McDonald’s et les nuisances du syndicalisme à la française

Idéologiquement opposé à la libre entreprise, le syndicalisme d’extrême-gauche à la française, loin d’assurer la défense des salariés, constitue en fait une obstruction permanente à la liberté d’entreprendre conjuguée à des stratégies personnelles pour abuser des statuts protégés garantis par notre code du travail.

Il y a quelques mois, je vous racontais comment, de FO à la confédération paysanne de José Bové sans oublier Jean-Luc Mélenchon, toute la planète anti-capitaliste habituellement prompte à vilipender le géant américain du fast-food s’était mobilisée pour « sauver » un restaurant McDonald’s de Marseille en grande difficulté que son propriétaire voulait céder à un repreneur. Or l’histoire rebondit ces jours-ci et confirme amplement que les chefs d’entreprise pris à la gorge par une bonne intersyndicale bien politisée n’ont qu’une idée en tête : se débarrasser des éléments les plus jusqu’au-boutistes pour sauver leur entreprise.

Résumé des épisodes précédents

L’été dernier, le franchisé Jean-Pierre Brochiero annonce qu’il souhaite vendre ses six restaurants McDonald’s de Marseille. Cinq d’entre eux sont repris par Mohamed Abassi, autre franchisé McDo de la région. Quant au sixième d’où est parti le conflit, celui de Saint-Barthélémy dans les quartiers Nord, il essuie depuis longtemps de lourdes pertes et doit être transformé en restaurant asiatique halal par un autre repreneur.

Les syndicats dénoncent immédiatement le manque de sérieux du dossier de reprise, ce en quoi ils n’ont pas forcément tort, et crient à une tentative de museler les syndicats par disparition pure et simple du restaurant.

Branle-bas de combat immédiat du côté de tous ceux, syndicats, habitants, élus, qui font profession de défendre les opprimés du grand capital. Selon un argumentaire assez surprenant venant d’eux : malgré l’horreur économique et écologique absolue que représente McDo dans le monde, tous s’aperçoivent soudain que ce restaurant particulier joue au contraire un rôle crucial de structuration sociale et d’insertion dans ce quartier particulièrement délabré et abandonné des pouvoirs publics.

Les jeux installés à l’entrée sont un soulagement bienvenu pour les mamans, les jeunes du quartier y trouvent un point de rencontre autre que la rue et ce sont jusqu’aux horaires de travail qui tiennent compte des caractéristiques sociales locales en s’adaptant aux exigences du bracelet électronique des quelques salariés en libération conditionnelle. Eh oui.

Mais parallèlement à tout ceci, les syndicalistes maison menés par la CGT, SUD et FO n’ont jamais lésiné sur les grèves, les occupations de locaux ou les débrayages ciblés pendant le coup de feu pour obtenir des conditions salariales et des avantages – 13ème mois dès 1 an d’ancienneté, primes trimestrielles, mutuelle presque intégralement prise en charge par l’entreprise – bien au-delà de ce qui se pratique chez McDo France en général :

« Ils ont réussi une coalition intersyndicale exceptionnelle. Ce qui leur a permis de gagner des droits impressionnants, bien supérieurs à ceux qui existent dans les autres McDonald’s. » (Raphaël Million, SUD Solidaires)

.
Résultat, coincé entre une clientèle qui se porte plutôt vers les petits prix et des obligations salariales et sociales élevées, le McDo de Saint-Barthélémy fait des pertes récurrentes depuis 10 ans. En 2017, elles s’élevaient à 409 000 € pour 3,1 millions de chiffre d’affaires, soit 3,3 millions de pertes cumulées depuis 2009. Selon Jean-Pierre Brochiero, elles ont même atteint 1 million d’euros en 2018.

Nouveaux développements

Début septembre 2018, suite à une procédure engagée par les salariés, le tribunal a interdit la vente du McDo de Saint-Barthélémy à la société Hali Food qui envisageait de le transformer en restaurant asiatique halal. Une décision compréhensible compte tenu des faiblesses du dossier. Mais surtout de quoi regonfler à bloc l’intersyndicale qui compte dorénavant s’attaquer aussi à la reprise des cinq autres McDo par Mohamed Abassi.

Aussi, lorsque celui-ci a proposé quelques jours plus tard de reprendre aussi le McDo de Saint-Barthélémy, mais à la condition expresse de supprimer les quatre postes de direction du restaurant, soit une économie de 400 000 € par an sur la masse salariale afin de redonner de la viabilité à une entreprise très mal en point, les syndicats ont « tout naturellement » refusé.

Car oui, M. Abassi est bien évidemment un patron exécrable et ses méthodes sont simplement inadmissibles dans un pays où le code du travail comporte plus de 1500 pages et pèse 1,5 kg. Voyez plutôt : il a l’audace de vouloir licencier des salariés en période d’essai et il se serait séparé de deux cadres ayant plus de 25 ans d’ancienneté. Pour l’intersyndicale, la confirmation évidente qu’Abassi cherche à se débarrasser du 13ème mois au bout d’un an d’ancienneté en ne recrutant plus que des CDD et des étudiants impressionnables.

Interrogé par Mediapart, Mohamed Abassi a rejeté ces allégations, expliquant au contraire qu’il allait étendre l’obtention du 13ème mois au bout d’un an en vigueur dans les cinq restaurants qu’il a repris à ses sept autres établissements où cet avantage ne fonctionnait qu’à partir de deux ans d’ancienneté.

Il a confirmé qu’il voulait « assurer la pérennité de cette entreprise et de ses emplois » avec une attitude entrepreneuriale « la plus normale possible », mais il ne cache pas non plus que selon lui, l’attitude des salariés protégés que sont les délégués du personnel des McDo de Marseille ne relève plus d’un dialogue social constructif. Il pointe en revanche les situations acquises qu’il a trouvé à son arrivée et « les mandats de délégués syndicaux accordés à des salariés qui ne travaillaient pas beaucoup et qui étaient payés de hauts salaires ».

C’est particulièrement vrai de l’irréductible représentant de FO, Kamel Guemari, en congé maladie depuis des mois. Il figure dans le lot des quatre postes de direction en suspens et se dit convaincu que cette opération ne vise qu’à le faire taire.

Rebondissement

La semaine dernière, le journal de gauche La Marseillaise a révélé un enregistrement qui lui donne apparemment raison. Il s’agirait d’une conversation téléphonique qui s’est tenue en janvier 2019 entre le vice-président de McDo France en charge des restaurants situés en région et un syndicaliste CGT des McDo marseillais également conseiller prudhommal. C’est ce dernier qui a enregistré et fait circuler la conversation, nous apprend Mediapart. On s’en serait douté.

Compte tenu de l’interlocuteur, il est assez incroyable que le vice-président en question ait pu s’épancher comme il l’a fait. Il n’est d’ailleurs plus à son poste, mais a repris une franchise selon un projet qui était prévu depuis un an.

Toujours est-il qu’il a expliqué, avec certes peu de finesse dans l’expression mais beaucoup de clarté sur le fond, que les syndicalistes et les représentants du personnel des McDo marseillais étaient surtout motivés par le régime de salarié protégé et les heures de délégation que ce statut leur conférait :

« Malheureusement, en France, t’es obligé de composer avec ça parce que t’as pas le choix, et c’est les syndicats, et c’est machin, et c’est l’inspection du travail, et que tout un chacun use de toutes les ficelles pour continuer à bouffer sur la bête. »

Il cite ensuite nommément Kamel Guemari comme l’un des syndicalistes que McDo cherche à faire partir.

Scandaleux, n’est-ce pas ? Les plaintes et les anathèmes pleuvent sur le groupe qui se défend en parlant de calomnie et de diffamation, récurrentes depuis le début dans l’affaire du restaurant de Saint-Barthélémy. McDo France et les franchisés répugnent certainement à s’exprimer ainsi, et voir ces propos non expurgés portés en place publique les met évidemment mal à l’aise.

Mais il ne faut pas se raconter d’histoire. Aussi bruts de décoffrage soient-ils, les mots du vice-président de McDo traduisent bien le sentiment de lassitude extrême qui s’empare de nombreux chefs d’entreprise confrontés aux mêmes blocages à tel point qu’ils ne voient plus qu’une seule solution à leurs problèmes : d’abord essayer de se débarrasser des syndicalistes les plus radicaux ; faute d’y parvenir, chercher à se débarrasser au plus vite de leur entreprise auprès du premier repreneur venu.

On peut appeler cela de l’obstruction syndicale si l’on veut et se dire avec bonne conscience que les patrons, êtres malfaisants et tortionnaires par construction, doivent être encadrés plus que jamais, mais ce serait oublier un peu vite qu’en France, les syndicats d’extrême-gauche trouvent leurs origines dans les proximités du Parti communiste français avec l’Union soviétique et sont de ce fait idéologiquement opposés à la libre entreprise.

Dès lors, le syndicalisme actif ne peut être qu’une obstruction à la liberté d’entreprendre conjuguée à des stratégies personnelles pour obtenir les statuts protégés garantis par notre code du travail hyper normatif.

Comme je le signalais déjà dans le premier épisode, un autre franchisé McDo de Marseille propriétaire de huit restaurants, Serge Melniczuk, avait donné l’an dernier au journal La Provence, une description très intéressante du fonctionnement syndical en vigueur. Un témoignage pas unique en son genre qui mérite amplement d’être souligné :

« Il y a 10 mecs qui utilisent leur position syndicale pour faire du chantage. Ils réclament un certain montant de l’heure pour leurs camarades mais ils gagnent entre 5000 et 7000 euros avec le téléphone et la voiture de fonction. (…) Ils ont des postes de responsables avec des mandats syndicaux ce qui leur permet de travailler à mi-temps. Ils bloquent les restaurants et négocient leur pouvoir de nuisance en obtenant des avantages à titre personnel. (…) Quand vous payez ça se calme. L’inconvénient, c’est qu’ils en demandent toujours plus. »

.
Toujours plus, jusqu’au jour où le dirigeant, observant ses comptes en déconfiture permanente et voyant qu’aucun « dialogue social » digne de ce nom ne peut être instauré malgré ses multiples propositions, décide de jeter l’éponge. Dans ces conditions, qui des syndicats ou des franchisés sont les plus responsables de tous les salariés qui risque de se retrouver sur le carreau ?

Il est vrai que la CGT a perdu récemment de sa superbe en passant au second rang national derrière la CFDT. Mais la représentativité syndicale (11 %) n’a de toute façon jamais été élevée en France sans pour autant empêcher les multiples abus et blocages des organisations syndicales. Et il n’en reste pas moins que la matrice anti-entreprises continue d’irriguer profondément les mentalités françaises comme en témoignent hélas de multiples aspects coercitifs de la loi Pacte pour les entreprises.

Un texte du gouvernement actuel qui se déclare pourtant pro-entreprises. Ça promet.

Chers lecteurs, je vous souhaite un excellent week-end de l’Ascension !
A ce sujet, vous pouvez lire « Résurrection et Ascension : folle journée pour les Chrétiens ! » 


Illustration de couverture : Grève chez McDonald’s. Photo : AFP.

5 réflexions sur “McDonald’s et les nuisances du syndicalisme à la française

  1. Merci pour ce billet, Nathalie. De ceux toujours justifiés, pertinents étayés et argumentés.

    Ça me rappelle une période que j’avais effectuée ( dans le cadre d’un stage en entreprise pour une reconversion dans l’informatique) dans une direction régionale de l’administration pénitentiaire où une personne du service qui m’employait, fonctionnaire patenté et revendiqué, me disait ne pas s’être syndiquée parce c’était désormais devenu du népotisme et du corporatisme abusif totalement verrouillé.

    Un comble pour cette pépinière de gauchistes dont certains espéraient les 32 heures. J’en étais resté pantois.

    Merci de me conforter dans mes certitudes sur ce syndicalisme de fossoyeurs. Ils en sont encore à Proudhon, au congrès de Tours et au Front Populaire.

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  2. A une certaine époque j’ai eu affaire à une curieuse journée de débrayage pour pouvoir manifester dans la rue devant l’atelier avec panneaux et banderoles pour la paix au Vietnam, ils étaient menés par le chef d’atelier dont je ne m’étais jamais douté un instant qu’il puisse être rouge-rouge totalement. Résultat : exigence du payement pour tous de la journée de grève par solidarité envers le vietcong . . .

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  3. Il y a eu une loi de plus sur la moralisation de la vie politique mais pas sur la vie syndicale. Pas touche à cette mafia subventionnée par les contribuables (400 millions/an + collectivités locales + % de la formation professionnelle + heures syndicales etc…).
    Le rapport Perruchot explosif a été censuré in-extremis et vite oublié :
    http://www.lepoint.fr/politique/nicolas-perruchot-il-faut-couper-les-branches-pourries-du-syndicalisme-30-06-2017-2139591_20.php
    Aucun courage pour s’attaquer à ces nuisances !

    Aimé par 1 personne

  4. Le syndicalisme ne se conçoit en France que sous forme de confrontation puisque le dogme est que le patron est obligatoirement un oppresseur et le salarié nécessairement un opprimé. Tant que ces préjugés dureront, il n’y a pas de raison que ça change. Il en sont toujours à la Charte d’Amiens qui date de 1906 et dont voici un extrait:

    « Le Congrès confédéral d’Amiens confirme l’article 2, constitutif de la CGT. La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat… ; Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière »

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