Être libéral – Take Two

Il n’est pas simple de nager à contre-courant. Cela demande des efforts particuliers qui, bien souvent, ne reçoivent en retour que méfiance et hostilité. C’est déjà ce que remarquait Jacques Rueff en 1934 alors qu’il s’adressait à ses camarades polytechniciens dont il observait que les travaux économiques ne se développaient guère « dans un sens purement libéral » :

« Je me sens donc parmi vous en état de singularité, et je vous prie de croire que je n’en éprouve nul plaisir, car ce n’est pas un mol oreiller que le non-conformisme. »

En lisant ces mots non dénués d’une certaine amertume, j’ai tout de suite éprouvé de la sympathie pour Rueff. Non pas que je prétende à son intelligence ou son savoir. Mais je me suis sentie proche de lui car à bien des égards, peut-être même plus que jamais, les libéraux d’aujourd’hui sont « en état de singularité » dans la société française. Pour eux, pas d’oreiller moelleux où défendre leurs idées sous les vivats de la foule enthousiaste.

Mais défendre ses idées, c’est précisément ce à quoi Rueff ne va pas renoncer malgré les rigueurs de l’entreprise. Il tient à expliquer les raisons qui font qu’il est « resté libéral dans un monde qui cessait de l’être », quitte à ce qu’on lui dise ensuite s’il est « fou ou si c’est le reste du monde qui a perdu l’esprit. »

Pour ma part, je crains surtout de me faire mal comprendre et de voir s’ajouter le malentendu à tout ce que mon propos libéral comporte de malvenu. Après une première tentative dans « Etre libéral, cela veut dire… », j’aimerais prendre à nouveau un peu de temps pour tenter une seconde explication, une Take Two, dont vous jugerez de l’extravagance.

• Prenons pour commencer l’exemple de l’égalité homme-femme. Le sujet est d’actualité car la cause des femmes est incontestablement la grande priorité sociétale du quinquennat Macron.

Dernièrement, je brocardais allègrement les gesticulations quasi-mystiques du ministre de l’économie Bruno Le Maire pour faire advenir un monde entrepreneurial intégralement paritaire entre les hommes et les femmes. Quelque temps auparavant, j’avais raillé de la même façon l’idée du congé paternité obligatoire qui émerge en ce moment.

Est-ce à dire que je prends position contre l’idée que les femmes sont les égales des hommes ? Est-ce à dire que je prône la « conservation » d’un monde où elles sont irrémédiablement assignées à ce que les Allemands appellent les trois K : « Kinder, Küche, Kirche », c’est-à-dire enfants, cuisine, église ?

Certainement pas. Je prends position contre le remplacement d’une oppression par une autre.

Loin de moi l’idée de nier que les femmes ont dû se battre pour conquérir leurs droits par rapport aux hommes. Rappelons qu’en France, il a fallu attendre 1965 pour qu’elles soient autorisées à travailler et ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur mari. Ce n’est pas si vieux, j’étais née !

Cependant, une nouvelle inquiétude a surgi chez les partisans de l’école « égalitariste », qui consiste à dire que même si l’égalité est réalisée dans la loi, elle ne l’est pas assez dans la vie réelle. La société, trop marquée par ses vieilles habitudes et ses croyances d’antan, n’évolue pas assez vite. Il faut la forcer à accélérer.

Il conviendrait alors que l’Etat prenne des mesures coercitives assorties de sanctions afin d’obliger tout sous-ensemble de la population, tel que conseil municipal, comité de direction d’une entreprise, diplômés d’une école, personnes nominées pour un prix, etc… à avoir une représentation proportionnelle aux diversités observées dans la population générale.

Autrement dit, après avoir aboli les discriminations négatives par suppression des « interdictions » subies autrefois par les femmes, il faudrait se lancer maintenant dans un nouveau genre de discrimination, dite un peu vite positive, en créant partout des « obligations » d’égalité, afin de faire advenir immédiatement et immanquablement la société parfaite auxquels nos « égalitaristes » aspirent, tant ils sont convaincus que rien ne doit faire obstacle à leurs « bons » sentiments. Qui refuserait de faire le « bien » ?

C’est là que les libéraux entrent en scène.

Ils font d’abord remarquer que l’attribution de postes, de prix ou de diplômes sur la base « volontariste » de quotas de femmes, de noirs ou de roux déplace injustement le critère de sélection de la compétence vers l’appartenance à une catégorie favorisée, et fait injustement peser sur les personnes concernées la lancinante suspicion de n’avoir pas mérité leur promotion. Elle crée tout aussi injustement une nouvelle discrimination négative envers les catégories que les pouvoirs publics seront moins enclins à soutenir.

Ils soulignent ensuite combien il est absurde d’avoir triomphé d’une vraie oppression – la dépendance des femmes aux décisions effectuées pour elles par leur père ou leur mari sans égard pour leurs aspirations personnelles – pour tomber dans un constructivisme inverse qui accorde tout aussi peu de valeur aux désirs et aux choix des femmes quant à leur vie familiale et professionnelle.

Soyons clair : il n’y a pas constructivisme si je dis « Il est bon que les femmes qui le souhaitent aient les mêmes possibilités d’accès professionnel que les hommes pour telles et telles raisons » afin d’en convaincre une audience. D’ailleurs, je le dis. Mais il y a constructivisme dès lors que l’Etat en fait l’obligation par des lois incluant quotas, subventions d’embauche et amendes en cas de non-respect, au mépris de la volonté propre des personnes concernées et de leur capacité à s’entendre entre elles.

Finalement, pour reprendre un exemple que j’ai déjà utilisé, le libéral ne milite pas pour ou contre le don d’organes afin d’en obtenir par la loi l’obligation ou l’interdiction selon ce qu’il considère comme bien ou mal ; il milite pour que chacun ait la liberté de se prononcer sur ce sujet comme il l’entend, quelle que soit par ailleurs sa position personnelle. Position qu’il a toute latitude de défendre dans le cadre des échanges d’idées qui font avancer la société – au rythme des évolutions individuelles, pas à marche forcée.

• Dès lors qu’on juge légitime de laisser les individus se prononcer en toute liberté sur les sujets qui les concernent – dans la limite infranchissable du respect absolu des biens et des personnes, on commence à entrevoir où le libéralisme pourrait nous conduire dans la vie de tous les jours.

Prenons nos salaires, éléments indiscutablement très utiles à la conduite de nos vies. Une fois défalqué l’impôt destiné à financer les fonctions régaliennes de l’Etat, lesquelles ont justement pour mission de protéger les personnes et leurs propriétés, nous devrions pouvoir en disposer entièrement à notre guise.

Or c’est très loin d’être le cas. Le régalien est devenu l’épaisseur du trait (60 € sur 1000 €) par rapport à tout ce que l’Etat dépense et nous impose de financer.

Nous sommes ainsi confrontés à titre personnel à un volume de dépenses obligatoires pour lesquelles nous n’avons aucun choix, si ce n’est subir la mauvaise gestion chronique qui affecte immanquablement toutes les politiques étatiques décidées idéologiquement :

· Les cotisations sociales payées par l’employeur sur notre salaire complet financent notre santé et notre prévoyance via le monopole de la sécurité sociale : pas de choix.

· Hors régalien, les impôts que nous payons financent en premier lieu l’instruction de nos enfants via le monopole de l’Education nationale et sa carte scolaire : pas de choix (ou si peu).

· Ils financent aussi l’information, la presse et la culture. Qu’on le veuille ou non, nous payons pour des journaux, des expositions ou des films que nous n’achèterions, ne visiterions ou ne regarderions jamais, serions-nous libres d’affecter l’intégralité de nos revenus à ce qui nous intéresse vraiment : pas de choix.

· Ils tiennent à bout de bras le monopole de la SNCF, passage obligé de nos « mobilités » ferroviaires. L’ouverture à la concurrence augmentera la palette de prestataires mais ne supprimera pas notre obligation d’éponger les pertes.

· Ils permettent d’imposer le bio dans les cantines au détriment de l’agriculture conventionnelle et les énergies renouvelables au détriment du nucléaire, au nom d’un principe de transition écologique coûteux dont la cohérence ne saute pas aux yeux.

· Ils se substituent enfin à notre empathie personnelle, à nos capacités de partage et à notre sens de l’entre-aide. La « solidarité » est organisée d’en haut et à grands frais selon les fins sociales décidées par l’Etat : là encore, pas de choix.

Obligation d’en passer par les monopoles d’Etat, limitation idéologique des choix, pas de possibilité réelle de contrôle de ce que deviennent les fonds abondamment prélevés malgré un bel empilement de rapports peu flatteurs de la Cour des comptes – voilà la France d’aujourd’hui.

On comprend mieux pourquoi les libéraux placent la baisse des impôts et des dépenses publiques ainsi que le retour à la concurrence la plus large au coeur de leur discours. Non pas qu’un faible taux d’impôt société, par exemple, suffise à lui seul à caractériser un environnement libéral – encore faut-il que les libertés civiles soient au rendez-vous.

Mais plus un Etat dépense, plus il doit prélever de l’impôt, avec le premier inconvénient de peser sur la prospérité économique, ainsi que je le souligne assez régulièrement ici, et le second inconvénient de retirer aux citoyens leurs facultés de choix pour des questions qui, dans un environnement vraiment libre, ne devraient relever que de leurs préférences personnelles dans tous les domaines de leur existence.

Alors, dans un pays comme la France où l’Etat dépense le record mondial de 57 % de son PIB, vous voyez notre niveau de liberté ? Vous voyez combien, sous couvert de faire notre bien, l’Etat nous considère comme des êtres immatures, à jamais incapables d’avoir un jugement et de faire des choix ? À méditer, je crois.


Illustration de couverture : Je reprends un dessin de Monsieur KAK (pour l’Opinion) que j’avais déjà utilisé dans un article sur Turgot. Merci pour leur aimable autorisation.

27 réflexions sur “Être libéral – Take Two

  1. Clair, net, précis. Rien à ajouter ou si peu. Le libéralisme a mauvaise presse car être libre, c’est difficile et exigeant. Ça impose en plus d’accepter d’être responsable. Au final, ça n’intéresse pas grand monde car il est si doux et si agréable de se laisser aller dans les bras de l’état-maman.

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  2. Je n’avais lu le premier opus de votre « take two » ; je viens d’en prendre connaissance et je trouve beaucoup plus clair le second, auquel j’adhère tout fait. Merci, donc.
    Deux réflexions : la première concerne le don d’organes.
    Sauf erreur de ma part, actuellement, le prélèvement au décès est autorisé sauf si le décédé a exprimé son vœu de de ne pas être prélevé (« Toute personne est présumée avoir consenti au don de ses organes sauf si elle s’inscrit au registre national des refus »). Il s’agit bien là d’une responsabilité personnelle tout à fait en accord avec le libéralisme. Médecin, je sais que ce dispositif a permis d’éviter des conflits dramatiques autour du décès lorsque la famille s’opposait aux prélèvements… et qu’il fallait tenter de les convaincre du bien-fondé du prélèvement.
    Pour la seconde, je dois vous faire un aveu : ma carrière de médecin a été scindée en deux épisodes : le premier (20 ans) en « libéral conventionné », au cours duquel j’ai constaté non pas une saine concurrence dans notre système de santé tel qu’il est (une certaine forme de salariat « élastique »), mais au contraire une recherche effrénée de profit de certains confrères liée à leurs complaisances vis-à-vis de leur « clientèle » qui m’a fait longtemps penser que j’étais un « mauvais médecin » qui n’était pas « capable de gagner sa vie »… Et puis, je suis passé par concours dans le secteur « public hospitalier » ou mes soucis (financiers, entre autres) disparus m’ont incité à m’investir sans arrière-pensées dans mon travail -essentiel- en tant que médecin : soigner. Et ne n’ai jamais été aussi heureux qu’à cette époque de 20 ans (oui, ma carrière professionnelle a duré 40 ans, de 1965 à 2006) : et pourtant, je me trouvais là « dans les bras de l’état-maman », comme le dit H. dans un commentaire.
    Être libéral oui, j’en suis tout à fait ; l’être dans un un contexte « concurrentiel » où des règles élémentaires ne sont pas respectées, en particulier la conscience professionnelle, c’est plus que difficile, c’est dévalorisant.

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  3. La notion d’égalité est génératrice de confusion et peu pertinente concernant les rapports entre les hommes et les femmes. C’est comme la justice sociale. Personne n’est contre l’égalité et la justice, quant au social c’est de gauche, donc c’est gentil.

    La nature des hommes et des femmes est différente, et toute politique allant à l’encontre de cette réalité est vouée à l’échec. Après, éventuellement, d’immenses dégâts qui dureront très longtemps et qui seront très difficiles à réparer (comme pour le socialisme).

    Les femmes doivent-elles être en mesure d’accéder aux postes de pouvoir ? Evidemment, si elles sont faites pour ça. Ce n’est pas sur un blog libéral qu’on pourra nier que certains des meilleurs chefs d’Etat furent des femmes (si vous voyez ce que je veux dire).

    Faut-il faire des pieds et des mains pour arriver à la parité chez les dirigeants politiques ? Bien sûr que non, puisque la simple observations montre que dans l’ensemble, les femmes ne sont pas faites pour ça. Et ainsi de suite.

    Toute politique, idéologie et ainsi de suite, basée sur la négation de la nature humaine ne peut que conduire à l’échec.

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  4. Pingback: Rester libéral dans un monde qui a cessé de l’être | Contrepoints

  5. Très bon article comme d’hab… A propos du fameux ratio des 57 % de dépenses publiques sur PIB, j’abonde dans votre sens en ajoutant qu’il faut surtout le lire comme la mesure manifeste du poids de l’Etat socialiste français dans nos activités car nombre de ces dépenses sont en réalité concédées à des entreprises du secteur marchand concurrentiel (par ex le BTP). Ce ratio exprime bien en effet que 57 % des richesses produites en France PASSENT ENTRE LES MAINS ET SOUS DECISION DE L’ETAT !!

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  6. Chère Nathalie,

    C’est rare que je lise un texte, je préfère commenter en aveugle, la liberté quoi !
    Mais, je ne sais, je viens de lire le vôtre. Il me plait : élégant, intelligent, ironique.
    En plus il synthétise tout ce que nous raconte RM depuis des décennies mais sans  » gras  » !

    Bon !

    Pour le fond nous y reviendrons. Mais permettez-moi de formuler une mienne remarque : celui/celle qui lutte pour l’égalité des sexes n’aime pas véritablement les femmes !

    Les femmes doivent lutter pour leur  » ventre « . Il y a des zigotos qui s’y attaquent méchamment !

    Je crois que je vais passer ma journée à relire Lysistrata !

    PS. Il n’est donc pas étonnant que sous Bijou, Prince Souhmis, on égalise les sexes au râteau !

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    • Abominable article, qui montre bien la vraie nature de Brighelli.

      Avant toute chose, il convient de relever ses injures et sa grossièreté. Brighelli est censé être professeur. Il est censé donner l’exemple aux enfants. Ça donne ceci :

      « Vieillards cacochymes… éditos chiasseux… gros connard… »

      Nous avons la haine avouée de la liberté :

      « Vous êtes contre la liberté ? Oui — chaque fois que, comme l’explique Pierre Manent, le règne sans partage des droits individuels fait automatiquement périr l’idée de bien commun. »

      Au passage, il a le culot de prendre à son compte, et de détourner, une citation d’un libéral déclaré, pour condamner le libéralisme. Encore une fois : Brighelli est prof. Voilà le genre de rigueur intellectuelle et morale donnée en exemple aux enfants des écoles.

      Nous avons l’amour de la pauvreté (pour les autres) :

      « Que la liberté de consommer soit un asservissement est une évidence qui n’échappe qu’aux libéraux. »

      C’est le Comité central qui vous dit ce que vous avez le droit de consommer — et encore, pas souvent.

      Les mêmes viendront nous réclamer une « hausse du pouvoir d’achat » et se lamenteront sur l’effrayant « taux de pauvreté » en France. Comme les Gilets jaunes, auxquels il trouve toutes les excuses :

      « Le déferlement de la sottise la plus élémentaire, non pas celle supposée des ‘gilets jaunes’, qui n’en sont pas encore à formaliser l’ensemble de leurs revendications, et auxquels il est un peu vain de reprocher en bloc les bêtises de quelques-uns. »

      Bah oui. Quatre mois après le début du mouvement, ils n’en sont pas encore à formaliser l’ensemble de leurs revendications. Surtout, ne bousculons pas ces petits chéris. Quant aux 10 morts dûs aux barrages et aux 1 000 blessés parmi les policiers, ce ne sont que « les bêtises de quelques-uns ».

      Mais qu’attendre d’autre de l’ancien maoïste qui justifie la violence, quand elle vient du « bon » côté ?

      « La ‘socialiste’ de Nohan a soudainement craint que le peuple dont elle chantait les louanges tant qu’il fermait sa gueule ne vienne dévaster sa gentilhommière… Que voulez-vous, le peuple braille, gueule, éructe, et parfois même coupe des têtes. Et parfois, il n’a pas tort de le faire. »

      Nous avons le culte du « petit », la haine du « gros » et toute l’arrogance de l’intellectuel qui veut décider pour les autres :

      « Contre le libéralisme donc… Entendons-nous : Alain de Benoist n’a rien contre l’idée que son boulanger ou son menuisier soient des entrepreneurs libéraux — tant qu’ils ont du talent. »

      Du talent comme Brighelli, je suppose, mais qui distinguera les entrepreneurs dotés de « talent », et qui par exception auront le droit d’exercer leur détestables activités libérales, des autres qui devront se plier à la férule communiste ? L’avant-garde du prolétariat, naturellement, l’aristocrate intellectuel Brighelli et ses copains.

      Notez que seuls les « boulangers » et les « menusiers » ont droit de cité dans le paysage économique brighellien. Tout ce qui ressemble à une véritable entreprise, avec des effectifs significatifs, des capitaux et des dirigeants, c’est l’horrible ultra-libéralisme qu’il convient de réprimer avec la dernière vigueur.

      Et bien sûr, pour fournir des boulons de douze aux fabricants de motocyclettes, il faut du « talent ». La compétence, le travail, la productivité et l’écoute du client ne suffisent pas.

      Nous avons le mensonge, bien sûr, inséparable du socialisme ; le détournement de phrases tirées de leur contexte pour leur faire dire le contraire de ce qu’elles veulent dire :

      « En écho au ‘There is no alternative’ de Thatcher. »

      Nous avons la diabolisation personnelle de l’adversaire :

      « Qu’est-ce que l’individu libéral ? ‘La culture du narcissisme, la dérégulation économique, la religion des droits de l’homme, l’effondrement du collectif, la théorie du genre, l’apologie des hybrides de toute nature, l’émergence de l’art contemporain, la télé-réalité, l’utilitarisme, la logique du marché, le primat du juste sur le bien (et du droit sur le devoir), le libre choix subjectif érigé en règle générale, le goût de la pacotille, le règne du jetable et de l’éphémère programmé…’  »

      Nous avons le jargon qui ne veut rien dire, l’amour de l’oppression et, à nouveau, l’arrogance infinie du pseudo-intellectuel qui regarde de haut quiconque ne fait pas partie de son cercle :

      « Mais il s’agit ici de l’individuation libérale, l’assurance fournie par le libéralisme actuel que la médiocrité de chacun pourra s’exprimer sans contrainte, pourvu que chacun soit libre de consommer. »

      Quel drame, en effet, que la médiocrité de chacun puisse, aujourd’hui, s’exprimer sans contrainte… cela permet au sieur Brighelli de nous imposer ses pénibles pensums néo-communistes.

      Vous aurez bien noté que le monde idéal de Brighelli est celui où personne n’est libre de consommer : c’est Maduro qui dit quand on peut acheter du papier hygiénique dans les magasins, et ce n’est pas souvent ; bien entendu, la liberté d’expression n’existe pas — il ferait beau voir que les « médiocres » aient le droit à la parole.

      Brighelli rappelle que, malgré ses masques idéologiques, il est fermement ancré à gauche :

      « Un homme qui cite souvent Jean-Claude Michéa ne peut être tout à fait mauvais. »

      C’est un voleur. Tu empruntes, puis tu ne rembourse pas :

      « Y a-t-il de l’espoir ? Eh bien oui : le système est en train d’atteindre ses limites. ‘À l’endettement du secteur privé s’ajoute aujourd’hui une dette souveraine, étatique, qui a augmenté de manière exponentielle depuis vingt ans, et dont on sait parfaitement qu’un dépit des politiques d’austérité, elle ne sera jamais payée.’ Plus vite on la dénoncera, plus vite nous récupèrerons le droit d’être des individus ré-organisés en société. »

      Les bonnes recettes économiques du docteur Brighelli, qui, en tant que fonctionnaire, vit de l’argent gratuit des autres depuis toujours, et croit donc qu’il pousse sur les arbres.

      Dénonçons donc « la dette inique », et là, du coup, le « consumérisme » tant haï de Brighelli disparaîtra complètement — avec son traitement de prof, d’ailleurs.

      En fait, ce qui embête les soi-disant « anti-consuméristes », c’est que le libéralisme et le capitalisme fonctionnent. C’est que les prolétaires aient rejeté les illusions communistes pour leur préférer la démocratie et le capitalisme. C’est que les pauvres aient été enrichis par le libre jeu de l’économie et du marché, et non par les seigneurs intellectuels de l’utopie communiste.

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      • C’est peut-être encore plus simple que ça: lorsqu’on est contre le libéralisme ( en invoquant d’ailleurs de façon malhonnête des excès censés le décrire, y compris le contresens récurrent autour du capitalisme de connivence), on est mécaniquement constructiviste, seule alternative mécanique au premier. Brighelli se garde bien d’ailleurs de revendiquer cette appartenance comme de citer, à l’instar de son propos sur le libéralisme, les déviances et excès pourtant constants dans l’histoire. Brighelli, comme nombre de ses collègues instruits, diplômés, concourisés de la fonction publique, particulièrement chez les enseignants, est frustré de gagner aussi peu alors qu’il estime mériter beaucoup mieux, et trouve dans son rejet du libéralisme (système dans lequel il aurait peut-être mieux réussi) une compensation – d’ailleurs monnayable via son article.. quelle horreur ! à son échec personnel.

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      • @ Gaston 79

        « Brighelli, comme nombre de ses collègues instruits, diplômés, concourisés de la fonction publique, particulièrement chez les enseignants, est frustré de gagner aussi peu alors qu’il estime mériter beaucoup mieux. »

        C’est l’une des raisons pour lesquelles l’intellectuel, ou le professeur, a mécaniquement tendance à être de gauche. Cela n’est pas spécifiquement lié à la fonction publique, d’ailleurs. Le même mécanisme est à l’oeuvre dans l’université américaine, par exemple.

        J’ai eu des conversations épiques avec un professeur de philosophie à l’université, qui trouvait absolument scandaleux que certains de ses étudiants osent faire carrière ailleurs que dans la philosophie. Qu’ils le trahissent pour aller travailler dans des entreprises privées, dans les « affaires », en particulier, le révulsait.

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      • Extrait de mon article « Molière nous l’avait dit » (26 avril 2015) : https://leblogdenathaliemp.com/2015/04/26/moliere-nous-lavait-dit/

        « Les Maîtres ont beau être des Maîtres, il faut bien vivre. Le Maître à Danser se plaint au Maître de Musique que leur élève ne soit guère versé dans les arts qu’ils doivent lui enseigner :

        MAÎTRE DE MUSIQUE – Il est vrai qu’il les connaît mal, mais il les paye bien ; et c’est de quoi maintenant nos arts ont plus besoin, que de toute autre chose. (…)

        MAÎTRE À DANSER.- Il y a quelque chose de vrai dans ce que vous dites ; mais je trouve que vous appuyez un peu trop sur l’argent ; et l’intérêt est quelque chose de si bas, qu’il ne faut jamais qu’un honnête homme montre pour lui de l’attachement.

        MAÎTRE DE MUSIQUE.- Vous recevez fort bien pourtant l’argent que notre homme vous donne.

        En langage des manifestations syndicales du XXIè siècle, cela veut dire : « La culture n’est pas une marchandise » suivi tout aussitôt de « Plus de moyens pour la culture. » Nos moyens, bien sûr, sonnants et trébuchants, à aligner sans condition. »

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    • Une perle cet article ! Une perle dans le lamentable. Brighelli et Benoist font partie de ces gens (de gauche ou de droite) qui s’invente un libéralisme à leur convenance pour mieux le dépecer ensuite selon leur propre idéologie constructiviste. Et notons à quel point les anciens gauchistes et les droitards s’entendent bien…

      Mon idée, en tenant ce blog, c’est de diffuser les idées libérales. Comme nous vivons dans un pays où elles sont pratiquement inexistantes, ce projet revient le plus souvent à observer ce qui se passe dans l’actualité politico-économique et dans le débat public et à montrer en quoi cela va dans le sens inverse de la liberté et de la prospérité.

      Sur le plan des idées, j’ai déjà souvent répondu à des allégations loufoques du même tabac sur le libéralisme, par exemple ici :
      Comme si la liberté pouvait être traitée de « vide métaphysique » ! (9 avril 2018)
      Capitalisme : L’objet idéal de votre indignation, Since 1750. (10 octobre 2018)

      Mais avec mon article Take Two, je voulais aborder le libéralisme directement en tant que tel, positivement, pas sur la défensive, pas en « réponse à ».

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  7. Merci beaucoup pour vos sympathiques appréciations.

    @JPC_1941 :
    J’ai pris le don d’organes à titre d’exemple car il est peu polémique et permet de bien expliciter la position libérale.
    Je considère néanmoins que le passage de « on prélève ceux qui ont dit qu’ils étaient d’accord » à « on prélève ceux qui n’ont pas dit qu’ils n’étaient pas d’accord », sans être une obligation, constitue déjà une petite clef de bras.
    Mais je n’ai pas de doute que ce sujet va devenir de plus en plus accepté pour peu qu’on l’explique bien et que justement on ne fasse pas pression sur les gens.

    « libéral conventionné » : le mot important, je crois, c’est conventionné. Rien de libéral là-dedans, mais un système qui transforme le médecin en quasi-fonctionnaire. Donc pas de possibilité de « saine concurrence ». Que le médecin soit consciencieux ou non, ce sera 23 €. Avec le tiers payant c’est encore pire, le patient ne débourse plus rien et peut exiger tout et n’importe quoi. Comme il y a des dérives (que vous mentionnez), la sécu se met à contrôler tous les actes, ce qui vient interférer dans la conscience professionnelle de tous les médecins. Un sale système au final, mais d’abord parce qu’il est collectivisé et surveillé par une sorte de Gosplan.

    @ Robert M : Le texte de Rueff est une transcription d’un discours. J’ai d’ailleurs relevé plusieurs coquilles. C’est peut-être pour cela que vous le trouvez mal écrit.

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    • @ Nathalie

      Du don d’organes :
      « Je considère néanmoins que le passage de « on prélève ceux qui ont dit qu’ils étaient d’accord » à « on prélève ceux qui n’ont pas dit qu’ils n’étaient pas d’accord », sans être une obligation, constitue déjà une petite clef de bras. »
      Tout à fait d’accord ! Cependant, comme bien peu d’entre nous se préoccupent de se déterminer sur le prélèvement post-mortem (d’accord – pas d’accord), ma conviction est que si dans les deux cas il s’agit bien d’une responsabilité individuelle, dans le deuxième, cela facilite les prélèvements (et cela est important pour le don d’organe).

      Du « libéral conventionné » : j’ai omis de préciser que cette période de mon activité professionnelle s’est entièrement déroulée dans ce contexte de tiers-payant généralisé (à la Réunion). Précision aggravante : il existait un « reste à charge » dénommé « ticket modérateur » que les médecins, la plupart du temps, n’encaissaient pas. Je vous laisse deviner pourquoi !

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  8. Hier, une gente dame a voulu couvrir les frissonnantes épaules d’un quidam d’un élégant fichu de couleur jaune éclatant. Le récipiendaire a esquissé un mouvement de recul haineux et désapprobateur.

    La malheureuse ne s’en est pas encore remise !

    Ah ! Si a sa place il y avait eu un beau garçon brun dans la force de l’âge venu des tropiques, qui sait si l’affaire n’aurait pas pris une autre tournure !

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  9. Le journal Le Parisien continue de publier les « idées » recueillies auprès de ses lecteurs, dans le cadre de sa propre version du Grand débat.

    Aujourd’hui : « Et si on ajoutait une semaine de congés payés ? »

    http://www.leparisien.fr/economie/grand-debat-et-si-on-ajoutait-une-semaine-de-conges-payes-01-03-2019-8022768.php

    Bah oué, pourquoi pas ? Soyons fous, de l’audace, toujours de l’audace !

    La France est déjà l’un des pays occidentaux où l’on travaille le moins dans l’année, mais curieusement, lorsqu’on demande de « bonnes idées » aux Français, c’est toujours ce type de chose qui remonte.

    Le journal fait semblant d’expertiser gravement la chose : « Combien ça rapporterait ? ». Comment ça, combien ça rapporterait ? Ben oui : « Lors de la campagne présidentielle de 2017, l’institut Montaigne, libéral, estimait qu’environ 40 000 emplois seraient créés grâce à une sixième semaine de congés. »

    Eh bé ? alors ? qu’est-ce qu’on attend ? Puisque des « libéraux » vous expliquent que ne pas en foutre une rame est la solution au problème du chômage ?

    C’est que, voyez-vous, il y a un petit problème : « Selon l’institut, les finances publiques perdraient entre 1,4 et 4,4 milliards d’euros. Les entreprises, elles, perdraient entre 6,2 et 9,8 milliards d’euros sur cinq ans. »

    Notez que le vrai truc dramatique, l’objection prioritaire, c’est que les finances publiques « perdraient » des miyards. Vu de mon côté, quand les finances publiques « perdent des recettes », ce sont les citoyens qui font des économies, mais je reconnais que c’est ultra-libéral.

    La Parisien poursuit : « Déjà testé ? » Mais oui ! « Les six semaines de congés payés sont une réalité pour de nombreux Français : selon une étude du ministère du Travail publiée en 2017, ceux-ci déclaraient en 2015 avoir en moyenne 33 jours de congés annuels. Soit 6,6 semaines de repos. »

    Une moyenne fortement influencée par les avantages des fonctionnaires, à mon avis, mais ce que j’en dis…

    « Alors, jouable ou pas ? Il suffit d’un texte de loi pour entériner la sixième semaine de congés. »

    Voilà : il suffit d’une loi. Excusez-moi d’être un peu vulgaire, mais qu’est-ce qu’on s’emmerde ? Qu’est-ce qu’on attend ?

    « Encore faut-il que l’idée séduise une majorité de parlementaires. »

    Ah ! voilà. C’est la faute à ces maudits parlementaires, qui font rien qu’à nous embêter. Alors qu’il suffirait d’un tout petit vote pour « débloquer » la sixième semaine de congés payés, de même que l’Etat passe son temps (moyennant quelques grèves et manifestations) à « débloquer » des fonds. Bloqués jusqu’alors par le gros cul des parlementaires fermement assis dessus.

    Faisons le bilan :

    « Les + d’une telle réforme… »
    « Plus de temps libre pour les salariés »
    « Plus de bénéfices pour l’industrie des loisirs et du tourisme »

    « …Et les – : »
    « Augmentation du coût du travail »
    « Baisse du budget de l’Etat »

    Moi je dis : puisque allonger les vacances permet de créer des emplois et d’augmenter les bénéfices des entreprises du tourisme, autant s’éviter des lois successives et voter tout de suite les 52 semaines de congés payés. Avec tous les emplois créés, le chômage disparaîtra radicalement.

    Ça fait des jours et des jours que Le Parisien publie ce genre de « bonnes idées »…

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  10. Entre Brighelli sur Causeur et la Paméla Rougerie du Parisien qui inondent les cerveaux de nos concitoyens pour les rendre encore un peu plus crétins, c’est la consternation totale.
    Alors qu’en quelques chiffres et quelques comparaisons, on met en évidence nos faiblesses :
    https://entrepreneurs-pour-la-france.org/Libres-propos/article/Le-Grand-Debat-contributions-d-EPLF
    Sans doute les règles de base de l’arithmétique fonctionnent-telles différemment chez nous ?
    Une des plus fortes redistribution sociale au monde avec un faible PIB, sont totalement explosifs.

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