La Résurrection de « Jésus de Nazareth » expliquée par B16

Mise à jour du dimanche de Pâques 16 avril 2017 : Vous pouvez sauter ce premier paragraphe en gris ! 🙂

[Hier (15 mai 2016) en fin d’après-midi, j’ai rejoint la petite table que j’ai spécialement aménagée devant la fenêtre de ma chambre pour pouvoir bloguer à mon aise sans déranger personne. Puis, ouvrant mon ordi tout en regardant la pluie tomber, j’ai cliqué à la file sur les différents journaux en ligne que j’ai placés en favoris. Que me dit Le Point ? « Brexit : l’ancien maire de Londres compare l’UE à Hitler. » Surtout de la nuance, toujours de la nuance, c’est important dans le débat public. Que me dit Le Monde ? « En Israël, Jean-Marc Ayrault défend l’initiative diplomatique française désintéressée. » C’est évident, surtout après avoir voté la résolution de l’UNESCO qui entérine les revendications palestiniennes sur le Mur des Lamentations. C’est décidé, je laisse tomber l’actualité pour aujourd’hui. Que vaut l’écume du buzz et de la polémique cent fois rabâchée dans la presse, alors qu’hier c’était la fête de Pentecôte pour les Chrétiens, excellent prétexte pour parler des choses qui comptent, de Dieu par exemple ?]

Je fais le catéchisme à des élèves de 6ème depuis de nombreuses années, depuis que mon fils aîné est arrivé au collège pour être exacte, et on a fêté ses 27 ans hier. Le programme est pour ainsi dire d’une simplicité biblique : on leur fait découvrir Jésus à travers une lecture de l’Evangile de Luc, lecture plutôt extensive pour des enfants de leur âge. Il est vrai que cet évangile est réputé plus facile que les autres, mais la conception virginale, la Transfiguration, la Trinité ou la Résurrection restent des concepts assez insaisissables, qu’on ait 11 ans comme mes 6ème  ou 84 ans comme avait Benoît XVI en 2011 quand il a publié le second volet de son livre Jésus de Nazareth. Mais B16, en plus d’avoir été Pape, est un théologien de grande classe. Il excelle à déchiffrer les textes bibliques et à nous les présenter avec autant de simplicité que de justesse et de profondeur. 

Je trouve le moment opportun pour dire d’abord quelques mots sur la biographie de B16, né en Bavière (Allemagne) en 1927 sous le nom de Joseph Ratzinger, d’autant que d’après son secrétaire, il est en train de « s’éteindre lentement. » Lors de son élection comme successeur de Pierre, une polémique a surgi concernant son enrôlement dans les jeunesses hitlériennes. La presse anti-cléricale a un chic particulier pour trouver des sources dignes d’une foi très curieuse pour systématiquement démontrer que les papes sont des ordures. François, pape maintenant adulé par les « progressistes » pour ses prises de position sur l’écologie et le changement climatique, n’a pas échappé non plus à ce genre d’attaque.

En ce qui concerne B16, il est issu d’une famille hostile au nazisme dont le père, policier, a arrêté de travailler avant l’heure par opposition au régime. C’est par force qu’à 14 ans le jeune Joseph doit rejoindre les jeunesses hitlériennes qui sont devenues obligatoires. Il refuse d’entrer dans la Waffen-SS et il déserte la Wehrmacht pendant son service militaire ce qui lui vaudra un internement dans un camp de prisonniers dont il sortira à la libération en 1945.

Il est ordonné prêtre en 1951, devient docteur en théologie en 1953 avec une thèse sur Saint Augustin, puis il prépare une thèse sur la théologie de l’histoire chez Saint Bonaventure ce qui lui permet d’être nommé maître de conférence à l’université de Münich. En 1977, il est nommé archevêque de Münich, cardinal quelques mois plus tard. En 1981, le pape Jean-Paul II le place à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la foi en raison de ses qualités de théologien. En 2005, il lui succède comme pape, jusqu’en 2013, année où, se sentant trop âgé pour mener à bien les réformes qui s’imposent au sein de l’Eglise catholique, il préfère « renoncer. »

Joseph Ratzinger a été beaucoup critiqué. Comme théologien, on lui a reproché d’exercer sa charge de préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi avec trop de rigueur, sans laisser assez de place au débat généré par les idées nouvelles de la théologie de la libération par exemple. Comme pape, on lui a reproché des déclarations trop conservatrices sur l’homosexualité, la contraception ou la place de l’Islam. Ceci a donné lieu à des polémiques d’autant plus fracassantes qu’elles se basaient souvent sur des propos décontextualisés du pape. Par contre, on lui reconnait d’avoir pris le problème de la pédophilie dans l’Eglise très au sérieux et d’avoir le premier mis en place des mesures de sauvegarde.

B16 est donc un théologien. Parmi ses nombreux écrits, figure Jésus de Nazareth(*), ouvrage en trois parties livrées dans le désordre. En 2007, paraît le premier volet qui va du baptême dans le Jourdain (début de la vie publique de Jésus) à la Transfiguration. En 2011, B16 publie la suite consacrée à l’entrée à Jérusalem (Rameaux) jusqu’à la Résurrection (Pâques), c’est-à-dire la Semaine sainte. Enfin, le volume dédié à l’enfance de Jésus rejoint les deux premiers volets en 2012, tout en occupant la première place chronologique.

Avec mes élèves de 6ème, je commence l’année en leur faisant feuilleter l’Evangile de Luc. On constate d’abord qu’il commence par un petit préambule dans lequel Luc, médecin doué d’un esprit scientifique, donne ses motivations et sa méthode pour écrire : des témoins « oculaires » ont transmis un récit sur Jésus; lui aussi, après s’être « informé exactement » de tout, souhaite écrire un exposé afin de montrer la « sûreté » des enseignements qui concernent Jésus. Luc se fait journaliste et historien, il recherche des témoins et des informations précises qui se recoupent.

Nous constatons ensuite que le récit débute par l’histoire de Zacharie et Elisabeth (cousine de Marie), couple âgé sans enfants et sans espoir d’en avoir dorénavant. Sauf que l’ange Gabriel annonce à Zacharie que sa femme va avoir un enfant, Jean, celui qui baptisera Jésus dans le Jourdain quelque trente ans plus tard. Zacharie est clairement sceptique.

Puis nous repérons le récit de Noël, ce qui génère pas mal de souvenirs et suscite des anticipations agréables chez les enfants, pour passer directement à la fin qui décrit en quelques lignes l’épisode connu sous le nom d’Ascension : « Et il advint, comme il les (les apôtres) bénissait, qu’il se sépara d’eux et fut emporté au ciel » (Luc 24, 51).

Et seulement alors nous nous lançons dans le dur, pas par le début du texte, mais par son climax, la Résurrection, histoire de placer au sommet de nos intérêts le sommet de notre foi. Même pas la mort de Jésus, mais le passage de la mort à la vie, Pâques voulant justement dire « passage. »

Comme l’écrit B16, « dans notre recherche sur la figure de Jésus, la résurrection est le point décisif », le fondement de notre foi, ainsi que le souligne Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens (1 Co 15, 14) : « Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi notre foi. » Ce que B16 résume assez abruptement par :

« La foi chrétienne tient par la vérité du témoignage selon lequel le Christ est ressuscité des morts, ou bien elle s’effondre. »

Luc avait donc bien toutes les raisons de rechercher les témoins oculaires et les informations les plus précises. Son insistance sur ce sujet dès l’ouverture de son Evangile montre à quel point il en est parfaitement conscient.

Pour B16, si Jésus n’est pas ressuscité, il reste une personnalité religieuse intéressante, mais une personnalité qui a échoué car elle demeure dans une dimension strictement humaine dont les préceptes n’auront de force que s’ils parviennent à nous convaincre. Tandis que le Christ ressuscité fait que quelque chose de véritablement nouveau s’est produit dans le monde, quelque chose qui change notre situation d’homme :

« Que Jésus n’ait existé que dans le temps passé ou qu’au contraire il existe encore dans ce temps présent, cela dépend de la Résurrection. »

Pour les témoins de l’époque, pour ceux qui ont rencontré Jésus ressuscité, comme les disciples de la route d’Emmaüs par exemple, c’est une expérience complètement inédite qu’ils approchent sans aucune connaissance préalable, sans même l’avoir « pensée » ou « imaginée. » C’est seulement au contact imprévu de cette nouvelle réalité qu’ils peuvent mettre une expérience concrète sur le sens de Jésus ressuscité. Et c’est seulement après un temps de dessillement que la prise de conscience a lieu. Les disciples d’Emmaüs qui ont cheminé et discuté avec Jésus pendant une douzaine de kilomètres ne le reconnaissent que lorsqu’ils dînent à l’auberge avec lui, ils le reconnaissent à la fraction et à la bénédiction du pain.

Ces témoignages du nouveau Testament, celui des disciples d’Emmaüs, comme celui des femmes arrivées tôt le matin au tombeau ou celui des apôtres, nous permettent de comprendre que l’on n’a pas affaire à un retour à la vie normale comme on la connaît en ce monde et comme les disciples de Jésus ont pu l’expérimenter auparavant avec la « résurrection » de Lazare. Dans ce cas, il ne s’agit de rien d’autre que d’une réanimation comme nos médecins en pratiquent souvent, qui rend un homme connu et reconnu par les siens à sa vie terrestre au bout de laquelle il finira par mourir comme prévu comme tout le monde.

Nous assistons au contraire à un « saut de qualité », à l’ouverture d’une nouvelle possibilité d’être homme qui propose un avenir d’un genre complètement nouveau pour tous les hommes. Enorme paradoxe pour les témoins : l’expérience est unique, inédite, jamais vue auparavant, et pourtant incontestable pour eux. Les disciples d’Emmaüs, à peine installés à l’auberge de leur lieu de destination pour dîner, repartent immédiatement à Jérusalem pour annoncer aux autres ce qu’ils ont reconnu, et les autres vont à leur tour livrer des témoignages semblables.

Si l’événement est formidablement nouveau et ouvre les possibilités incroyables d’une vie nouvelle, si le paradoxe qu’il provoque est énorme, il se fond néanmoins dans un point minuscule au coeur de l’histoire :

« La résurrection de Jésus, du point de vue de l’histoire du monde, est peu voyante (…) Ce retournement des proportions fait partie des mystères de Dieu. (…) Ainsi la Résurrection est entrée dans le monde seulement à travers quelques apparitions mystérieuses aux élus. »

Mais pour ces quelques témoins, l’événement était à la fois si bouleversant et si réel qu’ils n’ont pas hésité une seule seconde à laisser immédiatement leurs affaires en cours et à se présenter au monde « avec un courage absolument nouveau » pour témoigner que le Christ est vraiment ressuscité.

Bien sûr, je n’explique pas exactement tout comme cela à mes 6ème mais j’essaie de leur montrer l’importance inégalée de la Résurrection. En leur disant par exemple que s’ils doivent aller à une seule messe dans leur vie, il faut qu’ils choisissent celle de Pâques. Voilà une révélation perturbante : « Oh non, Madame, pourquoi pas Noël ? »


Jesus de Nazareth(*) Jésus de Nazareth, Joseph Ratzinger, Edition Flammarion.

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Resurrection Fra AngelicoIllustration de couverture : Noli me tangere de Fra Angelico (environ 1400-1455), Couvent San Marco, Florence. Fra Angelico transforme le cimetière de la Résurrection en une sorte de Jardin d’Eden et il assimile les plaies rouges des pieds du Christ aux fleurs du jardin.

9 réflexions sur “La Résurrection de « Jésus de Nazareth » expliquée par B16

  1. Nathalie, je réagis de suite (alors que ma lecture n’est pas achevée) à
    « Brexit : l’ancien maire de Londres compare l’UE à Hitler. »
    C’est peut-être un peu rude mais ma pensée serait assez voisine :
    Hitler a tenté de nous imposer le IIIème Reich par la guerre,
    Merkel nous propose le IVème Reich par le NewDM (€) !

    Je confesse que ce n’est pas gentil non plus !
    Dans l’article (Le Point ?), B. Johnson faisait allusion à la double tentative de l’Europe. Il est gentil car il y en eut trois avec Napoléon !

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    • J’ai du mal à voir le rapport entre les campagnes napoléoniennes, le pan germanisme hitlérien et la construction européenne telle qu’elle s’est faite au sortir de la WWII pour tenter d’assurer un espace de paix et de solidarité en Europe.
      Merkel et son DM n’entraient nullement en considération à cette époque où les six premiers pays ont volontairement limité une partie de leur souveraineté pour mettre à bas les nationalismes destructeurs qui prévalaient depuis, disons, Richelieu (je ne suis pas historienne, ça se discute).
      Quant à la situation différente des pays européens, au lieu de s’en prendre à l’Europe, ne nous en prenons qu’à nous les Grecs, nous les Français ou nous les Espagnols, qui n’avons absolument pas eu besoin des Allemands dans un sens ou un autre pour dépenser sans compter et « investir » n’importe comment. J’ai fait un article là-dessus : « Le prodige de l’Europe. »

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      • « J’ai du mal à voir le rapport entre  » [les tentatives de domination] normal, le discours officiel (l’idéologie dominante) est fait pour ! Pardon Nathalie.

        B16 me semble de d’une foi faiblarde … (ici aussi, pardon)
        « La foi chrétienne tient par la vérité du témoignage selon lequel le Christ est ressuscité des morts, ou bien elle s’effondre. »
        Si l’histoire de la résurrection était une fable (j’ai honte de ce propos), le message du Christ (son succès dans le développement de notre civilisation) et plus généralement l’observation de la Création (Opus Dei) chante la Gloire de Dieu.

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      • C’est ce que dit Saint Paul.
        Et d’autre part B16 ne dit pas que c’est une fable. Il dit que la Résurrection est au coeur de tout, d’où l’importance de bien entendre les témoignages.
        « son succès dans le développement de notre civilisation) et plus généralement l’observation de la Création » découle de cette certitude que nous pouvons avoir sur la Résurrection.

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    • L’infaillibilité pontificale est quand-même un terme extrêmement galvaudé alors qu’elle se limite, je crois, aux questions de dogme. Pour le reste, personne ne considère que le pape a raison sur tout et est capable de tout.

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    • Infaillibilité pontificale : Il s’agit d’un dogme de 1870, plutôt circonstanciel, visant à répondre à la perte d’autorité de l’Eglise dans la société. Il s’exerce de façon très limitée, uniquement sur les questions de doctrine de la foi, c’est-à-dire essentiellement sur les termes du Credo. Les prises de position personnelles, les enseignements de circonstance, même très officiels comme les encycliques, en sont exclus.
      L’infaillibilité du pape n’a joué qu’une seule fois (je crois, à vérifier) : pour la définition de l’Assomption de la Vierge Marie (en 1950) et le pape a écrit à tous les évêques pour leur demander si c’était fondé et souhaitable. L’approbation fut très large.
      Le livre de B16 sur Jésus ne relève pas du tout ce cette catégorie, il est du reste signé Joseph Ratzinger. C’est un travail de théologien que je trouve personnellement lumineux car B16 va directement au texte et l’appréhende sans se donner des postures savantes ou ésotériques.

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  2. EN effet, comme c’est perturbant pour ces petits de penser que Pâques est bien plus important que Noël !
    En cette fête de la Pentecôte, je vous souhaite une belle fête de l’effusion de l’Esprit Saint à tous .

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