Monopole de la Sécu : ouvrons les yeux, c’est un échec !

La Cour des Comptes a confirmé hier que le fragile échafaudage comptable de la sécurité sociale obtenu en 2018 se casse à nouveau la gueule dans des proportions alarmantes.

On a failli croire que notre fabuleux monopole de la sécurité sociale, celui que le monde entier nous envie, était en bonne voie de combler son célèbre « trou » financier. Après une réduction régulière du déficit annuel depuis 2010, le gouvernement, guilleret et inconscient, avait même prévu un retour à l’équilibre des comptes dès cette année. De quoi parader une fois de plus à propos de cet esprit de solidarité et de justice sociale qui serait la marque inégalée de la moralité supérieure du modèle français.

Rappelons-nous ce qu’écrivait Emmanuel Macron dans sa Lettre aux Français en janvier dernier :

« La France n’est pas un pays comme les autres. Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs. L’exigence d’entraide et de solidarité plus forte. » 

« Chez nous », ajoutait-il, la santé, l’éducation, la justice, etc. sont accessibles à tous, la retraite est payée par ceux qui travaillent et les accidents de la vie comme le chômage peuvent être surmontés grâce à la solidarité de tous.

Hélas pour nous, pure illusion que tout cela.

S’agissant des retraites, la réforme envisagée témoigne moins d’une volonté de simplification et de justice que d’une tentative (un peu voyante) de faire tomber les excédents des régimes bien gérés dans les caisses percées d’un État toujours à court d’argent des autres.

Quant à la santé, on peut difficilement oublier que derrière la façade du timide retour à l’équilibre esquissé en 2018 – un déficit annuel de 1,4 milliard d’euros quand même – se tient, plus présente que jamais, la grève prolongée des urgences après celles, nombreuses, d’infirmiers ou de médecins au bord de la crise de nerfs ; se tient la difficulté de plus en plus grande d’obtenir un rendez-vous dans un délai raisonnable ; se tient l’amplification des déserts médicaux et se tient une pénurie de médicaments de moins en moins anecdotique.

Et de toute façon, la Cour des Comptes a confirmé hier dans son rapport 2019 sur la sécurité sociale que le fragile échafaudage comptable obtenu en 2018(*) se casse à nouveau la gueule dans des proportions alarmantes : le solde serait déficitaire de 5,4 milliards d’euros en 2019 et en 2020.

Le gouvernement s’engage maintenant sur un retour à l’équilibre en 2023 – horizon parfaitement pifométrique, mais il faut bien faire semblant de piloter un petit quelque chose… Encore faudra-t-il « accentuer l’effort de maîtrise des dépenses », prévient la Cour des Comptes.

Forcément : côté prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales), la France n’est effectivement pas « un pays comme les autres » ; nous payons déjà plus que tout le monde par rapport au PIB ! « Chez nous », comme dirait Macron, la santé est « gratuite », mais qu’est-ce qu’elle coûte cher !

Et voilà, c’est toujours la même histoire ! On garde le mammouth étatique (de la santé, de l’éducation…) en l’état, on lui applique deux-trois mesurettes de belle apparence et l’on s’imagine qu’on va pouvoir le faire gambader avec autant de pertinence qu’un système de soins (ou d’enseignement) mobile et décentralisé, focalisé sur les besoins des patients et fondé sur la responsabilité de chacun.

Au lieu de cela, tout est fait pour déresponsabiliser l’ensemble des acteurs. Le tiers payant généralisé est en train de transformer notre système de soins en une sorte de machine taillable et corvéable à merci tandis que les médecins, débordés, doivent compenser ces largesses en limitant leurs prescriptions selon des critères décidés de façon purement administrative et que les directeurs d’hôpitaux doivent chipoter sur le moindre paquet de pansements. Le cocktail idéal pour générer frustration et démotivation.

Dans le même temps, les pouvoirs publics, agissant au nom d’un « bien » purement idéologique, n’ont rien de plus pressé que d’étendre le monopole de l’État en direction de nouveaux « services » remboursés par la sécu dont l’aspect purement médical n’est pas forcément évident (cas de la « PMA pour toutes ») ou dont la pratique s’appuie notamment sur une démarche personnelle du patient (cas de l’expérience en cours pour intégrer les psychologues au système).

La réalité de notre système de santé est exactement celle que l’on retrouve inéluctablement (et malheureusement) dans tous les systèmes socialistes. Le libre choix des médecins et des patients, la loi de l’offre et de la demande et la clarification de l’information par le système des prix libres ont été évincés du système au profit d’une planification bureaucratique qui prétend savoir mieux que les médecins où, quand et comment ils doivent soigner, et mieux que les patients s’ils sont malades et où et quand ils doivent se faire soigner.

Tout ceci contribue à fausser complètement le marché de la santé et tend à rendre les médecins parfaitement identiques et interchangeables entre eux et à dévaloriser leur travail. Dans cette situation de fonctionnarisation rampante et de disparition de l’esprit d’émulation, comment s’attendre à ce que la profession cherche à se perfectionner en permanence ?

La politique que nous subissons va à l’encontre de la liberté des médecins, à l’encontre de la liberté des patients et à l’encontre du progrès humain. Ouvrons les yeux, le monopole de la santé est un échec. 


(*) Petite remarque en passant, la Cour des Comptes signale que les « bons » résultats de 2018 sont notamment imputables à la « forte hausse des prélèvements sur les revenus du capital, en lien avec l’instauration en 2018 du prélèvement forfaitaire unique (PFU). » Autrement dit la « flat tax » de 30 % sur les revenus du capital, ce fameux « cadeau aux riches » qui irrite tant les Insoumis et leurs clones d’extrême-droite !


Illustration de couverture : Logo de l’Assurance Maladie. Photo AFP.

 

12 réflexions sur “Monopole de la Sécu : ouvrons les yeux, c’est un échec !

  1. Notre système de santé, du fait de sa « planification bureaucratique qui prétend mieux savoir que les médecins où, quand et comment ils doivent soigner » a abouti à transformer nos médecins généralistes – plus nourris de règlements et de statistiques que de clinique – en officiers de santé qui officient tous de la même manière.
    Et gare au médecin qui oserait encore prétendre que la médecine est un art, et aurait décidé de la pratiquer en tant que telle. Il se signalerait vite aux sbires de la SS qui ne manqueraient pas de diligenter des actions contre lui, et il finirait devant les tribunaux, sans que le Conseil de l’Ordre ne lève le petit doigt pour le défendre.

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  2. Il faut supprimer la Sécurité Sociale et tout privatiser.
    Il vaut mieux 1000 caisses de mutuelles privatisées qu’un seul mammouth de santé progressiste.
    Et chacun pourra se dire, je paye rubis sur l’ongle,donc j’exige, plutôt que je suis un pauvre et c’est à la société de payer pour moi, par compassion ou par l’obligation morale du progressisme d’État qui « m’aime ».
    A force de nous avoir dit que tout est gratuit, en France, on a fini par « démotiver » les gens de l’effort de savoir compter sur soi-même « d’abord », et surtout de se souvenir du proverbe français du : « Aide toi et le Ciel t’aidera ».
    On commencera par supprimer le monopole d’État de la vente de cigarettes et autres produits de substitution. Ceux qui n’ont jamais « balayés » devant leurs comptoirs, leurs trottoirs ou leurs terrasses , les mégots de cigarettes des fumeurs, ne peuvent pas comprendre.
    Et les hôpitaux ne seront plus « obligés » de soigner les « effets secondaires » de l’usage immodéré du tabac.

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  3. Moi aussi, je veux écrire des articles au plumard ! Non seulement c’est confortable, mais en plus ça donne des bons résultats… Vous n’avez pas peur de dézinguer le système de santé que le monde entier nous envie, avant de vous confier à ses bons soins ?

    Une fois de plus, j’aimerais péter au milieu du salon en attirant l’attention sur le fait que nous devons ce déficit à « l’action citoyenne » des Gilets jaunes.

    Donc de deux choses l’une : soit Macron est un abruti notoire et un politicien malhabile qui ne comprend rien à son propre intérêt, et il a cédé aux Gilets jaunes le contraire de ce qu’ils demandaient ; soit Macron a correctement interprété les demandes des Gilets jaunes (en dehors de celle de se voir remettre son cul sur un plateau, à laquelle il ne pouvait évidemment pas consentir), et alors les Gilets jaunes sont tout le contraire de ce qu’on nous présentait à gauche comme à droite, c’est à dire un mouvement anti-impôts, anti-dépense publique et pro-liberté : ils sont un bon vieux mouvement gauchiste, étatiste et pro-argent gratuit des autres.

    Enfin, je relève la scandaleuse arnaque du pouvoir (et des médias, et des économistes de tout poil y compris « libéraux ») consistant à appeler « flat tax » ce qui est tout le contraire : à savoir un impôt énorme sur des revenus qui ne devraient pas être taxés du tout, puisqu’ils l’ont déjà été une première fois (pour générer des revenus sur l’épargne, il faut bien épargner des revenus, qui sont eux-mêmes taxés) ; et quelque chose qui n’est pas du tout « flat », mais en réalité progressif : car le taux de 30 % n’est que le taux maximum. Il n’est « flat » que si l’on considère qu’il s’applique exclusivement aux « riches », lesquels par hypothèse payent l’impôt sur le revenu à un taux supérieur.

    Les étatistes qui nous gouvernent trouvent ainsi le moyen d’imputer au libéralisme (qui prône la flat tax) ce qui est, en réalité, une manifestation de plus du socialisme dans lequel nous baignons.

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    • Exact quant à la taxation une seconde fois de l’épargne. Mais qui peut défendre une telle idée ? Il existe en France 5 associations professionnelles de Conseils en gestion de patrimoine, en avez-vous entendu ne serait-ce qu’une seule d’entre elles ds’opposer ? Il existe aussi des banques, des compagnies d’assurances, des avocats, des notaires etc. Personne ne bouge.

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  4. Posons-nous la question de la nécessité d’un tiers entre le patient et le praticien ? Pourquoi en ce qui concerne la santé aurions-nous besoin de quelqu’un pour nous assister et faire nos choix, en dehors du médecin ?
    Pour couvrir les accidents graves de santé, on pourrait effectivement obliger à souscrire à une assurance de son choix. Voilà sur quoi il faudrait réfléchir !
    Pour votre bagnole, une assurance est obligatoire mais vous pouvez la choisir et le garagiste s’il fait pas le boulot correctement, vous le changez aussi !
    Et alors pour sa santé, c’est quand même plus important que sa bagnole, il faut que l’ETAT dicte odieusement vos soins, quand, comment, pourquoi, avec qui et supplémentairement avec le pognon qu’il vous a piqué. C’est du vol et de la dictature !

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  5. Nous sommes dans un merveilleux pays de 67 millions d’habitants et 84 millions d’assurés sociaux, ou l’AME permet à la moitié du monde de venir se faire soigner à nos frais.
    Rien que ces deux dysfonctionnements (pour dire les choses gentiment) suffisent à expliquer le problème.
    Heureusement, en ne remboursant pas, ou mal, les praticiens non conventionnés, on fait de grosses économies : dans certaines régions ou certaines spécialités, on ne trouve plus qu’eux. Ainsi, ceux qui finance le plus le système sont ceux qui en bénéficient le moins.
    En République Populaire de France, on appelle ça « solidarité ».

    Au fait, Nathalie, ça va mieux ?

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    • Les praticiens non conventionnés ? Vous ne confondez pas avec les médecins en secteur 2, c’est à dire en honoraires libres ? Les consultations de ceux qui ne sont pas conventionnés ne sont pas du tout remboursées. A ma connaissance, les non conventionnés constituent une toute petite minorité.

      Le problème du secteur 2, et des dépassements d’honoraires, n’existerait pas si les tarifs de la Sécu n’étaient pas fixés à des niveaux ridiculement bas, par pure démagogie. 23 € (sauf erreur) pour une consultation de médecin généraliste, c’est carrément insultant pour les médecins. C’est moins cher que le coiffeur pour hommes.

      Après, on s’étonne si les médecins font des consultations à la chaîne… Je serais curieux de connaître le pourcentage de « consultations » qui consistent uniquement à délivrer des arrêts de travail… complaisants et frauduleux dans de nombreux cas. Je parie tout ce qu’on veut que de nombreux médecins sont incités à cette fraude, largement admise, pour compenser les tarifs dérisoires qui leur sont imposés. Tout le monde est complice : les assurés, la Sécu et les médecins.

      C’est ça qui est terrible : le système force les gens à être malhonnêtes…

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