Coronabonds ou la FARCE de l’appel à la « solidarité » dans l’UE

Info du 6 mai 2020 : Dans un jugement rendu hier 5 mai 2020, la Cour constitutionnelle allemande jette un froid sur le programme de rachat de dette (quantitative easing ou QE, c’est-à-dire in fine planche à billets qui lèse les épargnants) initié par la BCE après la crise de 2008 – politique poursuivie aujourd’hui dans le contexte du Covid-19. Une pierre de plus dans le jardin des pays, comme la France, qui comptent sur les QE et sur les surplus budgétaires des autres pays via des coronabonds par exemple pour poursuivre leur politique budgétaire laxiste. Replay :

Publier le 1er avril, jour des farces et attrapes, ou repousser au lendemain eu égard au « sérieux » terriblement technocratique véhiculé par le terme Coronabonds ?

Je me décide finalement pour ce mercredi 1er avril car si la demande pour l’émission d’une dette européenne est effectivement en train d’atteindre un volume sonore non négligeable dans les débats entre les dirigeants de l’Union européenne, il est difficile de prendre totalement au sérieux cette exigence de « solidarité »exprimée surtout par les pays membres les plus enfiévrés d’interventionnisme étatique qui se révèlent pourtant être les moins armés pour encaisser la crise du coronavirus.

La première remarque coule de source : si la dépense publique, l’inflation des services publics, les déficits et la dette étaient le baume indépassable de la justice sociale et de la prospérité, jamais la France, l’Espagne ou l’Italie, sans parler de la Grèce, n’auraient besoin de faire appel à la « solidarité » européenne pour se tirer d’affaire tant elles sont expertes en ce domaine, clientélisme et capitalisme de connivence inclus.

Car ne nous y trompons pas : il n’est nullement question pour ces pays de se montrer eux-mêmes « solidaires » avec les autres. Emmanuel Macron peut fanfaronner tant qu’il le veut sur les milliers de masques et de blouses que la France a envoyé à l’Italie, on se demande devant quel public de naïfs il s’imagine jouer les chefs de guerre avisés puisque tout le monde en France est à même de constater combien on manque cruellement nous-mêmes de tous ces équipements.

Non, dans la bouche d’un collectiviste invétéré, « solidarité » ne signifie qu’une seule chose : laissez-moi jouer au généreux, laissez-moi dépenser, laissez-moi distribuer des postes et des prébendes… bref, laissez-moi chanter à ma guise pendant plus de 45 étés (cas de la France) et ne venez surtout pas me dire « Eh bien ! Dansez maintenant. » Au contraire, payez mes dettes avec vos surplus budgétaires, indemnisez mes chômeurs avec votre plein-emploi et ne posez pas de questions : ce serait à l’évidence la marque d’un égoïsme, ou d’une pingrerie, ou d’une sécheresse de cœur humainement inadmissibles alors qu’on compte les morts.

On voit la mauvaise foi du discours. Il est pourtant très en vogue actuellement et tend à faire des pays qui ont mené à terme des réformes de structures approfondies et qui se trouvent aujourd’hui – grâce à ces réformes, pas par hasard – au plein emploi et en possession d’excédents budgétaires appréciables les mauvais élèves de la classe européenne, les Pays-Bas et l’Allemagne étant particulièrement visés.

Ce n’est pas nouveau. Dès son arrivée au pouvoir en mai 2017, Emmanuel Macron filait à Berlin pour tenter d’extorquer un peu de compréhension de la part de Mme Merkel à propos d’un budget de la zone euro et d’une possible mutualisation de la dette. En filigrane, se profilaient déjà les surplus budgétaires allemands que les pays déficitaires comme la France n’ont aucun scrupule à vouloir mettre à contribution plutôt que de chercher à baisser leurs propres dépenses.

Un point de vue qu’il partage avec Christine Lagarde, la nouvelle Présidente de la Banque centrale européenne (BCE). Ou disons plutôt un point de vue que la serviable Mme Lagarde partage opportunément avec celui qui l’a propulsée à ce poste.

Au moment d’entrer en fonction, elle s’offrait le luxe très socialiste (personnellement, je dirais plutôt la honte) de fustiger sévèrement des pays européens qui n’auraient « pas vraiment fait les efforts nécessaires » ! Lesquels à votre avis ? La France, qui a été l’un des derniers pays à sortir de la procédure de déficit excessif ? Bien sûr que non ! Ne jamais oublier que selon les propres mots d’Emmanuel Macron dans sa Lettre aux Français :

« La France n’est pas un pays comme les autres. Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs. L’exigence d’entraide et de solidarité plus forte. »

Non, les fautifs, les mauvais élèves de la classe européenne, ce sont bien évidemment… les Pays-Bas et l’Allemagne ! Ils ont eu le culot de se réformer avec succès et maintenant ils ne veulent même pas aider ceux qui ne se sont surtout pas réformés au nom de leur sens très particulier de la solidarité !

Dieu sait pourtant qu’avec la crise d’abord sanitaire puis économique du coronavirus, les instances dirigeantes de l’Union européenne n’ont pas tardé à mettre fin aux principales contraintes macro-économiques qu’elles exigeaient des pays membres via le Pacte de stabilité et de croissance. Qu’elles exigeaient assez mollement, osons le dire, comme en témoigne le temps qu’il aura fallu à la France pour revenir à un déficit public inférieur à 3 % après la crise de 2008, ainsi que son endettement proche de 100 % du PIB en 2019 alors qu’il devrait se limiter à 60 %.

Eh bien, il n’est même plus question de mollesse puisque ces digues ont purement et simplement sauté. Fini les 3 % et fini la limite d’endettement à 60 % du PIB ! Sachant que si un pays était en grande difficulté, il pourrait aussi se tourner vers le Mécanisme européen de stabilité (ou MES), sorte de FMI à l’échelle de l’Union européenne. Et sachant de plus que la BCE s’est mise à nous pondre de la monnaie de singe (Helicopter Money disait Friedman) par centaines de milliards.

Tout le monde est content, tout le monde fait mine de croire que l’argent pousse dans les arbres et qu’il suffit de faire tourner la planche à billets pour retrouver instantanément la prospérité. Ou balancer du Quantitative Easing (QE), c’est savant, c’est plus classe, mais c’est exactement la même idée. Comme si les citoyens n’allaient pas être mis in fine à rude épreuve sous leur triple casquette d’actifs, de contribuables, et d’épargnants.

Tout le monde est content, donc, mais aux yeux des pays cigales, tout ceci ne suffit pas. Car jusque-là, les pays membres restent directement responsables de leurs comptes publics et l’on continuera à voir lesquels ont eu une gestion avisée et lesquels ont été incapables de répondre à la crise faute de marges de manœuvre. Avec le MES, il pourrait même être question de devoir prendre des engagements de réforme. Franchement, parler de se réformer alors qu’il y a urgence sanitaire criante, quel manque d’empathie, quel manque de solidarité !

Tandis qu’avec un endettement réalisé au niveau européen, tous les pays, les prévoyants comme les imprévoyants, sont mis dans le même sac. Plus de risque de distinguer entre les bons et les mauvais élèves au sens du Pacte de stabilité et de croissance, mais la certitude que les mauvais toucheront prioritairement le pactole puisqu’ils sont objectivement en difficulté. Ni vu ni connu.

Cette issue qui consacre hélas l’irresponsabilité crasse de certaines orientations politiques « solidaires » pourrait bien finir par s’imposer. Tous ces morts… qui pourrait rester insensible ?

Mais elle ressemble surtout à une sorte de chantage façon « too big too fail ». Quelques pays, au rang desquels la France d’Emmanuel Macron tient incontestablement le haut du pavé, ont décidé depuis des années d’ignorer les conseils de prudence qu’ils ont pourtant abondamment reçus.

Au moment où le gouvernement français préparait le PLF 2020, la Cour des Comptes ne le mettait-elle pas en garde en ces termes :

« Compte tenu de ses niveaux élevés de dette et de déficit, la France disposerait de peu de marges de manœuvre pour faire face à un ralentissement conjoncturel ou un choc financier. »

Eh bien nous y sommes : le choc, peu importe sa nature inédite, est arrivé, et la France, malgré les alertes, n’a pas de marges de manœuvre. Comme prévu. Les riches paieront, aime-t-on à répéter en France, qu’on parle d’Allemagne ou de Bernard Arnault.

Dès lors, la complainte émotionnelle pour plus de « solidarité » européenne apparaît pour ce qu’elle est réellement : la triste farce de clowns politiques irresponsables.


Pour prendre connaissance des chiffres de la France cigale, je suggère la lecture de La révolte des Gilets jaunes, c’est chez nous et nulle part ailleurs et pour bien mesurer l’incurie de l’administration française vis-à-vis des fonds publics y compris les fonds européens, je vous propose de vous reporter à mon article de 1er avril de l’an dernier.


Illustration de couverture : Le sommet européen du 26 mars 2020 en vidéoconférence. Photo AFP.

34 réflexions sur “Coronabonds ou la FARCE de l’appel à la « solidarité » dans l’UE

  1. Encore cette démission institutionnelle qui devient la griffe des nos gouvernements. Nous sommes aux portes d’un choc majeur, les fonction régaliennes ne sont même plus assurées et ils trouvent encore judicieux de faire appel à la générosité citoyenne pour pallier leurs impéritie et incompétence notoire.

    Notre poudré du 55 commence à ressentir les effets post-Covid. Les fusibles ne vont peut-être pas tarder à claquer:
    https://www.atlantico.fr/decryptage/3588390/et-maintenant-voici-emmanuel-la–menace—–on-se-souviendra-de-ceux-qui-n-auront-pas-ete-a-la-hauteur—benoit-rayski

    D’autres également souhaitent se souvenir; gageons que ça perdurera: #IlsSavaient, #OnNoublieraPas.

    Également:https://www.vududroit.com/2020/03/defaillance-de-letat-macron-les-responsables-seront-juges/

    Je l’espère de tout cœur.

      • Exactement (sur Castelnau).
        Dites-moi, une question annexe (et secondaire), je ne vois plus sous les commentaires, la possibilité de « liker », c’est normal, ou c’est un bug sur mon ordi ?

      • @ JB
        En effet, il n’y a plus la possibilité de « liker » sous les commentaires.
        Cela vient d’une malheureuse tentative de ma part d’installer un plug-in permettant de faire tomber des flocons de neige sur l’écran pendant la période de Noël. A ce moment-là, j’ai perdu beaucoup des fonctionnalités de mon blog et j’ai eu un mal fou à les restaurer à peu près en l’état initial. La disparition de ces « likes » est un dommage collatéral des flocons que je n’ai jamais réussi à installer !

  2. « l’Allemagne paiera ». On connait la chanson. Le pire, c’est que Macron dispose de leviers puissants pour faire peur à l’Allemagne, qui pourrait voir ses créances s’évaporer. Et on parle de centaines de milliards. C’est donc bien d’un chantage dont il s’agit, avec deux issues : la capitulation de l’Allemagne, ou le démentèlement de l’Europe (plus toutes les solutions batardes entre les deux).
    Macron joue avec le feu, il pourrait nous brûler. Il se croit fort, il ne l’est pas, il n’a plus ni argent, ni soutiens démocratiques, ni alliés diplomatiques. Pour faire bonne mesure, il n’a pas compris les changements induits par la pandémie et qui se déploient sous ses yeux : redécouverte de la solidarité nationale, et son corollaire, redécouverte de la frontière, initiatives hors de l’état, mise à nue de la nuisance de l’administration, inutilité de l’Europe, aux abonnés absents dès que les choses se gâtent, etc…
    Son pari a toutes les chances d’être perdant, ce qui sera dramatique. Et si par extraordinaire il gagne, ce sera encore pire.

  3. la solidarité communiste a aussi atteint les ministres Le Maire, Pénicaud et Vérand qui du haut de leur incompétence économique demande la suppression/modération sur le paiement des dividendes 2020, ils sont d’ailleurs les premiers à montrer la voie en réduisant substantiellement leurs traitements de ministre. Le nombre de « petits actionnaires » est de 3,67 millions, ils ont certaienement besoin de ces dividendes pour assurer leurs charges, un complément de retraite… Sur quelle solidarité pourront-ils compter ?

  4. Oui et non et non et oui, la cible est l’UE

    Analyse beaucoup trop tranchée, les réformes Hartz ne pouvaient fonctionner qu’en Allemagne, ce sont d’abord et avant tout des réformes opportunistes, elles se sont faites sur le dos des européens, les allemands ont eut pour mérite de comprendre qu’on les faisait entrer dans un club au sein duquel ils étaient les plus armés.

    Vous occultez la monnaie qu’est l’euro qui est un piège mortel pour tous les pays. Ante Euro, vous occultez les différences structurelles, énormes, entre pays. Vous passez sous silence la construction européenne menée au pas de charge (lire entre autre : « La Grande dissimulation de Chistopher Booker & Richard North »), qui a fait adhérer la plupart des pays en arrosant ces derniers de financements en les obligeant à des réformes structurelles dont plus personne ne conteste la nocivité.
    Ce logiciel est toujours actif car l’UE a velléité à faire rentrer la Turquie (sous l’impulsion de l’Allemagne !), l’Albanie, le Monténégro, la Serbie, la Bosnie, le Kosovo. what else ?

    L’Allemagne n’a pas de gène vertueux qui ferait défaut aux autres nations, elle a une histoire très particulière, l’allemand est avant tout un nationaliste voire un impérialiste, la crise Covid-19 le rappelle à tous les utopistes tels que Macron. Celle des « migrants » avait pourtant mis en garde les moins informés, la distribution des postes à la CE devrait définitivement convaincre les plus récalcitrants. L’Allemagne domine l’Europe de la tête des épaules, elle priorise les siens, et elle a bien raison.

    Quand l’Allemagne s’éloigne de ce nationalisme, elle se rapproche de la France, Merkel n’échappe pas à cette logique elle qui n’a jamais rien fait sinon voler sur les ailes de Schröder. Le carriérisme de la chancelière ayant eu de grosses répercussions ces dernières années. Son règne se termine en queue de poisson.

    Je vous rejoins totalement sur la vision socialoide qui, il faut sans cesse le marteler, est celle de l’UE, qui n’est jamais qu’un empire aux pieds d’argile.

    Il ne fait nul doute que les poches des citoyens seront faites, non pas pour sortir de la crise Covid-19 mais pour à peine combler les dépenses induites par cette dernière. Il y aura quelques nationalisations comme au RU après 2008, puis la déstructuration de la France se poursuivra selon le même modèle que la Grèce.

    Observez que tous ceux qui chantaient les louanges d’un monde open bar en sont aujourd’hui à faire la promotion des nationalisations (!). Tristes clowns. Ces européistes, car c’est d’eux dont il s’agit, sont en fait des marxistes léninistes adossés à la finance, que beaucoup désignent sous le terme « capitalisme de connivence » et qui a pour nom : progressisme. J’étais bien seul il y a quelques 20 ans lorsque je parlais du progressisme et avertissait du danger de cette idéologie ! (début en France avec Giscard dont le maître à penser était Kennedy). Les moyens dont dispose le progressisme n’ont pas d’équivalent dans l’histoire de l’humanité. Observez enfin que tous les grands « capitalistes » de ce monde sont des progressistes assumés, donc des socialistes ou des communistes, aux USA ils sont démocrates, dont la dérive progressiste de ce mouvement n’est plus contestable.

    L’UE, temple progressiste, repose sur un mensonge. La seule sortie possible est celle de son implosion, oui ce sera rude, mais le choix se fait entre y aller d’un coup et éventuellement reconstruire une UE sur des bases nationales, avec une monnaie commune et non plus unique, ou alors en continuant avec le même outil (option la plus probable, hélas…) qui ne sait que prélever la richesse de ceux qui la produise à la seule fin de maintenir une idéologie en place.

    Le désastre de ce monde a pour origine les accords de Bretton-Wood dont un des 2 rédacteurs du plan était Keynes, le maudit des « libéraux économistes », ces derniers oubliant un peu vite que leur héros Hayek (rarement lu) était lui un fervent promoteur d’un gouvernement mondial.
    Ces mêmes accords ayant accouché de l’OMC, les décisions de ce monde étant prises de nos jours par le G20.
    Tout ceci est un communisme qui ne dit pas son nom… penser un monde unique est un totalitarisme, croire que le libéralisme (qui n’est qu’un totalitarisme comme un autre dès qu’il quitte la sphère individuelle) puisse être pur et inonder de ses bienfaits le monde est un irénisme encore plus dévastateur. Les libéraux, au même rang que les écologistes, sont les idiots utiles du socialisme.

    Le monde est tragique, et c’est bien ainsi.

    • J’avais voté OUI à Maastricht en 1992. Quelle désillusion !

      Je voyais une UE sous la forme d’une confédération d’états souverains et non cette structure centraliste et coercitive.

    • J’ai bien aimé vous lire, mais la question, toujours la même quand tous les postes de décision sont occupés par des progressistes, que les médias et les ONG sont les relais subventionnés avec nos impôts sans notre consentement; la seule issue serait la révolution ? Mais menée par qui, avec quelle conscience, quelle adhésion des peuples formatés à la main tendue ? Quels contre-pouvoirs ?

      • Je n’ai évidemment pas de réponse. La révolution, on le sait, n’est qu’un changement de maître. Il est en revanche possible d’identifier ce qui foire.

        je distingue la mondialisation qui n’est jamais que la marche longue et inéluctable du monde et la globalisation qui est une marche forcée.
        La problématique est la concentration, et elle est protéiforme, le libre échange en est un exemple qui n’a de libre que le nom. Prenez l’OPEP, qui, à l’instar de tous les marchés de la planète intervient sur les prix en permanence (l’équilibre naturel ou l’efficience des marchés est une vaste blague).
        La concentration est un modèle de type fractal, celui de Mandelbrot, vous avez une série Netflix « O Mecanismo » qui, au travers d’une histoire vraie, démontre la fractalité de nos sociétés, et d’invariant en terme d’échelle. Il ne sert donc à rien de chercher une responsabilité seulement locale ou de la projeter à un niveau plus étendu.

        En matière de contre-pouvoir, je milite fermement, depuis 40 ans… pour l’abstention électorale qui est un levier puissant, je met cet argument en avant car, aucun candidat ou parti ne sont à même de relever le défi de désincarcération de nos sociétés, c’est donc en s’abstenant d’un choix moindre que l’on forcera l’émergence de solutions acceptables.

        Après, il faut être réaliste, aucun modèle n’est viable (et encore moins souhaitable), c’est une mutation permanente, qui ne peut se faire idéalement qu’en s’affranchissant de toute idéologie (religion, économie, technicisme, règles) et en s’immunisant de toutes les formes de concentration de pouvoir. Je le dis souvent, une démocratie n’est qu’un totalitarisme en gestation.

        Si révolution il y a, elle est individuelle.
        De cette responsabilité surgissent des mouvements spontanés seuls à même de répondre aux problématiques de ce monde qui disparaissent aussi spontanément une fois résolution. C’est ce que je nome la société de l’émergence, on avance, on traite les problèmes mais on n’en établi pas pour autant des règles. C’est ma définition de la liberté.

    • « Analyse beaucoup trop tranchée, les réformes Hartz ne pouvaient fonctionner qu’en Allemagne »

      Il y a une grande différence entre nous les français et les allemands mais pas du tout celle que vous avancez :

      Comme l’a démontré Peter Sloterdijk (éminent philosophe allemand mais qui adore la France), toute culture se doit, après avoir livré bataille, de « réévaluer ses états d’esprit normatifs fondamentaux à la lumière des résultats du combat ». Si une victoire mène ainsi à une « affirmation » de son identité, une défaite doit obliger à mener un travail de « métanoïa », au sens philosophique d’un travail de réflexion, de déconstruction et de reconstruction.
      Or nous les français, n’avons jamais analysé les causes de la défaite de 1940 et l’actualité que nous vivons le démontre encore une fois. Nous vivons dans l’illusion d’avoir gagné cette guerre grâce à la résistance, illusion du CNR qui a reproduit les remèdes d’avant-guerre (ou pire ceux de Vichy) quasiment stricto.
      Comme en 1918, l’Italie sortait anéantie des combats de la première Guerre mondiale mais une aide massive des Alliés lui ayant permis de figurer dans le camp des vainqueurs. Alors que la situation politique italienne appelait un travail de « métanoïa », l’Italie a voulu « s’adonner à l’illusion que l’on peut contourner le travail consistant à réviser son decorum culturel ».
      Cette « falsification des résultats de la guerre » a été similaire chez nous. En 1945, la France figure, malgré sa défaite cuisante, dans le camp des vainqueurs et se crée alors, dans la conscience collective, le mythe de la victoire française.

      L’Allemagne au contraire complètement détruite a tout remis en cause et s’est mise à « repenser de fond en comble ses valeurs traditionnelles », le chancelier allemand Adenauer incarnant « le côté pragmatique et quotidien du travail métanoiétique en Allemagne ». « La reconstruction des villes est allée de paie avec une réorientation morale, et l’on a avancé d’un pas à peu près sûr dans un domaine comme de l’autre ».
      C’est Ludwig Ehrard, ministre fédéral de l’Économie entre 1949 et 1963, après avoir orchestré une importante réforme monétaire en 1948, et vice-chancelier à compter de 1957, à la suite de la démission de Konrad Adenauer, qui a été le véritable réformateur de l’économie allemande.
      Son œuvre fut considérable : « Après la guerre, l’économie de la Bizone a connu un véritable miracle . Ludwig Ehrard a misé sur l’orthodoxie et sur l’économie de marché. Les marchandises qui avaient disparues sont apparues dans les magasins et les commerçants les ont vendues contre une nouvelle monnaie avec un pouvoir d’achat décent. Le marché noir a disparu et les travailleurs se sont mis à chercher du travail plutôt qu’à trafiquer sur le marché noir.
      https://brunobertez.com/2019/11/03/lagarde-le-cynisme-de-la-fausse-alternative/

      Par ailleurs, l’euro n’a pas appauvri les français, au contraire :
      http://www.temoignagefiscal.com/leuro-a-t-il-appauvri-les-francais/

      Enfin un papier récent vous évitera peut-être de dire des conneries sur les libéraux :
      https://journaldeslibertes.fr/article/quel-liberalisme-vrais-et-faux-liberaux/

      • Cher Tino, vous sentez le roussi.

        Il vous faut faire appel à des tiers et évoquer un chemin vers la guérison digne de Stéphane Hessel tout en vous évitant de répondre à l’article.

        Par ailleurs vous avez un sérieux problème de lecture compréhension, où ai je dis que l’Euro avait appauvri les français ? L’Euro est un concept inique par son unicité, je vous parle d’une monnaie commune.
        Relisez le dernier chapitre de J P Feldman que vous avez mis en lien. Après une laborieuse danse du ventre il reconnaît qu’à l’instar du socialisme, le libéralisme est une notion à géométrie variable. N’arrivant pas à conclure, il en est à dire que lui sait distinguer les « vrais » des « faux » libéraux ». Chapeau l’artiste.

        Si les indispensables étaient sur orbite, vous, votre avocat, ainsi que votre illustre philosophe, seriez au niveau de la ceinture de Kuiper !

        Merci pour ce moment : « Peter Sloterdijk éminent philosophe allemand mais qui adore la France ». Ma sœur aussi.

      • C’est cet attentisme, ces tergiversations qui nous caractérisent, apparemment, qui nous avaient valu la défaite de juin 1940.

        Et puis ce sentiment ancré et irritant de supériorité et de fatuité, d’être suprêmement vertueux, en donnant des leçons à l’envi.

        Paul Reynaud n’avait-il pas clamé : « Nous vaincrons car nous sommes les plus forts… » ?
        On connaît la suite de la Drôle de Guerre. Phony War disaient les Anglais.

        On reproduit.

      • Concernant l’Euro, ce ne sont pas moins de 25 Prix Nobel qui constatent l’échec de la monnaie unique :
        Angus Deaton (Princeton, prix Nobel en 2015), Peter Diamond (Massachusetts Institute of Technology, 2010), Robert Engle (université de New York, 2003), Eugene Fama (Chicago, 2013), Lars Hansen (Chicago, 2013), Oliver Hart (Harvard, 2016), Bengt Holmström (MIT, 2016), Daniel Kahneman (Princeton, 2002), Finn Kydland (Carnegie-Mellon, 2004), Eric Maskin (Harvard, 2007), Daniel McFadden (Berkeley, 2000), James Mirrlees (Cambridge, 1996), Robert Mundell (Columbia, 1999), Roger Myerson (Chicago, 2007), Edmund Phelps (Columbia, 2005), Chris Pissarides (London School of Economics, 2010), Alvin Roth (Stanford, 2012), Amartya Sen (Harvard, 1998), William Sharpe (Stanford, 1990), Robert Shiller (Yale, 2013), Christopher Sims (Princeton, 2011), Robert Solow (Columbia, 1987), Michael Spence (Stanford, 2001), Joseph Stiglitz (Columbia, 2001), Jean Tirole (Toulouse School of Economics, 2014).

        Rajoutons à ceux-là Maurice Allais que J P Feldman accuse « d’élucubrations ». Que de bruit pour seulement exister de la part de cet avocat aux petits pieds et à la pensée étroite.

        Je remercie l’auteur du blog de m’être laissé m’exprimer. À dans un an ou deux !

      • Cher joseph, vous lisez mal et portez en dérision mes quelques références. Très bien.

        Alors à mon tour : Où Jean Tirole, le dernier de votre liste a-t-il flingué l’euro ?
        Tombent à pic ses scénarios pour payer la facture, rien de tel.
        https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/jean-tirole-quatre-scenarios-pour-payer-la-facture-de-la-crise-1191019

        C’est fou comme on peut faire dire des tas de choses à des gens illustres :
        On lui a posé la question sur l’utilité de l’euro ? Il a toussé…donc il a dit échec !

  5. « Dès lors, la complainte émotionnelle pour plus de « solidarité » européenne apparaît pour ce qu’elle est réellement : la triste farce de clowns politiques irresponsables. »

    De toute façon, tout ce qui est soutenu finit toujours par tomber:
    https://brunobertez.com/2020/04/01/pour-survivre-il-faut-etre-pret-au-pire-avec-la-competition-feroce-qui-regne-avec-le-nombre-considerable-de-personnes-et-dogres-qui-sont-a-table-la-lutte-sera-terrible/

    Hélas, « Tout le monde est content, tout le monde fait mine de croire que l’argent pousse dans les arbres », cela peut encore durer longtemps car ils en ont encore trop les moyens avant l’implosion :
    https://brunobertez.com/2020/03/31/billet-le-symptome-du-mal-qui-nous-ronge-en-une-image/

    • Méfiez-vous de Bruno Bertez. S’il peut ne pas dire que des sottises, c’est un complotiste çavapétiste illuminé. Pas vraiment le genre d’esprit dont nous avons besoin en ces temps troublés.

      Sinon, votre analyse sur l’Allemagne, l’Italie et la France est intéressante.

  6. J’ai l’impression que l’Europe est dans un état de panique totale. Quand la crise sanitaire sera passée les comptes vont être faits et ça va saigner dru. Pas sûr que l’Europe survive à cette crise politique

  7. Je suis très heureuse, chère Nathalie, que votre blog ait repris sa vitesse de croisière !
    J’avoue que j’avais été un peu désarçonnée de me retrouver toute seule à commenter vos jeux de confinement.
    Mais laissons cela, ce n’est plus qu’un mauvais souvenir, et souhaitons une longue vie à vous et à votre blog !

  8. Moi aussi j’ai été heureux de vous revoir à la barre, mais j’ai été bien pris par les imbécillités concernant la suppression des dividendes prônée par les trois ministres ci-devant et voilà que ce matin sur Boursorama c’est au tour d’un avocat Me Christophe Lèguevaques, de s’y mettre et de proposer une « action collective en justice a été lancée « pour geler les dividendes » des grandes sociétés afin de créer une « contribution de solidarité exceptionnelle » pour financer le fonds de solidarité des TPE/PME, l’hôpital public et un plan de relance écologique, »
    https://www.boursorama.com/bourse/actualites/coronavirus-une-action-collective-en-justice-pour-geler-les-dividendes-c74481d1f6e4a551c6f9e7c4063c8e6c
    Ces communistes vont ruiner définitivement notre pays si on les laissent faire
    Merci de votre relais et bonne santé

  9. Comme je disais, on fait n’importe quoi pendant des années, un choc arrive, on n’a aucune marge de manoeuvre, donc les riches paieront, que ce soit l’Allemagne ou Bernard Arnault. Et via l’impôt dont l’utilisation reste à la discrétion de l’Etat, certainement pas sous la forme de dons libres. Bonjour la conception complètement dévoyée de la solidarité.

  10. Pour illustrer le cas d’un pays avec marges de manoeuvre, voici un email que j’ai reçu d’un lecteur néerlandais qui m’autorise à le reproduire ici :

    La première réaction du Premier ministre Mark Rutte le 9 mars : « Selon le Premier ministre Rutte, les Pays-Bas sont en bonne forme pour le moment. « Nos reserves sont remplis au maximum. » Il souligne « historiquement un faible taux de chômage, une faible dette publique, l’excédent budgétaire. Nous pouvons vraiment nous prendre une gifle. »
    Voir : https://www.msn.com/nl-nl/nieuws/binnenland/rutte-over-corona-we-kunnen-tegen-een-stootje/ar-BB10WfzX

    Et le ministre des Finances Hoekstra a souligné que les Pays-Bas peuvent facilement dépenser plus de 10% du PIB supplémentaire, en d’autres termes 90 milliards d’euros, sans même dépasser la limite de Maastricht de 60% de la dette PIB, parce que la dette est maintenant après les reformes de 49% du PIB, Voir : https://www.nrc.nl/nieuws/2020/03/12/hoekstra-kan-zo-90-miljard-euro-in-de-coronacrisis-steken-a3993645

  11. Lisant un article sur : « Ces pandémies qui ont tué des empires », je me demandais – à lire les échanges de Joseph, Tino et les autres – ce que pouvaient bien s’écrire ces Romains de 475 – année précédant l’effondrement de l’empire d’Occident – où, depuis déjà les années 450, les populations romaines et romanisées, avaient été remplacées, au fur et à mesure qu’elles disparaissaient, par des immigrants barbares : Germains, Slaves, Arabes, Berbères ?

    Valeurs Actuelle N° 4348

  12. Lâchons-nous sur quelques prévisions :

    Le déficit français pourrait atteindre 6,3 % en fin d’année si le PIB se contracte d’environ 5 % (7 ou 8% pour un trimestre de confinement). Dans ces conditions, le risque d’un envol de l’endettement est plus que probable à 110% en 2020 puis 120 % du PIB fin 2024 d’après certains experts (situation faite la semaine dernière).
    La France prévoit, pour l’instant, une « relance » budgétée de 49 milliards d’euros, ce qui devrait creuser nos finances publiques avec un déficit à -96,4 milliards d’euros (estimation provisoire) en 2020, contre un prévisionnel de -54,6 Mds.

    Petits joueurs comme dirait Fillon !

    En comparaison, les excédents allemands accumulés en haut de cycle donnent nécessairement plus de force financière et budgétaire à l’Allemagne pour contrer la crise. Elle se retrouve, par sa bonne gestion budgétaire passée, en capacité de soutenir bien plus massivement son économie en temps de crise :
    Les députés allemands ont adopté un plan de sauvetage «historique» de près de 1100 milliards d’euros «sans précédent pour l’Allemagne depuis la deuxième guerre mondiale», selon les mots ministre des Finances Olaf Scholz à la chambre. D’ores et déjà, il y a création d’un fonds de secours pour les grandes entreprises, 600 milliards d’euros, une augmentation de 357 milliards d’euros pour garantir 822 milliards d’euros de prêts ; Et une rallonge de plus de 100 milliards d’euros d’aides, notamment à l’attention des petites entreprises ou des salariés. L’Allemagne va emprunter 156 milliards d’euros notamment pour compenser un recul de ses recettes fiscales mais aussi assurer la survie des grandes entreprises et aussi empêcher qu’elles ne tombent dans les griffes d’investisseurs étrangers. Berlin va aussi financer une série de mesures sociales, report de paiement des loyers ou assouplissement du recours au chômage partiel qui devrait toucher plus de deux millions de personnes.

    Mme Lagarde, après n’avoir rien avancé le 12 mars… (Entre le début de son discours et la fin des questions-réponses, les bourses européennes, qui étaient déjà en très forte baisse, ont chuté de 4 % supplémentaires). « La BCE n’est pas là pour resserrer le “spread” » Le « spread » est l’écart entre le taux des obligations allemandes et celui des autres pays de la zone euro.
    Du coup, la BCE (Mme Lagarde) a posé 750 Mds sur la table d’achat d’obligations, à l’issue d’une réunion imprévue mercredi 18 soir…
    750 Mds pour toute l’Europe c’est petit.
    Pourquoi Mme Lagarde souvent si généreuse paraît tout à coup coincée et pas nécessairement par ces affreux allemands ?
    Angoisse supplémentaire…

  13. Il y a aussi un autre enjeu pour Macron avec les XXXXbonds quelque part beaucoup plus cynique :
    https://brunobertez.com/2020/04/05/vers-un-nouveau-scandale-bancaire-en-france-on-vous-cache-tout/

    Même si je ne partage pas entièrement le commentaire de BB qui d’ailleurs se contredit d’une certaine façon.
    La gestion du pb italien entre autres va être assez décisive pour l’avenir monétaire et financier et pour nos banques qui doivent venir pleurnicher tous les matins chez Macron.

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