au bonheur vert a triomphé des horreurs du « capitalisme productiviste » pour nous entraîner joyeusement vers les délices d’une République sociale et écologique in-dé-pa-ssable ! C’est grandiose.

Grandiose, et follement cocasse dans la catégorie lubies, idéologie et obsessions.

Car si l’on se fie aux premières mesures annoncées par ces nouveaux édiles avides de recomposer le monde à leur façon, il faut croire que le sens de l’Histoire consiste par exemple à… ne plus installer de sapin de Noël sur la grand-place de Bordeaux !

Vous comprenez, un sapin de Noël, c’est un arbre mort, c’est-à-dire un être vivant sensible assassiné par des humains criminellement indifférents aux beautés de la nature, aux limites planétaires et à la biodiversité. Plutôt enchaîner les humains dans des directives absurdes qui entravent leur légitime recherche du bonheur que de toucher à une seule feuille d’un seul arbre !

Le bonheur vert bordelais impose donc d’adopter de toute urgence la Charte des droits de l’arbre signée en 2019 par un groupe de parlementaires réunis à l’Assemblée nationale autour de l’ex-ministre de l’Écologie de François Hollande Delphine Batho, ce que le nouveau maire de Bordeaux Pierre Hurmic compte bien obtenir toutes affaires cessantes avant la fin de l’année :

Le sens de l’Histoire, ce serait aussi d’en finir avec cet événement sportif « machiste et polluant » qui s’appelle le Tour de France, comme l’a déclaré le nouveau maire de Lyon Grégory Doucet, dont la ville accueillait l’arrivée de la 14ème étape le 12 septembre dernier :

Il est des villes qui ne sont que trop heureuses d’être situées sur le parcours du Tour car c’est pour elles une formidable occasion de bénéficier d’un coup de projecteur retransmis dans le monde entier et d’offrir un moment de fête à leurs habitants et visiteurs. Mais pour un écologiste digne de ce nom, il est inconcevable de s’amuser au-delà d’un certain niveau d’émissions de CO2 et si la parité H/F n’est pas scrupuleusement respectée partout, partout, partout.

Position parfaitement idéologique et donc souvent incohérente car on se demande bien pourquoi Anne Hidalgo (qui bénéficie de l’appui des écologistes au Conseil de Paris) est si contente d’avoir décroché les JO de 2024 à Paris alors qu’ils seront considérablement plus polluants et carbonés que le Tour de France.

En ce domaine, ce dernier évolue d’ailleurs au rythme de la société française : limitation du plastique, organisation de la collecte des déchets, introduction de véhicules hybrides et électriques pour les équipes d’organisation, etc. Le directeur du Tour dit même avoir reçu les remerciements du Parc national des Cévennes après le passage de la 6ème épreuve qui s’y déroulait.

Quant au machisme qui éclabousserait la chaussée à chaque tour de roue, il ne saute pas aux yeux des nombreuses femmes qui jalonnent le parcours pour suivre les coureurs et qui apprécient à l’égal des hommes une belle épreuve sportive. Il serait d’ailleurs question de ressusciter la version féminine du Tour.

Mais ce qui agace le plus les écologistes, c’est que le Tour de France présente le vélo sous la forme d’une compétition acharnée coupable à leurs yeux de promouvoir un individualisme méprisable et non sous la forme d’un moyen de transport quotidien et sympa, alternatif à la voiture et compatible avec leur idée du « vivre ensemble ».

Dans le même ordre d’idées, il est question de supprimer les terrains de foot qui occupent souvent le centre des cours de récréation, ne laissant de ce fait qu’une maigre place sur le pourtour pour les filles. Beaucoup trop masculin, le foot, et beaucoup trop compétitif. Bref, beaucoup trop… « genré ».

Le grand mot est lâché et c’est une fois de plus M. Grégory Doucet de Lyon qui se dévoue pour promouvoir partout où cela est possible une égalité millimétrée entre les hommes et les femmes. Le sens de l’Histoire passe donc aussi par la construction d’un budget « genré ». Mais attention : dans ce cas, genré veut dire qu’on abolit les différences de genre tandis que ci-dessus le terrain de foot était dit genré parce qu’il accusait les différences de genre.

Concrètement, il s’agit de réviser le budget municipal ligne par ligne – environ 700 millions d’euros – en évaluant chaque dépense en fonction de sa capacité à améliorer la vie des femmes et à corriger les inégalités entre les sexes :

« Nous voulons construire un espace public partagé. Grâce au budget genré, nous allons savoir si une dépense est neutre, favorable ou négative pour l’égalité femme-homme. » (Grégory Doucet)

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Un projet évidemment grandiose de l’avis de ses promoteurs, qui restera néanmoins très limité pour sa première application en 2021. Outre les terrains de foot à l’école, qui seront remplacés par des arbres et des carrés verts – comme ça, au moins, on est sûr que plus personne ne pourra courir en récré – la mesure se limitera à l’achat de 900 places pour les rencontres de l’Olympique lyonnais féminin (football) afin d’égaler à l’unité près les places achetées pour les rencontres de l’équipe masculine. 

Tout cela vous a comme un petit air d’affichage vite fait mal fait. Mais ce n’est qu’un début. L’objectif ultime, qui n’étonnera pas venant d’un élu allié à l’extrême-gauche, c’est bien de changer les mentalités et les comportements à coup de dépense publique illimitée.

Grégory Doucet compte ainsi investir 1 milliard d’euros sur cinq ans dans cette opération de redressement de ses concitoyens, incluant notamment piétonisation à tout-va pour aboutir à une ville 100% marchable et cyclable ; menus 100 % bio et 50 % locaux dans les cantines (compliqué donc cher car seulement 6 % des agriculteurs de la métropole lyonnaise sont en bio) ; adoption de l’écriture inclusive dans tous les documents de la mairie de Lyon (mais ça coince) ; et restriction des voyages en avion pour faire de Lyon une grande métropole à rayonnement… local !

On voit déjà Lyon croître et embellir sous l’effet de tant de coûteuses nouveautés…

Mais comprenez bien, chers lecteurs, que ce n’est pas par plaisir que les écologistes décident de rendre tristes tous les bons moments de la vie et de restreindre unes à unes toutes nos libertés. Les activités humaines sont un poids pour la planète, Lyon est « un poids pour la planète », la France est un poids pour la planète, le monde développé est un poids pour la planète et l’homme est beaucoup trop vivant alors que la planète est en danger de mort.

Cette situation exécrable doit cesser, il n’y aura plus d’arbre « mort » de Noël à Bordeaux, point. Et tant pis si le monde développé n’a pas attendu Grégory Doucet et Pierre Hurmic, ni même Hidalgo, Binoche ou Macron, pour montrer la voie d’un développement harmonieux combinant croissance et respect de l’environnement. 


Illustration de couverture : Le nouveau maire EELV de Lyon Grégory Doucet (photo SIPA), avec le logo des écologistes lyonnais.

7 réflexions sur “Petit tuto d’écologisme municipal : Comment faire un budget GENRÉ et autres contes de sapin de Noël

  1. Les tables, les bancs, les chaises, la majeure partie du mobilier est fait d’arbres morts. Cet argument n’est qu’une excuse pour appliquer une politique revancharde. Quelle hypocrisie. L’avantage de ces maires écolos c’est de montrer que derrière les bonnes intentions pour la planète, il y a un fond d’extrême-gauche, voir par exemple à ce sujet la folle augmentation des tarifs de stationnement des résidents à Grenoble, des tarifs qui ont été multipliés par 3, mais rassurez-vous, uniquement pour les « riches », c’est à dire dans le langage écolo, les classes moyennes intermédiaires et supérieures. Ca rappelle furieusement le quinquennat Hollande, en pire. Ca promet.

  2. A Lyon, il y a beaucoup plus polluant que le Tour de France !
    Ce sont ces ignobles dépôts d’ordures sauvages qui jouxtent chaque container de verres. Mais sans doute que notre bon maire Doucet (prononcer Doucette, pour lui faire plaisir) ignore l’itinéraire qui pourrait éventuellement le conduire jusqu’au 7ème arrondissement de sa ville !

  3. Je viens de tomber sur cette citation de Vassili Grossman (1905 – 1964), ce journaliste russe d’abord favorable au régime soviétique puis dissident, dont je vous ai parlé dans mon dernier article avant les vacances d’été :

    « Les Soviets ont entrepris pour l’homme la construction d’un monde nouveau, dont le principal obstacle est malheureusement… l’homme. »

    Si je l’avais lue plus tôt, j’aurais pu la mettre en exergue de mon article. Des soviets aux écologistes radicaux, il n’y a pas l’épaisseur d’un papier à cigarettes.

  4. Parité homme-femme : je suggère la nomination d’un maire-bis pour équilibrer Anne Hidalgo à Paris. Interdiction de choisir un homosexuel, bien entendu. On veut de la vraie parité, avec des poils.

    De même, il faudra virer un paquet de professeuses et de jugesses, et les remplacer par des hommes. Parité-parité, pas de discussion.

    Elles pourront être recyclées d’autorité à des postes de maçonnes d’Etat, d’éboueuses-fonctionnaires et de déménageuses de la fonction publique.

    Rigolez pas. C’est parfaitement possible. En 1947, la plus ancienne compagnie de déménagement britannique, Pickfords, fondée au XVIIe siècle, a été nationalisée. Il a fallu attendre Margaret Thatcher pour qu’elle soit rendue au secteur privé, en 1982.

    Si les Anglais peuvent le faire, il n’y a pas de raison que nous n’y arrivions pas.

  5. En matière d’écologie nous n’avions jusqu’à present que des Tartuffe. Place aux Robespierre et tant pis pour l’environnement.
    Une preuve du caractère idéologique de la suppression du sapin de Noël à Bordeaux est que les écologistes sont généralement favorables aux chaufferies au bois qui fleurissent un peu partout. Le bois est en effet renouvelable et la pousse des nouveaux arbres destinés à être brûlés absorbe le carbone émis par ceux qu’on brûle aujourd’hui, rendant l’opération neutre en CO2 sur quelques décennies. Mais quid du « droit des arbres ? » le maire de Bordeaux avait à mon avis la possibilité de faire brûler les sapins de Noël municipaux dans une chaufferie au bois après les fêtes, et le faire savoir. Il n’a pas fait ce choix. L’écologie et le bonheur (même petit) son antinomiques. Nous avons trop profité. Faisons leur confiance pour tenter de nous faire expier nos éco-péchés.

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