Ah oui, au fait : que financent 1000 € de dépenses publiques ?

Pour alimenter le Grand débat, le gouvernement a publié une fiche très instructive sur les dépenses publiques. Tout y est, ou presque. Et si maintenant on additionnait 2 et 2 ?

Voilà, le « Grand débat national » voulu par Emmanuel Macron pour répondre à la colère des Gilets jaunes est lancé ! Lettre de cadrage, road show présidentiel auprès de 600 maires de Normandie, standing ovation finale – ne dirait-on pas que le Président retrouve les élans rassembleurs de sa campagne électorale ?

C’est du moins ce que veulent croire ses équipes à l’Elysée. Et c’est ce qui laisse penser qu’il est plus soucieux de reconquérir l’opinion dans un mélange de « je vous écoute mais je garde le cap » qu’en quête d’une « nouvelle prospérité française » (comme dirait Bruno Le Maire).

Si aucune élection n’est prévue pour trancher les termes du débat, comme c’est le cas lors de l’élection présidentielle en France, se profilent néanmoins les élections européennes. Dans ce contexte, le débat apparaît plus que jamais comme la planche de surf qui va permettre à Emmanuel Macron d’affronter en même temps la houle des Gilets jaunes et ce nouveau défi électoral.

Du reste, on voit mal comment le gouvernement pourra matériellement « tirer toutes les conclusions » de ce qui se sera exprimé dans les cahiers de doléances et au cours des débats, conformément à la promesse du Président dans sa Lettre aux Français, d’autant que certains présupposés sur la supériorité morale de notre modèle social semblent figés d’avance.

L’instrumentalisation est claire et les retombées réelles plus que douteuses. Et pourtant, … ce débat n’est pas complètement inutile !

Non seulement il pousse chacun à réfléchir, mais je dois dire que j’ai presque été agréablement surprise en parcourant la fiche de cadrage consacrée au chapitre Fiscalité et dépenses publiques du Grand débat. Je vous invite vivement à la lire car elle est incroyablement révélatrice du fait qu’en France, nos dirigeants – en tout cas les actuels – même avec toutes les données sous les yeux, sont soit incapables soit totalement réticents à additionner 2 et 2.

Comme vous le savez, le débat doit s’articuler autour de 4 grands thèmes. Selon l’ordre donné par le Président dans sa lettre, nous avons : 1. la fiscalité et les dépenses publiques, 2. l’organisation de l’Etat et des services publics, 3. la transition écologique et 4. la démocratie et la citoyenneté. A noter que la transition écologique est passée en tête sur le site du Grand débat.

Chaque thème est assorti d’une fiche qui pose un diagnostic ou un état des lieux, liste des enjeux et suggère ensuite des questions afin d’alimenter le débat. Inutile de dire que l’état des lieux fixe un cadre idéologique des plus rigides.

Par exemple, dans sa lettre, Emmanuel Macron débute son topo sur la fiscalité par « L’impôt est au cœur de notre solidarité nationale. » Ou comment la « solidarité » fantasmée de l’impôt bloque d’entrée de jeu toute tentation de changer le système en profondeur. Fantasmée, car sinon, la France serait le paradis sur terre, sans chômage ni pauvres, vu son niveau olympique de prélèvements obligatoires.

Dans la fiche Fiscalité et dépenses, il est bien précisé que « les impôts et les prestations assurent une redistribution des revenus », cette assertion étant étayée par des exemples sur la progressivité de l’impôt sur le revenu et les compléments de revenus qui reviennent ainsi aux 20 % de Français les plus pauvres.

De la même façon, la fiche sur la transition écologique se fait le relais d’un « contexte climatique alarmant », rattache l’ouragan Irma de septembre 2017 ou les inondations dans l’Aude d’octobre dernier au dérèglement climatique et rend la pollution de l’air responsable de 48 000 morts par an en France.

Il est bon de savoir que ce dernier chiffre – qui tourne en boucle dans les médias et jusque dans les tweets d’Emmanuel Macron – est la valeur haute d’un vaste râteau allant de 11 à 48 000. Je précise : 11, même pas 11 000 ! Quant aux ouragans, le GIEC lui-même invite à la prudence« Un faible degré de confiance est accordé à toute augmentation observée à long terme (40 ans ou plus) de l’activité cyclonique dans les zones tropicales (intensité, fréquence, durée). »

À toutes ces réserves près, la fiche « Fiscalité et dépenses publiques » est néanmoins des plus intéressantes. D’abord parce qu’elle présente un tableau intitulé « Ce que financent 1 000 € de dépenses publiques » (voir ci-dessous) et ensuite parce qu’elle l’agrémente de quelques considérations indispensables pour mesurer le pachydermisme échevelé de notre modèle social.

Nous sommes donc informés que la France dispose du niveau de dépense publique(*) le plus élevé du monde développé lorsqu’il est rapporté au PIB, soit 56,5 %. On nous avise en outre que pour financer tout cela, la France a recours aux prélèvements obligatoires également les plus élevés des pays riches, soit 46 % du PIB.

On nous apprend de plus que ces deux grandeurs sont en augmentation constante depuis 50 ans mais que les prélèvements ne suffisent pas à couvrir les dépenses ce qui génère du déficit et oblige à recourir à la dette. Nous sommes ensuite dûment prévenus qu’il n’y a que deux façons de réduire le déficit : augmenter les impôts ou baisser les dépenses.

Même sans savoir tout cela, l’analyse du tableau est en elle-même fort instructive (cliquer pour agrandir). Sur 1 000 € de dépenses, 575 €, soit plus de la moitié, vont à la protection sociale contre 60 € aux fonctions régaliennes.

Parmi ces dernières, seuls 4 € sont consacrés à la justice, administration pénitentiaire comprise. C’est un point scandaleux qui a souvent été soulevé ici : la justice est le parent archi-pauvre de notre folie dépensière, d’autant que dans le même temps, le secteur « culture » reçoit 22 €.

On voit donc clairement que les missions régaliennes sont traitées comme des quantités négligeables dans les préoccupations de l’Etat alors qu’elles devraient être les seules et qu’elles devraient être assumées avec sérieux et compétences, ce qui est très loin d’être le cas.

On voit également que les retraites par répartition sont devenues le poids lourd de la protection sociale. Il n’est alors guère étonnant qu’elles servent souvent d’ajustement à la marge pour construire un budget dans les clous des 3 % de déficit autorisés par l’Union européenne, comme c’est le cas de façon purement discrétionnaire dans le projet de loi de finances pour 2019 (augmentation des pensions inférieure à l’inflation).

L’éducation dépasse le régalien de près de 60 % (96 € contre 60 €), c’est sympathique, mais ne signifie rien tant que les performances du système n’ont pas été comparées à ce qui se fait dans les autres pays du monde développé – qui tous, rappelons-le, dépensent globalement moins que nous. Or justement, la France n’a guère de quoi pavoiser, ainsi que je le rapportais récemment dans l’article « Et la dette scolaire ? »

Là réside en effet la grande faiblesse de cette fiche : non seulement elle ne donne pas les montants réels correspondant à la base 1 000 retenue, soit 1 292 milliards de dépenses publiques (56,5 % du PIB), 1 063 milliards de prélèvements obligatoires (46 % du PIB) et une dette qui frôle les 100 % du PIB pour un PIB de 2 290 milliards d’euros en 2017, chiffres qui donnent le vertige, mais elle ne dit rien sur le degré réel de « solidarité » que tant de dépenses, d’impôts et de redistribution ont permis d’obtenir.

Or la comparaison avec nos pairs du monde développé nous est très défavorable, aussi bien en matière d’emploi (voir ci-contre) que d’éducation ou de paix sociale.

Ce sont pourtant des données que nos dirigeants n’ignorent pas. Dépenses les plus élevées, prélèvements obligatoires les plus élevés, déficit public tous les ans, dette caracolante et résultats sociaux médiocres quand les autres font mieux : il serait temps d’additionner 2 et 2.

Mais l’idéologie de la « solidarité » par l’impôt, donc par l’intermédiation illimitée de l’Etat, est tellement incrustée dans les mentalités françaises, que les seules idées de réforme qui viennent aux esprits les plus audacieux consistent à protéger notre modèle social coûte que coûte, quitte à le « moderniser » un petit peu, genre prélèvement à la source. Ça promet …


(*) Les dépenses publiques et les prélèvements obligatoires englobent respectivement tout ce qui est dépensé ou prélevé par les 3 composantes de la puissance publique : l’Etat central et ses agences, les collectivités territoriales, les organismes de sécurité sociale.


Illustration de couverture : Extrait de la fiche Fiscalité et dépenses publiques disponible sur le site internet du Grand débat national.

27 réflexions sur “Ah oui, au fait : que financent 1000 € de dépenses publiques ?

    • Tout à fait.
      Idem pour toutes les autres subventions, notamment à la presse et à de multiples associations des plus fantomatiques, idem pour la culture, l’audiovisuel public, etc.
      Idem pour la sécu et l’éducation qui pourraient très bien être démonopolisées (voir mon article Pays-Bas)
      Idem pour les retraites qui pourraient très bien comporter au choix une part de capitalisation, etc…

      J'aime

  1. Rien d’autre à ajouter à mon précédent commentaire de La lettre aux Français sur le gaspillage organisé. Il faut impérativement, selon moi, prioriser, orienter et écrémer.

    Lorsque on constate le niveau de notre Édulc…Éducation Nationale et la qualité de notre audio visuel public, de surcroît à l’information garrottée, je ne peux que souscrire à la fin d’un monopole dirigiste.

    J'aime

  2. Je me suis « amusé » à reproduire deux tableaux : celui, incontestable, proposé par ?? à l’occasion du grand débat (Intitulé: « Ce que financent 1000 € de dépenses publiques »). et celui publié par le Ministère des finances (Source : Répartition du budget de l’État en France en 2018, en fonction du poste de dépense (en millions d’euros, sur le site « https://fr.statista.com/statistiques/477617/repartition-budget-etat-selon-poste-depense-france/ »), que j’ai rapporté à 1000 € par une simple règle de trois.
    Bien entendu, il est très difficile de s’y retrouver, vu les présentations !
    J’aimerais vous les faire parvenir (format Excel ou pdf, à votre convenance… car je ne peux les fournir dans ce commentaire (en pièce jointe).
    Exemples (budget total présenté par le Ministère : 446,248 millions d’euros) :
    Justice (1000 €) = 4 €, (Ministère = 8,722 millions €, soit 19,55 € pour 1000)
    Armée – défense – (1000 €) = 31 €, (Ministère = 42,551 millions €, soit 95,35 € pour 1000)
    A noter que les postes de dépenses présentés par le Ministère sont plus détaillés, évidemment, que ceux présentés sur la fiche « Grand débat », mais qu’ils n’ont pas les mêmes intitulés ! -:(
    Enfumage ?

    J'aime

    • Bonjour,
      Enfumage sans doute. La technique est classique lors des présentations de bilan annuel. Les occurrences changent de nom, d’emplacement et ne concernent plus les mêmes postes d’un an sur l’autre.
      Là, il fallait jouer la transparence « officielle » comme les comptages selon les syndicats, la police et les GJ.
      Bonne journée

      J'aime

    • C’est toujours très compliqué de s’y retrouver.
      Parle-t-on des budgets des ministères, ou des budgets par mission ?
      Parle-t-on des budgets avec les retraites des fonctionnaires en retraite ou sans ? etc.
      Mais le tableau du Grand débat est malgré tout assez parlant et correspond peu ou prou à ce qu’on sait de notre modèle social.
      Ce qu’on sait aussi c’est qu’au total, on a dépensé 1 292 milliards d’euros en 2017 soit près de 57 % du PIB, soit le plus haut niveau de tous les pays développés. On n’en sort pas.

      J'aime

      • C
        Oui, c’est bien cela, mais l’idée n’était que de transposer les proportions des dépenses globales de la nation à celles de l’état, en essayant d’y trouver une corrélation…
        La présentation est très orientée : celle des 1000 € dépensés montre bien que la dépense principale (où l’on crie « Haro sur le baudet », à savoir le « retraité qui coûte si cher » et doit « faire un effort de solidarité » n’est pas (sciemment ?) scindé entre retraités du public et retraités du privé (pour faire masse ?).
        Par exemple, le financement des retraités du privé est à la charge des sociétés (part patronale) et des cotisations (part salariale) des actifs du privé ; le financement des retraités du public est entièrement à la charge du contribuable (y compris retraités !) et en plus, sauf démenti, l’état-patron se dispense régulièrement de contribuer à leur abondement au budget de la sécurité sociale (ou -à tout le moins- le retarde…).
        Petit distinguo : dans le privé on dit « retraite », dans le public, il s’agit de « pension » est-ce anodin ?).

        J'aime

      • @ Jean-Philippe Cros

        Je ne crois pas que les retraites du public soient entièrement à la charge du contribuable.

        Par ailleurs, il faut cesser de raisonner en termes du « retraité qui doit faire des efforts » (et donc c’est pas bien, en fait il devrait pas en faire). Tout le monde doit faire des efforts, c’est un problème collectif, on parle de politique, on n’est pas en train de distribuer des bons points aux individus.

        Si on dit « il faut arrêter l’immigration africaine », c’est pas parce qu’on est méchant avec les Noirs. C’est parce qu’il faut arrêter l’immigration africaine.

        Si on dit « il faut réformer les retraites de fond en comble », c’est pas parce qu’on est méchhant avec les retraités. C’est parce que l’état du système de retraite en France est dramatique, et que simultanément les Gilets jaunes veulent encore l’aggraver.

        Parmi leurs revendications, figurent encore une retraite plus précoce (alors qu’elle aurait dû, au contraire, être retardée depuis longtemps), une retraite encore plus précoce pour « les métiers pénibles » (ouvrant ainsi la voie à un siècle de discussions de chiffonniers où chacun prétendra être plus « pénible » que le voisin, exactement comme avec l’usine à gaz fiscale et ses milliers d’exceptions), et bien entendu un refus de la retraite à points, ne parlons pas de la capitalisation ou de la privatisation.

        J'aime

  3. Je suis entièrement d’accord avec la vision concernant la fiche sur la transition écologique et l’alarmisme ambiant démesuré.
    Pour le reste, volet fiscal, encore une fois le problème n’est pas seulement ce que l’on prélève, mais surtout ce que l’on en fait dans cette France des courants d’airs …
    Je n’ai qu’à laisser ma maison ouverte à tout le monde, je vais rapidement voir mon frigo se vider jusqu’au moment où je n’aurai plus rien à manger … C’est ainsi de la France et de la mentalité des bisounours qui veulent accueillir toute la misère du monde !
    Commençons par nous mêmes et essayons d’aider ailleurs, mais pas en fragilisant à l’extrême notre modèle social.
    Moins de monde = moins de besoins = moins de prélèvements

    J'aime

  4. Bonjour,
    Merci de votre analyse, qui permet de bien voir que l’ État gère mal le « régalien » pour s’occuper du social (à des fin électoraliste).
    Mais quand en préambule, l’Etat considère que le premier rôle des impôts, est la redistribution des richesses, rien de doit nous surprendre.
    HS, j’ ai eut une pensée hier soir à votre blog, en regardant rapidement l’émission Envoyé Spécial sur France2, sur la thématique du méchant glyphosate, qui vas tous nous tuer l

    J'aime

  5. « je dois dire que j’ai presque été agréablement surprise en parcourant la fiche de cadrage consacrée au chapitre Fiscalité et dépenses publiques du Grand débat. »
    Moi aussi et vous l’avez bien commenté.
    Il aurait été rigolo de présenter l’envers du tableau, le détail des recettes et en même temps les coûts de collecte pour chacun des postes. Histoire de montrer au hasard que la redevance télé, les prélèvements des entreprises, tabac, fiscalité locale, IFI (IFS)…, taux des divers emprunts, coûtent quelquefois plus cher que leur rapport sauf à employer des fonctionnaires donc en résumé du shadock qui pompe.
    Car en nombre de fonctionnaires du fisc, on détient aussi le record planétaire, un de plus :
    http://www.ifrap.org/fonction-publique-et-administration/avons-nous-trop-de-fonctionnaires-au-ministere-des-finances
    Réduire les fantasmes sur les milliards de l’évasion fiscale, les dividendes du CAC, bref que faire payer les riches qui ne se sont pas encore barrés ou qui ont depuis longtemps usé des meilleures ficelles pour arrêter de se faire voler ou spolier, présente un coût très prohibitif.
    Une fiscalité simple et démocratique (flat tax exempte de niches) apparaitrait plus facilement de bon sens puisque c’est aussi l’objet de la fiche !.

    J'aime

  6. A propos de « l’envers du tableau » et les coûts de prélèvements, un député eut la brillante idée (récurrente) de taxer les bateaux de plaisance anciens qui ne réglaient pas de droits de francisation (encore un trux hexagonal). Entre les bateaux partis aux antipodes, ceux abandonnés, il en résulta un coup moyen de recherches (hors salaires) de 125 ke pour une recette de 5000 e. L’opération ne fut pas renouvelée. Il aurait été pragmatique d’effectuer une étude marché préalable. Mais bon, la start up nation survit sans gestion de bien social.

    J'aime

  7. Merci, Nathalie, pour avoir attiré notre attention sur ce document, que je n’aurais jamais eu le courage d’aller consulter de mon propre chef.

    Il est en effet très intéressant. Pour commencer, il est simple. C’est la première fois que je comprends intégralement un tableau de synthèse des dépenses de l’Etat. Il est extrêmement parlant, vous avez expliqué pourquoi.

    Et il est dangereusement « ultra-libéral » : il risque de donner plein de mauvaises idées à plein de gens.

    C’est la première fois que je vois mentionné le terme de services régaliens dans un document de comptabilité publique. Bien que je déteste ce terme à cause de la contradiction qu’il renferme, il a l’avantage de désigner quelque chose de bien précis.

    Et de suggérer, par la même occasion, que tout le reste… eh bien c’est un peu superflu.

    On voit très clairement où est le gras dans lequel il faut tailler à la hache, et où sont les fameux « moyens » qui manquent, effectivement, dans le « régalien ».

    La montagne de gras, elle se trouve manifestement dans les retraites et l’assurance-maladie > mise en concurrence, privatisation. Dans l’Educ’naze > mise en concurrence, chèque scolaire. Dans les subventions aux entreprises et assoces > suppression. Dans les bureaucrates administratifs > suppressions de postes.

    Contrairement à vous, je pense que la base 1 000 euros est une bonne idée. Les miyons et les miyards, tout le monde s’y perd (*), personne n’appréhende ce que cela veut dire. Tandis que 1 000 euros, c’est juste assez faible pour que ce soit concret pour tout le monde, et juste assez élevé pour que les détails soient visibles.
    ______

    (*) Sauf vous, mais on sait bien que vous avez une calculette à la place du coeur…

    Aimé par 1 personne

  8. 1) Vous dites que la France dépense plus en matière d’éducation que d’autres pays développés.

    C’est en effet le cas en terme de % du PIB, mais avez-vous tenu compte du fait qu’il y a (pour les classes d’âge actuellement scolarisées) plus d’enfants par femme qu’ailleurs ? Par exemple, 2 enfants par femme en France, au lieu de 1,4 en Italie ou en Allemagne.

    Dès lors, si vous comparez la dépense par élève, la France dépense en fait moins que la plupart des pays développés (dans le dernier document de l’OCDE, regards sur l’éducation, moins que US UK DE par exemple ; et l’écart avec DE serait encore plus grand si DE finançait les repas de midi de ses élèves, c’est à dire les cantines, ce qu’elle ne fait généralement pas).

    Par ailleurs, les tests internationaux TIMSS qui étaient passés il y a une vingtaine d’années montrent un très fort avantage de la France à cette époque en terme de formation scientifique (nettement plus d’élèves en équivalent filière C ou D que les autres pays, avec les meilleurs résultats en mathématiques et des résultats supérieurs à la moyenne en physique).

    Donc ce n’est pas la structure du système d’enseignement qui est en cause dans les moins bons résultats actuels, mais les changements de programme. Changements de programme pour lesquels, en ce qui concerne la filière scientifique, M. Blanquer porte une lourde responsabilité (réforme Sarkozy Fillon des lycées, commentée sur le site de la société française de physique il y a quelques années).

    2) Vos critiques sur la dépense publique me semblent superficielles, car elles comparent les choses à périmètre différent.
    Par exemple, certains pays financent collectivement uniquement l’équivalent du minimum vieillesse / couverture santé pour les plus pauvres, et chacun se finance individuellement un complément de retraite / couverture maladie par ailleurs.
    Mais, pour savoir combien pèsent retraites ou santé sur l’économie d’un pays, c’est l’ensemble des dépenses, publiques et privées, qu’il faut prendre en compte.
    En vous focalisant sur les dépenses publiques (pourquoi ?) vous faites donc une erreur qui prive de signification les comparaisons. Et, si vous réintégrez les dépenses privées (retraites, santé, éducation) dans la comparaison, la différence entre la France et d’autres pays même libéraux s’atténue, voire s’inverse…

    3) Ce que veut montrer le document du débat, c’est que la majorité des dépenses publiques faites sont en fait directement redistribuées.
    Dernière observation : un de vos commentateurs veut faire une comparaison avec la répartition du budget de l’Etat, en espérant trouver des contradictions ; il montre par là qu’il n’a rien compris : dépense publique = budget de l’Etat + budget des collectivités + dépenses sociales, en gros.

    (NB message tout-en-un, je suis arrivé sur votre site au hasard de la navigation et n’y reviendrai donc probablement plus).

    J'aime

    • 1. « Donc ce n’est pas la structure du système d’enseignement qui est en cause dans les moins bons résultats actuels, mais les changements de programme. » :
      Ca fait plus de 20 ans que ça dure. Collège unique, obsession d’envoyer 80 % d’une génération au bac, pédagogisme effréné, faiblesse de l’apprentissage, hausse des effectifs d’élèves…. Le mammouth n’est plus capable de s’adapter aux profils variés des élèves.
      —> Voir exemple de l’Ecole privée hors contrat La Cordée de Roubaix : https://leblogdenathaliemp.com/2017/10/15/ecole-la-cordee-privee-hors-contrat-et-pourtant-elle-tourne/

      2. Je ne me focalise pas sur la dépense publique, je me focalise sur la dépense publique et les prélèvements élevés et la dette publique qui vont avec pour des résultats médiocres. Evidemment que les pays qui ont moins de dépenses publiques car ils ne monopolisent pas la santé, l’éducation, la retraite etc. ont à côté les dépenses privées que chaque citoyen peut choisir ! Il n’empêche, on a quand même plus de chômage qu’ailleurs, moins de croissance et un système scolaire branlant.
      —> Voir exemple des Pays-Bas : https://leblogdenathaliemp.com/2019/01/13/reforme-liberale-cest-possible-lexemple-edifiant-des-pays-bas/

      3. Remarque parfaitement inutile : en ce qui me concerne, seul mon texte compte et j’ai justement mis en note ce que recouvrent les dépenses publiques. Ce n’est pas la première fois que j’écris là-dessus.

      (NB « je suis arrivé sur votre site au hasard de la navigation et n’y reviendrai donc probablement plus » :
      Quel coup dur ! Mais je crois que je finirai par me faire une raison.)

      J'aime

    • @ En passant @ Nathalie MP

      Une fois de plus, nous avons ici la célèbre réfutation anti-libérale dite pile je gagne, et face tu perds. Cet argument fallacieux est très courant. Je l’ai entendu soutenir sur des médias sérieux par des « économistes » et des « experts » bardés de références, c’est pourquoi il est très important de savoir le détecter, et de le pulvériser systématiquement — et la crédibilité de son auteur avec. L’argument se déroule ainsi :

      Un débatteur normal (c’est à dire libéral) fait remarquer que, décidément, la dépense publique en France, ça ne peut plus durer, nous sommes les recordmen du monde, regardez le pays A ou le pays B, ils dépensent nettement moins que nous, et peut-on dire qu’ils nagent dans la misère ou le malheur ?

      Sort alors du décor l’étatiste de service, qui vous dit : oui, MAIS, dans le pays B, y dépensent des miyards de leur poche pour la retraite, la santé ou l’entretien des jardinières de fleurs sur les balcons, et quand on additionne la dépense privée et la dépense publique ça revient au même (voire c’est pire), ET DONC autant que ce soit de la dépense publique.

      L’impudence de ces gens-là est vraiment phénoménale. Ils ne sont jamais escortés hors du studio roulés dans le goudron et les plumes, on ne les oblige jamais à faire le tour du blog à cloche-pied en demandant pardon.

      Alors qu’on devrait.

      Personne ne leur fait remarquer que cela revient à soutenir une chose et son contraire. Personne, d’ailleurs, ne remet en cause leurs prétendues statistiques selon lesquelles, si on additionne la dépense privée et la dépense publique, c’est égal ou supérieur, parce qu’évidemment personne n’a les stats adéquates sous la main.

      Le gazier d’en face peut tranquillement affirmer n’importe quoi, puisqu’il vient de déplacer la cage de buts à roulettes, de changer le sujet pour éviter la discussion sur le fond.

      Mais surtout, cela équivaut à soutenir que la dépense publique et la dépense privée c’est pareil, que la dépense publique c’est le réglage par défaut, que tout l’argent que vous gagnez appartient par défaut à l’Etat, et que donc, pourquoi vous fatiguer à faire la dépense vous-mêmes, alors que l’Etat, infiniment plus savant et plus sage, peut, mieux que vous, faire votre bonheur à votre place ?

      Autrement dit, c’est une pétition de principe. Cela équivaut à démontrer l’axiome de départ par cet axiome lui-même. Puisque la dépense publique c’est bien, alors la dépense publique c’est bien.

      Alors que c’est exactement l’inverse. Justement. Un euro de dépense publique n’est pas égal à un euro de dépense privée. La dépense privée est préférable à la dépense publique. La dépense publique est par nature inefficace, alors que la dépense privée est par natureefficace. La dépense privée est une dépense libre, déterminée par les multiples signaux du marché, conduisant l’homme à disposer du fruit de son travail comme il l’entend, alors que la dépense publique est une dépense imposée, détachée de toute concurrence et tyrannique.

      Dans la plupart des cas, la privatisation aboutit à une baisse des dépenses. Et si, par exception, elle aboutit à une augmentation de la dépense globale, alors c’est aussi une bonne chose, car cela prouve que c’est cela que veulent réellement les gens.

      Par exemple, si l’on instaurait en France des lois libérales sur le port d’arme et la légitime défense, similaires à celles qui existent aux Etats-Unis, il n’est pas exclu que la somme des dépenses globales de l’Etat et des particuliers (armement personnel, recours à des sociétés de sécurité) devienne supérieure à ce que nous coûte la police aujourd’hui.

      Cela voudrait simplement dire qu’en effet, il était nécessaire de dépenser plus dans ce but, et que seule l’oppression étatique laisse faire, actuellement, une délinquance endémique et envahissante.

      Et quand, par exception à l’exception, la privatisation aboutit à une dépense excessive, eh bien là encore c’est dû à une intervention intempestive de l’Etat. Exemple que les gros malins étatistes sortent rarement (parce qu’ils sont trop stupides même pour défendre leur propre cause), la santé aux Etats-Unis. Elle est largement privée (mais pas entièrement), et pourtant elle coûte beaucoup, beaucoup plus cher que partout ailleurs dans le monde — y compris en France, pourtant champion dans ce domaine.

      Pourquoi ? Parce qu’il y a une énorme distortion de concurrence imposée par la loi : les dommages et intérêts phénoménaux qu’il est possible d’obtenir en justice en cas de faute médicale alléguée (joints aux honoraires pharaoniques des avocats) conduisent à des primes d’assurance astronomiques. Quand vous payez votre médecin, vous ne financez pas vos soins : vous engraissez la corporation des avocats et des assureurs. La loi impose une distortion de concurrence en faveur (prétendument) des patients, et in fine ce sont les patients qui l’ont dans le baba, parce que la médecine est hors de prix.

      J'aime

      • « La dépense publique est par nature inefficace, alors que la dépense privée est par nature efficace. La dépense privée est une dépense libre, déterminée par les multiples signaux du marché, conduisant l’homme à disposer du fruit de son travail comme il l’entend, alors que la dépense publique est une dépense imposée, détachée de toute concurrence et tyrannique. »

        Exactement.

        J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.