Qu’il est difficile de quitter la route de la servitude !

C’est ironique. Depuis vendredi 18 octobre dernier, le Chili est en proie aux émeutes et à la violence(*) pour dénoncer 30 ans d’ultra-libéralisme forcené, mais c’est la hausse annoncée – et annulée le lendemain – d’un prix géré administrativement par un service public, celui du ticket de métro à Santiago aux heures de pointe de 800 à 830 pesos (soit une augmentation équivalente à 4 centimes d’euro), qui a mis le feu aux poudres.

C’est ironique. En 30 ans de cette « orthodoxie néo-libérale » qui serait à la racine de tous les malheurs des Chiliens depuis la fin de la dictature de Pinochet en 1990, on compte deux présidents chrétiens-démocrates élus par une Concertación de partis chiliens de la gauche et du centre (1990-2000), un indépendant de gauche (2000-2006), la socialiste Michelle Bachelet pour deux mandats (2006-2010 et 2014-2018) et Sebastián Piñera, droite libérale, de 2010 à 2014, puis à nouveau depuis 2018, Michelle Bachelet ayant perdu beaucoup de son aura dans des scandales financiers.

Il est vrai que le Chili n’a jamais été très étatisé. Bien avant les conseils des « Chicago Boys » de Milton Friedman sous Pinochet, interventions du reste largement montées en épingle, le pays avait par exemple adopté l’idée du « bon habitation » : plutôt que de s’engager lui-même dans la construction puis la location des logements (avec tout l’électoralisme que l’on connaît chez nous dans l’attribution des HLM), l’État alloue directement les fonds aux familles, charge à elles de s’entendre avec un constructeur.

Il en résulte aujourd’hui un pays très « mature » sur le plan économique (dixit notre Direction du Trésor) quoique toujours très dépendant du cuivre. Sa croissance fut de 4 % en 2018, son taux de chômage est tombé à 6,8 % au second trimestre 2019 et ses comptes publics 2018, à pâlir d’envie, ne pèsent pas sur les générations futures :

Dépenses publiques : 27 % du PIB
Prélèvements obligatoires : 20 % du PIB
Dette publique : 25 % du PIB

.
Parallèlement, la pauvreté a beaucoup baissé, ainsi que nous le montre le graphique ci-dessous publié par le journal Le Monde, même si les disparités de revenu restent fortes. C’est cependant le pays le plus dynamique, le plus moderne et le plus porteur de prospérité en Amérique du Sud. Rien de comparable avec le dramatique effondrement économique et politique du Venezuela (ou de l’Argentine ou du Brésil avec Lula puis Dilma Roussef) sur fond de corruption et de confiscation du pouvoir.

Mais à entendre les manifestants, qui se plaisent à chanter le célèbre refrain des luttes d’extrême-gauche – El pueblo, unido, jamás será vencido ! – il semblerait que le modèle de justice sociale recherché soit justement celui, mélange de clientélisme, subventions aux fidèles, salaires et pensions complètement hors marché, entreprises publiques nombreuses et totalement déficientes, que Chávez et Maduro ont eu à cœur d’appliquer jusqu’à mettre leur peuple complètement à genoux. Pas mal pour un pays qui dispose de réserves de pétrole immenses.

Mais au Chili, cette mise en coupe féroce des ressources d’un pays riche par un État autoritaire et glouton afin de financer ses partisans et eux seuls ne rebute pas les contestataires. À l’inverse, c’est l’idée d’avoir à faire ses propres choix personnels, c’est l’idée de payer directement pour les services voulus au sein d’une offre concurrentielle qui est violemment rejetée : l’État doit pourvoir à tout.

« Cette explosion de colère sociale est avant tout liée à l’extrême privatisation de la vie quotidienne : la santé, l’éducation, les retraites, l’eau… Ici, le citoyen est de plus en plus considéré comme un consommateur. «  (un sociologue chilien interrogé par Le Monde)

.
Voilà le grand mot lâché : un consommateur. Si vous vous rappelez, exactement ce dont se plaignaient récemment des enseignants syndiqués de notre Éducation nationale : à partir du moment où l’enseignement privé existe et constitue une concurrence pour le public, les parents sont comme des consommateurs vis-à-vis de l’instruction de leur enfants. C’est horrible, c’est injuste.

Non, ce qu’il faut pour que rien ni personne ne dépasse, c’est impérativement le même service pour tout le monde, l’égalité parfaite, surtout pas de concurrence, ni de choix, ni de liberté individuelle… modèle qui n’a jamais débouché au mieux que sur une médiocrité assurée. La France est un exemple, le Venezuela encore plus.

Même discours du côté de Ken Loach, cinéaste britannique engagé, mais surtout marxiste, qui sort ces jours-ci un nouveau film pour dénoncer l’ubérisation de la société et les cadences infernales induites par l’économie numérique des « plateformes » type Amazon, Deliveroo, etc. Il a 83 ans, il a vécu la dégringolade délétère de l’URSS et de la plupart des régimes communistes apparentés, mais il n’a rien vu, rien appris.

Viscéralement anti-libéral, il nous refait sans grande originalité le coup du livreur obligé d’uriner dans une bouteille par peur de prendre une pause (The Guardian, 2018) et il nous explique ce que nous disait déjà dans l’Humanité, une référence, le journaliste Jean-Baptiste Malet infiltré dans un entrepôt Amazon en 2013, à savoir que les employés ont en quelque sorte l’obligation de travailler pendant leur temps de travail.

Le travail est certes répétitif, mais les qualifications demandées ne sont pas mirobolantes non plus. Qui pour employer et payer des étudiants et des personnes peu qualifiées qui se forgent ainsi un début d’expérience au travail, sinon les nouveaux acteurs de l’économie numérique ?

Il est vrai que par rapport au rythme trépidant de la fonction publique, célèbre pour ses arrêts de travail longs et nombreux, ses salariés protégés, ses syndicats tout-puissants d’immobilisme et ses horaires de travail très en deçà des 35 heures hebdomadaires pour une efficacité microscopique, les « plateformes », ça décoiffe !

C’est sans doute pourquoi Ken Loach ne se contente pas de dénoncer. Nostalgique des grands monopoles d’État qui n’ont jamais su satisfaire les consommateurs parce qu’ils se refusent à admettre qu’une personne soit plus qu’un simple usager, plus qu’un simple pion sans goût ni préférence, il a aussi des propositions à faire :

« Il faut nationaliser, créer un service public de livraison comme l’était la Poste autrefois. »

Voilà qui serait cool et sympa – à condition de n’être pas trop pointilleux sur les délais de livraison – et à condition que les services informatiques toujours très en pointe de l’État parviennent à développer des applis à peu près dignes de ce nom, ce qui n’est pas, mais alors pas du tout gagné.

Force est de constater cependant que malgré les échecs accumulés année après année partout où il a cours, ce modèle sociétal du « tout-État » continue à attirer au nom de l’égalité et de la justice sociale. Ce sont jusqu’aux électeurs des Pays-Bas, pays prospère qui jouit d’un plein-emploi enviable suite à la réforme libérale entreprise par son dirigeant actuel Mark Rutte, qui ont infligé un camouflet sévère à l’exécutif lors des dernières élections européennes. Il n’a réuni que 14,6 % des suffrages tandis que le Parti travailliste néerlandais est arrivé premier avec un score de 19 %.

Quand j’étais collégienne – c’était dans les années 1970 – les jeunes de mon âge et moi-même avions une grande passion pour les pensées profondes venues d’ailleurs. Parmi nos morceaux de choix, nous citions à tout propos la maxime suivante – et nous la trouvions prodigieusement géniale :

« Si tu donnes un poisson à un homme, il se nourrit une fois. Si tu lui apprends à pêcher, il se nourrira toute sa vie. »

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À voir le monde évoluer depuis quelques temps, on dirait bien que la plus haute aspiration humaine soit devenue de recevoir le poisson, un poisson, n’importe lequel, de la main du maître des poissons. Se mettre en situation de pêcher et choisir ses propres poissons semble dorénavant relever d’une prise de responsabilité impossible, d’un effort insurmontable et d’un état d’esprit bassement individualiste qui a perdu toute valeur.

De là à en déduire que persiste chez beaucoup d’électeurs une préférence pour la protection sur la libéralisation et pour la prise en charge collective sur la responsabilité personnelle…

La servitude volontaire n’est pas une lubie d’Étienne de la Boétie (1530-1563), la route de la servitude n’est pas un fantasme de Friedrich Hayek (1899-1992). Ce sont les caractéristiques non négligeables de la nature humaine que des individus plus décidés et plus autoritaires que les autres, des individus qu’on pourrait qualifier de populistes, s’empressent toujours d’exploiter à leur profit sous prétexte d’apporter à leurs contemporains des lendemains qui chantent clé en main.

À partir de là, deux façons de faire. La soviétique, où l’on abolit la propriété privée et où une planification se charge de tout répartir selon les fins sociales du pouvoir. Et la social-démocrate, la nôtre, où l’on garde un secteur privé bien encadré, destiné à générer les impôts qui permettront de redistribuer les poissons, toujours selon les fins sociales du pouvoir en place. Dans tous les cas, une route de servitude dont l’actualité récente sous différents angles montre qu’il est terriblement difficile de s’écarter.

Mais est-ce bien cela que nous voulons ?


(*) À ce jour, on dénombre quinze décès survenus dans des incendies consécutifs au pillage de magasins et de centres commerciaux.


Illustration de couverture : Manifestions contre l’ultra-libéralisme au Chili, film de Ken Loach contre les « plateformes » type Amazon et demande de social-démocratie aux Pays-Bas. Photos Twitter et Reuters.

25 réflexions sur “Qu’il est difficile de quitter la route de la servitude !

  1. Le fait de refuser de prendre des initiatives personnelles s’apparente à une castration volontaire (orchidectomie et ovariectomie totales) et se confier aveuglément à l’État seul habilité à dispenser la pitance et les jeux, en échange d’une occupation inutile (baptisée abusivement et pompeusement travail) pour la société fusse-t-elle collectiviste, entre dans les vues des partisans du Duce-Macron.

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  2. Comme d’hab, chantent les cigales, la prochaine fois, ce ne sera pas pareil parce que la fois dernière, ce n’était pas le (la) vrai(e) communisme, marxisme, [insérer la dénomination communément colportée de la catastrophe] qui s’exerçait en travaux pratiques d’une application de théories basées sur les merveilleuses licornes, providentielles pourvoyeuses.

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  3. Merci pour vos analyses que je lis chaque fois avec grand intérêt. J’ai également visionné avec plaisir la conférence qui est disponible sur YouTube.
    Concernant l’interprétation qui est donnée des événements au Chili, il faut prendre les analyses propagées par les médias avec prudence, elles sont fortement biaisées.
    Encore merci et bon rétablissement !

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  4. J’espère que je ne serai pas hors sujet en vous disant que mon attention a été attirée par la présentation de « L’Argent » de Charles Péguy qu’en a faite Philippe Barthelet dans Valeurs Actuelles, où citant Péguy il écrit :
    « De mon temps tout le monde chantait (…) On ne pensait qu’à travailler. Il y avait un honneur incroyable du travail, le plus beau de tous les honneurs, le plus chrétien, le seul peut-être qui tienne debout (…) J’ai vu toute mon enfance rempailler des chaises exactement du même esprit et du même coeur, et de la même main, que ce même peuple avait taillé ses cathédrales. »

    https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/culture/charles-peguy-redecouvert-111640

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    • Ce n’est pas hors sujet, mais on va difficilement pouvoir faire passer Péguy pour un libéral. Société immuable, chaque homme à sa place.
      Autant je l’apprécie beaucoup en ce qu’il nous pousse à réfléchir à nos cadres moraux personnels, autant sa vision économique (donc étendue à la société) me semble pétrie d’une nostalgie conservatrice peu propice à l’émancipation des hommes. Il révère le travail (artisanal et paysan surtout) mais méprise la rétribution du travail, méprise la concurrence, méprise le risque, méprise l’élévation sociale, n’a pas de mots assez durs contre la bourgeoisie capitaliste qu’il assimile pratiquement au socialisme et se satisfait assez facilement de voir les hommes rester à leur place de pauvres avec « honneur ».

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  5. L’image du pécheur est bien adaptée à votre démonstration de la perte de réflexion du français socialisé non sachant.
    Je préfère la pensée de Voltaire que nous enseignaient nos hussards noirs dans vos (ou nos) jeunes années d’écoles primaires.
    « Le Travail éloigne de nous, l’ennui, le besoin et le vice ». Et ce n’est pas les informations du Monde ou de Libération qui me feront croire aux bienfaits du progressisme hexagonalement correct.

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  6. Chère Nathalie, votre article est pertinent et souligne les attraits du socialisme pour ceux qui préfèrent recevoir le poisson au lieu de prendre la peine d´aller le chercher. Vous soulignez que le Chili n´a jamais été très étatisé ce qui est vrai et que les successeurs de Pinochet ont continué à maintenir la liberté économique (Je suis en train de lire Hernan Buchi Buc qui fut ministre de l´économie et un des acteurs de ce qu´il appelle: la transformation économique du Chili, de l´étatisme à la liberté économique, livre écrit en 1993 et je ne sais pas s´il a été traduit en France) ce qui est tout aussi vrai.
    Alors pourquoi ces émeutes et cette violence ? Il faut peut-être élargir la perspective à l´Amérique latine car nous avons pu voir ces mêmes émeutes en Colombie – où je vis – en Équateur, au Pérou et maintenant au Chili. Maduro vient de déclarer que le Foro de Sao Paulo se met en marche et « s´organise au-delà de nos espérances ». Cuba, le Venezuela et les mouvements qui les accompagnent sont en train d´essayer de déstabiliser la région. Parmi les casseurs, à Bogotá et d´autres villes de Colombie, se trouvaient des vénézuéliens certains ont été arrêtés; de même en Équateur, le président Lenin Moreno a indiqué que des vénézuéliens organisaient les troubles et mouvements sociaux avec la gauche radicale équatorienne. Vu l´état de leurs économies respectives, Cuba et le Vénézuéla n´ont plus rien à perdre mais ils ont encore un fort pouvoir de nuisance.Le Chili est confronté à cette menace, comme d´autres pays de la région: la Bolivie où les élections présidentielles sont entachées de fraude; l´Argentine qui doit voter ce dimanche pour élire le futur président et la Colombie qui vote pour les municipales.
    Il n´y a pas d´ultralibéralisme au Chili. L´ultralibéralisme n´existe que dans la tête des socialistes et des journalistes du Monde ou de Libération. L´ultralibéralisme est l´étiquette utilisée par la gauche sud-américaine, Maduro et Diaz-Canel, en tête, pour décrédibiliser les politiques économiques qui ne sont pas socialistes ni interventionnistes, celles qui – horreur – admettent le secteur privé et le marché.
    Comme vous le dites, le soviétique veut abolir la propriété privée et instaurer la planification. Cela ne fonctionne pas, nous le savons, mais certains ne veulent pas le savoir; ils refusent la réalité au nom de l´idéologie.

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    • Merci beaucoup pour ces remarques très intéressantes. Pour ma part, je connais un peu le Pérou et j’ai eu l’occasion de constater son décollage vraiment spectaculaire (mais à poursuivre, bien sûr) entre 1984 et aujourd’hui. Le Chili, pays voisin qui investit beaucoup, n’y est pas pour rien. Tout ceci sera mis par terre si c’est l’esprit « cubain » qui prend le dessus comme cela semble être le cas dans les manifs de ces jours-ci.

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      • Si je ne m’abuse, le Pérou doit son décollage économique à une intuition du Fujimori qui est en prison (en est il sorti d’ailleurs?).
        Il a utilisé de l’argent de la banque Mondiale pour permettre d’acheminer l’eau de l’est amazonien vers la côte ouest désertique où la température ambiante est à peu près constante. Il en suit une production de fruits et légumes imbattable avec plus de récolte par an par rapport au Maroc par exemple (c’est un producteur marocain qui me l’a expliqué).
        Vous pouvez d’ailleurs observer l’origine de nombreux fruits et légumes sur vos étals de grande surface.
        Ce n’est pas du « local » certes, mais je suis bien content pour les péruviens qui n’ont plus à subir les aléas des cours mondiaux des métaux.
        C’est une petite révolution qui n’a pas fait de bruit mais qui permet le décollage économique du pays.

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      • Je crois qu’il serait réducteur de n’attribuer le développement économique du PEROU qu’à ce seul projet. Depuis les années 1990 (Fujimori) et encore plus depuis 2000, le pays s’est clairement rangé du côté de l’économie de marché et il s’est lancé dans une véritable libéralisation de l’économie (ouverture extérieure, baisse des tarifs douaniers, accords commerciaux, assouplissement des normes, privatisations nombreuses, transparence des finances publiques, création d’un organisme de la concurrence, propriété intellectuelle etc..).
        Résultat : croissance annuelle de l’orde de 5 % depuis 2000 ; chute du taux de pauvreté de 58,7 % en 2000 à 20,5 % en 2018.

        Points sensibles aujourd’hui :
        1) La lutte contre la corruption.
        2) Le pays reste très dépendant des exportations minières, ce qui pose des questions de pollution et de dépendance vis-à-vis de la Chine.

        Bien sûr, ce n’est qu’un début. Bien sûr, les disparités et la pauvreté restent grandes. Et bien sûr on pourrait voir surgir des manifs identiques à ce qui se passe au Chili. Pourtant, ces pays sont sur une voie ascendante, pas descendante. A mon avis, le retour à un modèle Maduro-Cubain, peut-être bénéfique à court terme via une élévation brutale des pensions et salaires, serait un désastre de moyen terme.

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  7. Ken Loach est un grand réalisateur et de grand talent mais avant tout un grand romantique et son récit romantique qu’il ne pourra jamais quitter, décrit le peuple comme bon et vertueux et pardonné d’avance quelles qu’en soient les violences.
    « El pueblo, unido, jamás será vencido ! » : sortez vos mouchoirs pour essuyer vos larmes d’émotion.

    La SNCF vit toujours dans ce romantisme de la résistance des cheminots contre l’occupation et pourtant le rapport qui tombe ce jour est accablant :
    https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-transports-express-regionaux-lheure-de-louverture-la-concurrence
    Est-ce qu’on saura tourner cette page de l’Histoire un jour ?

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  8. « choisir ses propres poissons semble dorénavant relever […], d’un effort insurmontable  »
    J’ai entendu plusieurs personnes (pas des fainéants ni assistés) me dire qu’on est ds un système hyper-concurrentiel, que c’est dure…etc…
    J’ai l’impression que certains ont l’impression que tout est hyper-concurrentiel, et qu’ils n’y arriveront jamais, qu’ils ne se sentent pas à la hauteur, même si ils finissent par s’en sortir.
    A mon avis, c’est autant l’idée qu’on s’en fait qu’une réalité.
    Si il y a 10% de chômage, on oublie de dire que 90% de la population active travaille.
    La présentation médiatique et politique permanente du privé comme broyeur de chaton mignon participe à mon avis à ce qu’au bout d’un moment, les gens se sentent très insécurisés, c’est plus de l’ordre de l’émotionnel que de la réalité, mais cela suffit peut-être à en faire virer un certain nombre à gauche ?

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  9. L’émeute chilienne ressemble beaucoup aux Gilets jaunes. Donc dans le cas du Chili, ce serait la faute de l’ultra-libéralisme, tandis que dans le cas de la France, ce serait… ?

    Cela étant, le niveau de dépense publique me paraît très faible. Sauf erreur, c’est nettement en-dessous de la Suisse, qui est déjà « ultra-néo-libérale ». Un qualificatif que j’ai entendu employé par un professeur quelconque, spécialiste du Chili, amené à commenter les protestations sur France Culture.

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  10. Bravo ! J’ai bu du petit lait en vous lisant. Ce qui me fait le plus rêver « Prélèvements obligatoires : 20 % du PIB ». Les Chiliens ne connaissent pas leur bonheur. Si, dans un dîner en ville, vous suggérez que le Chili est le pays d’Amérique du Sud qui a le plus d’avenir en grande partie grâce aux réformes faites sous Pinochet, réformes que la gauche chilienne a eu la sagesse de ne pas annuler, vous avez des chances de vous faire virer.

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    • Les bases de l’économie chiliennes sont bonnes, mais il semble qu’il y ait un fort cloisement entre les « riches » et les autres.
      Ainsi, le coût du transport en métro est déjà très élevé à Santiago – jusqu’à 30% du revenu est affecté au poste transport pour beaucoup, passer une augmentation , même minime est devenu insupportable.
      Mon fils vient de passer une année à Santiago et il a été surpris des rapports assez violents dans la société chilienne: l’université de Santiago est régulièrement en grève, faute de réels moyens même dans les disciplines scientifiques.
      Dans le même temps, les enfants des familles aisées vont dans des facs huppées et chères, pas d’un bon niveau d’ailleurs.
      Dans ces conditions, il ne faut pas trop s’étonner de la situation actuelle.

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      • Il est peut-être normal que, quand on a déjà beaucoup (par rapport aux autres pays du continent sud-américain), on en veuille plus. Mais attention à ne pas tout perdre à force de revendiquer. Il n’y a pas si longtemps (une vingtaine d’années, ou un peu plus), les Chiliens étaient vus comme des gueux par les Argentins. La situation s’est, semble-t-il, inversée. Les Chiliens seront-ils assez raisonnables pour « y aller mollo » ? Le souvenir de 1973 s’éloigne…

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    • Tandis que chez nous, ce sont souvent les enfants qui paient les soins dentaires de leurs parents retraités qui n’en ont pas les moyens, et ainsi leur éviter le sort de ces « sans-dents » – vilipendés par nos dirigeants – qu’on retrouve sur les ronds-points.

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  11. L’être humain éprouve le besoin d’un maître pour être être dominé. Grégaire, il veut également que les autres soient dominés. Aussi tôt est-il débarrassé d’un maître que, pour les autres et lui-même, il en recherche un autre et court emprunter les chemins de la servitude.

    En raison de cette malheureuse facette de la nature humaine, le combat pour la liberté et l’autonomie sera éternel.

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