Contre les « fake news », vive le marché libre de l’info !

Mise à jour du 30 mai 2018 : La loi contre les « manipulations de l’information » est en cours d’examen à l’Assemblée nationale. Pas une bonne idée selon moi. Voici ce que j’en disais en début d’année quand Macron l’avait annoncée :

L’année 2018 commence à peine et c’est déjà bien mal parti pour les libertés ! Dans ses voeux à la presse du mercredi 3 janvier dernier, Emmanuel Macron a annoncé un texte de loi contre les « fake news » (ou fausses nouvelles) en période électorale ainsi qu’un élargissement des pouvoirs du CSA à cet effet. Par un retournement du sens des mots particulièrement insidieux, ce tour de vis serait donné au nom des idées libérales contre les pratiques de « démocraties illibérales ». 

« Si nous voulons protéger les démocraties libérales, nous devons savoir être forts et avoir des règles claires. C’est pourquoi j’ai décidé que nous allions faire évoluer notre dispositif juridique pour protéger la vie démocratique de ces fausses nouvelles. » (Voir vidéo, 45″)

Il existe certes de vastes régions du monde et de nombreux  pays qu’on peut aisément qualifier d’illibéraux et dont la presse brille surtout par son manque criant de liberté et sa ressemblance frappante avec la propagande étatique la mieux orchestrée. Les opinions dissidentes y sont pourchassées sans relâche et leurs auteurs, blogueurs privés ou journalistes, sont calomniés, arrêtés, fouettés et parfois assassinés.

J’ai eu l’occasion de constater par moi-même que les autorités turques ont bloqué l’accès au site internet Wikipédia. Selon certains observateurs, la Turquie demanderait à l’encyclopédie en ligne de supprimer des contenus « soutenant des terroristes ». Autrement dit, selon le point de vue d’Erdogan, Wikipédia répand des informations fausses qu’il est urgent d’interdire plutôt que d’en démontrer la fausseté si fausseté il y a. Pour un dictateur, qui s’est en outre octroyé des pouvoirs renforcés par un référendum gagné de justesse où l’on ne compte plus les irrégularités, on tombe vite dans les fake news.

C’est pourquoi il est hallucinant et très préoccupant de voir Macron s’avancer, au nom de la protection de la liberté, sur une voie qui s’apparente de si près à celle de douteux démocrates, selon le schéma déjà observé pour la loi Renseignement et le maintien de l’Etat d’urgence pour lutter contre le terrorisme : pour mieux combattre les ennemis de la liberté, faisons comme eux, c’est-à-dire réduisons les libertés !

• Pour une démocratie libérale, « être fort » signifie être capable de s’en tenir à ses principes fondateurs. La répression doit s’appliquer aux atteintes aux personnes (y compris diffamation dans certains cas) et à leurs biens, mais à celles-là seules. La tenue de propos déplaisants tels que ceux de Dieudonné sur les Juifs ne peuvent donner lieu à des poursuites ou à une interdiction (que Manuel Valls  appelait de ses voeux).

En revanche, dans un contexte où la diversité des opinions et des informations est préservée, de nombreuses opinions contraires auront la possibilité de s’exprimer pour montrer combien les thèses de Dieudonné sont infondées et malfaisantes. C’est ce débat qu’il faut protéger, pas une liste étatique d’opinions admises, aussi mignonnes soient-elles.

Que vaut une « bonne » opinion, si elle est la seule possible ? Comment être certain qu’une fausse nouvelle ou une « mauvaise » opinion est bien fausse ou mauvaise, si l’on ne peut pas la rejeter par nous-mêmes après analyse des différents arguments en présence ? D’ailleurs, en quoi l’acteur étatique serait-il plus à même que nous de déterminer quelles informations et quelles opinions ont droit de cité, sauf à nous prendre tous pour de véritables imbéciles ? On voit combien la pente vers la propagande est glissante – et combien nos lois mémorielles constituent déjà un gros coup de canif dans la liberté d’expression.

De plus, l’expérience a montré à maintes reprises que toutes les tentatives d’interdiction n’ont jamais réussi à mettre fin à une pratique ou une rumeur et tendent au contraire à lui donner un surcroît d’intérêt. En matière d’information et d’opinion, le public se demande naturellement ce qui se cache derrière l’interdiction et nombre de personnes ont tôt fait de penser que si le gouvernement n’avait rien à se reprocher, il n’interdirait pas. Conclusion : le gouvernement est coupable de ceci ou cela ; il cherche à se protéger en verrouillant l’information ; nous sommes tombés en dictature. Bref, l’interdiction renforce les croyances qu’elle voulait combattre et stimule les théories du complot.

C’est exactement ce qu’a pu constater Facebook. Régulièrement accusés de servir de trop bons vecteurs à la propagation quasi instantanée de fake news aux quatre coins du globe, les réseaux sociaux ont été sommés de faire le ménage chez eux. Les dirigeants de Facebook considèrent plutôt qu’ils n’ont pas à être « les arbitres de la vérité », mais ils ont commencé tant bien que mal à mettre des contrôles en place et butent sur l’irrésistible charme de l’interdit ou du sulfureux désigné comme tel :

« Indiquer avec un drapeau rouge qu’un contenu est faux ne suffit pas à changer l’opinion d’une personne, et peut même avoir l’effet inverse. »

.
• Etonnamment, les « déboires » de Macron lui-même avec les fake news, une en particulier, auraient dû lui montrer combien il est préférable d’affronter ce type d’information dans un contexte de liberté plutôt que dans le cadre d’une information administrativement restreinte. Lors du débat d’entre-deux tours de la présidentielle, Marine Le Pen, alertée par une info sortie quelques heures plus tôt, a lancé à Emmanuel Macron :

« J’espère qu’on n’apprendra pas que vous avez eu un compte offshore aux Bahamas. »

Si cette « nouvelle » a été rapidement et abondamment relayée sur les réseaux sociaux, elle a aussi motivé de multiples internautes, sites internet, journalistes, etc. à en retracer l’origine et à étudier les documents censés prouver l’existence d’un tel compte. Il a suffi de quelques heures pour la reléguer au rang de la fake news mal ficelée qu’elle était.

Finalement, Emmanuel Macron a été élu Président, les sites qui ont participé sciemment à la diffusion de cette info sont devenus suspects aux yeux de ceux qui recherchent la fiabilité, et Marine Le Pen, en plus d’avoir brillé par son incompétence pendant le débat présidentiel, est apparue comme une vulgaire colporteuse d’info non vérifiée. S’il y avait eu une interdiction, l’information aurait circulé quand même, elle aurait été prise au sérieux par de nombreux internautes parce que diffusée par des sites interdits, et elle n’aurait jamais pu être contestée ouvertement et définitivement.

• L’information, la vie intellectuelle, les idées … forment un marché qui, comme tous les marchés, fonctionne d’autant mieux qu’il est libre. Tout marché qui commence à subir des distorsions, que ce soit par l’encadrement des prix, la distribution de subventions, un numerus clausus ou diverses autres réglementations, est un marché faussé qui génère tôt ou tard le mécontentement de ses acteurs. Il en va de même dans le domaine des idées. A partir du moment où il est question d’encadrer certaines idées, d’en interdire d’autres et de favoriser certains thèmes, on débouche inéluctablement sur une vie intellectuelle en route pour l’appauvrissement.

Cette propension a vouloir éradiquer les fake news et les organes de presse ou sites internet qui les diffusent arrive au moment précis où les médias traditionnels, comme bien d’autres secteurs d’activité, se trouvent confrontés à une révolution technologique qui modifie complètement la pratique du métier. La généralisation du numérique dans nos vies a permis l’apparition de nouveaux acteurs de l’information qui entrent en concurrence directe avec eux.

Le Monde, Le Figaro et leurs semblables se retrouvent dans la position des taxis face à Uber. Assurés de boucler leurs fins de mois grâce aux subventions plus ou moins bien camouflées de l’Etat français (aides directes + aide postale), ils vivotaient gentiment, sans sentir la moindre obligation d’améliorer leur offre. Mais des journaux en ligne sont arrivés, souvent avec un parti de spécialisation et souvent avec l’idée de s’intéresser à des sujets que la presse traditionnelle ne traitait jamais, soit par paresse, soit par idéologie.

A partir de là, comme pour les taxis ou l’hôtellerie classique, deux possibilités pour les médias : repenser complètement leur offre, faire acte d’indépendance et d’audace, renouveler le traitement des sujets, élargir leur champ intellectuel, chercher la précision dans la façon de communiquer les informations … afin de relancer l’intérêt des lecteurs ; ou faire du protectionnisme en déconsidérant la concurrence comme non fiable et en réclamant à l’Etat qu’il mette bon ordre dans tous ces prétendants médias.

C’est précisément ce qu’a fait le journal Le Monde. Plutôt que de laisser les lecteurs juger par eux-mêmes, son Decodex vous mâche le travail en classant les sites d’information en 4 catégories : fiable, moyennement fiable, pas fiable et satirique. Vous apprendrez sans surprise que les médias traditionnels allant de la droite bon teint à l’extrême-gauche sont fiables. L’Humanité, qui tresse des lauriers à Che Guevara, est fiable. Le Monde s’auto-qualifie de « quotidien et site Internet d’information généraliste » (comme s’il n’avait pas ses partialités !) tandis que Le Figaro, tout en étant labellisé fiable, est brocardé « de droite ». Les sites satiriques sont à l’évidence satiriques. Le reste n’existe pas.

Emmanuel Macron se déclare naturellement très attaché à la liberté de la presse. Or le seul problème qu’il discerne dans la presse française serait les conflits d’intérêt entre actionnaires et rédactions :

« Les bouleversements dans l’actionnariat des médias suscite parfois une certaine inquiétude sur la liberté de la presse. » (vidéo, 30″)

Ces conflits d’intérêt peuvent effectivement exister, mais ils ne pèsent pas grand chose par rapport aux connivences qui lient souvent ces mêmes actionnaires avec l’Etat. De plus, dans un marché libre de l’information où de multiples positions peuvent s’exprimer, il est parfaitement normal d’avoir une « ligne éditoriale ».

Le véritable conflit d’intérêt réside plutôt dans les subventions que la presse française reçoit et dans l’existence d’un audiovisuel public qui représente 4,5 milliards sur les 10 milliards d’euros du budget 2018 du ministère de la Culture. La seule façon de redonner confiance dans les médias, leur permettre de s’améliorer et trouver un modèle économique viable consisterait à supprimer complètement les subventions qu’il reçoivent et à abolir la notion d’audiovisuel public.

Dans fake news, il y a news, c’est-à-dire « nouvelles », « information ». S’attaquer aux fake news, avec toute la subjectivité et tout le parti pris idéologique que cela comporte forcément, sans laisser les citoyens se faire un jugement par eux-mêmes dans un environnement médiatique ouvert et riche de nombreux débats contradictoires – cela reviendra, comme sur tous les marchés faussés, à créer de la pénurie et de la mauvaise qualité.

Dans le domaine des idées, cela correspondra obligatoirement à un appauvrissement de l’information et de la vie intellectuelle. Les démocraties ainsi arbitrairement « protégées » des fausses nouvelles n’auront plus grand chose à envier aux pratiques des pays pour lesquels la liberté ne signifie rien.


 Illustration de couverture : Emmanuel Macron et les médias. Photo AFP.

30 réflexions sur “Contre les « fake news », vive le marché libre de l’info !

  1. Bien venue dans la Nouvelle Inquisition française audiovisuelle et numérique en Marche.
    Big Brother Jupiter est de retour et il vous annonce la censure prochaine de toutes nouvelles qui ne lui conviendraient pas.
    Il y eut , Fahrenheit 451, il y eut 1984 (Nineteen Eighty-Four), vous allez vivre l’épopée 2018 du CSA jupitérien. Plus censeur que lui, tu meurt.

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  2. Il y peu, on parlait d’intox. On en rigolait, les réseaux sociaux et même la presse la plus officielle avaient vite fait de la démonter. Evidemment, fake news, ça fait plus sournoisement dangereux, il convient donc d’employer les grands moyens et les grands ciseaux.

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  3. La répression, c’est la sécurité, la censure, c’est la liberté, le débat, c’est la parole officielle.

    On croit rêver.

    Il est de bon ton, dans les milieux boboïdes, de fustiger la France « empesée » d’avant 68, soumise à la censure d’Etat. Il est vrai que De Gaulle interdisait de temps en temps la diffusion de tel ou tel personnalité. C’était au coup par coup et ce me semble d’une efficacité douteuse, le coup de pub étant monumental.
    Aujourd’hui, entre des lois mémorielles qui brident la parole, une presse sous perfusion d’argent publique, ce qui n’incite pas à l’indépendance d’esprit, et cette volonté de réprimer toute information non controlée, c’est bien pire.

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  4. Tout cela est parfaitement exact et partagé mais cible-t-on vraiment le sujet ? Je ne peux personnellement imaginer qu’en France, patrie du Canard, de Charlie et d’une tradition journalistique historique prompte à réagir contre les atteintes à la liberté d’expression, pays désormais quadrillé par des miriades de réseaux sociaux , ce président de moins de 40 ans rompu à la modernité, à la Com dans toutes ses formes, ait pu imaginer un seul instant pouvoir museler l’info par un quelconque dispositif réglementaire temporaire (valable seulement durant les campagnes électives) !
    Je me demande par conséquent quel est le moteur véritable de cette déclaration, dont peut-être E Verhaegue nous donne quelques indices dans son article : http://www.entreprise.news/macron-troque-lindependance-parquet-contre-liberte-de-presse/, estimant que cette diversion tombe à pic pour masquer la dépendance du parquet au pouvoir central…
    Et là, oui, c’est inquiétant.

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  5. Rassurez-vous, on va nous inventer une législation avec une haute autorité bien coûteuse et inefficace comme HADOPI créée en 2009 et dont les bénéfices sont particulièrement probants :
    https://www.nextinpact.com/news/105905-hadopi-chiffres-riposte-graduee-en-open-data-suite-a-demande-cada.htm
    Selon nos calculs, l’État aura versé au total plus de 100 millions d’euros pour faire fonctionner la riposte graduée, d’ici la mort programmée de l’Hadopi au début de l’année 2022 :
    https://www.numerama.com/politique/167402-budget-hadopi.html
    C’est fou comme certaines de nos élites ont toujours été fascinées par l’informatique, la « télématique » puis internet. Alors au lieu de laisser faire, voila qu’ils se sentent un besoin impétueux d’investir un phénomène non maîtrisable par eux sans se rendre compte que cela les dépasse infiniment.
    Ce n’est qu’une technologie ni plus ni moins comme lorsque l’imprimerie a autrefois été inventée et a produit la révolution que l’on sait. Et les tentatives de contrôle et de de censure n’ont pas manqué !
    La technologie du « numérique » est un nouvel outil qui apporte essentiellement un facteur nouveau, celui de la vitesse de diffusion mais surtout d’interactivité. C’est là qu’il y a révolution.
    Et Monsieur Macron qui se réclame le chancre moteur de la révolution « numérique » est complètement coincé dans le paradigme du besoin de contrôler pour mieux promouvoir le vrai, l’idéal. Il n’a pas compris que la rapidité de correction d’un hoax ou d’une fake news est bien plus efficace grâce à la correction par ses acteurs que par une nouvelle législation instruite par la technostructure étatique.
    Si Nathalie MP balance une sottise sur son blog, elle sera très certainement très vite corrigée par tous les acteurs du net et plus efficacement que par je ne sais quelle nouvelle autorité !
    Et ceux qui veulent vraiment croire aux fake news ou à je ne sais quel complot, c’est comme ceux qui croyaient à la sorcellerie, on ne pourra rien y faire. Internet n’est pas le problème.
    Pourtant d’autres préoccupations devraient être en matière d’informations au-delà des subventions ou (déguisés en) achats de publicités. Ils résident du fait de la concentration des agences de presse : « Les agences de presse sont rarement le point de mire du public. Pourtant, elles sont parmi les catégories de médias les plus influentes et en même temps parmi les moins connues. Ce sont des institutions clé avec une importance substantielle pour chaque système de médias. Elles sont le centre nerveux invisible qui relie toutes les parties de ce système. » (Wolfang Vyslozil, ancien gérant d’APA)
    La position de monopole de ces agences a plusieurs conséquences : elles déterminent le choix des reportages, elles décident de quoi on parle et de quoi on ne parle pas, et il est évident que les reportages sont très uniformes et ils sont souvent simplement copiés par paresse ou par manque de moyens affectés. Il y a 4 agences dans le monde :
    1.) L’agence américaine Associated Press (AP) Avec plus de 4 000 employés dans le monde entier.
    2.) L’Agence France Presse (A.F.P.), qui est quasiment publique, a son siège à Paris et emploie également environ 4 000 personnes.
    3.) L’agence britannique Reuters à Londres, est une agence privée, et emploie un peu plus de 3 000 personnes.
    4.) L’agence de presse allemande (DPA) emploie environ 1 000 journalistes dans environ cent pays.
    Si ce sont seulement ces quatre agences qui diffusent les informations des actualités mondiales, cela signifie que le droit de la population mondiale à la liberté de la presse et à la liberté d’opinion est bafoué.
    Voila monsieur Macron où se situe le problème si tant est que vous puissiez y faire quelque chose !
    Comme se plaisait à le dire Machiavel : « Il y a trois sortes d’esprit. Les uns entendent par eux-mêmes ; les autres comprennent tout ce qu’on leur montre ; et quelques uns n’entendent, ni par eux, ni par autrui. Les premiers sont excellents, les seconds sont bons, et les derniers inutiles ».

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    • A parlons-en de la liberté de la presse, car le journaliste est déjà un menteur et un affabulateur, ils écrit ce que nos élus leurs dise d’écrire, et cela est très strique.. ci ils devaient dire la vérité cela se serait..!! vu que ci ils parles de vérité, ils sera virée et ne pourra plus travailliez comme journaliste voir même, en étant indépendant..!
      Alors la Démocratie est un système ou les voleurs et les menteurs vivent sur le dos des naïfs..!!

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  6. Pour commencer le délit de diffusion de fausse nouvelle existe déjà. Le cas des fausses nouvelles ayant influencé des élections lui aussi est déjà prévu par la loi. Cette histoire de « fake news » est une vaste fumisterie… ou alors c’est que Macron veut revenir aux pratiques de censure d’un autre âge.

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  7. C’est une excellente initiative.

    Du moins, ce le serait, si elle était caractérisée par un certain discernement. Discernement dont ne font preuve, hélas, ni ses promoteurs, ni ses détracteurs.

    Emmanuel Macron a eu parfaitement raison d’annoncer des contre-mesures aux entreprises de guerre hybride menées par la Russie contre la France et ses alliés. Particulièrement pour fausser le résultat des élections. Ces opérations russes sont des actions militaires, subversives, menées par les services secrets anciennement communistes, jamais purgés, dans le cadre de la doctrine militaire officielle de la Russie, dont tout un chacun peut prendre connaissance car elle est publique.

    Même si cette guerre ne se fait pas à coups de canon, elle n’en relève pas moins de l’action militaire. En tant que telle, elle est justiciable de ripostes militaires pouvant aller jusqu’à tuer l’ennemi. Ouvertement, ou secrètement. En tant que de besoin, et comme le font les Russes.

    En tous cas, l’ennemi doit être persuadé que nous sommes prêts à utiliser des moyens mortels pour défendre notre souveraineté.

    Je regrette qu’Emmanuel Macron, contrairement à d’autres chefs d’Etat plus responsables comme Theresa May, n’ait pas suffisamment mis les point sur les i à l’égard de Moscou, se contentant de présenter l’affaire sous un jour juridique. La subversion russe ne relève pas des tribunaux ; elle relève de l’armée et des services secrets.

    En revanche, Emmanuel Macron a imprudemment élargi sa cible à l’ensemble des « fausses nouvelles » répandues en période électorale, quelle que soit leur nature et leur origine. Y compris lorsqu’elles ne participent pas, directement ou indirectement, d’une opération d’espionnage russe (ou chinoise, ou iranienne, d’ailleurs ; les Russes sont les poids-lourds dans ces opérations, mais ils ne sont pas les seuls…).

    Le problème est qu’il n’existe pas de limite absolue et incontestable entre la fausse nouvelle et la vraie. Et qu’il est particulièrement dangereux de réserver le jugement sur ce point à l’Etat d’une part, aux médias traditionnels d’autre part.

    La partie manifestement absente de la concertation annoncée par le président, ce sont tous les citoyens, blogueurs, sites d’information indépendants, qui ont pris désormais une part essentielle dans l’information et le débat. Macron a fait son annonce lors de ses voeux à la presse, réservant aux journalistes professionnels le jugement sur leurs homologues amateurs, ou en cours de professionnalisation. Lesquels menacent leur monopole… Autrement dit, on demande aux médias établis d’être juges et parties !

    Pas une seule fois, au cours de l’allocution, ne furent évoqués le rôle démocratique d’Internet, les blogs, les twitteurs sérieux et spécialisés (il en existe), les experts qui s’expriment sur Facebook… C’est comme si cette partie de la société n’existait pas, comme si elle n’avait aucun intérêt au débat, comme si elle n’apportait rien en matière de liberté d’expression, d’information inédite, d’opinion et de démocratie.

    Or, ces personnes-là devraient être au premier rang des parties consultées pour ces mesures. Elles sont susceptibles d’en être les premières victimes. Si les services russes exploitent, effectivement, une partie de la blogosphère et des réseaux sociaux dans un but subversif, les Français doivent être libres d’exercer leur liberté d’expression au travers de ces canaux.

    La politique américaine est plus cohérente : elle s’en prend spécifiquement à une entité exclusivement russe et indiscutablement subversive comme RT, en lui infligeant le statut d’agent de l’étranger.

    Trop vague, trop large, pas assez ciblée, l’initiative de Macron part d’une bonne intention, mais pourrait avoir des effets très dommageables.

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      • Et si ce n’est pas de l’information ? Si c’est de l’espionnage ? Du temps de l’URSS, un citoyen français a été arrêté par la DST. Il était « journaliste ». Son métier consistait à publier des « articles ». Qui lui étaient dictés par le KGB. Ce fut le seul agent d’influence à être condamné en France, il me semble, car il était excessivement difficile de réunir les preuves nécessaires. Mais il a bel et bien été condamné.

        Aujourd’hui, avec Internet, c’est beaucoup plus facile pour les Russes. Et beaucoup plus difficile pour nos services de contre-espionnage. Tandis que la ligne de partage est beaucoup plus floue. Faut-il pour autant faire le jeu de Moscou en faisant semblant de croire à ses protestations « journalistiques » ? C’est des pays d’Europe centrale qu’il faut s’inspirer : la Pologne, les pays baltes, la République tchèque… eux ont connu le communisme, et ils savent très bien à quoi ressemble un espion russe, ou un agent d’influence. Ils sont bien moins naïfs que nous.

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  8. On pourrait espérer qu’on mette en cause des subventions à des médias qui nous alimentent en nouvelles tout en prenant bien soin de ne pas parler de ce qui pourrait troubler la sérénité des dirigeants. Ce qui est à craindre ce ne sont pas les fausses nouvelles mais les nouvelles cachées… Parlons donc un peu de climat, de dissuasion nucléaire, de taxe carbone !!! En ex URSS on avait des samizdats, tiens tiens on s’en rapproche.
    Pauvre France, triste époque.

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  9. L’endoctrinement dès l’école primaire et un dispositif de délation signalement permettront d’éviter les fake news :
    http://www.lejdd.fr/politique/jean-pierre-mignard-le-diffuseur-de-fausse-nouvelle-ne-doit-plus-pouvoir-se-terrer-derriere-son-ecran-3538859

    La meilleure en fin d’article : il faut dire aux jeunes qu’ils ont deux grands protecteurs, les juges et les journalistes. Sic. Surtout les juges du Mur des Cons et les journalistes de connivence de la presse Pigasse.

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    • L’article de Mignard, avocat de gauche, montre que cette dernière n’a pas tardé à appliquer l’une de ses règles les plus célèbres : aucune concession arrachée à l’adversaire n’est définitive, toutes ne sont que des prétextes pour passer à la prochaine étape, il faut aller toujours plus loin.

      Macron a annoncé son dispositif comme applicable en période de campagne électorale, Mignard prend la balle au bond et rétorque : il faut faire encore mieux, et appliquer ces mesures en tout temps.

      Cette méthode s’est montrée particulièrement efficace en matière d’immigration, de législation « anti-raciste », de « protection » des « minorités » (y compris les minorités majoritaires comme les femmes), etc.

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  10. Merci pour vos commentaires !
    Effectivement, les rumeurs, les intox, les tentatives de désinfo ont toujours existé. Par exemple, pour mieux charger le dossier de Marie-Antoinette, ses accusateurs (le camp de la Terreur) ont été chercher contre elle des accusations d’inceste.
    Penser qu’on va les supprimer en les interdisant, c’est soit d’une naïveté confondante, soit d’une mauvaise foi effarante (car en effet l’arsenal juridique contre tout ce qui est diffamation etc.. existe déjà), soit le révélateur effroyable d’une mentalité de gardien de prison (dont JP Mignard – voir ci-dessus – se fait le parfait représentant).

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  11. Fake News ou pas au sujet du patrimoine de M. Macron, sujet évoqué durant sa campagne ? On ne peut rien à dire avec certitude mais c’est incohérent et il n’est pas clair », explique-t-il. Avant d’ironiser: «Peut-être qu’il a tout dépensé mais alors il faut beaucoup dépenser!». Jean-Philippe Delsol précise: «Il peut aussi avoir tout économisé mais dans ce cas-là, ça devrait figurer dans sa déclaration». Selon les deux avocats, ces incohérences devraient déclencher un contrôle de l’administration fiscale. https://www.les-crises.fr/la-fausse-fausse-affaire-des-trois-millions-evanouis-de-macron/

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  12. Sur la gravité du diagnostic (question distincte des remèdes souhaitables) :

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/01/07/97001-20180107FILWWW00120-79-des-francais-croient-au-moins-a-une-theorie-du-complot.php

    54% des Français sont d’accord avec l’affirmation que « la CIA est impliquée dans l’assassinat du président John F. Kennedy à Dallas », et 32% des Français pensent que « le virus du sida a été créé en laboratoire et testé sur la population africaine avant de se répandre à travers le monde ».

    Ces deux résultats sont atterrants, car il s’agit là de deux fausses informations fabriquées par le KGB il y a des décennies pour diffamer les Etats-Unis. Nous savons que c’est faux dans les deux cas, et dans les deux cas nous savons exactement comment les Russes ont injecté ces croyances dans l’opinion publique, à quelle date, par quels intermédiaires, etc.

    Concernant le virus du Sida, c’est encore plus grave car il suffit de prendre connaissance de cette allégation pour savoir qu’elle est fausse — du moins si l’on n’est pas complètement abruti.

    J’ajoute que 16 % des Français pensent que les Américains ne sont jamais allés sur la Lune, et que 9 % croient possible que la Terre soit plate.

    J’espère ne pas avoir à expliquer pourquoi il s’agit là de « fake news », sinon pour ajouter que la légende du faux voyage lunaire est très certainement elle aussi une opération délibérée du KGB — elle en porte toutes les marques.

    Si ces légendes tiennent encore la route un demi-siècle plus tard, alors qu’elles ont été échafaudées à l’époque du papier et des rencontres physiques entre officiers traitants du KGB et leurs agents, imaginez la terrifiante puissance des armes de désinformation aux mains des Russes à l’heure d’Internet et des faux comptes Twitter.

    Sur les contre-mesures nécessaires, un rapport sur la réaction des pays de Visegrad à la menace :

    http://www.europeanvalues.net/vyzkum/kremlin-influence-visegrad-countries-romania-overview-threat-existing-countermeasures-recommended-next-steps/

    On notera que ce rapport, rédigé en octobre dernier, classe les pays européens en 7 catégories, de A (les défenseurs de principe des valeurs libérales) à G (les collaborateurs du Kremlin). La France figure au cinquième rang, en catégorie E (ceux qui affectent d’ignorer le problème).

    Le commentaire est éclairant : « En raison de relations historiques, des importations de gaz ou de pétrole ou plus généralement du poids des relations économiques, ces pays ne se sentent pas menacés et ne reconnaissent pas la menace, sauf pour condamner l’agression russe à l’encontre de l’Ukraine ».

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    • Le Kremlin est célèbre pour ses opérations de désinformation. On peut citer aussi une opération lancée dans les années 1960 contre Pie XII à travers la pièce qui fit grand bruit « Le Vicaire » de Rolf Hochhuth.
      Mais finalement, l’URSS est tombée.
      D’autre part, des interdictions pourraient-elles empêcher les gens de se monter le bourrichon sur tout et n’importe quoi ? Il me semble que ça a toujours été le cas. Il est tellement plus affriolant de croire à des histoires de vampires.
      A mon avis, seuls l’éducation, la recherche historique et le débat argumenté peuvent faire émerger la réalité.

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  13. Pingback: Contre les fake news, vive le marché libre de l’info ! | Ombre43

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