Quand BIBA découvre « une orientation sexuelle méconnue » !

Quelle révélation ! Quel choc, même ! C’est toujours un moment d’une rare intensité que de se retrouver face à face avec son identité profonde et de découvrir enfin son orientation sexuelle, orientation sans laquelle, selon les codes de notre XXIème siècle ultra-progressiste, il est hors de question d’exister. Moi qui n’aime pas faire les choses à moitié (mon côté raisonnable) et qui fais rarement dans la demi-mesure (mon côté déraisonnable), voilà que je serais peut-être demisexuelle ! Et moi qui me croyais tout banalement hétérosexuelle ! Simplisme, quand tu nous tiens… Merci BIBA !

Je m’explique. Il y a quelques jours, parcourant comme chaque matin mon fil d’actualité Facebook, j’ai l’oeil attiré par plusieurs partages d’un article de ce magazine féminin intitulé « La demisexualité, cette orientation sexuelle méconnue ». Très inhabituelle, comme publication. Mon compte Facebook me sert presque exclusivement à faire connaître mon blog ; il est donc très politisé.

On n’y discute qu’économie et politique et on n’y parle que de Macron (bidon ou pas ?), Mélenchon (définitivement cinglé ou pas ?), Le Pen (divorce consommé avec Philippot ou pas ?) et la droite (portée disparue ou bouge encore ?) La presse people y est fort peu représentée et la presse dite féminine y est carrément absente.

Il aura fallu tout le génie motocycliste de François Hollande pour que Closer fasse brutalement irruption dans ces conversations avec ses fameuses révélations sur « L’amour secret du Président ».

Aussi, voir BIBA défiler ainsi à plusieurs reprises a de quoi m’intriguer d’autant que les publications s’accompagnent pour la plupart de commentaires moqueurs du style « BIBA découvre enfin l’amour » ou « Et maintenant il faudrait se connaître avant de s’accoupler : mais où va-t-on ?? »  Bref, les réseaux sociaux se régalent :

Et de fait, à la lecture de l’article en question, on a assez vite l’impression que le magazine, succombant à la mode qui consiste à ne plus parler que d’orientation sexuelle sans jamais parler d’amour, est en train d’enfoncer de grosses portes ouvertes à coup de concepts aussi vaseux que prétentieux.

Car de quoi s’agit-il finalement ? D’une nouvelle orientation sexuelle « méconnue » qui est apparue récemment sur les écrans radar de nos progressistes. Elle s’appelle la demisexualité, et franchement, il n’y a pas de quoi rire. Figurez-vous que les malheureuses personnes qui en sont affectées ont la fâcheuse particularité de ne pas vouloir s’engager dans des relations sexuelles tant qu’elles n’ont pas appris à connaître leur partenaire et qu’elles n’ont pas établi « un lien émotionnel fort avec lui » !

Comme l’écrit BIBA avec une docte stupeur et quelques pincettes, comme s’il était question d’examiner une bête vraiment très curieuse et vaguement répugnante :

« Il s’agit de prendre le temps de connaître un individu, jusqu’à avoir la certitude que celui-ci nous apprécie et nous estime à notre juste valeur. »

On comprend la divine surprise du magazine. Il est vrai que cette idée de se connaître avant de s’engager dans des liens charnels, c’est du jamais vu.

Une fois établi que certaines personnes souhaitent être aimées pour elles-mêmes, il est amusant de lire en conclusion de l’article : « Voilà qui est utile à savoir ! » comme s’il s’agissait de la découverte du siècle. On ne louera jamais assez BIBA pour son humour involontaire et ses judicieux conseils !

Exemple type de ce comportement sexuel gênant : l’impossibilité d’imaginer « pouvoir embrasser une personne rencontrée cinq minutes auparavant. » Vous avouerez qu’il faut avoir des idées complètement archaïques et coincées jusqu’à être sérieusement dérangé pour en arriver à des réticences aussi monstrueuses vis-à-vis de son prochain. Ce n’est même plus une orientation, c’est une déviance grave !

Alors ne restez pas plus longtemps dans l’ignorance ! Voici un petit test tout simple à réaliser vous-même à tout moment qui vous permettra de savoir à coup sûr si vous êtes demisexuel : si vous voyez Ryan Gosling/Penelope Cruz dans la rue ou à la télévision et que sa simple vue provoque dans la seconde des réactions épidermiques fortes, rassurez-vous, vous n’êtes pas atteint. Mais si, à l’inverse, vous ne ressentez rien, l’horrible verdict tombe : vous êtes demisexuel.

Par chance, l’anonymat des réseaux sociaux permet d’échanger sur cette orientation particulièrement handicapante. Tout de suite, on se sent moins seul. Si ce n’est que cette terrible maladie a bien l’air de virer à la pandémie internationale. BIBA précise que cette identité sexuelle a été « identifiée » dès 2008 mais qu’elle n’est « reconnue » que depuis fort peu de temps grâce au nombre grandissant d’individus qui font leur coming out demisexuel.

Tout le monde ou presque serait-il finalement demisexuel ? Et la demisexualité ne serait-elle pas si « méconnue » que ça ? Il faudrait demander aux amoureux ce qu’ils en pensent.

Ils nous diraient sans doute qu’on peut rencontrer une personne pour la première fois et avoir l’impression de la connaître depuis toujours et pour toujours au bout de cinq minutes, comme on peut s’apercevoir avec surprise au bout de longs mois qu’on est tombé amoureux sans s’en rendre compte. Le premier cas ne fait pas forcément de nous un fou du sexe et le second un mou du sexe. Dans la majorité des cas, notre corps va s’ajuster naturellement à nos sentiments sans avoir besoin de se raccrocher à un concept pompeux pour agir.

Cette demisexualité a été intercalée par les experts en relations sexuelles et les fétichistes du genre et de l’orientation entre 1. l’asexualité ou absence permanente de désir sexuel et non-activité correspondante (pas d’exemple politique en vue) et 2. l’hypersexualité ou présence permanente de désir sexuel et activité correspondante (tiens, un exemple politique : DSK) comme s’il ne s’agissait que d’une gradation intermédiaire entre les deux.

C’est nouveau, ça vient de sortir, tout le monde s’interroge avec angoisse d’autant que le préfixe « demi » n’est pas très flatteur. Mais à y regarder de près, ça a bien l’air de correspondre tout bêtement à la norme des rapports humains, les deux autres catégories faisant plutôt figures d’exceptions.

D’ailleurs, si l’on en croit ce que Nikki Goldstein, sexologue, a déclaré récemment au magazine américain Glamour, la demisexualité, c’est tellement spécial que ça concerne à peu près tout le monde :

« Demisexuality is about an emotional bond with someone, which might seem obvious as most of us need an emotional bond for either a sexual or romantic connection. »
La demisexualité consiste à avoir un lien émotionnel avec quelqu’un. Cela pourrait sembler évident car la plupart d’entre nous avons besoin de ce lien émotionnel pour établir un relation sexuelle ou sentimentale.

.
Ce qui est certain, c’est que ça occupe follement nos magazines féminins. Pour BIBA, n°1 incontesté de la recette infaillible en dix points pour réussir sa vie au plume, c’est bien évidemment un sujet de choix.

Mais c’est aussi une sorte de remise en perspective stupéfiante. Quand on découvre soudain, comme ça, à l’improviste, que la qualité de la relation amoureuse dépasse parfois la seule question du stakhanovisme sexuel, il devient urgent de donner une dimension « psychologique » (comme dirait Jean-Pierre Marielle, vidéo ci-dessous, 11″) à des sujets aussi froidement techniques que « Les 10 erreurs des hommes au lit (et comment les éviter…) » ou aux expériences scientifiques en milieu naturel telles que « Faire l’amour tous les jours : elle l’a fait avec son mari pendant un mois (et elle raconte) » !


Illustration de couverture : Capture d’écran de couvertures du Magazine BIBA, 9 septembre 2017.

14 réflexions sur “Quand BIBA découvre « une orientation sexuelle méconnue » !

  1. Je ne suis pas certaine que l’auteur de cet article encourage cependant ses enfants si elle en a à avoir des rapports avec n’importe qui, du moment qu’elle lui plaît physiquement. Ces journalistes sont tout de même souvent bien hypocrites.

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  2. Nathalie, vous êtes extraordinaire, qu’est-ce que j’apprends en vous lisant ! moi qui croyais naïvement que comme son copain le demi-sel (de Metz 😉 , le demisexuel, était incapable de « mener les choses à leur terme » , une sorte de demi-homme, voilà que je découvre avec stupeur, que je serais atteint par ce dangereux virus … mais que fait l’état ? c’est insupportable ! 😉

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  3. J’ai un copain marocain qui me dit avoir été marié à 12 ans pas des arrangements de familles. Pourtant à 60 ans il est toujours marié avec la même et ça a l’air de bien se passer.
    Alors je crois que BIBA peut encore causer longtemps avant de percer la nature profonde de l’humain et de la sexualité.

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  4. Des termes donnés par ceux qui sont marginaux pour qualifier les gens normaux, et en plus les gens normaux (bon, les plus naïfs) se rangent dans cette case puisqu’on leur a dit qu’ils rentraient dedans. J’ai eu quelques mots virtuels hier avec un Vegan qui rangeait les non-vegan comme des flexitariens (les gens normaux à l’alimentation équilibrée) voire des carnistes (mangent de la viande, donc nazis).
    Le plus navrant étant d’avoir un ami qui pourtant pas vegan, est dans ce schéma : « ah, tu es comme moi, alors, tu es flexitarienne ».
    Il y a un mot pour définir les demisexuels flexitariens (et ça n’est pas « c’est grave ? ») : c’est « normal ».

    Ah BIBA, BIBA… Combien d’illuminés du bulbe dans ton CA ?

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    • Ah les cases, ah les étiquettes ! C’est quand même beaucoup plus branchouille et acceptable d’être « carniste » que tout bêtement omnivore (comme le sont les humains, c’est du moins ce qu’on apprenait à l’école à mon époque 🙂 )
      Remarquons aussi que l’inflation de ces catégories ouvre le champ à une multitude de couvertures presse : quand il n’y a pas de sujet, inventons-le !

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  5. Même si BIBA a repoussé encore un peu les limites du ridicule, je ne sais pas si il faut en rire. C’est en effet un des marqueurs des totalitarismes de considérer comme des malades mentaux, de « pathologiser » (le néologisme est laid, mais il désigne une attitude qui ne l’est pas moins) à tout va ceux qui ne rentre pas dans le moule de l’idéologie.
    Cela permet de faire passer le bien pour le mal, de brouiller le language, les repères et les valeurs.

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    • Pour l’instant on en rit, comme on rit des idées de certaines féministes outrancières. Au pays des Gaulois, cela suffira peut-être à contenir la dérive dans la case du ridicule. Mais si en effet l’outrance devait devenir la norme et s’inscrire par exemple dans les textes législatifs, il faut commencer à préparer les contre-arguments.

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  6. Notez l’appellation méprisante choisie pour désigner ce qui est, en fait, le comportement normal.

    Cependant, les moulineurs de la machine à turbiner du politiquement correct ont commis une grave erreur, sur ce coup-là : en donnant ses lettres de créance minoritaires aux adeptes d’une pratique aussi réacque, il les fait accéder au statut de « victimes », légitimes à faire valoir leurs « drouâs », à réclamer le « respé » à ceux qui les dénigrent, voire à exiger des quotas médiatiques, des subventions pour leurs « assoces », et peut-être même des « réparations » pour les avanies infligées par le passé.

    Nous allons enfin, nous aussi, pouvoir traîner des tripotées de gauchistes de toutes « orientations » devant les tribunaux, afin de les punir des graves « discriminations » dont la société se rend coupable à notre égard. Croyez bien que nous ne laisserons plus passer le moindre « discours de haine » proféré par les obsédés sexuels qui tiennent le haut du pavé.

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    • Oui, cette affaire est à double tranchant. La norme bête et fadasse vient d’être élevée au rang de minorité de plus en plus visible avec toute la « différence » et tous les « droits à » que cela représente !

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